Canada - États-Unis (JO 2010, tournoi féminin, finale)

SzabadosShannonUn aspirateur dans la mitaine

Double championne olympique et quintuple championne du monde, Kim Saint-Pierre dispute ce soir son dernier match avant la retraite... sur le banc. Elle a été dépassée par la progression cométaire de Shannon Szabados, qui n'était que la numéro 3 au début de la saison.

À son arrivée, Szabados avait juste demandé à la coach Melody Davidson de lui laisser jouer un match face aux États-Unis, parmi les nombreuses confrontations amicales entre les deux pays tout au long de la saison. Depuis lors, elle a déjà affronté quatre fois les Américaines, avec trois victoires à la clé, et les retrouve pour le match le plus important de tous, la finale olympique.

Szabados s'illustre très vite en captant de la mitaine un tir à mi-hauteur de Monique Lamoureux. Elle doit ensuite résister à quarante secondes à 3 contre 5. Elle lâche certes un rebond, mais Kelli Stack rate le cadre. Rendue à 4 contre 5, elle signe un nouvel arrêt-photo du gant face à Caitlin Cahow.

PoulinMariePhilipBien sauvées par leur gardienne, les Canadiennes passent à l'attaque dès qu'elles sont revenues au complet : Marie-Philip Poulin reprend entre les cercles une passe en retrait de Jennifer Botterill, dans le haut du filet (1-0).

Poulin, devenue l'an passé la plus jeune joueuse à intégrer l'équipe canadienne, montre qu'elle est bien le visage du futur du hockey féminin : l'attaquante québécoise de 18 ans gagne une mise au jeu en zone offensive, s'appuie sur Agosta et déclenche rapidement un tir à mi-hauteur (2-0). Jessie Vetter est battue pour la seconde fois côté mitaine.

Les Américaines aussi tirent toujours du côté du gant, mais elles feraient franchement mieux d'arrêter. Shannon Szabados, exceptionnelle avec sa mitaine, capte encore trois lancers de manière impeccable dans les cinq dernières minutes du premier tiers.

Dès l'engagement du deuxième tiers-temps, les États-Unis mettent une forte pression. Petit évènement sur un tir de près de Monique Lamoureux : le gant de Szabados ne fait que détourner la rondelle sans la capter, ce qui l'oblige à des acrobaties au sol pour geler ce palet.

2010-02-25-Canada-USASignes de fébrilité canadienne ? En tout cas, Jayna Hefford et Becky Kellar sont sanctionnés à 23 secondes d'intervalle pour deux dégagements au-dessus du plexi. Les Canadiennes, en double infériorité pour la seconde fois, résistent encore. Les Américaines prennent un coup supplémentaire au moral avec cette occasion ratée, et cela se sent. En retard au repli défensif, elles regardent Hefford hériter d'un rebond devant la cage, mais, heureusement pour elles, manquer l'immanquable.

Les États-Unis ne refont plus surface. La joueuse d'expérience de leur défense, Angela Ruggiero, tente même une relance croisée douteuse, interceptée à la ligne bleue par Cherie Piper. Il s'ensuit une forte séquence canadienne en zone offensive, conclue par une pénalité contre cette même Ruggiero. L'infériorité est tuée, grâce notamment à une bonne activité de Julie Chu. Quand la prison se termine, Hefford est sanctionnée pour son plongeon, alors que la charge avec la crosse d'Engström dans son dos paraissait tout de même réelle. Peu importe, de toute façon, puisque Szabados fait toujours des miracles devant les filets canadiens. Cette pénalité non exploitée ne fait donc que miner un peu plus le moral des Américaines...

2010-02-25-Canada-USA2En début de troisième période, un centre est dévié dans le slot par le patin de Monique Lamoureux. Le palet file entre les jambières de Szabados... qui les referme dans un étonnant réflexe. Décidément, la souplesse et la vitesse de réaction de cette jeune fille sont épatantes ! En face, Jessie Vetter s'illustre aussi par une bonne sortie devant une échappée adverse, puis par un face-à-face gagné devant Haley Irwin, lancée par une longue passe axiale de Carla MacLeod.

Si les Américaines laissent des brèches, c'est parce qu'elles se ruent à l'attaque dans cette dernière période. Mais leurs efforts sont de plus en plus désespérés, leurs constructions de jeu de plus en plus précipitées, et les Canadiennes interceptent palet sur palet en zone neutre. Ce n'est qu'à douze secondes de la fin que les États-Unis quittent leur zone et peuvent sortir leur gardienne, évidemment beaucoup trop tard.

Le public canadien se montre très fair-play pendant la remise des médailles en encourageant les joueuses américaines et en scandant même "USA", contredisant l'antagonisme parfois cinglant au hockey entre les deux pays.

Une fois qu'elles ont reçu leurs médailles, les joueuses canadiennes lèvent les yeux vers l'équipe masculine au complet là-haut dans les tribunes. Le podium (Canada, États-Unis, Finlande) pourrait être identique dimanche soir... Aux hommes de jouer.

2010-02-25-Canada-USA3En attendant, le grand gagnant de la soirée, c'est le hockey féminin. Il a vécu son heure de gloire dans une ambiance enflammée, et le match s'est montré à la hauteur. La jeune gardienne Shannon Szabados, avec un véritable aspirateur à palets dans sa mitaine, ne peut récolter que des louanges après une performance de ce niveau.

À la vue de ce match de haut niveau, personne ne peut plus remettre en cause le hockey féminin, mais le problème est que seules ces deux équipes sont capables de le produire. Un manque de compétitivité que Jacques Rogge, le président du Comité International Olympique, a déploré en indiquant que ce sport devait "travailler à s'améliorer". Au demeurant, c'est ce qu'il fait, mais les Nord-Américaines progressent encore plus vite que les Européennes et les Asiatiques.

Les hockeyeuses sont donc en sursis, et on se demande comment la situation pourrait s'améliorer d'ici le prochain tournoi olympique qui aura lieu à Sotchi, en Russie, pays où la conscience populaire est extrêmement macho et dédaigneuse envers le hockey féminin. Cette belle finale restera-t-elle donc un évènement unique qui a combiné au même moment passion populaire et niveau sportif ?

Les Canadiennes sont revenues sur la glace une demi-heure après la cérémonie avec de la bière, du champagne et des cigares, circonvenant du même coup à tous les règlements olympiques. Une d'elles est même montée sur la surfaceuse et a actionné le klaxon. Le CIO s'est montré plutôt compréhensif envers ces comportements festifs et n'a pas suggéré de sanctions, obligeant seulement les responsables de l'équipe à présenter des excuses.

EngstromMollyCommentaires d'après-match

Mark Johnson (coach des États-Unis) : "Nous pouvons quitter la patinoire la tête haute. C'est un processus de trois ans et demi dans lequel beaucoup de gens ont mis beaucoup de temps et d'énergie. les attentes étaient très élevées. Je suis très fier de mon équipe, elle a été compétitive pendant 60 minutes. Nos jeunes joueuses ont connu le succès aux championnats du monde et la douleur de la défaite ici aux JO. J'espère que ça les rendra meilleures. Elles repartent avec une médaille d'argent, ce n'est pas mal. [Szabados] a contrôlé ses rebonds et ne nous a pas donné beaucoup de deuxièmes ou troisièmes chances. Il faut la féliciter d'avoir résisté à la pression dans cette ambiance avec le poids de son pays sur les épaules."

Caitlin Cahow (arrière des États-Unis) : "C'était très fort. Je crois que je suis en train de devenir sourde. C'est génial de jouer devant ce public. Juste pour notre sport. Quel long chemin nous avons parcouru ! Je suis fière d'avoir participé à un tel match."

Becky Kellar (arrière du Canada) : "Cette victoire-là est la plus belle. Nous avons été si souvent sur la glace cette année. Nous avons joué 60 matchs et répété toutes les situations de jeu. Nous étions prêtes à tout."


Canada - États-Unis 2-0 (2-0, 0-0, 0-0)
Jeudi 25 mars 2010 à 15h30 à la Canada Hockey Place. 16805 spectateurs.
Arbitrage d'Aina Hove (NOR) assistée de Heather Richardson (CAN) et Kelli Rolstad (USA).
Pénalités : Canada 12' (6', 6', 0'), États-Unis 10' (6', 4', 0').
Tirs : Canada 29 (8, 10, 11), États-Unis 28 (7, 14, 7).
Engagements : Canada 29, États-Unis 18.
Évolution du score
1-0 à 13'55" : Poulin assistée de Botterill
2-0 à 16'50" : Poulin assistée d'Agosta


Canada

Gardienne : Shannon Szabados.

Arrières : Carla MacLeod - Tessa Bonhomme ; Becky Kellar - Colleen Sostorics ; Catherine Ward - Meaghan Mikkelson.

Attaquantes : Cherie Piper - Hayley Wickenheiser - Gillian Apps ; Meghan Agosta - Caroline Ouellette - Jayna Hefford ; Sarah Vaillancourt - Hayley Irwin - Rebecca Johnston ; Jennifer Botterill - Marie-Philip Poulin - Gina Kingsbury.

Remplaçante : Kim Saint-Pierre (G). Absente : Charline Labonte (G).

États-Unis

Gardienne : Jessie Vetter.

Arrières : Caitlin Cahow - Angela Ruggiero ; Lisa Chesson - Molly Engstrom ; Kacey Bellamy - Kerry Weiland.

Attaquant : Hilary Knight - Jenny Potter (A) - Monique Lamoureux ; Julie Chu (A) - Kelli Stack - Jinelle Zaugg-Siergiej ; Gigi Marvin - Natalie Darwitz (C) - Meghan Duggan ; Karen Thatcher - Jocelyne Lamoureux - Erika Lawler.

Remplaçante : Molly Schauss (G). Absente : Brianne McLaughlin (G).