Ján Pardavý : « Nous sommes attendus au tournant »

0523A Banská Bystrica, haut-lieu de la résistance slovaque pendant la Seconde Guerre Mondiale, les « Béliers » passent à l’attaque avec dans la ligne de mire l’Extraliga et son dictateur, le Slovan Bratislava, qu’ils ont d’ailleurs battu mardi à l’occasion du choc au sommet de l’ultime journée de la saison régulière (4-3 tab). Mais, en attendant de recroiser le fer avec le club de la capitale pour des enjeux d’une autre importance, les hommes de Milan Staš (ancien joueur puis entraîneur de Megève dans les années 90), deuxièmes du classement, devront d’abord mettre hors circuit Nitra (7e) dès samedi à l’occasion du premier tour des play-offs.

Qui l'eût cru ? Promu dans l'élite du hockey slovaque l'an dernier, le HC'05 Banská Bystrica endosse déjà le rôle de trouble-fêtes cette saison. Le budget est petit, certes, mais le coeur, tout comme l'appétit, est gros sur les bords du Hron. Si Vladimír Országh, champion du Monde 2002, et Branislav Jánoš ont quitté le navire en cours de route (le premier a arrêté sa carrière à cause d'un genou récalcitrant, l'autre est parti à Tren?ín pour l'appat du gain), l'effectif actuel est toujours aussi séduisant : Tomáš Bulík, Richard Bauer, Michal Dian (qui a fait les beaux jours de Clermont-Ferrand puis des Ducs de Dijon) et Miroslav Hlinka (doré à Göteborg avec la Slovaquie), pour ne citer qu'eux, chaperonnent une horde de jeunes natifs du coin.

Sans oublier le plus fameux de tous, Ján Pardavý. Le capitaine des « Rouges », double titulaire du titre national avec le Dukla Tren?ín, a décidé d'apporter dans la métropole de la Slovaquie centrale son immense expérience et ainsi contribuer à la réussite de ses nouvelles couleurs depuis deux saisons. Le meilleur pointeur (86) et buteur (42) de l'Extraliga 1996/1997 se livre sur son nouveau club, les play-offs à venir et son heureuse longévité.

Depuis la 35e journée et la défaite à domicile contre Spišská Nová Ves (1-2, le 10 janvier), vous connaissez une surprenante perte de vitesse, avec seulement quatre succès en onze journées. Est-ce dû à un inquiétant passage à vide ou à un relâchement volontaire, Slovan étant déjà inaccessible et les autres clubs assez loin de vous au classement* ?

En ce qui concerne ce relâchement ou cette baisse de forme – c'est un peu des deux –, j’ai tendance à croire qu’il faut en trouver la cause du côté du calendrier du championnat. Depuis le nouvel an, on joue seulement deux fois par semaine, le vendredi et le dimanche, au lieu de trois les mois précédents. Parfois on joue même seulement le vendredi, ce qui fait très peu de matches. Il est difficile dans ce cas de garder le rythme. On a peut-être aussi laissé filer quelques rencontres par perte de motivation ; on ne pouvait plus rattraper Slovan et nous étions sûrs à 99% de terminer deuxièmes de la saison régulière. C'est ce qui peut expliquer en partie cette série de mauvais matches.

Pardavy_1vBanská Bystrica avait réalisé auparavant une série de treize victoires. Comment avez-vous vécu cette vague de succès ?

Cette série de treize victoires a revêtu un caractère extraordinaire car cela fait deux ans à peine que le club est en Extraliga. Treize victoires de suite, même pour un groupe expérimenté, ça représente beaucoup. Nous en avons bien profité et nous voulions poursuivre cette série le plus longtemps possible. Mais il y a eu cette défaite contre Košice devant notre public (ndlr : 4-7 le 11 décembre 2009) et la spirale s’est rompue. Ces victoires ont constitué le moment-clé de notre saison car elles nous ont permis d’emmagasiner de la confiance, de collectionner un maximum de points et ainsi nous mettre la deuxième place dans la poche.

Quel est votre avis sur ce championnat ?

L'Extraliga est cette année très indécise dans la mesure où deux équipes descendent et une autre joue les barrages pour se maintenir. N'importe qui peut battre n'importe qui. Slovan m'a énormément et agréablement surpris, ils ont renouvelé les cadres rapidement. Leur style de jeu m'a aussi épaté. L'entraîneur, Antonín Stavja?a, que je connais bien pour l’avoir fréquenté à Tren?ín, a une part primordiale dans cette réussite. Il a apporté de nouveaux éléments dans le jeu. Simple, rapide et solide.

Avec quelles ambitions abordez-vous les play-offs ? Vous faites désormais partie des favoris...

Nous avions terminé huitième de la saison régulière et nous étions par conséquent la dernière équipe qualifiée pour les play-offs. Nous n’avions rien à perdre en quart-de-finale contre Košice qui avait, à l’instar de Bratislava cette saison, dominé le championnat jusqu’ici. Au final, même si nous nous sommes arrêtés à ce stade de la compétition, nous avons réalisé d’honnêtes performances (ndlr : 4-1 sur l’ensemble de la série). La situation est complètement différente cette année. Eu égard à notre deuxième place, on va aborder le premier tour des play-off dans la peau du favori. Mais, en fait, ce sera du 50-50 et ce quelque soit notre adversaire, Nitra, Poprad ou Skalica. On sera attendu au tournant, il faut qu’on se mette bien ça en tête pour ne pas être surpris. J’espère que l’on tiendra le coup car ce qu'on veut, c'est d'aller le plus loin possible.

Quelle est l’ambiance dans le groupe ?

Je suis ravi qu’il y ait une bonne atmosphère dans les vestiaires et qu’il y ait des joueurs de caractère dans ce groupe. Depuis deux saisons que je suis ici, il n’y a jamais eu un moment perturbateur et, lors des matches, c’est clairement visible que les gars s’aident mutuellement. Pour moi, c’est une équipe parfaitement composée.

Comment assumez-vous le rôle de capitaine ?

J’avais déjà occupé cette fonction auparavant et je savais donc de quoi il en retournait. En Slovaquie, c’est quelque chose de spécial ; le capitaine communique avec les dirigeants, avec l’entraîneur et s’intéresse surtout aux problèmes de jeu, ce qu’il faut résoudre sur la glace. S’il y a des soucis avec les finances, quand les primes traînent à arriver par exemple, c’est à moi que les joueurs s’adressent pour arranger la situation. Ce n’est pas forcément agréable mais je suis conscient de ce rôle et je fais avec. Et je le ferai toujours comme je le fais maintenant.

Vojtek_Biro_DianQue pouvez-vous nous dire sur Tomáš Bulík avec qui vous formez la paire d'attaquants la plus productive du championnat (ndlr : 109 points et 50 buts à eux deux) ?

Tomáš m'a énormément surpris lorsque je suis arrivé à Banská Bystrica l'an dernier. Il se cache derrière lui un grand potentiel. Nous jouons ensemble depuis deux saisons et j’ai pu me rendre compte à plusieurs reprises qu’il a le pouvoir de peser sur un match, de décider de son issue finale. Il est jeune (ndlr : 25 ans), je lui prédis un grand avenir. S'il continue sur cette lancée et s'il travaille intelligemment, il doit devenir un futur cadre de la sélection nationale. J’estime même qu’il a d’ores et déjà sa place pour les prochains championnats du monde.

Vous êtes leader du classement des buteurs** et vous accompagnez Žigmund Pálffy (Skalica) et Arne Kroták (Poprad) dans l'attaque rêvée de l'Extraliga selon le sondage réalisée par le hokejportal.sk en janvier. Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?

Que je sois en tête du classement ne signifie rien pour moi. Vous savez, à 38 ans, je n’ai plus vraiment l’âge pour prêter une grande importance au nombre de buts que je peux inscrire. J’œuvre surtout pour les bons résultats de l’équipe. Bien entendu, j’y contribue en marquant plus ou moins de buts mais j’accorde plutôt de la valeur à ceux qui permettent de décider de l’issue d’un match au lieu de la quantité. Et de toute façon, ça reste toujours le mérite de l‘équipe.

Vous jouez à Banská Bystrica depuis que le club évolue en Extraliga. Pourquoi avez-vous quitté votre club maternel, Tren?ín, pour le promu Bystrica ?

Je suis ici depuis deux saisons et c’est une situation particulière pour moi qui n’ai joué en Extraliga que pour le Dukla Tren?ín, le club de ma ville natale. Jamais je ne me serais imaginé un jour évoluer ailleurs en Slovaquie. Les choses ont fait que Tren?ín a été confronté à des problèmes d’argent, il y a eu un manque de communication et les rapports humains se dégradés. A la fin de la saison 2007/2008, je me suis demandé ce qu’il fallait faire et j’ai reçu une offre de Banská Bystrica. Je connaissais déjà bien Vlastimil Plavucha, le manager général, et après plusieurs négociations, nous sommes tombés d’accord. Je suis parti de Tren?ín le cœur lourd mais je pense que c’était pour moi la meilleure alternative. Je ne regrette en rien aujourd’hui ma décision.

Que retenez-vous de la première saison du club en Extraliga ?

Cela faisait longtemps que Banská Bystrica n’avait pas joué à ce niveau. Et puis, quelques saisons seulement avant l’accession, le club a même connu des problèmes financiers, les résultats sportifs étaient presque catastrophiques. Alors, quand il est monté en Extraliga la saison dernière, il y a une sorte d’euphorie. Mais lorsqu’un club se positionne durablement dans l’élite, cette euphorie disparaît et les gens n’attendent plus que les résultats.  L’an dernier, ça a vraiment été génial, j’ai pu profiter de cette atmosphère sereine. Tout s’est bien passé, les spectateurs nous ont parfaitement soutenus jusqu’aux play-offs. Et sportivement, notre mission était plus remplie puisque nous visions le maintien.

0519Vous êtes l’un des meilleurs attaquants de l’histoire de l’Extraliga (ndlr : 235 buts inscrits) mais également de la sélection nationale (120 matches, 45 buts). Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Je peux avant tout me montrer satisfait d’avoir été épargné par les blessures. J’en ai eu quelques unes mais jamais de graves. J’ai ainsi pu jouer au moins 50 matches chaque saison et toujours me concentrer sur le jeu. C’est un avantage indéniable pour réussir une longue et belle carrière. J’ai joué en Slovaquie, en République tchèque, en Suède, en Finlande et en Russie...  Je ne n'ai pas à me plaindre. J’espère que je vais garder cette forme encore au moins deux ans et que je vais toujours tenir le coup par rapport aux jeunes.

Vous avez représenté la Slovaquie lors des Jeux Olympiques de Nagano (1998) et de Salt Lake City (2002). Quels souvenirs en gardez-vous ?

Mes souvenirs olympiques sont à la fois bons et mauvais. Avec le recul, je réalise à quel point c’est un grand et magnifique évènement. Mais d’un autre côté, c’est une compétition que nous avons toujours raté. D’abord parce que notre système de jeu était médiocre et aussi peut-être parce que la Slovaquie était désavantagée lors de ces deux éditions. La façon dont s’est déroulée la compétition à Vancouver me paraît la plus juste dans la mesure où chaque sélection disputait au moins quatre rencontres. J’ai d’excellents souvenirs des autres épreuves auxquelles j’ai assisté mais je suis presque horrifié quand je repense à notre hockey. Nous avons déçu beaucoup de personnes en Slovaquie et le retour au pays n’a pas été agréable. Pour moi, les Jeux Olympiques auront toujours ces deux facettes, la bonne et la mauvaise.

Vous étiez donc membre de la sélection olympique slovaque en 2002 quelques semaines seulement avant le titre mondial obtenu à Göteborg ? Pourtant, vous n’avez pas obtenu le titre mondial…

J'ai fait partie de la sélection slovaque à chacune de ses sorties pendant cinq ans, y compris pour les grands évènements que sont les Jeux et les Mondiaux. En 2002, j’évoluais sous les couleurs du club suédois Djurgården et je me suis efforcé de me préparer seul avec une méthode spécifique. À Salt Lake City, on a été éliminé en quart-de-finale. Il me restait un mois avant le début des championnats du monde à Göteborg. Quand j’ai rejoint l’équipe nationale, quelque chose ne tournait pas rond lors des séances d‘entraînement. Je ne me sentais pas à mon aise. Je m’étais surentraîné et j’étais complètement sur les rotules. Je m’étais foutu en l’air tout seul comme un grand ! Alors j’ai dit aux entraîneurs que je n’avais pas à être dans l’équipe car je n’avais rien à lui apporter. Et les gars sont repartis avec la médaille d’or autour du cou. Je les ai soutenus, j’ai croisé les doigts pour que la Slovaquie aille le plus loin possible, mais ça a été très difficile d’un point de vue personnel. J’aurais pu être là-bas, me réjouir d’être de la partie et surtout devenir champion du monde. Mais c’est de mon canapé que j’ai suivi tout ça !

Est-ce le plus grand regret dans votre carrière ?

Je regrette bien évidemment de ne pas avoir gagné la médaille d'or. Mais, d'un autre côté, je sais apprécier chaque moment de mon parcours sportif, comme avoir fait partie de l'équipe qui a remporté la médaille d'argent à Saint-Pétersbourg en 2000, la première pour le hockey slovaque. C'est surtout cela que je retiens, c'est ce qui a le plus de valeur pour moi. Je n'étais pas à Göteborg, c'est un fait, mais je le prends désormais avec le sourire.

Comment voyez-vous votre vie après votre carrière de joueur ?

Je conçois ma vie avec le hockey, c'est pour cela que j'ai passé ma licence B d'entraîneur. Je vais voir si cela va m'épanouir. Je vais également tenter d'avoir la licence A afin de pouvoir m'occuper d'une équipe senior. Je pense que ça me conviendrait mieux. Le travail avec les enfants est exigeant, je n'ai pas forcément envie d'être un bon psychologue en plus du rôle de coach.

Vous serez toujours à Banská Bystrica l'an prochain ?

Je ne sais pas encore. Je me décide chaque année en été. J'ai une préparation estivale individuelle, seul à la maison. Je me concerte avec ma femme et mes enfants puis je décide alors où je vais jouer, ce qui sera le meilleur pour ma carrière. À la fin du mois de juillet, je signerai un contrait soit à Bystrica soit à Tren?ín, ou même quelque part ailleurs. Je voudrais jouer encore deux saisons si la santé me le permet. Quand j'aurai quarante ans, je déciderai si je veux encore jouer, si j'ai encore à jouer, si je veux encore m'affliger et subir tout ce stress. Quoi qu'il en soit, je veux jouer le plus longtemps possible.

 

* Interview réalisée le 24 février 2010. Banská Bystrica a depuis gagné tous ses matches, soit une série de cinq victoires.

** Avec 28 réalisations (soit une de plus que Pardavý), Marek Bartánus (Liptovský Mikuláš) a pris les commandes du classement à deux journées de la fin de la saison régulière.

Remerciements : František ?íha, Milan Staš, Ján Pardavý, Veronika Kladeková.