Slovaquie - Russie (Mondiaux 2010, Groupe A, 1re journée)

Les Russes égalisent à 9 partout

Cela peut surprendre. Malgré un palmarès bien plus étoffé et une réputation de monstre du hockey international, la Russie se présente sur ce premier duel des Mondiaux - dont elle est la grandissime favorite - en déficit de victoires vis-à-vis de son adversaire du jour, la Slovaquie. Après vingt-deux rencontres entre les deux formations slaves, ce sont les représentants de la Double-Croix qui mènent d’une courte tête les débats (9 succès contre 8 pour les Russes, 5 nuls). La dernière confrontation confirme d’ailleurs la tendance ; en match de poule aux Jeux de Vancouver, la bande à Zdeno Chára l’avait emporté aux tirs au but (2-1).

Les Champions du Monde sont revanchards. Si la composition de l’équipe slovaque n’a plus grand-chose à voir avec l’épisode canadien, le maillot reste quant à lui le même. « La Slovaquie sera toujours un adversaire dangereux. L’équipe est jeune, d’accord, mais cela veut dire qu’elle sera plus ambitieuse et impétueuse. Il faudra se donner à fond si l’on veut gagner », déclarait cette semaine Viktor Kozlov, l’attaquant d’Ufa, en réponse à toutes les spéculations qui tournaient autour du match d’ouverture des doubles tenants du titre. Il est vrai que cette jeune sélection slovaque, sans réels leaders, était au centre de nombreuses interrogations.

AFINOGENOV_Maxim-2005-1101053L’entame de match respecte donc la plupart des attentes. Dans une Lanxess Arena remplie à craquer et ultra-majoritairement acquise à la cause russe (16 000 supporters rouges sur 18 522 spectateurs !), la défense slovaque, comme on pouvait s’en douter, subit la pression adverse, d’abord timidement puis plus franchement à partir de la cinquième minute. Sergei Mozyakin est l’auteur de la première chaude alerte pour Peter Budaj lorsque, à hauteur du poteau gauche, il rabat trop tardivement sa crosse (6'25"). Le rythme de jeu déjà soutenu est toutefois cassé par la réparation de la porte d’entrée de la prison slovaque, qui n’a pu résister à la charge de Tomáš Starosta sur Maksim Sushinsky. L’affaire prendra sept minutes.

Les sorties successives de Tomáš Bulík puis Vladimír Dravecký à quarante-cinq secondes d’intervalle laissent les Russes en position de force sur la glace mais ces derniers ne profitent pourtant pas de l’occasion. Malgré tout, l’attaque rouge prend ses quartiers devant les cages adverses et, après douze minutes, les hommes de Bykov ont déjà frappé trois fois plus que les Slovaques (10 tirs contre 3). Maksim Afinogenov ouvre logiquement la marque d’un tir croisé à l’entrée du cercle droit après un joli travail en relais lancé dans son camp par Nikolai Kulemin et poursuivit par Viktor Kozlov (0-1, 14'51"). Aleksandr Semin est tout près de faire le break dans la minute qui suit mais le palet est repoussé par le bras gauche de Budaj.

Les Slovaques sont incapables d’exploiter un power-play à cheval sur les deux premiers tiers-temps après une faute du même Semin tandis que les Russes sont de nouveau très menaçants après la sortie de Stanislav Gron. La défense bleue ne sait plus où donner de la tête et, dans une certaine cacophonie, la rondelle est repoussée inconsciemment par Vladimir Mihálik mais n’est pas reprise assez vite par Mozyakin malgré des filets vides (24'03"). Glen Hanlon s’irrite le gosier tel un général sur le front, ce qui a son petit effet : Andrej Sekera est stoppé en pleine échappée par Sushinsky qui s’en va faire un tour en prison (25'20") et le benjamin Richard Pánik contraint Vasili Koshechkin à l’effort après avoir trouvé un espace libre côté droit (27'49").

Devant cet entrain recouvré par les Slovaques, les Russes ne trouvent qu’une solution : marquer. Sergei Fedorov gagne un engagement et dévie pour Aleksandr Ovechkin qui frappe directement au but ; la superstar moscovite, bien aidée par Andrej Sekera, trompe Budaj et donne deux longueurs d’avance aux siens (0-2, 29'32"). Le joueur de Washington est alors déchaîné. Il inquiète le portier adverse à deux reprises mais il tire à côté du palet sur un contre pourtant bien mené (32'14") avant de buter sur Budaj dans sa seconde tentative, dans la même position, trente-cinq secondes plus tard. Le festival offensif se poursuit par l’intermédiaire de Kozlov qui reprend, sans succès, une frappe repoussée d’Afinogenov (33'48").

GREBESHKOV_Denis-2009-7517La Slovaquie tente vainement de réagir par l’entremise de Milan Bartovi?, Ivan ?iernik qui joue à domicile, Dominik Gra?ák, qui fête là sa centième cape en sélection, Andrej Podkonický, qui célèbre quant à lui ses trente-deux printemps, ou encore Roman Kukumberg et Michal Macho. Mais leurs tentatives sont soit trop lointaines soit marquées du sceau de l’imprécision.

Les chiffres sont clairs au moment de souffler une seconde fois ; 31 tirs sont venus sanctionnés jusqu’à présent la domination russe contre 19 pour les Slovaques qui peuvent se montrer satisfaits d’être menés au score par seulement deux buts. L’ultime acte de la partie devait pourtant remettre en cause toutes les statistiques de la partie.

La bande à Richard Lintner revient en effet sur la glace le couteau entre les dents. Ivan Majeský chipe le palet à Denis Grebeshkov sur sa ligne bleue, se lance dans une échappée et, après avoir trompé Ilya Nikulin, ajuste Koshechlin dans l’axe (1-2, 43'51"). C’est seulement la quatrième réalisation du défenseur de Skellefteå en 85 sélections nationales. Sans aucun doute le plus beau. Il permet en tout cas à la Slovaquie de se repositionner dans la course à la victoire, tout du moins sur les rails du match nul. Le spectacle bat alors son plein, le jeu de déplaçant d’un camp à l’autre. Les Russes sont plus timides en attaque même si Mozyakin se montre à son aise.

Les Bleus tentent le tout pour le tout dans les dernières minutes. Pánik, Tatar ou Lintner y vont de leur assaut. La tension atteint son paroxysme lorsque Sushinsky (55'02") puis Fedorov (58'00") s’assoient sur le banc des fautifs. Peter Budaj accentue la supériorité numérique de son équipe en quittant son poste à 81 secondes de la sirène après que Sekera ait lancé l’attaque de derrière ses cages. Les rares supporters slovaques passent alors par toutes les couleurs ; Pánik et Podkonický sont à deux doigts d’égaliser mais Kukumberg laisse Kozlov lui intercepter la rondelle dans l’action suivante ; l’attaquant russe scelle le succès des siens en la glissant au fond des filets désertés (1-3, 59'06"). Quelle drôle d’issue pour les coéquipiers d’Ilya Kovalchuk qui, après avoir maîtrisé la rencontre, n'ont tiré que trois fois au but dans l'ultime opus et ont dû attendre la dernière minute pour être soulagés !

Les hommes du match sont Peter Budaj pour la Slovaquie et Alexander Ovechkin pour la Russie.

Commentaires d’après-match (source : www.hokejportal.sk)

Glen Hanlon (sélectionneur de la Slovaquie) : « On a entamé la rencontre avec un immense respect pour notre adversaire. Les Russes ont parfaitement joué en attaque. Dix de nos joueurs débutaient ce soir en championnat du monde et cela s’est vu dans les premières minutes de la partie. On s’est amélioré dans la fin du deuxième tiers-temps. On doit enchaîner ces prestations lors de nos prochains duels face à la Biélorussie et au Kazakhstan. »

Dominik Gra?ák (défenseur de la Slovaquie) : « Mon sentiment général n’est pas mauvais malgré la défaite. Nous avons joué contre une très forte équipe de Russie. On s’est d’abord concentrés sur le fait de ne pas prendre de but, on ne voulait pas permettre aux Russes de mener avec un large avantage. À partir de la fin du deuxième tiers, on était convaincus que l’on parviendrait à se créer des occasions. On a joué avec beaucoup de courage et on a eu des opportunités de partir du stade avec le match nul. »

Viatcheslav Bykov (sélectionneur de la Russie) : « Pour une entame de championnat, on peut dire que nous n’avons pas eu un match facile, le résultat aura été disputé jusqu’au bout. Dans le troisième tiers, les Slovaques sont revenus dans la partie et nous ont alors posé d’énormes problèmes. Nous nous réjouissons alors de cette victoire. [...] En ce qui concerne Pavel [Datsyuk], on s'occupe des billets, visas et cendres volcaniques. Ne soyez pas pressés, on a le temps. »

Aleksandr Ovechkin (attaquant de la Russie) : « Koshechkin a très bien joué dans ses cages. Il a pris un but, certes, mais il n’a rien à se reprocher car l’attaquant slovaque a été très talentueux sur ce coup. Nous n’avons pas su utiliser nos supériorités numériques au début. Nous avons bien joué mais nous nous sommes relâchés en troisième période. Mais heureusement, Dieu était de notre côté ! À la fin, on marque alors que le gardien adverse n’est plus sur la glace, ce qui nous garantit le succès. Les Slovaques ont attendu nos fautes et ont parfaitement su concrétiser l’une d’elles. »

 

Slovaquie – Russie 1-3 (0-1, 0-2, 1-1)

Dimanche 9 mai 2010 à 20h15 à la Lanxess Arena de Cologne. 18 522 spectateurs (guichets fermés).
Arbitres : Marc Muylaert (CAN) et Patrik Sjöberg (SUE) assistés de Daniel Bechard (CAN) et Peter Sabelström (SUE).
Pénalités : Slovaquie 8' (4', 4', 0'), Russie 8' (2', 2', 4').
Tirs : Slovaquie  33 (7, 12, 14), Russie  34 (15, 16, 3).

Évolution du score :
0-1 à 14'51" : Afinogenov assisté de Kozlov et Kulemin
0-2 à 29'32" : Ovechkin assisté de Fedorov
1-2 à 43'51" : Majeský assisté de Bartovi?
1-3 à 59'06" : Kozlov (inf. num.)


Slovaquie

Gardien : Peter Budaj [sorti de 58'39" à 59'06" et de 59'20" à 60'00"].

Défenseurs : Andrej Sekera – Ivan Majeský (A) ; Dominik Gra?ák – Richard Lintner (C) ; Vladimír Mihálik – Tomáš Starosta.

Attaquants : Marek Svatoš – Marek Zagrapan – Ivan ?iernik ; Milan Bartovi? (A) – Andrej Podkonický – Roman Kukumberg ; Stanislav Gron – Tomáš Bulík – Vladimír Dravecký ; Miroslav Zálešák – Michal Macho – Richard Pánik ; Tomáš Tatar [à 25'].

Remplaçant : Rastislav Sta?a (G).

Russie

Gardien : Vasili Koshechkin.

Défenseurs : Denis Grebeshkov – Konstantin Korneïev ; Vitali Atyushov – Dmitri Kulikov ; Alekseï Emelin – Ilya Nikulin ; Dmitri Kalinin.

Attaquants : Aleksandr Ovechkin (A) – Sergei Fedorov (A) – Aleksandr Semin ; Ilya Kovalchuk (C) – Alekseï Tereshchenko – Aleksandr Frolov ; Maksim Sushinsky – Artyom Anisimov – Sergei Mozyakin ; Nikolaï Kulemin – Viktor Kozlov – Maksim Afinogenov.

Remplaçant : Aleksandr Eremenko (G). En réserve : Semyon Varlamov (G).