République Tchèque - Norvège (Mondiaux 2010, groupe C, 2e journée)

20100511-Republique_Tcheque-Norvege-4012Comment la défaite tchèque met la France dans la mouïse

Les Norvégiens ont coché avant toute chose le match de jeudi contre l'équipe de France, décisif pour le maintien. Mais après leur prestation contre la Suède, ils paraissent d'ores et déjà capables de menacer l'équipe tchèque. Une victoire scandinave dans le temps réglementaire compliquerait sérieusement la tâche des Français...

En cas de défaite, les Tchèques, eux, mettraient en danger leur qualification en quart de finale. Jagr et ses collègues se produisent presque dans l'anonymat et peuvent se laisser endormir par une patinoire presque vide qui ne dépasse guère les deux mille spectateurs. Un symptome inquiétant du déclin tchèque. Le second gardien Ondrej Pavelec débute donc dans les cages dans des conditions difficiles.

La République Tchèque prend tout de suite le match à son compte. Jaromir Jagr impose sa présence dans le slot dans les deux premières présences. À la cinquième minute, Jakub Vorácek déborde sur l'aile gauche et prend un tir en angle. Puis le bon travail dans la bande de Petr Koukal envoie Bonsaksen en prison pour retenir. La première supériorité numérique tchèque reste relativement poussive.

Cette pénalité tuée met en confiance la Norvège qui équilibre un peu plus le jeu. Les Tchèques ont encore le dessus : Pål Grotnes réagit bien de la jambière droite face à un tir rasant en pivot de Voracek entre les cercles. Mais après douze minutes de jeu, le capitaine Tommy Jakobsen, qui avait perdu un palet derrière sa cage quelques secondes plus tôt, trouve cette fois une relance parfaite dans l'axe pour Patrick Thoresen venu faire un appel près de la ligne bleue. L'attaquant d'Ufa accélère dans la zone neutre déborde à droite, freine et sert en retrait Mats Zuccarello Aasen qui arrive lancé et bat Pavelec côté plaque (0-1, 12'09").

La Norvège conserve son avantage jusqu'à la fin du tiers-temps, et pendant une pénalité de Kaunismäki, Thoresen aurait même pu se procurer un breakaway en infériorité si Lars Erik Spets avait pris le soin d'ajuster correctement sa passe. Il compense en se couchant devant un lancer de Blatak. Les Tchèques sont nerveux et Jagr part même en prison pour une échauffourée devant la cage norvégienne. Thoresen se présente seul devant la cage à quatre contre quatre. Même si les Tchèques mènent 15 tirs à 5 à la pause, leurs tentatives n'ont pas inquiété Grotnes.

On s'attend à une forte réaction tchèque au retour des vestiaires, mais le rythme du jeu tombe, haché par les pénalités. Alors que Vampola a annulé une première faute norvégienne en faisant faute sur un contre, Jakobsen fait trébucher Rolinek en zone neutre, puis Holos le rejoint en prison. Ce sont les Tchèques qui se retrouvent à 5 contre 3 pendant plus d'une minute. Dans cette situation de jeu, Jagr se positionne à la ligne bleue et non plus autour de la cage : son premier lancer est contré par Bonsaksen qui se couche, mais pas le second qui file droit dans les filets de Grotnes, masqué (1-1, 27'56").

Les supporters tchèques se réveillent et se remettent à encourager leur équipe. Ils déchantent deux minutes plus tard à cause d'un lancer de la ligne bleue de Lars Løkken Østli, dévié par la crosse d'Anders Fredriksen juste devant la cage (1-2, 30'13"). Les Tchèques peinent à relancer la machine. À deux minutes de la fin du tiers, Jagr parvient libérer Rolinek dans l'axe, mais Grotnes bloque bien ce palet au-dessus de sa botte gauche. Holtet fait trébucher l'attaquant de Magnitogorsk qui s'explique alors aux poings avec Ylven. Les blancs finissent donc la période en supériorité numérique, mais rien n'y fait : le slap de Filip Novak s'écrase dans la glace et non dans le palet, comme un symbole d'un hockey tchèque ensablé.

20100511-Republique_Tcheque-Norvege-4139Ensablé et même enlisé en troisième période. Sur une sortie de zone rapide, Mathis Olimb est suivi le défenseur Barinka dans la bande mais réussit à pivoter pour amener le palet dans l'axe où Anders Bastiansen part seul au but et bat Pavelec d'un tir bas (1-3, 44'23"). Novak était en retard au repli défensif.

Le petit groupe de supporters tchèques essaie encore de frapper dans ses tambours pour couvrir les "Norge" réjouis de leurs homologues scandinaves. Lorentzen accroche Vampola derrière la cage tchèque et leur redonne un peu espoir (48'25"). Rozsival tente sa chance du cercle droit Jagr cherche encore la déviation devant la cage sur un tir rasant de Blatak, mais au bout d'une minute, Novak se fait finalement pénaliser pour avoir retenu une crosse adverse en se battant pour conquérir un rebond (49'25"). À quatre contre quatre, la passe du revers d'Aasen passe à quelques centimètres de la crosse de Thoresen au second poteau.

À huit minutes de la fin, l'arbitre sanctionne un surnombre norvégien. Le jeu de puissance n'est toujours pas fameux : Roman Cervenka se fait contrer à la bleue par Martin Røymark qui part en contre et laisse intelligemment derrière lui à Holtet, mais Cervenka contre le tir de celui-ci et rattrape donc sa propre erreur. Les Tchèques repartent de l'avant, Karel Rachunek monte sur l'aile droite et centre en retrait pour la volée de Jaromir Jagr (2-3, 53'09").

Plus qu'un but à remonter, mais Caslava est pénalisé pour retenir (53'35"). Deux minutes de perdues, même si les Norvégiens cafouillent leur powerplay. Les Tchèques installent leur camp dans la zone offensive. Pour ces phases défensives, notons qu'Anders Bastiansen remplace le créatif Fredriksen, dont ce n'est pas le métier, au centre de la première ligne. Grotnes arrête deux lancers de Rachunek, l'un de la mitaine et l'autre du plastron en réagissant rapidement pour geler le palet.

À force d'être sous pression en fond de zone, la Norvège concède une obstruction de Kaunismäki (57'10"). Le powerplay de la dernière chance pour la République Tchèque... et sans doute pour la France. Les Norvégiens resserrent les rangs et coupent les lignes de passe. Jagr ne trouve d'autre solution que d'entrer dans la boîte tout seul et perd le palet. Il ne sauvera pas tout seul la patrie (tchèque ou française). Temps mort de Ruzicka à six secondes avant la fin de la prison (59'05"). Pavelec a quitté ses cages. Rozsival cafouille le palet à la bleue, les Tchèques reviennent en zone offensive, mais le temps file inexorablement. Tout un symbole : Jagr est coincé dans la bande par Bastiansen qui mange alors les dix dernières secondes.

Si la République Tchèque continue de jouer ainsi, elle a de fortes chances de perdre aussi contre la Suède. Même une victoire de la France dans le temps réglementaire contre la Norvège ne la sauverait pas dans une égalité à trois. Ce match qui plonge les Tchèques en plein désarroi fait donc glisser les Bleus vers la poule de maintien...

La Norvège mérite sa victoire pour les progrès accomplis, pour l'intégration des nouveaux qui ont parfaitement substitué les cadres absents (but de Fredriksen, le remplaçant de Vikingstad, sur passe du nouveau défenseur Østli) et pour la qualité de leur infériorité numérique qui a coupé à la fois les passes à l'intérieur du losange et les solutions de lancer à la pointe, ne laissant que des tirs excentrés aux Tchèques.

Désignés joueurs du match : Jaromir Jagr pour la République Tchèque et Pål Grotnes pour la Norvège.

Commentaires d'après-match

Patrick Thoresen (attaquant de la Norvège) : "C'est la première fois que nous battons les Tchèques, c'est une grosse victoire pour le hockey norvégien. Notre gardien a bien joué : si notre jeu en infériorité fonctionne bien et si nous marquons en supériorité, nous pouvons battre n'importe quelle équipe. On ne pense pas aux quarts de finale, on pense à la France parce qu'on peut tout aussi bien perdre notre prochain match."

Tommy Jakobsen (capitaine de la Norvège) : "C'est énorme pour nous, une des deux grandes victoires du hockey norvégien avec celle contre le Canada en 2000. Quand nous jouons notre jeu et que notre gardien est dans un bon jour, nous pouvons gagner. [...] Le hockey norvégien est une petite famille : même les joueurs qui débutent en championnat du monde ont été avec nous en tournoi et ont déjà de l'expérience internationale. [...] Il ne faut pas gâcher cette victoire en perdant contre la France. C'est une bonne équipe, le championnat français est bon, ils ont de bons joueurs un peu partout en Europe. Dans le hockey, 6 à 8 nations sont devant, mais les autres se valent."

 

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République Tchèque - Norvège 2-3 (0-1, 1-1, 1-1)
Mardi 11 mai 2010 à 16h15 à la SAP Arena de Mannheim. 2256 spectateurs.
Arbitrage de Tom Laaksonen (FIN) et Thomas Sterns (USA) assistés de Thomas Gemeinhardt (ALL) et Anton Semionov (EST).
Pénalités : République Tchèque 12' (2', 6', 4'), Norvège 22' (4', 12', 6').
Tirs : République Tchèque 46 (15, 17, 14), Norvège 15 (5, 3, 7).
Évolution du score :
0-1 à 12'09" : Zuccarello Aasen assisté de Thoresen et Jakobsen
1-1 à 27'56" : Jagr assisté de Rozsival et Klepis (double sup. num.)
1-2 à 30'13" : Fredriksen assisté d'Østli et Thoresen
1-3 à 44'23" : Bastiansen assisté d'Olimb et L.E. Spets
2-3 à 53'09" : Jagr assisté de Rachunek (sup. num.)


République Tchèque

Gardien : Ondrej Pavelec.

Défenseurs : Miroslav Blaták - Michal Rozsival ; Petr Cáslava (A) - Karel Rachunek ; Michal Barinka - Filip Novak ; Petr Gregorek.

Attaquants : Tomas Rolinek (C) - Roman Cervenka - Jaromir Jagr (A) ; Petr Hubacek - Jan Marek - Jakub Vorácek ; Jiri Novotny - Petr Vampola - Lukas Kaspar ; Jakub Klepis - Petr Koukal - Marek Kvapil.

Remplaçant : Tomas Vokoun (G).

Norvège

Gardien : Pål Grotnes.

Défenseurs : Jonas Holøs - Alexander Bonsaksen ; Tommy Jakobsen (C) - Juha Kaunismäki ; Henrik Solberg - Lars Løkken Østli.

Attaquants : Patrick Thoresen (A) - Anders Fredriksen - Mats Zuccarello Aasen ; Lars Erik Spets - Anders Bastiansen (A) - Mathis Olimb ; Martin Laumannn Ylven - Marius Holtet - Martin Røymark ; Peter Lorentzen - Ken Andre Olimb - Kristian Forsberg.

Remplaçant : Ruben Smith. En réserve : André Lysenstøen (G).