Le président d'Annecy démissionne

Richard Golaz, président du club d'Annecy dont l'équipe première entraînée par Jean-François Bonnard vient de descendre en D2, a remis sa démission. Voici la déclaration publique qu'il a faite à son comité directeur en début de semaine.

L’année dernière le club d’Annecy a fait une mauvaise saison, tant sportive que financière. Cette année c’est encore pire ! Autant on aurait pu croire à une erreur ou à un accident l’année dernière. Cette année, je considère que c’est de l’incompétence.

Je pourrais crier ma colère, ma rage et mon désespoir contre tous et tout le monde. Contre la mairie qui n’a pas tenu ses promesses, lors d’un 31 décembre 2009, contre la communauté d’agglomération qui ne juge pas important de nous donner plus de glace au mois d’août, contre certains sponsors qui nous ont abandonné sur paysage de crise, contre l’équipe qui n’a jamais su jouer à son niveau, contre le coach qui a confondu discipline et totalitarisme, contre certains dirigeants qui ont été plutôt laxiste, contre les adhérents qui ont une vision périphérique de leur sport se limitant au vestiaire de leur progéniture, contre les spectateurs qui sont entre 500 à 600 à chaque match mais qui ne sont que 150 à payer le spectacle, contre ces pseudos supporters qui ne savent que cracher leur venin sur les sites sportifs... Mais je ne le ferais pas. Je ne suis pas du genre à trouver des excuses ou des prétextes à cet échec.

Il y a une quinzaine d’années j’avais discuté avec un grand chef d’entreprise qui m’expliquait : « Quand une entreprise a des difficultés, quand une armée perd une bataille, quand une équipe sportive n’atteint pas ses objectifs, ce n’est jamais la faute de mauvais soldats, mais toujours la faute de mauvais généraux. »

Je suis le général en chef de cette association et je suis responsable de ces résultats pitoyables.

J’aurais dû être plus politique avec la mairie et leur expliquer que les jeunes sont toujours mieux dans un cadre sportif que dans la rue. La ville d’Annecy n’est pas encore une ville de vieux et doit revoir toute sa politique sportive. J’ai cru que cela allait se produire avec le tour de France et les JO de 2018 ! Mais c’était une erreur.

J’aurais dû insister auprès de la communauté d’agglomérations, insister pour expliquer que pour faire des championnats de première division, il faut se préparer sérieusement. Avoir la glace le 16 août ne nous permet pas d’être efficace dès le début du championnat, sans parler des multiples blessés qui ont affaibli cette année l’ensemble de l’équipe. Nous avons une patinoire magnifique, mais rester dans une organisation de gestion des équipements sportifs datant de trente ans semble obsolète.

J’aurais dû prendre mon bâton de pèlerin pour chercher de l’argent auprès des partenaires, leur faire comprendre qu’il faut honorer la population de la ville par un devoir citoyen.

J’aurais pu remotiver l’équipe en recrutant quelques joueurs pour pallier les défections des six blessés. J’aurais pu tempérer le coach en lui expliquant de gérer une équipe de joueurs amateurs différemment que des professionnels.

J’aurais dû motiver les dirigeants pour qu’ils m’aident à pérenniser le club.

Je n’ai jamais réussi à faire comprendre à nos adhérents que le sport ce n’est pas seulement l’équipe de leur bambin, mais qu’il y a un club auquel appartient leur enfant qui leurs donne une identité, une image, une discipline et des valeurs personnelles et collectives qui n’existent plus ailleurs.

J’aurais pu expliquer aux spectateurs qui ne payent jamais que c’est un devoir pour eux de participer financièrement aux spectacles auxquels ils assistent. Les joueurs, les arbitres, les médecins coûtent de l’argent, et c’est mettre en péril leur sortie du samedi soir par des resquilles systématiques.

Quant aux pseudos supporters, leur expliquer que tout a changé, que le niveau de la première division a carrément évolué aurait été un travail titanesque et j’ai abandonné assez vite ce labeur.

Tout cela est de ma faute et je n’ai pas été à la hauteur de ma charge. Je suis trop fier pour pouvoir accepter cette défaillance.

Dire que cela me fait plaisir ?... Non, cela m’arrache le cœur, mais j’aime trop ce sport qui n’est pas le mien, j’aime trop mon club, j’aime trop ma ville, pour ne pas avouer ma responsabilité. La passion n’exclut pas la raison et la raison voudrait que je démissionne.

En ce qui concerne la fédération, vous comprendrez qu’il serait incohérent et irresponsable de diriger le hockey national au sein du comité directeur de la fédération alors que je n’ai pas été capable de gérer mon propre club.

J’ai voulu diriger le hockey avec passion et j’ai appris à mes dépens que l’authenticité des sentiments n’est pas un véritable bouclier.

Nous sommes relégués en D2, J’ai failli à ma mission et je vous donne ma démission.

Richard GOLAZ

(Ceci est valable pour la présidence du club de hockey, du comité directeur de la section hockey, du comité de gestion de la patinoire, du comité directeur des sports de glace, du comité directeur de la fédération française de hockey sur glace)