Bordeaux - Mulhouse (D1, 26e journée)

Lassalle_XabiL'état de grâce !

Ce dernier match de la saison régulière revêt une certaine importance pour les deux équipes. Si les Mulhousiens ne peubent plus ni gagner, ni perdre de place au classement, ils sont là pour se remettre dans le rythme après un week-end off. L'occasion est également donnée à Mickaël Gasnier d'entrer définitivement dans la peau d'un gardien titulaire puisque Christer Eriksson semble lui avoir donné sa confiance pour la fin de saison. Comme le désire le coach suédois de Mulhouse "peu importe l'adversaire, je veux voir mon équipe en configuration play-off". Car si la question de l'adversaire revient dans les discussions de couloirs, c'est parce qu'à l'heure actuelle, l'adversaire désigné pour les quarts-de-finale serait les Boxers de Bordeaux !

Et pour ces Bordelais, les enjeux sont également multiples. Là aussi, il s'agit d'entrer en mode play-off, tout en n'étant pas certain de la place définitive au classement. Une victoire bordelaise couplée à des défaites de Reims et Montpellier permettraient aux Boxers de grimper à la quatrième position. Pour les locaux, ce match est également l'occasion de ne pas réitérer la piètre performance du match aller (blanchis 7-0) où ils n'avaient pas vu le jour. Pour ce faire, fait rarissime, les hommes de Stéphan Tartari sont au complet et ça n'est que la quatrième fois de la saison que cela se produit (réceptions de Deuil/Garges, Caen et Nice). Et pour couronner le tout, les Boxers ont pu s'entraîner normalement durant toute la semaine, sans la moindre occultation ordonnée par Jean-Michel Jarre ou Oui-Oui et le cadeau surprise (rien que le titre, ça fait froid dans le dos !). Finalement, ces deux circonstances ne se rencontrant que rarement, on va enfin pouvoir connaître le vrai visage des rouges et noirs. Même si lors de la déroute du match aller les Boxers avaient dû se passer de leur seconde ligne d'attaque (Carignan, Courally, Lafrancesca, rien de moins…), les observateurs locaux ne sont guère enclins à l'optimisme avant le début de la rencontre.

Néanmoins, les Scorpions ne se facilitent pas la tâche, rien que dans l'organisation de leur déplacement. Si Christer Eriksson est arrivé la veille avec le matériel (et en a profité pour jeter un coup d'œil à l'entraînement des Boxers), les joueurs, eux, ont atterri à l'aéroport à 16h20 le jour du match… Arrivés une demi-heure plus tard à la patinoire girondine, ils ne leur restaient plus qu'une petite quarantaine de minutes pour s'échauffer et s'équiper… Quelques étirements, un ou deux mouvements d'accélérations, et c'est parti pour un tour sur la glace… Pas vraiment l'idéal… Pourtant, vu le fort vent qu'il y a ce jour là, certain visiteur alsacien n'hésite pas à prévoir une "tempête nommée Scorpions"…

Gadoury_KevinMaintenant que le décor est planté, le match peut commencer. Et on sait que le début du match peut être déterminant. En effet, s'il reste un excellent gardien, Gasnier semble avoir quelques soucis depuis le début de la saison avec le premier shoot qui finit (trop) souvent au fond de ses filets. Mais ce coup-ci, pas de problème, la première banderille, plantée par Xabi Lassalle, se présente sous la forme d'un tir excentré directement dans le plastron qui n'inquiète pas le portier Mulhousien. La réputation de Bordeaux n'étant plus à faire, les Scorpions ne prennent pas de risques, ne voulant pas prendre le risque de subir la furia que les Boxers ont souvent tendance à mettre dans leurs débuts de parties.

Si la partie est animée sur la glace, elle l'est tout autant dans les tribunes. Le public bordelais a répondu présent à l'appel de son équipe et ce sont plus de 2000 spectateurs qui poussent leur équipe. Mais en face, une vingtaine d'Ultras Mulhousiens, équipés de grosses voix, de confettis et d'un très joli bob au motif vichy font de la concurrence aux tambours de Mériadeck !

Néanmoins, sur le glaçon, ce sont les Bordelais qui sont omniprésents. Avec une grande intensité, ils remportent la très grande majorité des duels, vont gratter dans tous les coins, effectuent des sorties de zone variées et précises et portent constamment le danger devant les buts mulhousiens. La fébrilité défensive des visiteurs est pour le moment compensée par un solide Gasnier. Mais les Boxers font aussi parfois preuve de naïveté ou d'un manque de lucidité devant le but. C'est notamment le cas lorsque Savage parvient à chiper le palet à un Gadoury désorienté. Le Québécois s'avance mais son tir est trop peu puissant pour inquiéter le gardien adverse. Finalement, ce sont les Scorpions qui manquent d'ouvrir le score… contre leur camp ! Forsberg, derrière son but, manque totalement sa relance qui vient frapper l'arrière de la jambe de Gasnier ! Heureusement celui-ci était suffisamment collé à son poteau pour éviter le pire… En retournant, Forsberg esquisse un sourire nerveux vis-à-vis de sa bourde, mais il est très vite rappelé à l'ordre par la soufflante que son coach lui adresse…

Finalement, les Scorpions parviennent à rentrer au vestiaire avec un score vierge, ce qui n'est pas un mince exploit. On craint alors que les Boxers aient manqué leur chance une nouvelle fois en ne concrétisant pas une domination totale sur le jeu… Mais en face, on n'a pas l'air bien rassuré non plus, les visiteurs ont eu chaud, et il ne s'agit pas là d'une expression… Il faut voir les hommes du grand froid, Ruokamo et Forsberg, se vider des pipettes entières sur la tête pour se rafraîchir… Alors, certes, la patinoire de Bordeaux est chauffée mais il est également possible que les Scorpions soient un peu asphyxiés par l'intensité du premier vingt.

Wiart_MickaelReste à voir comment va se dérouler la suite du match et notamment cette deuxième période, souvent fatidique aux Boxers. Si la fin de la pénalité de Lambert ne permet pas aux Scorpions de s'installer, ils ont très vite une seconde opportunité quand Boubé est pénalisé d'un cinglage indiscutable. À ce moment là, on ressentait comme une légère inquiétude dans l'air… Si les locaux commencent à multiplier les fautes d'indiscipline, cela va inexorablement relancer la machine visiteuse. Mais pour le moment, il n'en est rien, si les Scorpions se font plus pressants, ils ne parviennent pas à inquiéter réellement Burnet. Ils perdent même beaucoup de temps en se mettant à quatre sur un Nicolas Mariage qui avait décidé de leur confisquer la rondelle… La pénalité est tuée et les Boxers reprennent leur marche en avant.

Jan Majer?ák lance une première fois à côté des buts mais le puck est bien vite récupéré par les locaux. Il revient à nouveau sur le défenseur slovaque qui s'avance et fusille à mi-distance d'un tir puissant au dessus de l'épaule opposée de Gasnier et ce malgré la présence de trois joueurs mulhousiens autour de Majer?ák (1-0, 24'30"). En trois ans, c'est la première fois que le portier alsacien (anciennement à Gap) encaisse un but face aux Boxers ! Le signe indien serait-il brisé ?

Dans la foulée, Larrieu grapille un palet sur une mise en jeu, remet derrière à lui pour Mickaël Wiart qui arme et décoche son tir ! Celui-ci est visiblement dévié par quelque chose car il prend une trajectoire en feuille morte. Gasnier, masqué au début de l'action, ne peut pas réagir sur ce palet qui semblent voler de façon totalement autonome pour finir par ricocher sur le dessous de la barre et finir sa course derrière la ligne de but (2-0, 27'17"). C'est le premier but de Wiart cette saison et c'est tout le banc bordelais qui le félicite ! Celui-ci, accablé de petites frappes amicales sur son casque parvient tout de même à dire "c'est comme ça et puis c'est tout !" avec un grand sourire, signe de sa fierté à avoir réussi un aussi joli coup !

Grenier_DaveLa machine bordelaise est toujours parfaitement huilée alors que celle de leur adversaire semble connaître de grosse ratée… Alors que le public pousse de plus belle, les Boxers continuent de se porter facilement à l'avant tant leurs relances sont limpides. Wiart, à la pointe, décale Grenier sur la droite. Il s'avance et une fois à proximité du but décale Larrieu, plein centre et mystérieusement seul, qui trompe une nouvelle fois Gasnier (3-0, 29'31"). Cinq minutes et une seconde, voilà ce qu'il a fallu aux Boxers pour marquer trois buts à un homme contre qui il n'avait jamais marqué en quatre-vingt-neuf minutes ! C'en est visiblement trop pour le coach Eriksson qui évince alors son gardien (normalement titulaire) pour le remplacer par Marc-André Martel… Trois buts encaissés, sans grande responsabilité, pour se faire remplacer, on peut comprendre la mine fermée qu'affiche Gasnier sur le banc… C'en est trop également pour les supporters mulhousiens qui pour la seule fois de la partie semble entamer une minute de silence en mémoire de leur équipe, en plein marasme ce soir…

Si ce changement de portier réveille un peu les ardeurs alsaciennes, cela ne suffit pas pour les transcender. Pendant ce temps, les Boxers continuent d'aller de l'avant, de donner du rythme, d'étouffer l'adversaire… Ils sont en train de réaliser leur meilleur match de l'année, c'est sûr, même depuis plus longtemps c'est certain ! Mais il s'agit de tenir le coup et de ne pas partir à l'abordage dans tous les sens en oubliant les fameux fondamentaux ! C'est dans ce sens que Stéphan Tartari prend son temps mort à deux minutes trente de la fin de cette période. Car si Pérez aime se porter aux avant-postes, il faut compter sur Burnet pour assurer les arrières. Gadoury en contre se retrouve avec Boubé sur le dos mais mystifie ce dernier en effectuant un 360° (sans Salchow, ce qui ne lui permet pas d'obtenir un 6.0) qui se termine par un tir que Burnet capte bien.

Dans les couloirs comme dans les tribunes, tout le monde est un peu incrédule devant la partition magistrale que les Boxers jouent ce soir… Le premier tiers-temps avait été le plus abouti de la saison mais le deuxième a encore monté d'un cran. On a atteint à ce moment-là l'apogée de ce que les Boxers savent faire : un jeu léché, construit, porté vers l'avant mais sans négliger la défensive, voilà la philosophie prônée depuis des années par Stéphan Tartari et qui aboutit ce soir à ce match parfait…

Enfin, parfait, c'est pour le moment ! Les Boxers ont encore vingt minutes à jouer. Et ils commencent cette ultime période de la saison régulière en double avantage ce qui leur permettraient de tuer définitivement la rencontre. Il n'en sera rien et Martel n'aura qu'à contrôler les tentatives de Carignan puis de Cadren pour assurément prouver qu'il était bien rentré dans son match. Mais les Bordelais ne baissent pas le pied : s'ils se montrent moins dangereux, c'est surtout parce qu'ils veillent à préserver leur avance. Finir les charges, presser le porteur du palet, retour du troisième homme, rien n'est négligé et tout tourne à merveille… Pour clôturer le spectacle comme il se doit, Lafrancesca s'enfuit vers le but dans les dernières secondes, enrhumant au passage Gadoury, pour tromper Martel en break (4-0, 59'32"). Cela faisait quelques minutes que la Ola était lancée dans les travées de Mériadeck mais là, les chants, les cris, les applaudissements sont ahurissants ! Tout le monde prend conscience que le match parfait peut exister et qu'il a eu lieu ce soir ! Il y a tellement de bruit que Nicolas Mariage n'entend plus ses coéquipiers qui lui crient de "shooter" après avoir éliminé Martel et devant une cage grande ouverte !

Tromeur_MaximilienLes Boxers terminent la saison sur un blanchissage, le seul de la saison, et ce face à un adversaire de très grande qualité. Néanmoins, les Bordelais ont su élever leur niveau de jeu. Chaque joueur a joué sans faute, à son niveau optimal. Quand tout se combine si bien, que le gardien ne bronche pas, que la défense fait son job et que l'attaque est à un tel niveau de volonté, quand tout marche dans le bon sens, quand toutes les consignes sont respectées (shifts courts, pressing, sorties de zone, etc…), quand tout arrive en même temps, on peut alors parler d'état de grâce.

Un peu plus tard dans la soirée, on apprend la défaite de Montpellier face à Nice. Et si Reims s'inclinait dans la Drôme ? Cela changerait la face des play-offs et réconforterait un peu les Mulhousiens, finalement peu enclin à revenir sur Bordeaux le week-end prochain. Poussés jusqu'aux tirs de pénalité, il a fallu attendre, attendre (et actualiser sa page internet toutes les demi-secondes !) pour connaître le résultat et voir les Phénix s'imposer au bout de la nuit… Cette victoire signifie donc que les Boxers vont rester à la sixième place et vont devoir affronter de nouveau les Scorpions.

Un duel qui promet d'être passionnant. Car si les Boxers ont "bouffé" leur adversaire ce soir, nul ne doute que les Mulhousiens reviendront dans un tout autre état d'esprit la semaine prochaine. Si les Bordelais ont puisé dans leur volonté de revanche pour sortir ce match quasi-irréel, ce sont les Alsaciens qui reviendront habités de ce sentiment. Mais quel impact psychologique le match de ce samedi aura sur le prochain ? Comment Christer Eriksson va gérer la délicate position de ses gardiens ? Les Boxers étaient-ils sur un nuage ou sont-ils capables de réitérer la même performance ? Si ça, ça ne vous met pas l'eau à la bouche, si ça ne vous donne pas envie de vérifier ça par vous-même dans les travées de Mériadeck, j'en bouffe mon calepin !

 

Bordeaux – Mulhouse 4-0 (0-0, 3-0, 1-0)
Samedi 27 mars 2010 à 18h15 à la patinoire de Mériadeck. 2200 spectateurs.
Arbitrage de Marc Mendlowictz assisté de Charlotte Girard et Guillaume Barthe.
Pénalités : Bordeaux 26' (2', 6', 8'), Mulhouse 22' (2', 8', 12').
Tirs : Bordeaux 30 (9, 11, 10), Mulhouse 27 (5, 8, 4).
Engagements : Bordeaux 29 (11, 10, 8), Mulhouse 22 (8, 12, 2).

Évolution du score :
1-0 à 24'30" : Majer?ák assisté de Savage et Lassalle
2-0 à 27'17" : Wiart assisté de Larrieu
3-0 à 29'31" : Larrieu assisté de Grenier et Wiart
4-0 à 59'32" : Lafrancesca assisté de Savage et Grenier (inf. num.)

 

Bordeaux

Gardien : Christophe Burnet.

Défenseurs : Dave Grenier – Mickaël Wiart ; Cyril Boubé – Jan Majer?ák (A) ; Grenier [ou Majer?ák] – Christophe Pérez ; Alexandre Boirie.

Attaquants : Jean-François Savage (A) – Xabi Lassalle – Raphaël Larrieu (C) ; Alexandre Carignan – Nicolas Courally – Gautier Lafrancesca ; Cyril Lambert, Romain Horrut, Vincent Cadren, Nicolas Mariage.

Remplaçants : Arthur Ramonatxo (G), Thomas Giraudau, Jill Cauly. Absent : Julien Leclerc (retraite).

Mulhouse

Gardien : Mickaël Gasnier puis Marc-André Martel à 29'31".

Défenseur : Roman Jasko (A) – Maximilien Tromeur ; Lars Forsberg – Domen Vedlin ; Yann Marez – François Delisle.

Attaquants : Romain Pierrel – Jens Eriksson – Oli Ruokamo ; Mathieu Gadoury – Julien Aubry (C) – Jure Stopar ; Vincent Bringuet – Adrien Dufournet – Lucas Tremellat ; Maxime Mathieu – Mathieu Bidoli – Anthony Pernot.