Gap - Grenoble (Ligue Magnus, 26e journée)

Le champion pris dans les serres du Rapace

Voilà, nous y sommes. La dernière journée de la ligue Magnus promet une belle affiche du côté de la patinoire Brown-Ferrand. Une belle affiche car au vu des précédents matchs, Gap a toujours tenue la dragée haute aux presque voisins grenoblois. N'oublions pas non plus l'enjeu de ce soir ; la 4e place pour Grenoble et la 10e pour Gap sont encore envisageables. Pour cela il faudra surveiller le résultat de Villard-Amiens qui oppose justement le 4e et le 10e. Et pour cette affiche opposant les deux capitales alpines, les supporters sont venus en nombre avec notamment une cinquantaine de Grenoblois. Petite pointe de nostalgie, c'est également l'un des derniers matchs dans la patinoire telle quelle, les travaux approchant à grands pas, avec cette semaine l'annonce de l'entreprise qui sera en charge de réaliser le nouveau stade de glace. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour assister à une belle soirée de hockey.

Un score vierge mais un tiers engagé

C'est sur un rythme endiablé que les deux formations se décident à aborder la rencontre. Les Brûleurs de loups sont surpris par le punch des Rapaces qui prennent leur chance dès qu'elle se présentait. Romain Moussier ouvrait le bal en touchant le poteau gauche de Fehri. Grenoble riposte presque immédiatement mais Jakob Milovanovic touchait, lui, la base du montant de Quemener, déjà chaud. Ni Fleury, ni Tartari, et encore moins Nilsson ne parviennent à tromper la vigilance des Haut-Alpins. Une période qui se déroule sur une cadence élevée, sans que les secteurs offensifs respectifs ne trouvent la faille. Même la double infériorité des Rapaces ne profite pas aux Grenoblois, peu dangereux lors de cette phase de jeu. Le premier tiers se termine ainsi sur le score de 0-0, un tiers dominé par Grenoble dans le jeu sans pour autant clouer le bec à des Rapaces combatifs et volontaires, tranchant nettement avec l'attitude de samedi dernier contre Amiens.

La situation se débloque

Au retour de la première pause, Grenoble s'attend peut-être à voir les Rapaces piquer du nez d'un point de vue physique. Les espoirs Correia et André au repos, Svitac a remodelé ses lignes. Ainsi Tomas Skvarildo est aligné sur la première ligne, en remplacement de Correia, aux cotés des deux incontournables Jiri, Rambousek et Jelen. Sur la troisième ligne, déjà handicapée par la blessure d'Outin, les jeunes Slupski et autres espoirs se relayent aux cotés du vétéran (enfin pas si vieux que ca) Vidal.

L'intensité et le rythme sont toujours au rendez-vous, Grenoble domine toujours légèrement, bute sur un excellent Quemener qui permet à Gap de rester au contact et de se montrer tout aussi dangereux. Ainsi le trio tchéco-slovaque creusait une première brèche dans l'arrière-garde des Brûleurs de loups. Sur une poussée de Rambousek, bien servi par Jelen, Skvaridlo s'y reprend à deux fois pour loger le palet au-dessus de l'épaule de Fehri, gêné par le trafic (1-0, 30'32"). La patinoire est en folie, sauf dans le clan grenoblois nettement refroidi. Cependant les Rapaces euphoriques ne prenaient pas le temps de savourer. Ainsi la Team Québec relance les offensives, Charette décale Leblanc-Bilodeau qui sert la fusée Skvaridlo, qui efface ses vis-à-vis grenbolois et dépose finalement le palet dans la lucarne iséroise (2-0, 32'36"). Le chaudron de La Blâche exulte de nouveau.

Coté grenoblois, c'est la stupeur. Mais attention aux loups blessés. Deux minutes plus tard, le nid des Rapaces est refroidi par Fleury qui slalome dans la défense locale pour réduire le score (2-1, 34'21). Le kop grenoblois reprend espoir, La Blâche se calme. Et quand Milovanovic de loin trompe Quemener à cinq minutes de la fin du tiers, la tendance au niveau des tribunes est totalement inversée. Ce deuxième tiers se termine sur ce score de parité (2-2) somme toute assez logique.

Un troisième tiers haletant

Il restait donc vingt minutes aux Grenoblois pour aller chercher la victoire. D'autant plus qu'à l'annonce de la victoire de Villard, les supporters grenoblois pouvaient plus que jamais espérer. Espérer que leurs favoris soient plus motivés que jamais pour décrocher une qualification directe en quart de finale, et espérer une baisse de régime gapençaise. Gap finira bien par craquer, pense-t-on assez logiquement. Et Gap apparaît en effet plus fébrile, moins prompt à relever le défi physique imposé par les Brûleurs de Loups. Dans un premier temps, les Rapaces contiennent. Mais si leur fraîcheur physique diminue, leur volonté n'est pas altérée. Ils profitent ainsi de contres pour s'illustrer avant de prendre les devants. Le premier bloc répond présent : Jelen transperçe le rideau, Skvaridlo fixe Fehri et Rambousek pousse le palet au fond de la cage. Le chaudron gapençais rentre en ébullition (3-2, 47'33).

Grenoble joue désormais avec son avenir proche. Il faut marquer pour emmener au moins les Rapaces en prolongation. Mais voilà, si c'est simple à dire, c'est beaucoup plus difficile à mettre en application. Surtout quand un drôle d'oiseau se nommant Ronan Quemener livre une nouvelle fois une prestation de haut vol. Chaque attaquant grenoblois qui tente sa chance est invité à revenir ultérieurement. Manavian bute sur la jambière, Fleury pense égaliser mais le grand écart de Quemener l'en dissuade. Nilsson pense redonner l'espoir aux siens quand le cerbère baisse la garde, mais c'est sans compter sur Bochna, qui, sur la ligne, supplée son gardien. L'ambiance monte encore d'un cran, on peut entendre le prénom de Quemener scandé par mille personnes, et les diffrents chants en l'honneur des Rapaces.

Quemener assailli tient bon, il faut trouver une solution et vite. Grenoble repart à l'assaut. Voyant son équipe plus que dominée, Svitac prend très intelligemment un temps mort à 57'37, visant ainsi à casser le jeu et donner quelques consignes défensives. Le temps presse, Mats Lusth prend à son tour son temps mort. Et lorsque Fehri rejoint son banc à une minute et demie du terme pour offrir une supériorité aux Grenoblois, Jelen intercepte le palet dans sa zone, le transmet à Skvaridlo quis'allonge sur la glace pour servir Rambousek. Celui-ci, suivi par deux défenseurs, assomme presque définitivement les Brûleurs de loups d'un revers précis (4-2, 59'16"). La Blâche ose à peine y croire ! Qui l'aurait parié ? Pas grand monde assurément.

Mais en face, ce n'est pas n'importe qui, c'est Grenoble, champion en titre, et vainqueur de tous les trophées l'an dernier. Et en bon champions qu'ils sont, les Grenoblois repartent à l'attaque, toujours à six. Quemener est pilonné et doit céder devant le tir de Rouleau (4-3, 59'44). Plus que 16 secondes. Seize longues, très longues secondes. Remise en jeu, Ferhi n'est toujours pas dans sa cage, va-t-on revivre un scénario semblable à la finale des JO ? Grenoble va-t-il arracher la prolongation ? Plus que 14 secondes, Grenoble s'installe en zone offensive, mais le palet est intercepté par la défense, Gap joue la montre... La sirène retentit enfin, explosion de joie, chants et applaudissements à tout rompre, Gap a gagné !

Gap s'impose donc au bout du suspens contre les Brûleurs de loups. Non, Grenoble n'a pas déjoué, et a même été certainement meilleur au point de vue du jeu. Oui mais voilà, dominer n'est pas gagner. Un Quemener en état de grâce qui confirme ce soir sa bonne saison, une attaque opportuniste, un bon Skvarildo (impliqué sur les quatre buts) et un septième homme en folie auront suffi aux Rapaces pour s'imposer. Grenoble peut nourrir des regrets, surtout au vue du résultat d'Amiens chez le voisin et ami villardien. Grenoble termine cette saison régulière à la cinquième place, et s'en ira défier les Dauphins d'Épinal dans la cité des Images ce mardi. Pour Gap, statu quo également, mais la saison est d'ores et déjà réussie et cette victoire la termine en apothéose. Mardi pour les play-off, réception des Pingouins, une équipe qui a plutôt bien réussi aux Rapaces.

Sont nommés meilleurs joueurs de la rencontre Ronan Quemener pour Gap et Ludek Broz pour Grenoble. À noter aussi que Quemener remporte le "Rapace d'or", c'est-à-dire le joueur chouchou du public. Il met ainsi fin au règne de Jiri Rambousek. Les Grenoblois, fair-play, saluent le public et son kop, les joueurs de Gap savourent, en voilà une belle soirée de hockey. La vénérable Blâche aura connu une nouvelle fois de grandes émotions.

 

Gap - Grenoble 4-3 (0-0, 2-2, 2-1)
Samedi 6 mars à 20h30 à la patinoire Brown-Ferrand. 1158 spectateurs.
Arbitrage de Damien Velay assisté de Guillaume Gielly et Adrian Popa.
Pénalités : Gap 8' (4', 2', 2'), Grenoble 6' (2', 2', 2').
Évolution du score :
1-0 à 30'32" : Skvaridlo assisté de Rambousek
2-0 à 32'36" : Skvaridlo assisté de Bilodeau et Charette
2-1 à 34'21" : Fleury assisté de Tartari et Rouleau
2-2 à 39'55" : Milovanovic assisté de Dufour et Tartari
3-2 à 47'33" : Rambousek assisté de Skvaridlo et Jelen
4-2 à 59'16" : Rambousek assisté de Skvaridlo et Jelen (cage vide)
4-3 à 59'44" : Rouleau


Gap

Gardien : Ronan Quemener.

Défenseurs : Alexandre Cornaire - Patrice Bilodeau ; Milan Tekel - Matus Luciak ; Trevor Read -  Jakub Suchanek.

Attaquants : Jiri Rambousek (A) - Jiri Jelen (A) - Julien Correia [puis Skvaridlo à 20'] ; Jean-Charles Charrette - Erik Bochna - Romain Moussier (C) ; Tomas Skvaridlo [puis Jonathan Piras en alternance avec Alexis Dicharry à 20'] - Mathieu André [puis Marc Slupski à 20'] - Sébastien Vidal.

Remplaçants : Jakub Macek (G), Romain Vitali, Marius Christofoli, Jérémy Baridon, Kévin Zampa. Absent : Édouard Outin (clavicule).

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi [sorti de 59'08" à 59'16" et de 59'32" à 60'00"].

Défenseurs : Antonin Manavian - Jason Crossman ; Alexandre Rouleau - Jakob Milovanovic ; Vincent Llorca.

Attaquants : Nicolas Arrossamena - Martin Jansson (A) - Anders Nilsson ; Jean-François Dufour - Christophe Tartari (C) - Damien Fleury ; Mitja Sivic - Ludek Broz (A) - Julien Baylacq.

Remplaçants : Anthony Koren (G), Elie Raibon. Absents : Viktor Wallin (appendicite), Sébastien Raibon (doigt cassé), Loup Benoît (épaule), Raphaël Papa (acromio-claviculaire), Maxime Moisand (déchirure musculaire), Nicolas Besch (genou).