Mulhouse - Bordeaux (D1, quart de finale retour)

GadouryKevinK-O les Boxers !

Mulhouse et Bordeaux ne s'étaient jusqu'à présent jamais rencontrés, dans quelque division que ce soit. Maintenant, ils ne se quittent plus... et s'affrontent même en quarts de finale. Décimés en décembre dernier, lors du match aller à l'Illberg, les Boxers s'étaient lourdement inclinés (0-7) avant de rectifier le tir, il y a quinze jours, pour la dernière journée du championnat. Une sorte de répétition générale où les hommes de Christer Eriksson, à peine descendus de l'avion, ont subi la furia girondine à Mériadeck (0-4).

Les Scorpions se sont mieux préparés pour le match aller de ces quarts de finale mais tout reste à faire après ce nul ramené d'Aquitaine (2-2). "On a été dans le coup à Bordeaux, où il n'est jamais facile de gagner" appréciait Christer Eriksson, qui compte sur le soutien inconditionnel d'un public venu en masse et comptant, en ses rangs, une bruyante colonie bordelaise. De la "concurrence" pour les ultras du coin qui n'ont pas manqué d'annoncé leurs dix ans d'ancienneté à l'Illberg...

Inutile de s'attarder davantage sur les tenants et aboutissants de ce match sans lendemains. Une expression qui prend tout son sens pour Xabi Lassalle, pour qui cette rencontre sera la dernière en cas de défaite. Le Basque, qui ne pourra bientôt plus concilier vie professionnelle et sportive, a décidé de se retirer des glaçons à la fin de la présente saison. S'il n'était que remplaçant à l'époque, Lassalle se rappelle forcément du mauvais tour joué par Anglet, ici-même, lors des playoffs 2004 du Super 16. L'Hormadi, aux penaltys, avait alors déjoué les pronostics...

Les Scorpions savent maintenant à quoi s'attendre des Boxers, souvent les plus prompts à mordre dans le match. Mais freinés, en cette fin d'après-midi, par les bonnes dispositions de leurs hôtes, bien en place et friands de contre-attaques. Avec Kevin Gadoury et Jens Eriksson, Mulhouse peut porter le danger en deux temps trois mouvements en passant par des ailes souvent dégarnies. Aussi Gadoury file-t-il côté gauche, temporisant juste ce qu'il faut pour servir Stopar dans l'axe, qui ne peut cadrer sa reprise (03'22").

Le "cadeau" de Mariage

La défense girondine montre vite ses limites face au jeu rapide et réactif des Alsaciens. Un danger qui se décline en trois lignes, toutes soutenues par des défenseurs soutenant bien l'effort offensif. C'est notamment le cas de Markus Forsberg, qui obtient la première pénalité bordelaise (05'34") sans que ses partenaires ne concrétisent leurs nombreux décalages. Mais ce n'est que partie remise pour un ensemble rigoureux, récompensé sur un palet perdu par Nicolas Mariage devant sa cage. Gadoury n'en demandait pas tant et s'en va glisser la rondelle au premier poteau, dans un trou de souris (1-0 à 09'09").

Un peu dépassés par les événements, les visiteurs restent vulnérables sur chaque accélération, chaque débordement. Ils s'en remettent donc à Christophe Burnet, malheureux sur l'ouverture du score mais brillant en s'imposant coup sur coup devant Stopar et Jasko (13'33") avant que sa mitaine ne frustre Pierrel (14'43"). L'ex-Angevin et Grenoblois tient son équipe à bout de bras mais cède, à l'usure, sur un shoot dévié de Forsberg (2-0 à 16'56"). Les hommes de Christer Eriksson célèbrent sans retenue le but de leur défenseur suédois... au risque de se déconcentrer. C'est ce qui arrive, sitôt la remise en jeu, avec un petit moment de flottement favorable à Lafrancesca, oublié dans le slot et idéalement servi par Courally (2-1 à 17'09").

La thèse de l'accident est privilégiée car les locaux se ressaisissent sans tarder, reprenant leur activité en zone neutre pour faire déjouer des Boxers désordonnés. Les Scorpions ont-ils trouvé la parade pour neutraliser ce collectif qui a fait la force de Bordeaux cette saison ?

Toujours est-il que la fluidité est plutôt alsacienne, avec des attaquants qui savent se rendre disponibles et ne rechignent jamais à aller au charbon. Comme chacun participe à l'effort collectif, la domination s'accentue même si les locaux ne concrétisent pas leurs temps forts. Bordeaux n'ont plus d'ailleurs, avec un jeu de puissance articulé autour de Dave Grenier, le meilleur défenseur offensif de division 1. Le petit Canadien donne le "la", laissant à Carignan et Majercak le soin d'artiller à la ligne bleue... au risque de se faire contrer par Gadoury, dont la rapidité d'exécution fait merveille.

Le Québécois y va d'une accélération dont lui seul a le secret,  servant le café et les croissants à Mickaël Wiart, mais pas l'addition à un Christophe Burnet vigilant (23'54"). Gasnier l'est tout autant devant Carignan, qui résiste au retour de Tromeur (26'10"). Sur ce coup, l'ex-Gapençais se voit pénalisé par Gilles Durand mais ses coéquipiers excellent dans l'art de tuer les pénalités...

ErikssonJensPas dans la même catégorie ?

Dès lors, une question se pose. Qui peut stopper Stopar ? Sûrement pas Carignan, enrhumé par la montée du Slovène qui déporte ensuite Burnet pour loger du revers le palet en lucarne (3-1 à 26'56"). Du bel ouvrage que ce but-là, plein de sang-froid, qui souligne bien l'abatage de ces Scorpions à réaction. Des Alsaciens en pleine réussite à l'image d'un Tromeur, fraîchement libéré de son pensum et libre de filer côté gauche pour mieux repiquer dans l'axe (4-1 à 28'23").

Ces nombreux courants d'air ont irrité Stéphan Tartari, qui espère stopper l'hémorragie en prenant un temps mort. Mais voilà, le mal est fait et ses troupes prennent une petite leçon de hockey. Intraitables en désavantage numérique, les Haut-Rhinois donnent pleine mesure à leur sens aiguisé de la contre-attaque. Pourquoi s'en priver avec un ailier aussi explosif que Kevin Gadoury ?

Bordeaux n'a pas autant d'atouts à faire valoir. Loin de là. Et quand rien ne va... rien ne va ! Lancé dans le dos de la défense par une passe flippée de Boubé, Larrieu voit le cadre se dérober (33'30"). Le capitaine basque n'est pas en réussite et un énième sprint côté gauche de Kevin Gadoury prend tout le monde de vitesse et force Cyril Boubé à concéder une nouvelle pénalité (36'59"). Dans ce naufrage, Burnet joue les pompiers de service devant Pierrel, en deux temps et à bout portant (37'05"). La qualification prend forme dans cette partie très rythmée, où l'on retrouve toute l'intensité d'un vrai match de playoffs. Avec une tension palpable des deux côtés.

Sur le papier, ce Bordeaux-là n'a pas grand chose à voir avec celui venu se faire exploser en décembre dernier. Ce soir-là, il ne manquait rien de moins que la deuxième ligne formée de Nicolas Courally, Gautier Lafrancesca et Alexandre Carignan. Le Canadien affectionne tout particulièrement les tirs lointains, ce qui lui vaut de toujours se positionner en retrait pour bénéficier d'un maximum d'amplitude dans ses lancers. Carignan fait donc acte de présence sur le but de Larrieu, réceptionnaire au premier poteau d'un caviar de Lassalle (4-2 à 41'34").

Qui peut stopper Stopar et Gadoury ?

Les supporters bordelais, qui n'ont pas hésité à braver les kilomètres pour venir encourager leurs protégés, reprennent espoir mais doivent vite se rendre à l'évidence. Les Scorpions sont plus forts dans tous les secteurs du jeu et peuvent à tout moment compter sur leurs individualités. Et notamment ce duo Stopar-Aubry-Gadoury, dans tous les bons coups. L'inévitable Gadoury profite d'une défense permissive pour étaler ses qualités techniques. Pendant que le Canadien fait son show côté droit, Jure Stopar se fait oublier... pour mieux profiter du décalage lorsque l'offrande lui parvient (5-2 à 43'13").

Impressionnant de facilité, quoique parfois individualiste, Gadoury en met plein la vue au public et à ses vis à vis. Sa passivité au repli manque toutefois de profiter à Xabi Lassalle, qui s'infiltre et voit son lancer mourir à quelques centimètres de la terre promise (47e).

Tout le monde à droit à sa part du gâteau ce soir, même Anthony Pernot, incorporé aux rotations dès l'entame du troisième tiers temps. Si le jeune spinalien est chahuté dans les contacts et le défi physique, il n'en arrive pas moins lancé pour couper un centre au cordeau de Yann Marez (6-2 à 48'47"). Ce but est superbe dans sa conception, mais pas autant que le "chef d’œuvre" réalisé par Kevin Gadoury. Une merveille de lancer, qui se loge dans le coin droit du but, et qui doit tout à l'excellent timing liant le Canadien à Jure Stopar. Le Slovène, monté côté droit, a su attendre le bon moment pour décaler Gadoury, qui expédie son tir sur réception sous la barre (7-2 à 49'55").

C'en est trop pour Christophe Burnet, qui regagne son banc pour envoyer sa doublure au "casse-pipe". Le jeune Arthur Ramonatxo n'encaissera toutefois aucun autre pion, sans que cela ne rende la pilule moins amère pour ses partenaires et notamment Xabi Lassalle, qui arrête sa carrière sur ce triste épilogue.

Et maintenant, Brest !

Pour la deuxième année consécutive, Bordeaux s'arrête dès les quarts de finales. Les Scorpions, eux, vont jouer leur troisième demi-finale d'affilée, après les deux précédemment disputées en division 2. Un signe que le hockey mulhousien se porte bien, avec des résultats conformes à l'engouement actuellement généré à l'Illberg. Neuf ans après sa dernière demi-finale à ce niveau (contre Épinal en 2001), Mulhouse retrouve donc le dernier carré de division 1. Cette fois, ce sera face à l'ogre brestois...

 

Mulhouse - Bordeaux 7-2 (2-1, 2-0, 3-1).
Samedi 10 avril 2010 à 17h40 à la patinoire de l'Illberg. 1 534 spectateurs.
Arbitres : Gilles Durand assisté de Sébastien Geoffroy et Nicolas Crégut
Pénalités : Mulhouse 16' (4', 6', 6') ; Bordeaux 18' (6', 2', 10').
Tirs : Mulhouse 49 (24, 11, 14) ; Bordeaux 16 (4, 7, 5).

Évolution du score :
1-0 à 09'09" : Gadoury assisté d'Aubry
2-0 à 16'56" : Forsberg assisté de Vedlin et Aubry (sup. num.)
2-1 à 17'09" : Lafrancesca assisté de Courally et Carignan
3-1 à 26'56" : Stopar (inf. num.)
4-1 à 28'23" : Tromeur assisté de Ruokamo et Eriksson
4-2 à 41'34" : Larrieu assisté de Lassalle et Grenier (sup. num.)
5-2 à 43'13" : Stopar assisté de Gadoury et Aubry
6-2 à 48'47" : Pernot assisté de Marez et Delisle (sup. num.)
7-2 à 49'55" : Gadoury assisté de Stopar et Forsberg

Mulhouse 

Gardien : Mickaël Gasnier.

Défenseur :  Maximilien Tromeur – Roman Jasko (A) ; Domen Vedlin – Markus Forsberg  ; Yann Marez – François Delisle ; puis Benjamin Adam – Benoît Salvin [à 55'].

Attaquants : Romain Pierrel – Jens Eriksson – Olli Ruokamo ; Jure Stopar – Julien Aubry (C) – Kevin Gadoury ; Vincent Bringuet – Adrien Dufournet (A) [puis Pernot à 40'] – Mathieu Bidoli ; puis Jérôme Jessek – Anthony Pernot – Arnaud Fuss [à 55'].

Remplaçant : Marc-André Martel (G). Absent : Lucas Trémellat (épaule).

Bordeaux 

Gardiens : Christophe Burnet puis Arthur Ramonatxo à 49'55".

Défenseurs : Mickaël Wiart - Dave Grenier ;  Jan Majer?ák (A) – Cyril Boubé ; Grenier [ou Majer?ák] – Christophe Pérez.

Attaquants : Jean-François Savage (A) – Xabi Lassalle [puis Courally à 40'] – Raphaël Larrieu (C) ; Alexandre Carignan – Nicolas Courally [puis Lassalle à 40'] – Gautier Lafrancesca ; Cyril Lambert, Romain Horrut, Vincent Cadren, Nicolas Mariage.

Absents : Julien Leclerc (retraite), Alexandre Boirie (genou), Jill Cauly.