Montpellier - Reims (Division 1, quart de finale aller)

Une des conséquences de la défaite devant Nice était de mettre le match aller des 1/4 de finales devant les plus grosses affiches sportives (handball - football - rugby) en plein week-end Pascal. 765 spectateurs étaient quand même au rendez vous.

Nouvelle saison, dit on, des play-offs. Sans doute, puisque les Rémois se présentaient tous cheveux et barbes teints, dans la tradition. Côté Vipers, de timides tentatives capillaires étaient à mettre à l'actif des joueurs de Lionel Bilbao. Heureusement, sous les casques, il n'y paraissait plus et on pouvait croire que les deux équipes seraient dotées de la même motivation.

On avait laissé les Vipers face à l'énigme Skoggard, gardien intransigeant des Aigles de Nice. Qu'en allait-il être du visiteur de ce samedi soir, le tchèque Filip Kubis.? Les Phénix n'étaient pas là pour de la figuration et entamaient le match par un jeu de puissance offert par Vilhelm Åman (1'20). Les Vipers résistaient bien mais sur la pénalité suivante, concédée par les visiteurs (2'30), les Montpelliérains ne réussissaient pas plus.

A ce jeu de "à toi, à moi", Quentin Garcia donnait aux Phénix une autre chance en rejoignant à son tour le banc des pénalités (5'30). Si l'énigme Kubis commençait à bâtir son match, il ne fallait que vingt secondes à Florian Sabatier (5'50) pour résoudre celle d'Agnel avec l'aide de Martin Vesely et de Valère Vrielinck.

Parmi les conséquences de la défaite de Nice, la perte de confiance dans les valeurs qui avaient fait la saison des Vipers n'est pas la moindre. Le spectre de l'impuissance offensive se levait dans Végapolis quand le jeu en supériorité permis par Kévin Dusseau (6'52) ne donnait le spectacle que de la virtuosité de Filip Kubis.

Atteints d'un syndrome destructeur, les Vipers allaient retomber dans les travers entrevus contre Nice. Montées solitaires, oubli du partenaire, tirs en désespoir de cause au bout d'un inutile effort, rythmaient le jeu des montpelliérains. Tapie en embuscade dans cette fin de tiers temps, la première ligne des Phénix montrait tout son opportunisme et faisait voler en éclat le dispositif des Montpelliérains.

En une minute trente les hommes de François Dusseau assenaient un gros coup de bambou sur la tête des Vipers. L'omniprésent Eddy Martin Whalen (18'12), qui sait ce que play-offs veut dire, allait peser de toute son énergie en profitant de l'excellent travail de Jérémy Sabatier pour battre le portier montpelliérain. Le Canadien s'appuyait ensuite sur Juhani Kaisjoki, qui pouvait servir librement Sébastien Savoie (19'45) pour enfoncer le clou en crucifiant Agnel.

Trois buts à remonter, c'est possible. Reims n'avait il pas, au match aller de la saison régulière, su réagir et remonter, non pas trois, mais quatre buts à Végapolis ? Pour remonter, il faut marquer. Et quand les Vipers venaient d'organiser une fin de tiers façon "portes ouvertes", à l'autre bout de la glace, un autre gardien nous rejouait le coup de "A star is born"! Et les Vipers, partis à l'assaut de la forteresse blanche avec des seaux et des pelles au lieu de leurs crosses habituelles, s'y cassaient bel et bien les dents.

Il ne tenait plus qu'à offrir aux visiteurs la chance en or d'une double supériorité numérique pour parfaire la difficulté. Cela allait être fait, d'abord par Kamil Vavra (34'51), qui assénait un coup de crosse puni avec mansuétude, puis Alexis Billard (35'52), coupable d'avoir fait trébucher le gardien lors d'une de ses sorties hors du territoire des cages.

La sanction de tant de pusillanimité allait tomber sur la troupe de Lionel Bilbao avec le quatrième clou enfoncé par Jérémy Sabatier (36'37), aidé de l'incontournable Eddy Martin Whalen et du jeune Kévin Dusseau, une poignée de secondes avant la fin de la première pénalité.

La frustration des Vipers devenait plus que palpable. Les avanies se succédaient depuis trop de temps pour que la réaction ne se fasse pas. C'est une action sur Fabrice Agnel (39'14), qui depuis le début du tiers temps semblait s'être ressaisi avec l'aide de ses poteaux de fer, qui déclenchait les hostilités. Peut-être mis en confiance par la totale liberté de manœuvre qui lui était permise par les défenseurs locaux, Eddy Martin Whalen en oubliait les fondamentaux : pas touche au gardien! Jérôme Catil, doté des arguments pugilistiques ad'hoc, allait lui rappeler ce minimum.

La sirène sonnait sur cette réaction de fierté qu'il avait fallu attendre si longtemps alors même qu'à tous les coins de patinoire les Vipers se faisaient solidement frapper par toute la troupe à Dusseau, et le pire, sans réaction aucune, baissant la tête comme des gosses réprimandés, laissant parader les Prochazka et autres avec des sourires méprisants.

La honte a ses limites et sous peine de désespérer Végapolis, il fallait une réaction. Romain Masson (42'54) effaçait le sourire à Prochazka et les deux terminaient la discussion au banc des punitions. Partout sur la glace, le rythme des locaux s'était élevé. Les Rémois d'abord incrédules se mettaient ensuite à sortir les arguments qui permettaient à Julien Avavian de sévir à bon escient. Des tirs, du mouvement, des choses simples, peu à peu s'installaient comme une réponse à une équipe qui ne possédait plus que son ultime rempart, Filip Kubis.

Le gardien tchèque, avec la moitié du tiers-temps passé en désavantage numérique, poursuivait son travail de sape, arrêtant tout, du bouclier, du gant, de la botte en l'air, étiré, bref, un cauchemar vivant pour attaquant. L'un d'entre eux, Quentin Garcia (52'30) craquait et se faisait sortir par l'arbitre, histoire de se calmer un peu.

Le tiers-temps se faisait Vipers, au point que le coach Dusseau, sentant ses troupes nerveuses, y allait d'un temps mort chargé de ramener de la sérénité. La concrétisation des efforts s'appelait Vilhelm Åman (57'00). Comme un copié collé de la fin de match contre Nice, Kamil Vavra, Erik Rosén et le grand Suédois s'inscrivaient à la feuille de match et évitaient aux Vipers de toucher le fond d'un blanchissage qui leur pendait au nez.

Par contre, peut être signe des temps, aucun d'entre eux ne se sautaient dans les bras et allaient vers l'arbitre pour qu'il n'oublie pas le tiercé. C'est le visage fermé qu'ils rejoignaient le banc des joueurs.

La fin du match devenait à haute tension. Les occasions montpelliéraines s'accumulaient, toutes sorties par l'homme du match, Filip Kubis. A 59'29, deux joueurs des Phénix étaient chassés par l'arbitre. Lionel Bilbao prenait son temps mort et tous les visages se tournaient vers le gardien montpelliérain pour voir si l'entraîneur des Vipers allait tenter le tout pour le tout avec six hommes contre trois et un engagement dans la zone défensive des Phénix. Celui-ci allait choisir la prudence se disant qu'à mi match (ce qu'était en réalité cette fin de 3ème tiers temps), une cage vide et un but marqué par l'adversaire risquerait d'être mortels pour le match retour.

Même si la période d’espoir des fêtes de Pâques s’y prête, il faudra une sacrée dose de prière et de foi pour croire aux chances des Vipers de se qualifier « enfin » pour un second tour de play-offs. En effet, les deux précédents, Neuilly et Avignon, avaient donné lieu à d’amères défaites. Un troisième insuccès consécutif traduirait bien mal les efforts faits par tous.


Montpellier - Reims 1-4 (0-1, 0-1, 1-0).
Samedi 3 avril 2010 à 19h30 à Végapolis. 765 spectateurs.
Arbitrage de Julien Avavian assisté de Guillaume Barthe et Frédéric Peurière.
Pénalités : Montpellier 36' (4', 10'+10', 2'+10'), Reims 12' (4', 8'+10', 12').
Tirs : Montpellier 54 (14, 17, 23), Reims 43 (12, 19, 9).
Évolution du score :
0-1 à 05'50" : F. Sabatier assisté de Vesely et Vrielynck (sup. num.)
0-2 à 18'12" : Martin-Whalen assisté de J. Sabatier
0-3 à 19’45" : Savoie assisté de Kaisjoki et Martin-Whalen
0-4 à 36'37" : J. Sabatier assisté de Martin-Whalen et Dusseau (double sup. num.)
1-4 à 57’00" : Åman assisté de Vavra et Rosen