Bordeaux - Mulhouse (D1, quart de finale aller)

Dufournet_AdrienCollé serré !

Les Boxers et les Scorpions se retrouvaient de nouveau face-à-face, tout juste une semaine après leur dernière confrontation où les Bordelais avaient sereinement vaincu les Mulhousiens 4-0. Mais en play-offs, les ambitions ne sont plus les mêmes, le contexte est différent, les règles du jeu ont changé !

C'est sûr, ce coup-ci, les Scorpions sont prévenus et ne se laisseront plus piéger par un attentisme qui leur avait coûté si cher. Ils se présentent avec le même groupe, amputé de Lucas Tremellat blessé à l'épaule. Pour le reste, Christer Eriksson a remobilisé et recadré les troupes pour ne pas connaître la même mésaventure deux semaines d'affilée.

De leur côté, les Boxers vont tenter de fournir une prestation au moins égale, mais les conditions ne sont pas idéales. Si l'absence d'Alexandre Boirie annihile la possibilité de tourner à six défenseurs, c'est surtout la glace qui a manqué cette semaine, avec un seul entraînement dans les pattes, datant du lundi soir. Néanmoins, le travail hors-glace mené par Mario Poularas (l'ancien Lyonnais et Bordelais) permet aux Girondins de maintenir leur condition physique, même si cela ne remplace pas les sensations acquises sur la glace.

Et pour être sûr d'être au top pour cette rencontre, les deux équipes ont chacune loué une demi-heure la glace de Mériadeck le samedi matin. À 10h15, ce sont les hommes de Stéphan Tartari qui montent les premiers sur la glace. Quelques exercices pour se remettre en jambes, travailler quelques combinaisons, revoir les unités spéciales et c'est déjà le moment de quitter le glaçon. Dans la foulée, les Scorpions font leur entrée. Vêtus de leurs maillots d'échauffement jaunes et blancs, les Alsaciens commencent par un petit réveil musculaire puis les traditionnels exercices préparatoires à une rencontre de play-off. Si la sortie de Gasnier la semaine passée à 3-0 laissait des doutes quant au nom du gardien titulaire de ce soir, ceux-ci sont effacés rapidement. Le portier français se trouve du côté où les Scorpions défendront deux fois et reçoit un échauffement en règle de la part de plusieurs joueurs, tandis qu'à l'opposé, Martel est moins sollicité. Les deux équipes se séparent et se donnent rendez-vous dans quelques heures.

Larrieu_RaphaelUne fois l'heure fatidique, on peut déjà remarquer qu'il y a un autre absent de marque : le public ! Si les Ultras mulhousiens ont réussi à trouver cinq volontaires pour animer le virage, le total des personnes présentes est divisé par deux. Le double effet du week-end pascal et du match des Girondins footeux programmé à la même heure a eu raison des Bordelais. L'ambiance risque bien d'être moins électrique que la semaine passée, et cela peut jouer sur la motivation des locaux.

Néanmoins, dès le coup d'envoi, les Boxers repartent sur le même rythme que samedi dernier. Pied au plancher, ils multiplient les lancers, plus ou moins dangereux, mais Gasnier veuille au grain, bien aidé en cela par un Monsieur Peronnin qui interrompt à plusieurs reprises le jeu alors que le palet n'est pas gelé… Cette pression permanente sur la défensive des Scorpions oblige les visiteurs à commettre la première faute du match (Eriksson est sanctionné pour la très célèbre obstruction sur mise au jeu, où deux gars positionnés à deux millimètres l'un de l'autre doivent s'éviter par miracle). Si le premier bloc de supériorité numérique bordelais est au point, il ne trouve pas la faille, bien que cela passe très près : Majer?ák aligne les lancers lointains en espérant un rebond, et un tir excentré de Carignan vient heurter le montant droit de Gasnier.

Depuis le début de la rencontre, deux styles de jeu s'opposent : les Bordelais jouent tout en passe, tentant de s'installer dans la zone adverse pour ensuite trouver une solution de tir, alors que les Mulhousiens, sevrés de palets, se reposent sur des remontées individuelles ponctuées de tirs plus ou moins lointains. Que cela soit du côté de Gasnier ou de Burnet, les deux portiers repoussent tout et les deux équipes cherchent encore la solution pour inscrire ce fameux premier but, avantage psychologique indéniable dans ce type de confrontation.

Et finalement, c'est la technique alsacienne qui va payer ! Savage en prison, Mulhouse tente de s'installer en zone offensive mais les Boxers, bien en place, empêchent de trouver une position de tir favorable. En toute fin de pénalité, les Scorpions sont renvoyés dans leur zone, et Eriksson choisit ce coup-ci d'y aller tout seul : il transperce la zone neutre sans grande opposition et, une fois la bleue passée, il déclenche son lancer qui vient heurter la base du montant gauche de Burnet avant de rentrer (0-1, 12'02"). Le portier bordelais, mal placé sur le coup, concède son premier but en soixante-douze minutes face au troisième du classement, cela n'a rien de catastrophique, et pourtant, c'est en train de totalement changer la physionomie du match. Les Bordelais semblent douter, comme s'ils avaient reçu un coup de bambou derrière la nuque. Le public, lui, passe de discret à aphone… Il n'y a plus un bruit dans l'enceinte bordelaise, à l'exception des supporters adverses qui ne cessent de donner de la voix !

Carignan_AlexandreComme souvent dans ce cas, ce sont les jeunes Bordelais qui prennent leurs responsabilités. La pénalité de Pierrel est vite tuée par les Scorpions et il faut attendre le retour à cinq contre cinq pour voir les locaux réagir. Nicolas Mariage porte deux fois le danger sur Gasnier : sa première occasion, sur une relance de Boubé, trouve le masque du portier mulhousien, tandis que la seconde est arrêtée du bout de la mitaine par Gasnier. Cette première période s'achève dans une petite confusion : Bidoli commet une obstruction que M. Peronnin ne voit pas. Son assesseur, qui a vu l'action, est poussé par le banc bordelais à avertir le head, mais ce dernier n'apprécie guère la manœuvre et, s'il siffle la faute du Mulhousien, en rajoute une au banc bordelais. Pendant ce temps, Christer Eriksson s'époumone contre cette faute mais, lui, passe au travers des oreilles de l'arbitre principal.

L'entame de la deuxième période est à l'image des huit dernières minutes de la précédente : Mulhouse est en possession du palet et dirige majoritairement les actions de jeu. Burnet, bien revenu dans son match écarte les velléités alsacienne et préserve le score. Les Bordelais semblent amorphes, se contentant d'éloigner le danger : ils plient mais ne rompent pas ! Ils laissent passer l'orage, même s'ils se font une grosse frayeur en perdant un palet à l'entrée de leur zone ! Aubry le récupère pour se présenter seul face au portier bordelais mais ce dernier dévie le palet derrière son but.

Pour voir les Bordelais reprendre goût à l'offensive, il faut attendre que les Scorpions se mettent à la faute. Enfin, faute est un bien grand mot ! Jasko est sanctionné d'une obstruction peu évidente. Gasnier n'est que peu inquiété car si les locaux sont enfin installés en zone offensive, leurs tirs passent trop loin du cadre. Mais alors que la pénalité touche à sa fin, Delisle commet ce qu'on pourrait qualifier "un cinglage pour aveugle" (comprendre par là que rien qu'à l'oreille, on pouvait le sanctionner). On est donc parti pour dix-sept secondes de double infériorité. De retour à 5 contre 4, les Boxers réussissent ce qu'ils n'avaient pas encore réalisé jusque là : gagner une mise en jeu en zone offensive en supériorité numérique. Le palet arrive à Grenier qui s'avance dans la défense, décale Larrieu dont le tir est freiné mais pas stoppé par Gasnier. S'ensuit une espèce de mêlée ouverte où Carignan, sur un patin, pousse en deux fois le puck dans les filets (1-1, 30'01").

Bordeaux_Mulhouse_POCe but a comme mérite de réveiller le public et les joueurs locaux. Ils se remettent à presser le but adverse et lorsque les Mulhousiens parviennent à sortir de leur zone, c'est pour se faire sanctionner. Eriksson suit son lancer, capté par Burnet, mais s'il ne percute pas le gardien, il ne se prive pas pour pousser un défenseur bordelais sur la cage, tête la première. La faute n'est pas appréciée par tous de la même façon mais elle est sanctionnée. Les Boxers parviennent à gagner pour la seconde fois le palet sur la mise en jeu. Le palet arrive dans la palette de Majer?ák. Celui-ci décale Grenier sur la droite ; tout le monde s'attend à un tir instantané du défenseur québécois, mais à la surprise de tous (y compris Gasnier), ce dernier délivre une magistrale diagonale sur un pas à Carignan qui n'a plus qu'à reprendre victorieusement le palet dans la cage grande ouverte (2-1, 35'32"). Ce but-là, par sa rapidité d'exécution, sa précision, est un chef d'œuvre qui enflamme totalement la patinoire ! Un but sublimissime qui permet aux locaux de pointer pour la première fois en tête au tableau d'affichage.

Péchant par excès d'envie, Majer?ák commet ensuite une crosse haute indiscutable. Mais les Mulhousiens ne parviennent pas à la faire fructifier. Pire même : lorsqu'ils tentent de repasser par l'arrière, Forsberg casse sa crosse… Cadren récupère le palet et file au but, le défenseur suédois n'a pas le choix, il propulse l'attaquant bordelais dans les cages de Gasnier. Pour autant, l'arbitre ne signale rien. L'action se poursuit, Mariage récupère tant bien que mal le palet mais Stopar le balance contre la bande ! Là, l'arbitre lève le bras. Le jeu s'arrête, palabres, discussions, les gestes désespérés en provenance des deux bancs se multiplient… Au final, la pénalité de Stopar sur Mariage disparaît mais celle, non signalée, sur Cadren est sanctionné d'un logique tir de pénalité.

Gasnier_MickaelXabi Lassalle, futur retraité des glaçons, se charge d'exécuter la sentence. Il s'élance, prend de la vitesse et maîtrise tant bien que mal le palet sur une glace de médiocre qualité en cette fin de tiers. En fin de course, il effectue sa feinte qui contraint Gasnier à se coucher. Seulement, au moment de redresser son palet pour le mettre au fond, celui-ci effectue un faux-rebond et se met sur la tranche, ce qui fait manquer la fin de son action à l'attaquant dont le tir de pénalité passe finalement à droite du but mulhousien. Lassalle enrage, Gasnier exulte, le score en reste là et c'est peut-être un des tournants du match.

Revenir aux vestiaires avec un petit but de retard seulement, voilà quel est le bilan flatteur que peuvent dresser les Alsaciens. Ils ont ainsi encore l'occasion d'accrocher le nul et même la victoire dans le dernier vingt.

Une ultime période qu'on craint délicate pour les locaux. En plus d'une condition physique forcément contrariée par l'absence de glace, il faut ajouter une longue période où ils ont patiné derrière le palet, ce qui a dû les émousser encore un peu plus.

Les craintes se concrétisent bien vite en réalité. Si les premiers instants ressemblent à un round d'observation, il ne faut pas longtemps aux Scorpions pour se porter à l'avant. On le redoutait également, les visiteurs ayant été plus pénalisé pour le moment, il est sur que monsieur l'arbitre ne manquera pas une occasion d'équilibrer les compteurs… Ainsi, lorsque Lafrancesca bloque "avec un petit doigt" l'avancée d'un Mulhousien, la sanction tombe : obstruction !

Enfin les visiteurs parviennent à poser le jeu dans la zone adverse. Marez rentre dans la zone, calme le jeu, et transmet le palet derrière le but. Adrien Dufournet, qui a commencé le hockey dans la cité de Montesquieu, contourne et remet à la bleue à Delisle. Celui-ci arme son tir, envoie le puck en direction du but de Burnet. Bidoli, au plus près, dévie suffisamment la rondelle pour que celle-ci passe hors de portée de la jambière de Burnet (2-2, 42'30"). Décidément, les unités spéciales auront été primordiales ce soir !

Boube_CyrilSuite à cette égalisation, les Boxers ne baissent pas les bras et jettent leurs dernières forces dans la bataille mais ni Carignan, ni Larrieu, ni Boubé pourtant en très bonne position ne parviennent à reprendre l'avantage au score. Du côté adverse, on finit par se réveiller également mais là non plus, les tentatives de Gadoury, Aubry ou Ruokamo (qui n'aura quasiment pas trouvé le cadre durant ces deux rencontres) restent vaines.

La fin de match perd en intensité. Finalement, un match nul, ça veut dire que tout est reporté sur le match retour et du coup, les deux équipes sont moins enclines à prendre des risques. Le match se termine une fois de plus dans la confusion : les Scorpions sont une première fois pénalisés pour un surnombre (involontaire bien sûr, le joueur montant sur la glace de bonne foi, croyant que le hockey se jouait à six joueurs de champ ?)… Eriksson, perché sur son banc, repart pour une salve de protestations et du coup, au moment de la remise en jeu, les Mulhousiens ne sont que trois sur la glace alors que leur coach vient juste de prendre un temps-mort… Alors certes, les Scorpions n'avait pas été avertis jusque là donc évitent une seconde pénalité, mais ça commence à faire beaucoup en quelques secondes… De son côté, Stéphan Tartari a sorti son gardien pour tenter un 6 contre 4 durant ces deux secondes restantes… Mais une nouvelle fois, la mise en jeu est perdue par les Bordelais et le match s'achève sur ce score de parité.

Un résultat logique où chaque équipe aurait pu, tour à tour, l'emporter, mais finalement ce score reflète bien la proximité de niveau des deux teams. Du coup, le verdict de ce quart-de-finale est reporté à la semaine prochaine à l'Illberg. Là bas, les Bordelais avaient reçu une leçon de hockey, balayés 7-0. Mais il ne faut pas non plus que les Mulhousiens fassent un complexe de supériorité. Là aussi, les circonstances ne seront pas les mêmes (en championnat, il manquait Carignan, Courally et Lafrancesca) et si les Scorpions ont l'avantage de la glace, les Bordelais iront avec une mentalité toute différente : celles de l'équipe outsider qui n'aura rien à perdre. Malheureusement, les quelques défauts du soir (perte des face-offs cruciaux, absence au rebond) seront délicates à gommer ! Une fois de plus, l'équipe bordelaise n'aura qu'un entraînement à sa disposition : le lendemain du match à midi, avec une moitié de l'équipe absente parce que les joueurs travaillent… Sans trop vouloir les faire passer pour des Caliméro, il est quand même incroyable que les Boxers parviennent à obtenir de tels résultats dans ces circonstances qu'une équipe "loisir" jugerait indigne !

 

Bordeaux-Mulhouse 2-2 (0-1,2-0,0-1).
Samedi 3 avril 2010 à la patinoire de Mériadeck. 1165 spectateurs.
Arbitrage de Stéphane Peronnin assisté de Romain Herrault et Thibaud Juret.
Pénalités : Bordeaux 12' (4', 2', 6') ; Mulhouse 18' (6', 6', 6').
Tirs : Bordeaux 31 (14, 12, 5) ; Mulhouse 36 (14, 13, 9).
Engagements : 34 (15, 11, 9) ; Mulhouse 37 (14, 13, 10).

Évolution du score :
0-1 à 12'02" : Eriksson
1-1 à 30'01" : Carignan assisté de Larrieu et Grenier (sup. num.)
2-1 à 35'32" : Carignan assisté de Grenier et Majer?ák (sup. num.)
2-2 à 42'30" : Bidoli assisté de Delisle et Dufournet

 

Bordeaux :

Gardien : Christophe Burnet (sorti à 59'58").

Défenseurs : Dave Grenier – Mickaël Wiart ; Cyril Boubé – Jan Majer?ák (A) ; Grenier [ou Majer?ák] – Christophe Pérez.

Attaquants : Jean-François Savage (A) – Xabi Lassalle – Raphaël Larrieu (C) ; Alexandre Carignan – Nicolas Courally – Gautier Lafrancesca ; Cyril Lambert, Romain Horrut, Vincent Cadren, Nicolas Mariage.

Remplaçants : Arthur Ramonatxo (G), Thomas Giraudau, Jill Cauly. Absent : Julien Leclerc (retraite), Alexandre Boirie (genou).

 

Mulhouse :

Gardien : Mickaël Gasnier.

Défenseur : Roman Jasko (A) – Maximilien Tromeur ; Markus Forsberg – Domen Vedlin ; Yann Marez – François Delisle.

Attaquants : Romain Pierrel – Jens Eriksson – Oli Ruokamo ; Mathieu Gadoury – Julien Aubry (C) – Jure Stopar ; Vincent Bringuet – Adrien Dufournet – Mathieu Bidoli.

Remplaçants : Marc-André Martel (G), Anthony Pernot. Absents : Lucas Tremellat (épaule), Maxime Mathieu.