Slovaquie - Danemark (Mondiaux 2010, 2e phase, Groupe E)

Les Danois dans un parfait rôle de composition

Lars Von Trier n’est pas le sélectionneur du Danemark. Mais nul ne doute qu’en plein Festival de Cannes le réalisateur palmé ait apprécié la mise en scène de Per Bäckman, qui n’en était certes pas à sa première depuis le lancement de ce Mondial allemand. La performance de sa formation, en fin d’après-midi, mêle tous les genres ; tantôt drame, parfois comédie, souvent proche de la science-fiction. Une chose est sûre : il y a eu de l’action et peu de suspense à Cologne. Comme tout film scandinave qui se respecte, c’est un public d’avertis, peu massif dans les tribunes de la Lanxess Arena, qui a su apprécier le chef d’œuvre danois.

Slovaquie-DanemarkAction ! Dans une rapide attaque lancée à trois, Peter Regin, l’un des rares sélectionnés danois à évoluer en NHL (Ottawa Senators), se retrouve en position idéale à l’entrée du cercle gauche ; sa frappe puissante et précise trompe déjà Peter Budaj et se loge dans la lucarne droite (0-1, 1'05"). On savait les Slovaques mauvais gestionnaires dans les entames de match mais ils surpassent sur ce coup-là leur réputation. Et ils vont être servis ! Tomáš Tatar, sacré meilleur espoir hier, se contente déjà de jouer les figurants en filant en prison (2'23"). Il est vite rejoint sur le banc des fautifs par son coéquipier Tomáš Starosta (3'27"). Les deux hommes sont les spectateurs impuissants du deuxième but scandinave.

En effet, Philip Larsen fait le break dans la même position – quasiment – que Regin trois minutes avant (0-2, 4'20") et les supporters ont à peine le temps d’afficher leurs têtes joyeuses et peinturlurées sur les écrans que Mads Christensen (le plus jeune des deux frangins homonymes) porte la marque à trois buts après que le palet, frappé dans l’axe un mètre après la ligne bleue, a été dévié dans le tas par un défenseur slovaque et soit passé entre les jambes de Budaj (0-3, 4'40"). Le gardien des « blancs », pilier des performances des siens en phase initiale, cède sa place à Rastislav Sta?a après cette réalisation.  Signe que tout va mal chez les Slaves.

L’avalanche rouge a fait des dégâts. Tous les superlatifs sont bons pour illustrer la glisse des joueurs danois : fluide, rapide, élégante. Et surtout grandement efficace. Déjà parmi les meilleures équipes du championnat au bilan des buts en power-play (deuxième derrière le Canada), le Danemark ne fait pas mentir les statistiques. À l’inverse, les Slovaques sont complètement à côté de leurs pompes et sont incapables de se frayer un chemin en zone adverse. Dix minutes se sont seulement écoulées et les fans danois, coiffés du casque viking, chantent déjà la victoire. La seconde salve arrive bientôt.

Toujours aussi intraitables en défense, les Scandinaves chapardent (trop !) facilement le palet aux Slovaques qui ne trouvent d’autres moyens de contestation que la faute. Cette fois-ci, c’est Richard Pánik qui provoque l’infériorité de son équipe (9'29"). Daniel Nielsen récupère la rondelle devant les des bancs des équipes puis se recale dans l’axe avant de tirer. Sta?a est sur la trajectoire mais la puissance de la frappe ne lui permet pas de maîtriser le palet qui est repris avec réussite par Morten Madsen au poteau gauche (0-4, 10'52"). Le tir d’Alexander Sundberg finit sa course sur cette même barre une minute plus tard. 

GreenGlen Hanlon finit de ronger ce qui reste de ses ongles lorsque ses protégés perdent une énième fois le caoutchouc dans leur zone de but sous l’action du téméraire Kasper Degn. L’attaquant de Bietigheim-Bissingen passe de derrière les cages à Morten Green qui ajuste immédiatement Sta?a, pas plus souverain que son prédécesseur (0-5, 12'21") On croit rêver devant cette débâcle slovaque ! Mais on peut se frotter les yeux cent-sept fois, le score affiche bien cinq longueurs d’avance pour une jeune formation danoise pas du tout annoncée à pareille fête il y a une semaine. Stefan Lassen, d’un slapshot dévastateur sur la ligne rouge, en rajoute même une couche (0-6, 13'42"). La pellicule est pleine. Coupez !

Les images, zoom à l’appui, s’attardent sur la mine déconfite du pauvre sélectionneur slovaque, frappé en pleine gloire après le triomphe de la veille sur les Kazakhs. Toute la presse nationale se félicitait d’ailleurs de cette accession au deuxième tour, la meilleure prestation de la sélection depuis quelques années déjà. Pis, trois heures avant le coup d’envoi de ce duel, les organisateurs de la prochaine édition, qui aura lieu pile dans 350 jours à Bratislava et Kosice, avait réuni une clique de journalistes lors d’une conférence de presse tenue à Cologne même. Un effet d’annonce un peu gâché par la déroute de l’équipe nationale…

Les Danois ne marqueront plus par la suite. Les Slovaques non plus. Mais on reconnaîtra aux représentants de la Double-Croix un joli panache dans la défaite. Ils n’auront jamais abdiqué alors que la cause était depuis longtemps perdue et ont même été les garants d’un rare intérêt en attaquant à tout rompre en deuxième période. La chenille rouge et blanche pouvait toutefois entamait son tour d’honneur dans les travées ; les joueurs scandinaves n’avaient plus qu’à contrôler dans l’ultime tiers-temps, tuant alors la dernière flamme de spectacle. Les Slovaques sont repartis de cette confrontation de drapeaux à croix avec une bulle. C’est ce que l’on appelle le jeu du morpion danois.

Hommes du match : Andrej Sekera (Slovaquie) et Patrick Galbraith (Danemark).

Commentaires d’après-match (source : www.hokejportal.sk)

Glen Hanlon (sélectionneur de la Slovaquie) : « Je dois féliciter le Danemark pour cette victoire et pour ses performances dans le tournoi. Mes joueurs n’ont pas su emballer le match mais ont montré une grande envie malgré la situation. Pourquoi nous avons joué ainsi ? Je l’ignore. Les Danois ont une très bonne équipe. Je suis en colère par rapport au système de ce championnat ; on a fini deuxièmes de notre groupe en première phase mais on n’est pas plus avantagés que cela dans le calendrier. »

Richard Lintner (défenseur et capitaine de la Slovaquie) : « On a pas du tout su jouer au hockey pendant la première période. L’envie ne nous a pas manqué et cela je le répèterai cent fois s’il le faut. On était prêts aussi bien physiquement que mentalement pour ce match. On savait quoi attendre de notre adversaire mais les Danois ont parfaitement maîtrisé nos erreurs. Leurs buts ne sont pas dus au hasard, ils ont construit d’excellentes actions. Six buts en une période, ce n’est quand même pas banal ! Il nous a manqué un peu de chance. Une des choses positives à retenir aujourd’hui, c’est que nous nous sommes battus jusqu’à la fin et que nous n’avons cédé ni un mètre ni une seconde aux Danois. »

Andrej Podkonický (attaquant de la Slovaquie) : « Je me souviens d’un match Liberec-Kladno au cours duquel nous avions gagné un tiers 8-0. C’est fois-ci ce fut le contraire. On a tout donné dans la partie, il n’y a eu aucune fatigue d’hier. On se prend un but sur le premier tir des Danois que notre gardien ne peut pas voir. Ensuite on en double infériorité, et on se prend deux buts. Bref, c’était difficile de jouer ensuite. On s’est tout de même efforcé, notre deuxième période était bien meilleure et c’est dommage que l’on ne soit pas parvenu à mettre un seul but. On doit désormais oublier cette énorme déception car il nous reste encore deux matches. Cette défaite peut nous réveiller. »

Per Bäckman (sélectionneur du Danemark) : « On a réalisé une incroyable première période. Après, on s’est juste contenté de contrôler le match. C’est une rencontre-clé pour la progression du groupe, elle nous a ouvert la porte des quarts-de-finale. Je crois vraiment que maintenant on a notre place parmi les huit meilleures formations du championnat. »

Morten Green (attaquant du Danemark) : « Nous avons parfaitement utilisé nos occasions et nos supériorités numériques. On savait que les Slovaques avaient joué hier et on a tout fait pour les faire sauter (sic). Le plus important c’est que nous sommes parvenus à marquer. Cette victoire nous réjouit, nous sommes sur la bonne voie. On ne pensait vraiment pas disposer de six points à l’issue de la première phase du tournoi. »

 

Slovaquie – Danemark 0-6 (0-6, 0-0, 0-0)

Vendredi 15 mai 2010 à 16h15 à la Lanxess Arena de Cologne. 4 442 spectateurs.
Arbitres : Ole Hansen (NOR) et Christer Larking (SUE) assistés de Ansis Eglitis (LET) et František Kalivoda (TCH).
Pénalités : Slovaquie 14' (8', 2', 4'), Danemark 2' (0', 2', 0').
Tirs : Slovaquie 26 (3, 16, 7), Danemark 34 (4+11, 12, 7).

Évolution du score :
0-1 à 01'05" : Regin assisté de Boedker et D. Nielsen
0-2 à 04'20" : Larsen assisté de Damgaard et Regin (double sup. num.)
0-3 à 04'40" : Christensen assisté de Green et Regin (sup. num.)
0-4 à 10'52" : Madsen assisté de D. Nielsen et Eller (sup. num.)
0-5 à 12'21" : Green assisté de Degn
0-6 à 13'42" : Lassen assisté de Eller et Madsen

 

Slovaquie

Gardien : Peter Budaj puis Rastislav Sta?a à 04'40".

Défenseurs : Ivan Majeský (A) - Andrej Sekera ; Dominik Gra?ák - Richard Lintner (C) ; Tomáš Starosta - Vladimír Mihálik ; Peter Frühauf.

Attaquants : Marek Zagrapan - Ivan ?iernik - Marek Svatoš ; Andrej Podkonický - Richard Pánik - Milan Bartovi? (A) ; Vladimír Dravecký - Tomáš Bulík [sorti à 20'] - Tomáš Tatar ; Roman Kukumberg - Michal Macho.

En réserve : Peter Hamerlík (G), Miroslav Zálešák, Stanislav Gron.

Danemark

Gardien : Patrick Galbraith.

Défenseurs : Stefan Lassen - Philip Larsen ; Mads Bødker - Daniel Nielsen ; Mads Christensen - Jesper Damgaard (C).

Attaquants : Morten Madsen - Frans Nielsen (A) - Lars Eller ; Nichlas Hardt - Peter Regin - Mads Christensen ; Kasper Degn - Morten Green (A) - Julian Jakobsen ; Kim Lykkeskov - Alexander Sundberg - Thor Dresler.

Remplaçants : Frederik Andersen (G), Jesper Jensen, Kim Staal. En réserve : Peter Hirsch (G), Jesper Duus.