Montpellier - Nice (Division 1, 26e journée)

Leçon numéro 1: Ne pas vendre la peau de l'ours. Les billets du 10 avril étaient presque déjà imprimés, les invitations presque lancées. Certains joueurs pouvaient même faire des plans sur la comète pour le nombre de points susceptibles de s'ajouter à leur compteur.

Il faut dire que le paysage s'y prêtait. Patinoire pleine, seule vraie satisfaction de la soirée, une équipe de Nice décimée, entre départs, blessures, suspensions. Une formation azuréenne lestée de sept défaites qui arrivait à Végapolis sans pression, en minibus, comme une victime expiatoire.

Un observateur attentif aurait constaté le déséquilibre manifeste entre une défense quasi au complet et une attaque des plus réduites. Dés lors, le schéma était simple pour les Aigles : profiter des moindres failles de la défense locale pour marquer et résister avec un dispositif défensif au jeu simple et dépouillé. Le banc de Stan Sutor pouvait immédiatement exulter (00'34). Un palet perdu par les Vipers était récupéré par Marcel Ulehla qui remontait la bande pour aller loger directement le palet dans le haut du filet.

Peu après, le défenseur Sylvain Roy écopait d'une pénalité (1'20), on allait voir si l'exercice seyait aux Vipers. Tâtonnements, approximations dans le placement, hésitations dans la décision, tout pouvait être mis sur le dos d'une interruption de quinze jours dans cette première supériorité numérique. Ayant échoué, mais sûrs de leur forces, les Vipers allaient se ruer sur la cage de celui qui allait devenir "Saint" Skoggard. On voyait ainsi se présenter les pointeurs de l'équipe pour des tirs le plus souvent sur le gardien et toujours en ordre dispersé, c'est-à-dire en solitaire. Rien pour faire trembler le dispositif défensif des Niçois.

Lorsque les Aigles se retrouvaient à nouveau en infériorité (08'17), on pouvait y croire. Mais non, comme sur un mur de pelote basque, toute tentative des Vipers était systématiquement renvoyée ou absorbée et gelée sous le gant sûr du gardien suédois.
Heureusement, la première pénalité aux Vipers (12'40) ne donnait pas non plus aux Aigles le loisir d'accroître leur avance. Le problème était que les deux autres pénalités aux Niçois ne donnaient pas lieu à réjouissances pour les Héraultais.

Leçon numéro 2: en hockey, le gardien c'est 50% de l'équipe. Quelle meilleure preuve que cette prestation du gardien Peter Skoggard qui avait mis les snipers Vipers au bord de la crise de nerfs. De nouveau, les pénalités allaient pleuvoir sur les Niçois en début de tiers-temps. Marcel Ulehla (21'40) et Aurélien Macon (24'02) donnaient aux Vipers l'occasion de faire basculer un match dont les 1200 spectateurs attendaient qu'il démarre enfin pour les locaux.

Même si l'indigence du je de puissance semblait un peu s'amenuiser avec des combinaisons dignes de ce nom, l'efficacité, elle, restait soigneusement en retrait. La faute à une défensive impeccable et concentrée et un gardien bien dans son match, qui frustrait l'un après l'autre ceux qui avaient espéré en une soirée porte ouverte. La faute aussi, à une maladresse qui allait peu à peu miner les esprits.

Mickaël Mahaut (28'40) allait mettre en évidence les faiblesses des Vipers en cette soirée de printemps. Ayant transité par Thomas Bottone et Sylvain Roy, le palet arrivait à l'attaquant niçois, qui filait plein centre pour passer au milieu de pas moins de trois Montpelliérains pour se présenter seul devant les cages d'un Fabrice Agnel incapable de s'opposer à la feinte qui allait conforter l'avance niçoise.

Une fois de plus, les Vipers réagissaient par ce qu'ils ont eu de pire en ce match, une propension à aller à la cage adverse tout seuls, sans même lever un oeil sur un partenaire. Partenaire de plus en plus difficile à trouver tant ceux qui voyaient leur coéquipier partir ne les suivaient pas, bien convaincus de ne jamais être sollicité. C'était "au bonheur des défenseurs". En effet, ceux-ci n'avaient plus qu'à contrôler un seul porteur, souvent au centre glace, pour annihiler toutes les attaques.

Leçon numéro trois: dominer n'est pas gagner. Cette maxime sportive se vérifie quotidiennement. En ce samedi soir, elle a pris toute sa signification entre des Vipers stériles campant dans la zone adverse et des Aigles concentrés et déterminés.

Cette quatrième place, dont l'importance tient surtout à une qualification à obtenir lors d'un match retour à domicile, échappait aux Vipers en ce début de tiers-temps. En effet, en Aquitaine, les Bordelais avaient mis à mal les Scorpions de Mulhouse (4-0) et passaient devant les Vipers, les faisant glisser en cinquième position. Désormais, seule la victoire ou la prolongation pouvaient maintenir les Vipers à la quatrième place.

L'entame du tiers voyait une action confuse sur la cage des Niçois et des Montpelliérains qui réclamaient un but que l'arbitre balayait de ses deux bras écartées. Au festival de flops offensifs allaient s'ajouter des pénalités de frustration pour les Vipers. Jérôme Catil puis Quentin Garcia allaient s'asseoir au banc des punitions et donnaient aux Aigles la possibilité de quelques tirs aux buts sur le gardien des locaux. Le reste du match n'étant qu'un copié collé des autres tiers-temps.

Un éclair (57'45) allait donner une lueur d'espoir, l'espoir d'un hold up de fin de match. Un tir lâché des cercles aboutissait comme miraculeusement dans la lucarne, vierge jusque là, de Skoggard. La ruée des joueurs sur Laurent Vaissaire pour réclamer l'attribution des points donnaient dans l'ordre, Kamil Vavra, Erik Rosén et Vilhelm Aman.

Aussitôt, Stan Sutor demandait son temps mort, sûrement pour prévenir avec ses joueurs l'évidente prochaine sortie du gardien montpelliérain, pour tenter le surnombre et l'égalisation. Mais, pour sortir un gardien, encore faut-il le pouvoir, c'est à dire que le jeu se transporte en zone défensive adverse. Jamais, les Vipers n'allaient pouvoir s'y installer. Mieux, Robert Pospisil offrait aux Niçois une supériorité (59'23) qui les mettaient à l'abri.

Rideau sur le dernier match du championnat régulier dont la qualité ne s'est pas démentie, avec ces derniers matchs à suspens. Les Aigles, dont on avait dit en présentation de match qu'ils avaient le sens de l'honneur pouvaient quitter la compétition la tête haute. Chapeau.! Un peu plus loin dans la Drôme, les Phenix donnaient le dernier coup de rein en tirs aux buts et se donnaient le droit d'un rendez vous infernal à Bocquaine le 10 avril, contre les Vipers.
Le match perdu fait très mal aux Vipers. Outre un classement décevant, ceux-ci devront se priver du soutien de Végapolis pour le deuxième match des 1/4 de finales qui aura finalement lieu en terre champenoise le 10 avril. Il leur faudra aussi reconstituer une confiance en vrille qui fait désormais d'eux des challengers très incertains.
Bien entendu, il ne faut pas jeter avec l'eau du bain d'un dernier match perdu, le bébé qui a permis aux Vipers de traverser honorablement la saison, mais, dans l'optique d'une qualification en demi finales, la tâche s'est singulièrement compliquée pour les hommes de Lionel Bilbao.


Montpellier - Nice 1-2 (0-1, 0-1, 1-0).
Samedi 27 mars 2010 à 19h30 à Végapolis. 1 202 spectateurs.
Arbitrage de Laurent Vaissiaire assisté de Nicolas Barbez et Frédéric Peurière.
Pénalités : Montpellier 10' (2', 2', 6'), Nice 12' (8', 4', 0').
Évolution du score :
0-1 à 00'34" : Ulehla
0-2 à 28'40" : Mahaut assisté de Bottone et Roy
1-2 à 57’45" : Vavra assisté de Rosen et Åman