Canada - Slovaquie (JO 2010, demi-finale)

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Ils auront tremblé jusqu'à la fin

Les Russes ont vite explosé face à cette armada canadienne. Les Finlandais ont encore plus vite explosé face aux Américains lors de la première demi-finale. Les Slovaques, derniers représentants de l'Europe, vont-ils résister face à un adversaire qu'ils n'ont battu qu'une fois en compétition officielle... sur la route de leur titre mondial en 2002. Mais de ce match, il ne reste que Heatley pour le Canada, qui se présente bien plus fort ce soir.

La Slovaquie est évidemment en position d'outsider, mais ça lui a bien réussi jusqu'ici. Tenir le 0-0 face à la pression initiale fait partie de son plan de jeu. Elle plie, mais ne rompt pas. L'occasion la plus nette est pour Brenden Morrow qui vient prendre son propre rebond dans l'enclave, mais son revers passe au-dessus de la cage. Plus le score reste vierge longtemps, et plus la pression peut se retourner contre le pays-hôte.

Quand le Canada arrive à installer son jeu en zone offensive, sa situation est cependant plus confortable. À la quatorzième minute, un lancer de Shea Weber est dévié victorieusement par Patrick Marleau. Crosse haute selon Halak qui fait tout de suite signe aux arbitres. On fait appel à la vidéo devant dix-sept mille spectateurs qui crient "goal" à l'unisson. Ils sont logiquement exaucés, la crosse semblant légèrement en dessous de la transversale au moment de toucher le palet dans cette décision difficile qui se joue aux millimètres (1-0).

La déviation, c'est l'arme fatale. Brenden Morrow s'impose dans le slot face à Visnovsky et redirige un lancer de Chris Pronger (2-0). Aucun doute cette fois sur le but. Et aucun doute non plus sur la victoire canadienne, car les Slovaques ne se sont créé aucune occasion durant cette première période.

De quels atouts dispose la Slovaquie pour espérer revenir ? De la vitesse de Gaborik, bien sûr, qui se fait accrocher par Morrow pour la première pénalité du match. Michal Handzus est placé en écran devant le gardien, mais ne parvient pas à conclure au vol un rebond laissé par Luongo.

MORROW_Brenden-2005-1111148Cette supériorité numérique a au moins permis aux Slovaques de bien lancer leur deuxième tiers. Un forechecking rude de Kopecky permet une récupération de palet pour Hossa, qui passe instantanément au second poteau pour Demitra, mais celui-ci ne parvient pas à réceptionner ce palet envoyé fort. La Slovaquie a haussé le ton physiquement pour rivaliser, mais cela aboutit à une pénalité de Chara.

Les actions collectives les plus abouties sont à mettre au crédit de la ligne de Crosby, mais il manque la conclusion. Les différents tirs canadiens sont arrêtés sans problèmes par Jaroslav Halak. La deuxième période est partie pour se terminer sans but, quand Zednik retient la crosse de Keith en zone offensive. Cette deuxième supériorité numérique canadienne dure quelques secondes : tir de la gauche de Corey Perry masqué par Brenden Morrow, et rebond pris du revers par Ryan Getzlaf en lucarne (3-0). Zigmund Palffy fait passer un frisson par un breakaway qui bute dans les bottes de Roberto Luongo, car le rebond est cafouillé par la défense : Luongo et Thornton plongent avant qu'un Slovaque n'arrive et le palet heurte le poteau.

Le Canada conserve donc ses trois buts d'avance à la pause, un écart qui lui permet de maîtriser l'essentiel de la troisième période. Il ne semble plus devoir craindre cette équipe de Slovaquie, privée de sa flèche Marian Gaborik qui ne rentre plus en jeu, légèrement blessée. Le public scande déjà "We want USA"...

Mais à huit minutes de la fin, Lubomir Visnovsky surprend tout le monde en tirant à la cage alors qu'il a passé la ligne de fond : le palet ricoche sur l'arrière du genou de Luongo et entre dans l'infime espace laissé par le gardien entre sa botte et son poteau (3-1). À cinq minutes du terme, Martin Bergeron, aligné en tant que spécialiste des mises au jeu pour l'engagement en zone défensive (qu'il a gagné, mais le Canada a ensuite perdu le palet), teléscope son coéquipier Drew Doughty en essayant de charger Richard Zednik, qui a alors le champ libre derrière le but. Il fait le tour de la cage du revers, et Handzus prend le rebond à bout portant (3-2).

2010-02-26-Canada-SlovaquieUn match de hockey n'est jamais fini ! Roberto Luongo repousse de l'épaule gauche un tir de Marian Hossa, et de la botte un lancer de la gauche de Tomas Kopecky. La Slovaquie sort son gardien et passe toute la dernière minute dans la zone offensive. À huit secondes de la sirène, Pavol Demitra reçoit le palet à droite du but et tire dans l'angle ouvert... Parade décisive de Luongo qui dévie ce palet du gant grand écart ! Les deux hommes, coéquipiers chez les Canucks de Vancouver, se donneront l'accolade lorsque les deux équipes se serreront les mains : ce moment restera gravé dans leur mémoire, surtout dans celle de Demitra, passé tout près de changer l'histoire du hockey slovaque.

Il n'y a pas eu de massacre. Après l'effondrement des Russes et des Finlandais, la Slovaquie aura été la seule des meilleures nations européennes à tenir tête crânement aux Nord-Américains. Le Canada s'est fait très peur, moins actif en fin de match dans le patinage et dans l'intensité physique. Poussé dans ses derniers retranchements nerveux, il a beaucoup plus tremblé que les Américains, mais cela peut servir de piqûre de rappel utile avant la finale.

Commentaires d'après-match

Sidney Crosby (attaquant du Canada) : "Nous nous attendions à ce que les Slovaques jouent avec enthousiasme. Mais nous ne nous attendions pas à une telle conclusion. Nous pensions que c'était fini, et les Slovaques, avec l'énergie du désespoir, sont soudain revenus à la vie après deux buts. C'était un grand test avant la finale. Ce sera le match le plus difficile. Les Américains jouent vraiment très bien dans ce tournoi et ce sera un match excitant."

Roberto Luongo (gardien du Canada) : "C'était le match le plus impressionnant de ma carrière. Je ne me suis jamais autant amusé, mais je ne dirais sans doute pas ça si nous avions perdu. Les Slovaques se sont d'abord sacrifiés sur tous les tirs, et ont ensuite mis une forte pression jusqu'à la fin. On ne peut gagner chaque match 7-3. C'est excitant, je ne peux pas attendre dimanche, ce sera un grand jour."

Miroslav Satan (attaquant de la Slovaquie) : "Il nous a manqué quelques minutes. Si nous les avions eues... Peut-être que nous étions trop prudents au début et que nous avions trop de respect pour l'adversaire au premier tiers. Quand nous avons réduit le score, notre motivation et notre confiance se sont accrues. Nous avons élmevé la pression, le Canada a commencé à avoir peur du résultat, et nous avons pris le match en mains. Peut-être que ce n'était pas aussi physiquement exigeant que les play-offs NHL, mais les joueurs sont bien meilleurs. C'est un hockey différent, très rapide. Les deux équipes étaient excellentes tactiquement."

Jan Filc (entraîneur de la Slovaquie) : "Nous savions que tout le monde poussait pour la victoire canadienne, du balayeur aux médias. Nous voulions utiliser cette vaste énergie et en profiter aussi. Les situations qui ont amené les buts canadiens étaient assez malchanceuses pour nous, mais nous avons aussi perdu des palets en zone neutre, et le slot n'était pas aussi propre qu'il aurait dû. Ce sont ces petites choses qui décident des grands matchs. Tout ne se passe comme on le souhaite dans un match important, les joueurs sont sous une énorme pression psychologique qui leur fait commettre des erreurs. Mais ça s'applique aussi aux Canadiens. Après notre deuxième but, ils ont eu de gros problèmes pour nous garder sous contrôle. Nous ne sommes déçus de ne pas avoir pu égaliser. Mais je crois que dans 19 heures, lors du match pour le bronze, nous relèverons la tête."

 

Canada - Slovaquie 3-2 (2-0, 1-0, 0-2)
Vendredi 26 février 2010 à 18h30 à la Canada Hockey Place de Vancouver. 17799 spectateurs.
Arbitrage de Dennis LaRue (USA) et Jyri Rönn (FIN) assistés de Stefan Fonselius (SUE) et Thor Nelson (USA).
Pénalités : Canada 2' (0', 2', 0'), Slovaquie 4' (0', 4', 0').
Tirs : Canada 28 (10, 11, 7), Slovaquie 21 (4, 5, 12).
Engagements : Canada 33 (10, 12, 11), Slovaquie 23 (7, 7, 9).
Évolution du score :
1-0 à 13'30" : Marleau assisté de Weber et Niedermayer
2-0 à 15'17" : Morrow assisté de Pronger et Getzlaf
3-0 à 36'54" : Getzlaf assisté de Perry et Pronger (sup. num.)
3-1 à 51'35" : Visnovsky assisté de Stümpel
3-2 à 55'07" : Handzus assisté de Zednik et Satan


Canada

Gardien : Roberto Luongo.

Défenseurs : Scott Niedermayer (C) - Shea Weber ; Duncan Keith - Drew Doughty ; Chris Pronger (A) - Dan Boyle ; Brent Seabrook.

Attaquants : Eric Staal - Sidney Crosby - Jarome Iginla (A) ; Patrick Marleau - Joe Thornton - Dany Heatley ; Rick Nash - Mike Richards - Jonathan Toews ; Brenden Morrow - Ryan Getzlaf - Corey Perry ; Patrice Bergeron.

Remplaçant : Martin Brodeur (G). Absent : Marc-André Fleury (G).

Slovaquie

Gardien : Jaroslav Halák.

Défenseurs : Zdeno Chára (C) - Andrej Meszároš ; Martin Štrbák - Lubomír Višnovský ; Andrej Sekera - Milan Jurcina.

Attaquants : Tomáš Kopecký - Pavol Demitra (A) - Marián Hossa (A) ; Marián Gáborík - Jozef Stümpel - Žigmund Pálffy ; Richard Zedník - Michal Handzuš - Miroslav Šatan ; Marcel Hossa - Martin Cibák - Branko Radivojevic.

Remplaçants : Peter Budaj (G), Ivan Baranka, Luboš Bartecko. Absent : Rastislav Stana (G).