Mulhouse - Brest (Division 1, demi finale aller)

BorzikIvan2Les Scorpions restent en rade

Souviens-toi, au printemps dernier, d'une finale opposant Mulhouse et Brest. Un affrontement qui, au delà du titre honorifique de champion de D2, ouvrait de nouvelles perspectives à deux finalistes désireux de renouer avec leur glorieux passé.

Un an après, les deux promus ont fait leur trou à l'étage supérieur, avec des ambitions différentes... mais un classement très proche. Brest, programmé pour gagner, n'est pas remonté en division 1 pour s'y éterniser. Les Bretons craignent ce voyage alsacien même si Ludek Krayzel, sonné samedi face aux Castors d'Avignon, tient bien sa place aux côtés d'Andrej Ignatovics. Du coup Aleksei Volkov, grièvement touché à l’œil lors d'un entraînement au début du mois de février, et le seul absent de marque.

Depuis qu'André Peloffy est revenu, Brest n'a plus perdu, explosant au passage son grand rival caennais (8-4). Rendez-vous est pris pour la finale. Les Drakkars (ou les Rémois) n'ont qu'à bien se tenir... à  moins que les Scorpions, avec l'insouciance de leur jeunesse, ne sortent le grand jeu...

Les Albatros, par la voix de leur capitaine Lilian Prunet, savaient à quoi s'attendre de leurs hôtes, généreux dans l'effort et toujours partants pour aller de l'avant à l'image d'un Markus Forsberg particulièrement d'attaque. De bonnes intentions qui mettent Bozik sous pression, bien que ce soit Gasnier qui soit le premier sollicité, sur une pénalité écopée par Delisle (02'09"). Voilà Mulhouse à la merci du powerplay brestois et des shoots de Prunet, qui semble avoir la gâchette facile...

Les Scorpions font mieux que se défendre dans ces premiers instants et sont les plus prompts à exploiter les espaces. Si Jure Stopar, l'homme en forme du moment, rate la cible à bout portant (05'44"), Maximilen Tromeur va lui faire chavirer l'Illberg, d'un tir excentré et légèrement dévié (1-0 à 07'01"). La riposte est quasi-immédiate : Jaroslav Prosvic enlève la mise au jeu et décale Guillaume Fournier, qui dégaine du rond d'engagement. Mickaël Gasnier en reste pantois (1-1 à 07'46").

La lucarne du Canadien ne refroidit pas les Alsaciens, loin de là. Ceux-ci repartent de plus belle à l'assaut de Mojmir Bozik, rendu vulnérable par une défense en rodage. Mathieu Bidoli, le buteur providentiel de Mériadeck, est un poil trop juste dans son tour de cage. Qu'importe, Jure Stopar est là pour enfoncer le clou (2-1 à 11'00"). L'Illberg s'embrase, comme au bon vieux temps !

La proche concurrence du volley féminin, qui drainait près de 3 000 spectateurs hier soir en demi-finale de Ligue A, n'a pas empêché l'Illberg d'à nouveau faire le plein pour la venue de Brest. Les protégés de Briec Bounoure, dominés dans les duels et l'engagement, enchaînent les pénalités, ce qui accentue davantage l'emprise mulhousienne sur ce premier tiers temps. Mais tout cela tient à peu de choses. Il suffit d'une petite altercation pour que la donne change. Vincent Bringuet, qui venait de titiller Bozik, est pris à partie par Nicolas Motreff. Les deux se toisent et le casque de Bringuet touche celui de son adversaire. Un geste jugé, par Julien Avavian, comme répréhensible. L'arbitre rajoute même dix minutes de méconduite à l'assistant capitaine des Scorpions (17'21").

BozikMojmir2Brest laisse passer l'orage...

Peut-être émoussés par les efforts jusqu'alors consentis, les hommes de Christer Eriksson se font une première fois piéger par Andrej Ignatovics. Le lutin letton se fait oublier sur le côté gauche et profite du décalage de Vladimir Holik pour faire parler la poudre (2-2 à 18'15"). Ainsi s'achève ce premier tiers de haute volée, où l'intensité mulhousienne n'est vraiment pas récompensée.

Les rapports de force s'inversent au retour des vestiaires, avec des Brestois plus mordants. Ludek Krayzel libère Matej Kiska, dont le tir est contré in-extremis par Domen Vedlin (21'09"). Le Slovène est présent sur les mouvements offensifs pour appuyer la ligne de Julien Aubry. Ce dernier a su réguler le penchant immodéré qu'avaient Jure Stopar et Kevin Gadoury pour l'offensive à outrance en début de saison. Gadoury n'a pas spécialement la fibre défensive, ce qui est une tare lorsqu'on évolue sous les ordres d'Eriksson, mais reste une formidable individualité, reconnue à Saint-Jérôme (où il jouait en junior AAA) pour sa technique individuelle et ses feintes "hallucinantes". Le Canadien s'est trouvé, en Jure Stopar, le parfait allié pour négocier ses longues chevauchées. Problème, Brest n'est pas Bordeaux et les espaces, nombreux samedi dernier, sont beaucoup plus restreints. Et Gadoury n'est pas toujours à son avantage.

... se détache...

Mathieu Bidoli, lui, se procure quelques occasions mais gâche une bonne situation par excès d'altruisme. Reste que ce palet perdu en zone offensive ne l'est pas pour tout le monde. Nicolas Motreff, qui remplace Serge Toukmatchev aux-côtés de Tomas Kaspar et Juraj Ocelka, est bien inspiré de suivre les deux Slovaques dans leur ruée vers Gasnier. Sur un tir peu appuyé de Motreff, ce dernier lâche un rebond dans l'axe, en plein sur Kaspar (2-3 à 25'25").

Une obstruction appelée à l'encontre de Vladimir Holik (26'37") tombe à pic pour des Mulhousiens en quête d'un second souffle. La pénalité du robuste arrière tchèque est annulée par un faire trébucher de Jens Eriksson sur Jaroslav Prosvic (27'32"). Comme quoi les unités spéciales ont la part belle dans ce deuxième acte moins rythmé que son devancier. Car Brest est en train de mater toute forme de rébellion en prenant lentement, mais sûrement, le contrôle de la zone neutre. Une prise de pouvoir encouragée par la solidité de Mojmir Bozik. Le Slovaque n'est pas le premier venu et s'érige en obstacle infranchissable, même si sa mitaine tremble sur une reprise de Mathieu Bidoli (37'25").

C'est-là qu'intervient Andrej Ignatovics, ce vétéran aux trente neuf printemps (et aux sept championnats du monde). S'il est en fin de carrière, le Letton a de beaux restes et fait montre d'une vivacité souvent désarmante pour ses adversaires. Moins en vue, Ludek Krayzel n'en est pas moins à la conclusion d'une habile manoeuvre orchestrée par Ignatovics derrière la cage (2-4 à 37'45"). Cette fois c'est plié et l'Illberg accuse le coup. Le dernier tiers temps sera forcément dépassionné...

... et contrôle !

C'est d'autant plus vrai que les visiteurs ont encore serré la vis, démontrant qu'ils n'ont pas la meilleure défense de D1 pour rien. Signe extérieur de richesse intérieure, Brest peut aussi compter sur Mathieu Brunelle et Guillaume Fournier, qui font la paire depuis deux ans. Si Fournier fait apprécier la qualité de ses tirs sur réception, Brunelle montre bien qu'il est plus technique que ne le suggère son gabarit. Avec 42 buts en saison régulière, Brunelle a survolé la division 1. Ce soir, il se contentera d'une seule réalisation, un tour de cage magistralement conclu du revers (2-5 à 46'32").

L'oeuvre brestoise est presque achevée. Presque seulement puisque ce diable d'Ignatovics, imparablement décalé par Holik, en remet une couche, à la seconde près où Forsberg quittait le banc d'infamie (2-6 à 47'38"). "Letton" sont durs pour Mickaël Gasnier, remplacé peu après par Marc-André Martel (49'59").

Chaudement ovationné, le Québécois, qui ronge son frein depuis l'avènement de Gasnier, dispute peut-être là sa dernière partie à l'Illberg. Si Bozik sort toujours les arrêts qu'il faut, contribuant grandement aux échecs répétés du jeu de puissance local, Martel s'impose quant à lui devant Krayzel. Le vétéran tchèque était pourtant servi sur un plateau par Matej Kiska, qui s'était arraché pour "dépouiller" Roman Jasko (55e).

Un but de plus ou de moins n'aurait de toute façon rien changé à l'affaire. Cette demi finale est maintenant promise aux Albatros. Plus personne n'y croit. Pas même Christer Eriksson, qui envoie ses jeunes dans la mêlée. Ils verront de près le septième but, préparé par Juraj Ocelka et conclu, dans une cage ouverte, par Tomas Kaspar (2-7 à 57'21").

Les Scorpions, toujours privés d'Adrien Dufournet, n'ont pas à rougir d'une défaite large, certes, mais qui ne reflète pas leur engagement de tous les instants. Ils ont entrevu l'exploit le temps d'un tiers temps avant de se faire doucher par le métier et le froid réalisme des Krayzel, Fournier et autres Ignatovics. Leur retour en division 1 est réussi au-delà de toutes espérances. Mais il manquera une petite cerise sur le gâteau.

"Si on doit monter en Magnus, c'est qu'on l'aura mérité" disait Julien Aubry, avant la rencontre, pour les Dernières Nouvelles d'Alsace. Ses coéquipiers ont pu mesurer, face à l'armada brestoise, taillée pour la montée, ce qui les séparait de cet objectif encore inavoué, mais qui pourrait bien revenir à l'ordre du jour. L'essentiel étant de ne pas brûler les étapes pour ne plus renouveler les erreurs du passé. Mais demain est un autre jour...

Mulhouse - Brest 2-7 (2-2, 0-2, 0-3)
Mercredi 14 avril 2010 à 20h00 à la patinoire de l'Illberg. 1 595 spectateurs.
Arbitres : Julien Avavian assisté de David Courgeon et Sébastien Geoffroy.
Pénalités : 26' (16' + 4' + 6') contre Mulhouse ; 30' (8' + 12' + 10') contre Brest.
Tirs : 43 (14 + 18 + 11) pour Mulhouse ; 30 (8 + 13 + 9)  pour Brest.

Évolution du score :
1-0 à 07'01" : Tromeur assisté de Ruokamo et Eriksson (sup. num.)
1-1 à 07'46" : Fournier assisté de Prosvic
2-1 à 11'00" : Stopar assisté de Bidoli et Delisle
2-2 à 18'15" : Ignatovics assisté de Krayzel et Holik (sup. num.)
2-3 à 25'25" : Motreff assisté de Kaspar et Ocelka
2-4 à 37'45" : Krayzel assisté d'Ignatovics
2-5 à 46'32" : Brunelle assisté de Fournier et Macek
2-6 à 47'38" : Ignatovics assisté d'Holik et Krayzel (double sup. num.)
2-7 à 57'21" : Kaspar assisté d'Ocelka et Cormier

Mulhouse 

Gardien : Mickaël Gasnier puis Marc-André Martel à 49'59".

Défenseurs :  Maximilien Tromeur - Roman Jasko (A) ; Domen Vedlin - Markus Forsberg  ; Yann Marez - François Delisle ; puis Benjamin Adam - Benoît Salvin à 56'18".

Attaquants : Romain Pierrel - Jens Eriksson - Olli Ruokamo ; Jure Stopar - Julien Aubry (C) - Kevin Gadoury ; Vincent Bringuet (A)  - Mathieu Bidoli - Anthony Pernot ; puis Jérôme Jeseck - [Gadoury] - Arnaud Fuss à 56'18".

Absents : Lucas Trémellat (épaule), Adrien Dufournet.

Brest

Gardien : Mojmir Bozik.

Défenseurs : Ivan Borzik (A) - Lilian Prunet (C) ; Vladimir Holik - Peter Macek ; Juraj Sadlon.

Attaquants : Mathieu Brunelle - Jaroslav Prosvic - Guillaume Fournier ; Andrej Ignatovics - Ludek Krayzel - Matej Kiska ; Juraj Ocelka - Nicolas Motreff - Tomas Kaspar (A) ; Jérémy Cormier.

Remplaçants : Pierre Pochon (G), Maxime L'Arvor, Clément Gonzales, William L'Arvor, Julien Legall. Absents : Aleksei Volkov (blessure à l'œil), Serge Toukmatchev.