Épinal - Grenoble (Ligue Magnus, premier tour des play-offs, match 1)

Tranquille comme Grenoble

chassard_guillaumeCe n'est pas un hasard si la douzième place - celle d'Épinal - est la moins enviée de toutes. Bien sûr, l'ICE échappe aux barrages, ce qui n'avait rien d'évident quatre mois auparavant, lorsque Santino Pellegrino débarquait. L'Italo-Canadien, s'il a réussi sa mission de sauvetage, n'aura pu rattraper le temps perdu et effacer le passif laissé par son prédécesseur, Tommy Andersson.

La course poursuite s'est transformée en course à handicap lorsque les blessures se sont ajoutées aux soucis d'infrastructures. Un parcours chaotique qui a laissé des traces, affectant à la fois le physique et le mental d'une équipe n'ayant démontré son potentiel qu'avec parcimonie. Quoi qu'il advienne de cette série, cette saison 2009/10 laissera une profonde frustration à tous les suiveurs du hockey spinalien.

Les mêmes qui, aujourd'hui, craignent pour la longévité de leurs protégés dans ces playoffs. Et pour cause, c'est de Grenoble qu'ils ont hérité. Rien de moins que le champion de France en titre, réduit à disputer ce tour préliminaire. Un favori n'ayant jamais eu son destin en main cette saison et qui, en s'inclinant à Gap (3-4), n'a pas su profiter du coup de pouce de son voisin villardien, large vainqueur d'Amiens (7-0).

Quoi qu'il en soit, Patrick Rolland, l'entraîneur adjoint, ne voit que du positif à ce "tour de chauffe", idéal, selon lui, pour garder le rythme et réintégrer les blessés. Problème, les Besch et autres Wallin ne sont toujours pas rétablis. Des absences qui annulent celles, côté spinalien, Niko Mäntylä et Lionel Simon. Jan Simko, annoncé forfait, est finalement de la partie.

Santino Pellegrino n'est pas défaitiste pour autant. Il sait que ses troupes sont capables de tout. Dans un bon soir, elles peuvent tenir la dragée haute aux meilleurs, comme à Pôle Sud le 2 février dernier (3-4 a.p.). Elles peuvent également sombrer face à n'importe qui... Grenoble y compris (0-5 le 26 janvier). Deux rencontres significatives de l'inconstance maladive dont a fait preuve Épinal cette saison.

Mentalement défaillante ces derniers temps, l'ICE doit donc retrouver toute sa force de caractère pour déjouer les pronostics. Et par la même frustrer ses adversaires, comme le voudrait Pellegrino. Ce dernier insistait sur la nécessité de fermer le jeu pour gêner le déploiement grenoblois. Mais voilà, du tableau noir à la glace blanche, de la théorie à la pratique, cela ne se passe pas toujours comme prévu...

 

À l'impossible nul n'est tenu

Tout avait pourtant bien commencé avec une résistance s'organisant devant Tojkander et une première pénalité, née d'un contre mené par Plch et Petrak (03'01"). Une supériorité numérique qui ne donne rien malgré le feu nourri sur Ferhi, un grand gardien (à tous les sens du terme) qui monte traditionnellement en puissance lors des phases finales.

En face, Henrik Tojkander a désormais l'exclusivité devant le filet. Las de ronger son frein, Stan Petrik va en effet rejoindre Neuilly pour y disputer, dès vendredi, les barrages en qualité de "joker médical". De toute façon, Pellegrino ne comptait plus sur lui...

Le Suédois est surtout chanceux de voir le cadre se dérober devant Julien Baylacq, qui avait pourtant fait la différence (7e). Ce qui n'est pas toujours le cas d'un ensemble grenoblois certes maître du palet, mais avant tout incapable de concrétiser sa domination territoriale. Ce n'est pourtant pas faute d'essayer, à l'image d'un trio Dufour-Tartari-Sivic constamment remuant et bien appuyé par la clairvoyance de Rouleau en sorties de zone. C'est à peine si l'on remarque l'absence de Damien Fleury, remplacé par un Mitja Sivic partageant la même vivacité. Ni dit-on pas : si vite... Sivic ? D'ailleurs, si le compartiment offensif est remanié, la défense est quant à elle toujours décimée. Antonin Manavian prend du coup ses responsabilités et fait le métier aux côtés du jeune Vincent Llorca.

Et les Dauphins dans tout ça ? Eh bien les locaux sont loin de faire de la figuration et démontrent une belle réactivité en contre-attaque. Cette débauche d'énergie laisse toutefois craindre pour la suite des événements d'autant que Peter Slovak, touché au genou, doit prématurément quitter ses coéquipiers. Une tuile dont Pellegrino se serait bien passée et qui contraint Papelier et Haapasaari à venir dépanner à l’arrière...

Des buts aux bons moments

Vu l'incapacité des siens à trouver l’ouverture, Mats Lusth décide alors d'associer, le temps d'une présence, Ludek Broz aux Suédois Anders Nilsson et Martin Jansson. Un choix judicieux puisque le Tchèque est à l'origine d'une action conclue par Jansson, qui trouve le relais de Nilsson côté droit, et s'enfile dans l'axe et expédier un plomb sous la barre (0-1 à 18'39"). Grenoble ne pouvait pas choisir meilleur moment pour ouvrir le score…

Assommés, mais pas découragés, les "rose et bleus" laissent néanmoins filer ce diable de Jansson côté gauche, pour un tête à tête repoussé du bouclier par Tojkander (22'35"). La défense, coupable sur ce repli, devient vulnérable le temps d'une charge trop appuyée d'un Fabien Leroy désespérément approximatif (24'29"). Une pénalité aux allures de siège, où l'incapacité spinalienne à se dégager vaut bien l'impuissance iséroise sur jeu placé. Ce n'est en revanche pas la même musique lorsque le jeu s'accélère et Baylacq met les voiles pour s'amener aux avant-postes et dégainer en pleine lucarne (0-2 à 26'55"). Tojkander en est resté pantois.

La maîtrise collective des Brûleurs de Loups est évidente dans ce tiers médian, où les Vosgiens n'ont plus grand chose à se mettre sous la dent. Reste la propension qu'à Jan Plch, en bon capitaine, à se créer ses propres occasions, comme ce slap tutoyant le montant gauche d'Eddy Ferhi (31e).

Si un fort sentiment de déjà-vu anime cette rencontre, quelques paramètres ont changé depuis le 26 janvier dernier. Comme le retour du "magicien Broz", plutôt effacé car affecté à ce troisième bloc très juvénile, où l'association Crossman-Moisand ne dépareille pas. Qu'importe, le maître à jouer tchèque n'a pas à forcer son talent, laissant aux inséparables Nilsson et Jansson le soin de titiller Tojkander.

La "der des der" ?

La dernière des Dauphins devant leur courageux public, réduit ce soir à peau de chagrin, risque d'être la « der des der » pour de nombreux cadres de l'équipe. En effet, "radio patinoire" annonce un exode sans précédent, ou presque, dans les semaines à venir. Mais avant qu'une page ne se tourne, les Lorrains se doivent d'être à la hauteur. Une dernière fois. Pour tous les irréductibles qui sont venus, malgré les défaites, malgré ce hangar réfrigérant, malgré tout, et qui attendent avec une impatience non dissimulée la fin d'une saison pas comme les autres. La fin d'une "saison de m...", tout simplement...

Si leurs protégés n'ont pas toujours été à la hauteur ces six derniers mois, ils n'auront pu gripper les rouages d'un adversaire trop bien organisé. Grenoble n'a donc plus à s'inquiéter mais ne baisse pas sa garde pour autant. En effet, que peut faire un Benchabane, tout combatif qu'il soit, face à un Milovanovic ?

Julien Baylacq paraît loin de ces considérations. La révélation grenobloise de la saison est là, pour prendre le retour d'un shoot de Broz et s'excentre pour se jouer d'un Tojkander livré à lui-même, glissant au passage son revers sous la barre (0-3 à 46'08"). Guillaume Chassard, imparablement décalé au second poteau, sauve l'honneur des siens (1-3 à 46'42") et prive Eddy Ferhi d'un second blanchissage dans la Cité des Images.

Tranquille comme Baptiste, le champion en titre peut alors gérer à sa convenance. Si leur confiance, claironnée avant la rencontre, pouvait paraître présomptueuse, les Brûleurs de Loups ont tenu leur rang et bien mené leur affaire. Laissant du coup peu d'espoirs à leurs hôtes, passablement démobilisés, qui devront sortir le grand jeu vendredi à Pôle Sud. Et encore, pas sûr que cela suffise...

Le public spinalien n'a pas toujours ressenti l'intensité caractéristique aux matchs de playoffs. Il ne se fait même plus aucune illusion. Le rideau est tombé en cette glaciale soirée, sur le parking de Poissompré. Le temps d'une dernière ovation. Le temps d'un au-revoir pour certains. D'un adieu pour (beaucoup ?) d'autres...

Commentaires d'après-match (dans L'Équipe) :

Patrick Rolland (entraîneur-adjoint de Grenoble) : "Épinal s'est montré très agressif en première période, mais nous avons su laisser passer l'orage. Eddy Ferhi a réalisé les arrêts qu'il fallait et nous avons marqué à des moments clés."

 

Épinal - Grenoble 1-3 (0-1, 0-1, 1-1)
Mardi 9 mars 2010 à 20h15 à la patinoire provisoire de Poissompré. 300 spectateurs environ.
Arbitrage d'Alexandre Hauchart assisté de Benjamin Gremion et Yann Furet.
Pénalités : Épinal 6' (0' + 4' + 2') ; Grenoble 10' (2' + 4' + 4').
Tirs : Épinal 26 (9 + 9 + 8) ; Grenoble 37 (6 + 16 + 15).
Évolution du score :
0-1 à 18'39" : Jansson assisté de Nilsson et Broz
0-2 à 26'55" : Baylacq assisté de Tartari et Jansson
0-3 à 46'08" : Baylacq assisté de Broz et Manavian
1-3 à 46'42" : Chassard assisté de Petrak et Plch


Épinal

Gardien : Henrik Tojkander [sorti de sa cage à 59'23"].

Défenseurs : Jan Hagelberg - Fabien Leroy ; Benoît Quessandier - Peter Slovak [puis Jussi Haapasaari] ; Guillaume Papelier (A).

Attaquants : Guillaume Chassard - Michal Petrak (A) - Jan Plch (C) ; Jan Simko - Tomi Karlsson - Nathan Ganz ; Jussi Haapasaari [puis Kévin Benchabane] - Erwan Agostini - Tarik Chipaux.

Remplaçants : Stanislav Petrik (G), Yvan Charpentier, Jonathan Gury. Absents : Lionel Simon, Niko Mäntylä, Anthony Rapenne (tous convalescents).

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Antonin Manavian - Vincent Llorca ; Alexandre Rouleau - Jakob Milovanovic ; Jason Crossman - Maxime Moisand.

Attaquants : Nicolas Arrossamena - Anders Nilsson - Martin Jansson (A) ; Mitja Sivic - Christophe Tartari (C) - Jean-François Dufour ; Elie Raibon - Ludek Broz (A) - Julien Baylacq.

Remplaçant : Anthony Koren (G). Absents : Damien Fleury (raisons personnelles), Viktor Wallin (appendicite), Nicolas Besch (genou), Raphaël Papa, Sébastien Raibon, Loup Benoît.