Épinal - Gap (Ligue Magnus, 25e journée)

Mars, et ça repart !chipauxtarik

Vingt-sept ans que Gap n'a plus gagné dans la Cité des Images. C'était le 27 novembre 1982 (10-6), au temps des Roland Cloutier, Normand Pépin et autres Gilles Durand. Une autre époque, où les "Aigles bleus" jouaient les têtes d'affiches en Nationale A et où le vert régnait en maître à Poissompré...

De ces temps anciens subsistent des souvenirs que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. Parmi tous ces habitués restés fidèles aux Dauphins, beaucoup n'excèdent pas dix ans d'ancienneté à Poissompré. Un public rabougri qui mange son pain noir en suivant les pérégrinations d'une équipe résolument inconstante...

Aux nombreuses défections se sont ajoutées les défaites à répétition. Celle ramenée de Chamonix (2-6) - la neuvième de rang - étant volontiers relativisée par le revers du Mont-Blanc à Strasbourg (4-10) qui officialise la présence d'Épinal en playoffs. Oui, dans les Vosges, on se contente de peu... d'autant que l'ICE revient de loin cette saison. Et ça, Santino Pellegrino le répète à l'envi. Il ne fera donc pas la fine bouche, même si ses troupes sont désormais promises au douzième rang. Valaient-elles mieux que ça ? Avec des si, on mettrait Paris en bouteille...

Toujours est-il que les Dauphins voient doucement le bout du tunnel. Autant par le retour progressif des cadres que par la fin de cette saison pas comme les autres, dont l'épilogue se rapproche avec la venue de Gap.

Exceptés Simko et Mäntylä, les locaux sont au complet... et font presque figure de bêtes-noires. En effet, les Lorrains ont pour eux six ans d'invincibilité à la Blache, avec un dernier succès acquis d'extrême justesse en décembre dernier (4-2). Mais, c'est bien connu, toute série à une fin...

Signe que les Rapaces sont venus sans pression particulière, la titularisation de Jakub Macek au détriment de Ronan Quemener. Le Slovaque, gardien "tout ou rien" par excellence, se montre rapidement digne de la confiance accordée par Svitac lorsque Chassard trouve Leroy, démarqué au second poteau (1e). 

Ça plane pour Gap  

Le jeu rapide est de mise en ces premiers instants et Gap donne un premier aperçu de sa rapidité d'exécution en contre attaque. Et qui dit vitesse dit Charrette. Insaisissable, le lutin canadien vient à se faufiler côté droit pour mieux repiquer vers Tojkander. Suchanek, en deuxième rideau, est là pour enfoncer le clou... avec la bénédiction d'une arrière-garde remarquable de passivité (0-1 à 05'24").

Même privée de sa clé de voûte Milan Tekel, la défense se dresse en obstacle infranchissable pour des "rose et bleu" se fourvoyant dans l'individualisme. Du coup, les Spinaliens se font refouler par des défenseurs consciencieux. On ne l'a fait pas à Matus Luciak, qui a le poke-check facile face à ces solistes invétérés. Idem pour le Québécois Patrice Bilodeau, très présent à sa ligne bleue pour compléter le travail des attaquants. Lesquels ne lésinent pas sur l'échec-avant, à l'instar d'un Rambousek des grands soirs et fermement décidé à ne laisser aucun répit au porteur du palet. Quitte à ne pas faire de voyage à vide. Peter Slovak, secoué dans l'arrondi, l'apprend à ses dépends (10'49")...

La fluidité des accélérations gapençaises contraste avec le déploiement laborieux de Spinaliens en mal de cohésion. Et terriblement prévisibles par dessus le marché, ce qui arrange bien les visiteurs. Sauf qu'un faire trébucher (13'04") du joker Trevor Read change la donne et permet à Jan Hagelberg, en pointe, de claquer un shoot que Macek laisse filer. Jussi Haapasaari, en embuscade, n'en demandait pas tant (1-1 à 14'19").

Ce mauvais but accordé par Jakub Macek ne change pas la physionomie d'un match où la vivacité gapençaise s'accorde à une certaine rigueur défensive. Ce contexte est particulièrement favorable à Rambousek. À surveiller comme le lait sur le feu, le Tchèque réclame une attention constante... ce qui n'est visiblement pas le cas puisqu'il vient à se retrouver seul aux portes de la zone spinalienne. Une erreur fatale car le feu follet s'y reprend à deux fois pour confondre Tojkander (1-2 à 18'51"). Ah oui, l'ICE était en supériorité numérique...

Dispersés façon puzzle, les Dauphins n'arrivent toujours à rien de bon au retour des vestiaires. Plus que jamais leur jeu stéréotypé, basé sur le un contre un, en fait des proies faciles pour des Rapaces toujours prompts à les cueillir en zone neutre. Les locaux restent donc à la merci de contres menés à la vitesse grand V par un Tomas Skvaridlo très dynamique dans son couloir. Le jeune Mathieu André montre même le bout de son nez aux-côtés de cet ex-international junior slovaque dont la carrière, jadis prometteuse, n'a jamais tenu ses promesses.

Le retour de la momie

Rares sont les bagarres en Ligue Magnus même si les gants sont jetés une deuxième fois, cette saison, entre Épinal et Gap. Après que Skvaridlo a mis Quessandier au tapis en moins de deux à l'aller, c'est Slovak qui vient se mesurer à Vidal. Le Slovaque n'est pas à son avantage face au futur (jeune) retraité dans ce pugilat "supervisé" par le trio arbitral (28'19"). Une rixe aussitôt suivie d'un choc laissant Jelen étendu sur la glace (28'29"). Le Tchèque verra du banc l'égalisation spinalienne, consécutive à un retenir d'Erik Bochna (29'12"). Petrak surprenant Macek malgré un angle de tir restreint (2-2 à 29'54").

Oui, les mouches ont changé d'âne et Tojkander se fait Moussier en jouant de la botte face au capitaine haut-alpin, qui se présentait à lui (30'24"). Une parade importante puisqu'une astucieuse passe aveugle d'Haapasaari, dos au but, décale Karlsson au second poteau (3-2 à 32'08"). Plus entreprenants, plus incisifs aussi, les Vosgiens retrouvent du poil de la bête et semblent (enfin) à leur avantage.

Le plus dur est fait mais c'est sans compter sur la ténacité des visiteurs, qui mettent à profit un nouvel avantage numérique. Malgré le renfort d'un Tomi Karlsson retrouvé, le palet ressort ligne de fond sur Julien Correia, qui remise aussitôt sur Jiri Rambousek, étrangement oublié dans le rond d'engagement. Le Tchèque, pas attaqué, a tout son temps pour armer un lancer gagnant à bout portant (3-3 à 36'35"). Comme prévu, Rambousek en met plein la vue à un ensemble lorrain ne profitant même pas des sorties hasardeuses d'un Macek coutumier du fait...

Troisième tiers payant

Bien malin celui qui saurait, à l'entame du dernier acte, de quelle côté la pièce va tomber. Gap frise la correctionnelle sur un changement de ligne mal coordonné, qui permet à Jan Hagelberg de lancer Benoît Quessandier. Problème, le Normand est un défenseur qui n'a rien d'offensif : son tir finit dans la niche (42e). Une erreur qui aurait pu coûter très cher aux Rapaces coupables, dans la foulée, d'une mauvaise relance lourde de conséquence. Pour rattraper Plch, Suchanek se signale d'un repli désespéré (43'24"). Une sanction alourdie d'un surnombre offrant deux minutes de supériorité numérique aux locaux. Du sur-mesure pour Jan Plch, qui décale Guillaume Chassard pour un tir sur réception en pleine lucarne (4-3 à 43'42").

Épinal reprend les devants, mais perd Hagelberg (44'37")... et pousse Gap dans ses derniers retranchements. Macek répond présent à chaque sollicitation, de même qu'un Toj' fastoche sur un tir lointain de Vidal, qu'il saisit au vol (48'03").

Les Rapaces y ont laissé des plumes mais tentent bien un dernier baroud d'honneur. Ce diable de Rambousek prend alors ses responsabilités, amenant lui-même la rondelle aux avant-postes, fort d'une certaine maîtrise technique. Mais voilà, l'ancien de Tabor manque cruellement de soutien. Il ne gagnera pas le match à lui seul...

Le revers raté par Chassard (54e) laisse un peu de sursis aux visiteurs, qui voient néanmoins le temps s'égrener en leur défaveur. Les Spinaliens font ce qu'il faut pour manger l'horloge en gardant le disque en zone offensive. Quitte à payer de leur personne. Jan Plch goûte d'ailleurs à la médecine de Tomas Skvaridlo et Jakub Suchanek, qui le prennent en sandwich contre la balustrade. Vu les gabarits respectifs de Suchanek (1,95 pour 104 kg) et Skvaridlo (1,87 m pour 95 kg), Plch a dû le sentir passer...

Après avoir longtemps retardé la sortie de Macek, l'ICE rate la mise à mort sur une cage vide loupée par Quessandier (59'35"). Skvaridlo, son bourreau du match aller, n'a lui pas plus de réussite en butant, au buzzer, sur Tojkander (59'59").

Au-delà d'une victoire qui ne changera rien au classement, Épinal a stoppé l'hémorragie avec pour seule satisfaction la réaction d'orgueil observée à la mi-match. Des qualités morales qui ont fait défaut ces derniers temps et rassureront à coup sûr Santino Pellegrino quant aux capacités de son groupe à une semaine des playoffs. Pour Gap en revanche, la série noire continue dans les Vosges. Rendez-vous l'an prochain pour, peut-être, briser le signe indien...

 

Épinal - Gap 4-3 (1-2, 2-1, 1-0)
Mardi 2 mars à 20h15 à la patinoire provisoire de Poissompré. 300 spectateurs environ.
Arbitrage d'Alexandre Bourreau assisté de David Courgeon et Matthieu Loos.
Pénalités : 10' contre Épinal (2' + 6' + 2') ; 18' (4' + 10' + 4') contre Gap.
Tirs : 39 (9 + 14 + 16) tirs pour Épinal, 33 (16 + 9 + 8) tirs pour Gap

Évolution du score :
0-1 à 05'24" : Suchanek assisté de Bochna et Charrette (sup. num.)
1-1 à 14'19" : Haapasaari assisté d'Hagelberg et Petrak (sup num.)
1-2 à 18'51" : Rambousek assisté de Cornaire (inf. num.)
2-2 à 29'54" : Petrak assisté de Plch et Chassard (sup. num.)
3-2 à 32'08" : Karlsson assisté d'Haapasaari et Chassard
3-3 à 36'35" : Rambousek assisté de Correia et Bilodeau (sup. num.)
4-3 à 43'42" : Chassard assisté de Plch et Petrak (double sup. num.)


Épinal

Gardien : Henrik Tojkander.

Défenseurs : Jan Hagelberg - Benoît Quessandier ; Peter Slovak - Fabien Leroy ; Yvan Charpentier.

Attaquants : Nathan Ganz - Erwan Agostini - Kévin Benchabane ; Guillaume Papelier (A) - Michal Petrak (A) - Jan Plch (C) ; Jussi Haapasaari - Tomi Karlsson- Guillaume Chassard ; Tarik Chipaux.

Remplaçants : Stanislav Petrik (G), Jonathan Gury. Absents : Niko Mäntylä et Jan Simko (convalescents), Lionel Simon (adducteurs), Anthony Rapenne.

Gap

Gardien :  Jakub Macek [sorti de sa cage à 59'34''].

Défenseurs : Romain Vitali - Patrice Bilodeau ; Alexandre Cornaire - Matus Luciak ; Trevor Read -  Jakub Suchanek.

Attaquants : Tomas Skvaridlo - Mathieu André - Sébastien Vidal ; Jiri Rambousek (A) - Jiri Jelen (A) - Julien Correia ; Jean-Charles Charrette - Erik Bochna - Romain Moussier (C).

Remplaçants : Ronan Quemener (G), Jordy Anglès, Marc Slupski, Jérémy Baridon. Absents : Milan Tekel (poignet), Édouard Outin (clavicule), Kévin Zampa, Romain Guttierez.