Rouen - Angers (Ligue Magnus, finale, match 5)

2010-04-13-Rouen-AngersD'ores et déjà, ce match est entré dans la légende. C'est la première finale en cinq manches de l'histoire du hockey français. Après tant de rebondissements, la logique prévaudra-t-elle finalement. Le vénérable Dragon se fera-t-il respecter chez lui contre un adversaire novice à ce niveau... mais qui y apprend si vite ?

Les Ducs alignent trois lignes complètes mais seulement quatre défenseurs, toujours sans Kiprusoff. Sont-ils déjà perdants, éliminés d'avance pour n'avoir pas su conclure à domicile ? Ce n'est assurément pas leur opinion. Après cinq minutes d'observation et de neutralisation en zone neutre, Angers prend le jeu à leur compte au premier tiers-temps. Jonathan Bellemare se heurte à deux reprises à Trevor Koenig, également secouru par son poteau sur un tir de Matias Metsäranta.

Le capitaine Bellemare, déchaîné, provoque également la première pénalité rouennaise, une obstruction de Salmivirta. Les arbitres, Messieurs Bachelet et Barbez, ont le sifflet prudent, vigilants à ne pas interférer avec l'enjeu inédit de cette belle en finale par un zèle mal placé. Ils sanctionnent cependant les fautes nettes. En fin de tiers, Peter Aubry remporte un face-à-face avec Éric Doucet s'échappe, qui a été accroché par Metsäranta (19'16"). On sait que les supériorités numériques ont été décisives pour Rouen dans ses déplacements en Anjou, mais ce premier powerplay est coupé par la première pause et n'est pas converti.

Autant la première période avait été angevine, autant la suivante est teintée de noir et jaune. Il faut cependant attendre au-delà de la mi-match, après une pénalité non exploitée d'Igier, pour voir les compteurs se débloquer. Le salut vient de la vitesse d'exécution de Carl Mallette, dont le tir du poignet à mi-distance fuse dans la lucarne. Dans cette finale, l'équipe qui a ouvert le score l'a toujours emporté. Oui, mais jusqu'ici, l'équipe menée n'avait pas égalisé dans les deux minutes qui suivaient ! Or, c'est ce qui produit quand Tomas Baluch ajuste la lucarne (1-1, 33'52"). Tout semble à refaire.

Ce n'est que dans la dernière période que les deux demi-frères recrutés à l'intersaison offrent le titre à Rouen : d'abord, à la faveur d'une supériorité numérique, Luc Tardif junior reprend du haut des cercles une passe du coin de Zwikel, en pleine lucarne. Puis c'est Jonathan Zwikel qui porte le coup de grâce en amenant le danger par un tour de cage avant de reprendre en pivot le palet traînant dans le slot à l'issue de cette action (3-1, 50'35").

Heikki Leime demande son temps mort et utilise ses dernières ressources de motivation. Un jeu en triangle conclu par le buteur Pierre-Laprise à cinq minutes du terme prouve qu'Angers y croit jusqu'à la fin... du moins jusqu'au but en cage vide de Thinel (4-2, 59'49").

Avec 10 titres en 20 ans, les Dragons de Rouen se sont donc installés au sommet du hockey français, en réussissant en plus l'exploit inédit de remonter deux manches de retard concédées à domicile. La force de caractère de cette équipe normande est désormais forgée dans la légende, alors qu'Angers devra attendre avant de connaître la consécration. Ce n'était que sa première finale de championnat, et jamais une finale n'aura autant mis en valeur son perdant, qui a fait un apprentissage accéléré de ces matchs à enjeu.

Rouen aura rarement été autant poussé dans ses retranchements. Les supporters normands ne s'y trompent qui réservent une quarantaine de secondes pour applaudir sportivement les battus du jour aux cris de "Angers, Angers". Un nouvel adversaire de très grande valeur aura gagné le respect de l'île Lacroix, qui se mérite.

Commentaires d'après-match (dans Ouest France)

Heikki Leime (entraîneur d'Angers) : "Les gars ont tout donné. On avait des jambes mais pas assez. Je suis déçu mais Rouen mérite sa victoire. Il nous a manqué de la profondeur de banc mais avec notre budget, soit tu as un banc très long et forcément moins performant, soit un banc restreint, beaucoup plus dense et costaud mais à la merci des blessures, comme cette année. Le groupe a été très bien. Il y a plusieurs nationalités qui se retrouvent entre elles, c'est normal. Mais je crois que c'est la première fois de ma vie d'entraîneur que je vois le groupe entier vivre facilement avec ça. L'esprit de vestiaire a été exceptionnel cette saison. Ce qui se passe à Angers à des répercussions dans les autres clubs. Les Ducs attirent maintenant et depuis trois ou quatre ans des joueurs d'excellent niveau qui parfois peuvent préférer une super-ambiance de club à un salaire un peu plus gros."

Mickaël Juret (président d'Angers) : "Je suis forcément déçu et j'ai du mal à en parler. On travaille depuis 4 ans pour avoir cette coupe. Ce soir, on la voit au moins, on la touche du doigt. On était capable d'être champion de France. On a montré à tout le monde que c'était possible et l'engouement populaire sur les Angevins ne s'est jamais démenti. À Angers, le SCO est le club n° 1, c'est normal, c'est le foot. Mais on s'en rapproche. La prochaine fois, c'est le titre, ce sera d'ores et déjà l'objectif de l'année prochaine. Il y a quatre ans, j'avais évoqué une finale de Magnus dans les cinq ans. On m'a pris pour un fou. Aujourd'hui, les gens prennent conscience que c'est possible, ils commencent à y croire. Mais il ne faut pas oublier le travail de tous ceux qui sont passés par le club, joueurs ou dirigeants. Sans eux, nous ne serions pas là non plus."

 

Rouen - Angers 4-2 (0-0, 1-1, 3-1)
Mardi 13 avril 2010 à 20h00 au centre sportif Guy Boissière. 2747 spectateurs.
Arbitrage de Frédéric Bachelet et Nicolas Barbez assistés de Jérémy Rauline et Geoffrey Barcelo.
Pénalités : Rouen 8' (2', 0', 6') ; Angers 6' (2', 2', 2').
Évolution du score :
1-0 à 32'12" : Mallette assisté de Thinel
1-1 à 33'52" : Baluch assisté de Vidman et Lacroix
2-1 à 48'36" : Tardif assisté de Salmivirta et Zwikel (sup. num.)
3-1 à 50'35" : Zwikel assisté de Salmivirta et Tardif
3-2 à 55'05" : Laprise assisté de Poudrier et Fortier
4-2 à 59'49" : Thinel assisté de Doucet (cage vide)


Rouen

Gardien : Trevor Koenig.

Défenseurs : David Holmqvist - Kai Öhberg ; Daniel Carlsson – Daniel Babka ; Petri Virolainen.

Attaquants : Ilpo Salmivirta – Jonathan Zwikel (A) – Luc Tardif Jr ; Éric Doucet (A) – Carl Mallette (C) – Marc-André Thinel ; Lionel Tarantino – Loïc Lampérier – Jérémie Romand.

Remplaçants : Fabrice Lhenry (G), Magnus Eriksson (commotion cérébrale), Aurélien Gréverend, Cédric Custosse, Alexandre Mulle, Quentin Berthon. Absents : Julien Desrosiers (cheville), Anthony Rech (équipe de France U18).

Angers

Gardien : Peter Aubry [sorti de 59'10" à 59'49"].

Défenseurs : Lauri Lahesalu – Kévin Igier ; Simon Lacroix – Per Braxenholm ; puis Charlie Doyle.

Attaquants : Pierre-Luc Laprise – Jonathan Bellemare (C) – Éric Fortier ; Tomas Baluch (A) – Thiery Poudrier - Hermanni Vidman ; Juho Jokinen (A) – Matias Metsäranta – Mathieu Frécon.

Remplaçants : Lucas Normandon (G), Marko Kiprusoff (adducteurs), Clément Genièvre, Nicolas Primout, Nicolas Hébert. Absents : Pavol Mihalik (épaule), Julien Albert (rate).