Košice retrouve le sourire... et l'espoir

BartosPeterDimanche soir, à l'issue de son match à domicile contre Martin, le HC Košice en aura terminé avec sa saison régulière. Une série de quarante-sept journées que les champions de Slovaquie auront dans l'ensemble mal négocié mais qui, au regard du dernier mois, a été presque parfaitement conclue. On avait quitté les « Oceliari » en plein désarroi mi-janvier ; des résultats en dents de scie, une inquiétante septième place au classement, des supporters en colère et le capitaine Juraj Faith mis à la porte, flanqué de Jaroslav Kmi? et Juraj Kledrowetz, pour une mauvaise conduite toujours inexpliquée. Aujourd'hui, en dépit de deux revers successifs (Slovan dimanche et Skalica hier), les troupes de Rastislav ?ada peuvent se réjouir d'avoir redressé la barre : ils luttent encore pour la troisième place et ont été invaincus dix rencontres de rang depuis la « crise ».

« Nous nous sommes toujours bien entraînés, se défend le capitaine Peter Bartoš. C'était juste une question de temps. Les gars bossent dur à l'entraînement et cela devait bien porter ses fruits un jour. » La patience. On a du mal à croire que la médiocrité des prestations de Košice ne s'explique que par le seul facteur temporel. « Il est vrai que nous avons certainement sous-évalué les premiers matches, concède le natif de Martin. Nous pensions que ça allait revenir automatiquement mais il y a eu du changement dans l'équipe, notamment en défense. Les jeunes n'avaient pas encore cette qualité qu'ils ont désormais et, surtout, ne savaient pas vraiment ce que l'on attendait d'eux. Maintenant ils ont une plus grande confiance en eux et une plus grande expérience. »

À la différence de Slovan Bratislava, le grand rival qui écrase la concurrence cette saison, le HC Košice a très peu remanié ses cadres à l'aube du lancement de l'Extraliga. On ne change pas une équipe qui gagne. Mais qu'en est-il d'une équipe qui perd ? Certains sont partis voler sous d'autres cieux (Miklík, Šimurda), d'autres ont été virés (le coach Tomko et les trois fautifs) et quelques uns sont repartis aussi vite qu'ils étaient apparus sous le maillot bleu marine (Lašák, Höglund). Un manque de stabilité dans le groupe conjugué à une défense fébrile dans laquelle Ján Taba?ek a eu longtemps du mal à initier les « apprentis » Peter Slimák (20 ans) et Radek Deyl (21), voilà effectivement ce qui semble être à l'origine des maux de tête du club de la métrople de l'est pendant plusieurs mois.

Et pour ne rien arranger à l'affaire, il y a eu ce scandale qui a coûté la place à trois cadres de l'équipe, dont Faith, alors capitaine. Le club touche le fond. « C'est difficile de revenir sur cette affaire, affirme Peter, qui était très lié au trio limogé. C'est une chose vraiment désagréable. Elle aurait certainement pu se résoudre autrement mais nous sommes joueurs, nous devons prendre les choses telles quelles sont sans rien pouvoir faire. L'équipe a su surmonter tout ça et montrer qu'elle savait jouer au hockey. » L'atmosphère dans la Steel Aréna devient des plus pourries, les fans font grève de soutiens le 17 janvier dernier contre Skalica avant de conspuer ceux qui étaient jadis leurs chouchous.

« Ces sifflets ont chagriné les joueurs, se remémore le vice-champion du monde 2000. J'estime que les vrais supporters devraient être derrière leur équipe dans n'importe quelle situation. Quand ils commencent à la huer, c'est déplorable. Moi, ça m'a vraiment surpris car le groupe ne méritait pas du tout ces sifflets. Les gars n'ont jamais rien négligé. » Cependant, l'électrochoc a bien agi. Martin (0-3), Žilina (6-0) et Nitra (8-0) ont été les premières victimes du réveil des champions. « Július Hudá?ek est revenu dans les cages, poursuit le capitaine, et nous avons alors démarré une bonne série, nous avons gagné trois matches sans prendre de but. Ça nous a botté le cul. Positivement. Mais je ne crois pas que ces huées aient eu quelque incidence dans nos résultats. »

Après un temps d'adaptation plus ou moins long, les recrues font désormais partie intégrante du groupe. Parmi eux, Róbert Tomík, champion du monde 2002 et transfuge du Dukla Tren?ín, a parfaitement pris ses marques dans l'attaque de Košice et est devenu l'un des joueurs les plus productifs de la formation. Mais, outre le mercenaire slovaque (quinze clubs dans sa carrière), Dušan Andrašovský ou bien Peter Huba confirment peu à peu toutes les attentes placées en eux. « Ce sont tous des joueurs de qualité, confirme Ba?a (« le berger », son surnom en slovaque). Ce n'est jamais simple de jouer à Košice où on te demande toujours le maximum. Mais, pour moi, quand quelqu'un a été bon quelque part, il sera aussi bon ailleurs. C'est ce qu'ils sont en train de démontrer. »

0498La mascotte du club peut désormais danser sans crainte du ridicule dans les travées de la Steel Aréna et ameuter les foules comme pendant l'âge d'or. Contre Zvolen le 17 février, l'autre formation en verve du moment, puis contre Liptovský Mikuláš quatre jours plus tard, un drapeau géant aux couleurs du club est déplié dans le kop des « Steelers », les fans purs et durs du HC Košice. À la fin de ces deux rencontres, synonymes respectivement de huitième (3-1) et dixième (8-2) victoires, les joueurs se retrouvent au centre de la glace et commencent à saluer l'audience laquelle, à la différence d'il y a encore peu, reste dans les tribunes pour partager la joie collective. Preuve que tout le monde s'est réconcilié. « C'est certain que l'atmosphère s'est améliorée, se réjouit l'attaquant Rudolf Huna. Tout le monde y contribue, des joueurs au staff technique, en passant par les masseurs et les supporters. »

L'ailier gauche compose avec Bartoš, Stanislav Gron et Richard Jen?ík, ce que l'on peut appeler les « quatre mousquetaires » du HC Košice, présents depuis au moins trois ans au club et qui ont par conséquent connu avec lui les deux dernières finales d'Extraliga. Et, comme l'an passé, celui qui compte dix-huit sélections en équipe nationale est le meilleur buteur et pointeur de son équipe. « Je suis évidemment heureux de marquer des buts, avoue-t-il avant de tempérer. Mais cela reste le succès de toute une équipe, pas d'une individualité. Nous sommes cinq sur la glace et chacun se dépouille pour les autres. Certes, parfois un joueur peut exceller en particulier, mais ce sera toujours grâce au travail préalable des quatre autres. »

Quoi qu'il en dise, Huna est l'arme principale de Košice. Avec 24 buts et 49 points à ce jour, il figure parmi les attaquants les plus inspirés du championnat, et c'est seulement Žigmund Pálffy qui l'empêche d'être en tête des bilans pour l'exercice précédent. À l'heure de se lancer dans les play-off, le canonnier sait que la performance moyenne des siens sur la saison régulière n'exclut pas de réelles ambitions pour la suite. « On sait ce qui nous attend en play-off, des matches difficiles, et c'est pour cela que chacun fait son travail à 100 %, prévient-il. Je suis sûr que si on joue comme maintenant, on a des chances de bien faire. Il faut juste qu'on oublie nos galères, qu'on ait l'esprit tranquille et que l'on prenne nos responsabilités. »

Et Slovan dans tout ça ? Le club de la capitale paraît imbattable cette saison et vient de confirmer la différence de niveau qui le sépare de Košice dimanche en battant les « Oceliari » par deux buts à rien. « Oui, c'est un fait, Slovan joue très bien cette saison, et ce depuis le début du championnat. Ils ont parfois été mis en difficulté mais ils ont toujours réussi à inverser la tendance ou gagner après les prolongations. Cependant, avec les play-off commence une nouvelle compétition et l'on y visera la meilleure place possible. Slovan ou pas. » Pas question donc pour le HC Košice de faire un complexe d'infériorité face à l'ogre, encore moins pour Rudolf qui défend par ailleurs son statut d'aîné familial. Ses deux frangins, les jumeaux Róbert et Richard, font en effet depuis septembre les beaux jours des Danubiens. « On ne peut pas dire que l'on soit rivaux, mais c'est vrai que ça arrive de se chambrer parfois, rigole le plus vieux de la fraterie. Il y a toujours une certaine tension entre joueurs de Košice et Bratislaviens et cela se répercute un peu sur nous. Mais eux ont l'avantage d'être deux. »

Huna_Vrostek

Si, chez les Huna, chacun mouille le maillot avec responsabilité, leurs coeurs, quant à eux, battent pour le MHk Liptovský Mikuláš où le trio, natif de la région, a fait ses débuts. « À la maison, on croise les doigts pour que le club ne descende pas en première ligue, déplore Rudolf. C'est utopique  mais on y croira jusqu'au bout. » Michal Grman arrive par hasard au moment même où son coéquipier évoque la situation de la lanterne rouge. Lui aussi vient de Mikuláš. « Ils ont eu des problèmes de gestion d'argent, explique le défenseur à la barbiche. Des sponsors se sont retirés cet été. C'est dommage car le club avait effectué une belle saison l'an passé en terminant cinquième de la phase régulière. » De fil en aiguille, les deux compères évoquent leurs souvenirs sous les Tatras et la présence du plumitif les rappelle au bon souvenir de Ján Plch. « Tu le connais peut-être, questionne Grman. Il joue en France, à... euh... Comment ça s'appelle déjà... Ah, oui, Épinal ! C'est un bon pote à nous, on a joué ensemble à Mikuláš. »

L'entretien s'arrête là-dessus, Huna et Grman prenant congé pour aller se faire masser. Tandis que Peter Bartoš troque ses patins pour ses baskets et s'en va suer un coup en tournant autour de la patinoire, les autres s'étirent dans l'immense vestiaire de la Steel Aréna devant un écran plat qui repassent les meilleures actions du match olympique République tchèque - Slovaquie (3-1). On pourrait presque voir en ces débuts ratés un parallèle avec le HC Košice. À Vancouver aussi, l'équipe nationale n'avait plus la faveur des pronostics...