Russie - Canada (JO 2010, quart de finale)

ZINOVIEV_Sergei-2009-7656KO au premier round

Il était une fois une finale rêvée qui n'aura jamais lieu. Ou plutôt, qui aura lieu trop tôt. Les deux favoris n'ont pas été souverains en première phase, et un des deux sera donc éliminé dès les quarts de finale. Comme à Turin, où ils s'étaient affrontés, avec une victoire 2-0 de la Russie et le meilleur match d'Aleksandr Ovechkin en équipe nationale. Cette fois, il aura Sidney Crosby, pour un match dans le match attendu entre les deux candidats au titre de meilleur joueur du monde.

La défaite contre les Américains a été durement ressentie au Canada, mais le coupable a été trouvé : Martin Brodeur, qui a fait l'objet du lynchage médiatique de rigueur après sa contre-performance. Roberto Luongo l'a définitivement supplanté dans les cages. Quant à l'attaque, elle s'est rassurée en barrage hier contre l'Allemagne (8-2).

Dans le camp russe, on s'inquiétait surtout de finir le tournoi avec des lignes incomplètes puisque la jambe de Sergei Zinoviev avait plié sous le poids d'un Slovaque chargé par Radulov. Après des annonces contradictoires (le président de la KHL Medvedev avait déclaré avoir entendu que "sa saison était terminée"...), le centre d'Ufa est bien présent.

Les drapeaux "étrangers" sont assez nombreux et les supporters russes cherchaient à tout prix des billets ces derniers jours. Après la série du siècle de 1972, ne s'agit-il pas du match du nouveau siècle ?

Le Canada part fort, très fort. Dès la deuxième minute, Nash remet en retrait pour un tir sur la transversale de Toews. Tout le monde met la même intensité et la quatrième ligne conclut : Dan Boyle déborde Anton Volchenkov et passe du revers au second poteau à Ryan Getzlaf qui conclut en cage ouverte (0-1). Viktor Kozlov était en retard au repli défensif.

Après huit minutes, l'accalmie pour les Russes peut venir d'une obstruction de Searbook sur Morozov derrière la cage canadienne. Roberto Luongo fait des arrêts propres, avec la vue bien dégagée par ses défenseurs. Sidney Crosby lance ensuite la contre-offensive et est fait trébucher par Anton Volchenkov qui a plongé sur le palet pour ne pas être débordé. Evgeni Nabokov est bien plus sollicité que son vis-à-vis en infériorité, avec des tirs de l'enclave, et contrairement à Luongo, il est masqué. Marleau lui bouche la vue, sans intervention du duo défensif Tyutin-Gonchar, et il ne voit donc rien du lancer flottant de Dan Boyle (0-2).

BOYLE_Dan-2005-1111159Malkin perd le palet en zone offensive sous la pression de Jonathan Toews, que Richards envoie un contre-attaque. Rick Nash prend trois mètres à Grebeshkov sur la seule vitesse de patinage en zone neutre et se retrouve donc seul pour recevoir la passe et marquer le 0-3.

Les Russes ont la tête sous l'eau, et Vyacheslav Bykov doit appeler son temps mort. Son équipe a besoin d'un but pour survivre, et il arrive assez vite avec un lancer dans le trafic de Dmitri Kalinin dans la lucarne opposée (1-3). Afinogenov trouve une redoutable passe latérale pour Ilya Kovalchuk dans le slot, mais Drew Doughty se couche admirablement sur ce tir. Doughty réplique par une montée offensive, bien suivie par Afinogenov. Le niveau est maintenant monté de part et d'autre.

Les Canadiens déroulent une action collective de rêve, que Nash ne peut conclure au second poteau. Ils enchaînent, bien installés. Brenden Morrow charge Zinoviev sans palet et celui-ci ne revient pas le marquer après s'être relevé. Morrow, servi derrière la cage, repique donc dans le slot pour redonner trois buts d'avance (1-4). Le Canada a répondu présent au bon moment et réalisé un tiers-temps énorme avec 21 tirs et bien plus encore de mises en échec.

La deuxième période sera-t-elle différente. Elle ne part pas pour l'être. Ryan Getzlaf entre en zone offensive, son tir est contré, mais Nabokov est tellement avancé que Corey Perry - démarqué par Markov - hérite d'une cage ouverte dans l'angle (1-5). Le calvaire du pauvre Nabokov se poursuit avec un lancer croisé de Shea Weber qui touche le bas de son bouclier et rentre (1-6).

Le débat du gardien canadien avait éclipsé le choix du gardien russe, aussi controversé. Le staff avait pris parti de l'expérience avec Nabokov, mais se tourne maintenant vers l'homme en forme Ilya Bryzgalov. Dans le même temps, les centres Malkin et Datsyuk sont de nouveau inversés, pour retrouver les lignes de début de tournoi.

Ce n'est pas un match de gardiens de toute façon. Une minute plus tard, Kovalchuk lance Afinogenov qui lève le palet au-dessus de Luongo (2-6). Jusqu'où s'arrêteront-ils ? Nouvelle cassure à la mi-match : Zinoviev perd le palet en zone neutre, et Ryan Getzlaf lance dans la profondeur Eric Staal qui décale Corey Perry au second poteau dans une action collective rapide (2-7). Les Canadiens sont pénalisés pour surnombre, et un lancer de la bleue de Sergei Gonchar trompe Luongo pourtant en grand écart (3-7).

Pour ne pas être contraints à une course-poursuite impossible, les Russes doivent essayer de mieux défendre leur slot, mais ce faisant, Korneev est sanctionné pour obstruction. Les Canadiens mettent une minute et demie à s'installer en zone offensive et semblent dans un petit moment de creux. Ils gardent quand même une avance confortable de quatre buts, même si Keith finit le tiers en prison pour avoir fait trébucher Afinogenov.

Le troisième tiers-temps commence par une frayeur pour Eric Staal, poussé par Volchenkov contre la balustrade, qu'il heurte violemment avec la tête. Gonchar est pénalisé dans l'action suivante pour avoir accroché Toews. Pendant cet avantage numérique, Jarome Iginla dévie du revers un centre de Sidney Crosby : poteau ! Pas de points, donc, pour Crosby.

KOVALCHUK_Ilya-2009-7411Encore moins pour Ovechkin, chambré par le public qui chante "Ovie" pour se moquer de son absence d'impact ce soir. Le numéro 8 essaie d'attraper un tir flottant de Toews avec le gant et se fait mal à la main. Ce n'est pas sa soirée.

Ce n'est la soirée de personne côté russe. La réaction est un peu tardive dans les dix dernières minutes : bonne passe de Morozov pour Zaripov, déviation de Kovalchuk sur tir de la bleue de Grebeshkov, échappée de Malkin... À chaque fois, Roberto Luongo est le terminus.

Le rêve russe se sera brisé dès les premières minutes. Les vedettes offensives ne se sont pas impliqués défensivement et les arrières ont montré leurs limites.
Zinoviev était-il vraiment en état de jouer ? Il a pour lui les deux buts qui ont suivi les réductions du score. Le match était déjà quasiment perdu à cette heure, pris par le mauvais bout avec une accumulation d'erreurs et une incapacité à réagir à la pression adverse. En choisissant de subir pour jouer en contre, la Russie s'est mise à la merci de son adversaire.

Le Canada a dissipé les doutes et a donné la meilleure réponse aux critiques nées d'une première phase délicate. En mettant un impact physique de tous les instants, il a imprimé son jeu et dicté le ton du match. C'est lui et lui seul qui a décidé de son destin, s'affirmant ainsi comme le seul favori qui vaille. S'il aborde chaque rencontre ainsi, il sera difficile à battre, surtout qu'il a retrouvé la communion avec son public dans cette victoire. Les supporters russes, eux, sont partis avant la fin.

Commentaires d'après-match

Aleksandr Ovechkin (attaquant de la Russie) : "Dans les cinq premières minutes, ils nous ont mis KO. Ils ont marqué sur leur première attaque. C'était dur de renverser quoi que ce soit. On a essayé, les coaches ont pris un temps mort pour nous demander de nous calmer et de jouer. Rien ne fonctionnait, ni en défense ni en attaque. Les Canadiens étaient plus forts. Je pense qu'on va se faire salir par la presse et par des gens qui ne comprennent pas le hockey. À ceux qui nous aiment et nous soutiennent, je veux dire que nous avons fait tout ce que nous avons pu. Je n'accepte pas l'argument que l'équipe était mauvaise. Elle était excellente, tout le monde s'est battu, mais la situation est désagréable."

Vyacheslav Bykov (entraîneur de la Russie) : "Je voudrais féliciter le Canada pour cette victoire. Malheureusement, les Jeux Olympiques sont finis pour nous. Mes excuses à nos supporters. Aujourd'hui, nous avons affronté une équipe très forte. Nous n'avons pas pu sortir de leur pression. C'était très dur. Nous avons essayé différentes variantes pour changer le jeu et le porter dans la zone adverse, mais nous avons échoué. Le Canada a montré un hockey très intéressant. C'était un plaisir de les voir, et je ne peux pas en dire autant de mon équipe."


Russie - Canada 3-7 (1-4, 2-3, 0-0)
Mercredi 24 février 2010 à 16h30 à la Canada Hockey Place de Vancouver. 17740 spectateurs.
Arbitrage de Dennis LaRue (USA) et Marcus Vinnerborg (SUE) assistés de Thor Nelson (USA) et Milan Novak (SVK).
Pénalités : Russie 10' (2', 2', 6'), Canada 10' (2', 4', 4').
Tirs : Russie 28 (12, 8, 8), Canada 42 (21, 9, 12).
Évolution du score :
0-1 à 02'21" : Getzlaf assisté de Pronger
0-2 à 12'09" : Boyle assisté de Heatley et Marleau (sup. num.)
0-3 à 12'55" : Nash assisté de Toews et Richards
1-3 à 14'39" : Kalinin assisté de Volchenkov et Fedorov
1-4 à 18'18" : Morrow assisté de Boyle et Keith
1-5 à 23'10" : Perry assisté de Getzlaf et Keith
1-6 à 24'07" : Weber asisté de Toews et Iginla
2-6 à 24'46" : Afinogenov assisté de Kovalchuk et Grebeshkov
2-7 à 29'51" : Perry assisté de Staal et Getzlaf
3-7 à 31'40" : Gonchar assisté de Malkin (sup. num.)


Russie

Gardien : Evgeni Nabokov puis Ilya Bryzgalov à 24'07".

Défenseurs : Fedor Tyutin - Sergei Gonchar ; Denis Grebeshkov - Konstantin Korneev ; Andrei Markov - Ilya Nikulin ; Dmitri Kalinin - Anton Volchenkov.

Attaquants : Aleksandr Ovechkin (A) - Evgeni Malkin - Aleksandr Semin ; Ilya Kovalchuk (A) - Pavel Datsyuk - Maksim Afinogenov ; Danis Zaripov - Sergei Zinovie - Aleksei Morozov (C) ; Viktor Kozlov - Sergei Fedorov - Aleksandr Radulov.

Absent : Semion Varlamov (G).

Canada

Gardien : Roberto Luongo.

Défenseurs : Scott Niedermayer (C) - Shea Weber ; Duncan Keith - Drew Doughty ; Chris Pronger (A) - Dan Boyle ; Brent Seabrook.

Attaquants : Eric Staal - Sidney Crosby - Jarome Iginla (A) ; Patrick Marleau - Joe Thornton - Dany Heatley ; Rick Nash - Mike Richards - Jonathan Toews ; Brenden Morrow - Ryan Getzlaf - Corey Perry ; Patrice Bergeron.

Remplaçant : Martin Brodeur (G). Absent : Marc-André Fleury (G).