Italie - France (Mondiaux 2010, poule de relégation, 1re journée)

Guerre de tranchées

20100515-France-Italie-7527C'est le moment de vérité pour l'équipe de France. Pour mériter sa place en élite, il faut de toute façon battre l'Italie, l'équipe normalement la plus faible du tournoi. Dave Henderson et Pierre Pousse ont modifié toutes les lignes offensives. Les frères Treille sont rassemblés en première ligne avec Meunier, et Stéphane Da Costa a été replacé au centre, son poste en universitaire. Le talent offensif a été réparti plus équitablement entre les trois premières lignes, en espérant que chacune pourra porter le danger sur un adversaire italien vieillissant.

La rentrée du vétéran De Bettin (37 ans), qui avait été laissé de côté au premier tour, ne rajeunit en effet pas cette équipe d'Italie. Daniel Bellissimo, très bon dans les quatre tiers-temps qu'il a joués, est titularisé dans les cages italiennes : on ne sait pas si l'inclination du coach penchait pour Adam Russo, puisqu'il s'est blessé au doigt.

Le premier but aura une extrême importance pour commencer cette poule de relégation. Contrairement aux jours précédents, l'Italie ne commet pas de grosse erreur défensive dans les premières minutes. La France n'attend pas de cadeau, et elle convertit sa première attaque, bien préparée. Lussier puis Bellemare luttent d'abord dans les bandes et transmettent le palet à Stéphane Da Costa dans le coin. Celui-ci évite une mise en échec avec une bonne feinte et trouve une passe en retrait vers Baptiste Amar qui est parfaitement monté à hauteur du second poteau (0-1, 04'34"). Prise à revers sur cette action bien construite, la défense italienne donne ensuite des signes de faiblesse. Elle semble poreuse sur une percée de Luc Tardif, et peu vigilante quand le Rouennais dévie un palet à bout portant à la dixième minute. Un revers en angle de Stéphane Da Costa passe aussi au-dessus de la cage, et une passe d'Auvitu trouve Raux au cœur de l'enclave.

20100515-France-Italie-7653L'Italie, de son côté, porte le danger sur des tirs lointains, mais Fabrice Lhenry gèle les rebonds avec assurance. La première vraie occasion transalpine est une déviation dans le slot de Nicola Fontanive à la quatorzième minute. Les Italiens perdent beaucoup de palets en zone neutre et ont donc peu de munitions offensives. À trois minutes de la fin du tiers, ils ont cependant un temps fort grâce à la présence gênante de Giulio Scandella dans le slot. Lhenry doit s'employer sur des slaps de Plastino et de Helfer. C'est le seul moment où l'on a senti les Français en difficulté. Mais ils réagissent très rapidement avec une contre-attaque de Bellemare qui provoque la première pénalité du match, contre Strazzabosco (18'42").

Le jeu de puissance a été la grande faiblesse des Français lors de la première semaine. Il est donc intéressant de voir si c'est la qualité des adversaires qui les a empêchés de s'exprimer. Face à une boîte moins agressive, ils restent effectivement beaucoup plus facilement installés. Par contre, ils manquent toujours d'un artilleur à la bleue et essaient de passer par les côtés. Méfiance au sujet de la vitesse de Scandella, qui réussit à partir en contre et à tenter un tir excentré.

20100515-France-Italie-7678Même sans être inquiétée, la France n'est par exempte d'approximations, et à force de les accumuler dans sa zone, elle subit le jeu au début de la deuxième période. Sur un palet envoyé au fond de la zone défensive tricolore, Nicolas Besch pousse Pat Iannone contre la bande et prend deux minutes pour retenir. Avec un hors-jeu et un dégagement interdit, le jeu de puissance italien laisse à désirer. Nicola Fontanive reçoit pourtant un palet à la bleue et se présente seul devant Lhenry qui ferme ses jambières. Le rebond d'Ansoldi est contré dans les airs.

La France est en difficulté, mais il faut dire que Laurent Meunier se fait soigner au bout du banc, protégé des regards, car il a été touché par un slap. La nouvelle malédiction du capitaine, qui n'avait déjà pas pu finir les deux précédents Mondiaux sur blessure ? Les Bleus doivent tourner à trois centres pour quatre paires d'ailiers. La cohésion ne s'en ressent pas trop : Bellemare décale côté droit Laurent Gras, dont le tir est freiné mais pas arrêté par Bellissimo. Le palet glisse tout doucement derrière lui... avant d'être sauvé sur la ligne.

S'ensuivent deux occasions italiennes. D'une part, Lhenry bloque bien un lancer de la bleue de Strazzabosco. D'autre part, Luca Ansoldi, après avoir mis à terre Roussel, ne convertit une passe de derrière la cage en déséquilibre de Ramoser. Le jeu s'ouvre des deux côtés : Anthoine Lussier obtient un breakaway sans parvenir à tromper Bellissimo, et Giorgio De Bettin côté gauche voit son tir atterrir sur le haut de la transversale !

Et toujours la vitesse de Scandella, qui oblige Besch à l'accrocher en zone neutre pour prévenir une contre-attaque (38'58"). L'Italie n'arrive pas à construire, ni avant ni après la pause. Soulagement pour la France, d'autant plus grand que Meunier revient sur la glace pour le troisième tiers ! Dave Henderson a réduit son alignement à trois blocs, Gras prenant place sur la troisième ligne à la place de Raux.

20100515-France-Italie-7785Matt De Marchi part en prison pour cinglage, une supériorité numérique qui arrive au bon moment pour la France (42'14"). Yorick Treille tire dans le bas du masque de Bellissimo, sans que l'arbitre n'arrête le jeu. Le but français est cependant marqué après la mise au jeu : lancer de Kévin Hecquefeuille et rebond pour Laurent Gras qui a devancé un Helfer passif (0-2, 43'14"). Armin Helfer sera puni et ne verra plus la glace, ce qui redonne une chance au jeune Stefano Marchetti, disparu après le premier tiers, et qui fera lui aussi une erreur en ratant une interception de la main dans sa zone avec Sacha Treille dans son dos.

Mike Souza a aussitôt une énorme occasion de réduire le score quand il reçoit une passe dans l'axe et se présente seul devant le gardien, mais il tire au-dessus de la mire.

La défense transalpine est à la peine pour relancer le jeu. Stefano Marchetti n'arrive pas à intercepter le palet de la main, et Sacha Treille dans son dos peut prendre un bon tir. Mais l'Italie réagit dans la minute suivante, avec un tir en pivot de Iannone démarqué dans le slot, et une pénalité contre Amar sur l'action. Lhenry multiplie les arrêts pendant l'infériorité numérique, face à Fontanive qui a repiqué devant la cage avec le palet, puis de la jambière devant De Marchi. La pression est forte dans l'enclave et Bachet dégage dans les tribunes. La France est à 3 contre 5, et le slap de la ligne bleue de Strazzobosco passe entre les genoux de Lhenry (2-1, 51'04"). Dans leur malheur, les Bleus ont de la chance : le but a été marqué une seconde après la fin de la première pénalité, et ils peuvent donc revenir au complet.

20100515-France-Italie-7702La France repart de l'avant avec deux tirs consécutifs des frères Treille. Le jeu peut cependant basculer d'un côté comme de l'autre et Egger vient tester Lhenry. Mais quelques secondes plus tard, sur un palet français envoyé au fond, Michele Strazzabosco fait trébucher Laurent Gras dans le coin (57'47"). Une pénalité qui pourrait sauver la France, sans un cadeau en zone défensive qui donne le palet à Borgatello plein axe. Lhenry fait l'arrêt décisif sur ce slap. En contre-attaque, Meunier centre pour Gras, et Bellissimo pare de justesse du bras gauche. Il peut donc sortir pour les dernières secondes afin de faire entrer un joueur de champ supplémentaire, sans résultat.

Les nouveaux alignements offensifs, un peu bouleversés par l'absence de Meunier en deuxième période, ont donné dans l'ensemble satisfaction. Sacha Treille a amené du physique en première ligne et n'a pas dépareillé aux côtés de son frère. Stéphane Da Costa a été un cran au-dessus de tout le monde techniquement et a énormément dribblé, mais cela l'a parfois mené nulle part, étant coincé sans position de tir ni solution de passe. Il a besoin d'être recadré pour tirer le meilleur parti de ses mains, l'effet de surprise étant plus fort s'il varie son jeu.

L'Italie a des atouts limités offensivement mais essaie de s'en servir : la France n'a pas toujours été vigilante quand le rapide Scandella se faisait oublier à l'opposé du jeu. Heureusement qu'il n'a pas reçu la passe aux moments où il était le plus démarqué.

La clé du match a finalement été la solidité de Fabrice Lhenry, qui a très rapidement gelé les palets et n'a rien laissé traîner dans son slot. Vu le nombre d'ouvertures de part et d'autre, ce match aurait pu donner un score plus élevé sans deux bons gardiens (et parfois l'imprécision des attaquants).

La France avait fait un meilleur match contre la Suède, mais l'important est d'être meilleur que l'adversaire, ce qui a été le cas ce soir. Elle a commis des erreurs, mais moins que les Italiens. Il faudra sans doute élever encore le niveau de concentration contre le Kazakhstan, et plus encore demain midi contre les États-Unis qui a atomisé les Kazakhs cet après-midi (10-0). Le premier pas vers le maintien a été fait, mais il faudra une seconde victoire.

Désignés joueurs du match : Nicholas Plastino pour l'Italie et Fabrice Lhenry pour la France.

Commentaires d'après-match

20100515-France-Italie-7721Rick Cornacchia (entraîneur de l'Italie) : "On a travaillé très fort et on s'est créé des occasions. C'est notre meilleur match dans le tournoi, mais le gardien français fait des arrêts-clés."

Luca Ansoldi (attaquant de l'Italie) : "Beaucoup de petites choses n'ont pas réussi. On est tombé sur un gardien dans un bon jour. Il faut jouer tout le temps. Beaucoup de joueurs font leur premier championnat du monde, même s'ils ne sont pas jeunes, et ne maintiennent pas toujours cette compétitivité. La France a plus de cœur et elle a gagné."

Dave Henderson (entraîneur de la France) : "Les vétérans ont fait ce qu'il fallait pour sortir le palet de la zone. Ce n'était pas facile, les Italiens fermaient bien la zone avec le défenseur qui pinchait. Il ne fallait pas prendre de risques, la consigne était de donner aussi tôt que possible aux attaquants. C'est quand on ne l'a pas fait qu'on a été en difficulté. Comme on joue demain, on avait prévu de jouer à quatre lignes pendant deux tiers quoi qu'il arrive. On se devait de descendre à trois lignes si le match était serré, ce qu'on a fait. [...] Stéphane Da Costa a beaucoup de dextérité avec le palet, mais les Italiens ont fini par le repérer et par jouer physique sur lui [voir photo de droite]. Je lui ai dit qu'il n'avait pas besoin de passer chaque joueur. Il a distribué de bons palets à Bellemare et à Lussier, qui a fait son meilleur match du tournoi."

Baptiste Amar (défenseur de la France) : "On ne joue plus contre le même genre d'adversaires, c'est une équipe à peu près équivalente avec des qualités différentes. Comme souvent contre l'Italie, c'est plus une guerre de tranchées que du hockey bien léché. En deuxième période, on a été bien contrés tactiquement, ils ont été meilleurs que nous en nous empêchant de sortir de notre zone. On commet de grosses erreurs évitables qu'on n'avait pas fait les matchs d'avant. Contre de grosses équipes, cela va se payer cash. Comme le niveau n'est pas le même contre l'Italie que contre les autres adversaires, je ne me sens pas trop fatigué. J'espère donc que j'aurai l'énergie demain contre les États-Unis."

Fabrice Lhenry (gardien de la France) : "Si on veut rester dans le groupe A, il faut faire de gros matchs défensifs. J'avais pris plusieurs buts masqués, mais j'ai pu voir le palet aujourd'hui, ce qui facilite les arrêts. L'équipe a bien fait le ménage devant la cage. J'ai eu deux breaks, j'ai été patient les deux fois, et après c'est le joueur qui est le plus embêté. Il faut un peu de chance, mais au deuxième tiers, on reculait trop. Défensivement, c'est une grosse satisfaction, mais tactiquement, on peut progresser."

 

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Italie - France 1-2 (0-1, 0-0, 1-1)
Samedi 15 mai 2010 à 16h15 à la SAP Arena de Mannheim. 3173 spectateurs.
Arbitrage de Tom Laaksonen (FIN) et Thomas Sterns (USA) assistés de Thomas Gemeinhardt (ALL) et Konstantin Gordenko (RUS).
Pénalités : Italie 6' (2', 0', 4'), France 8' (0', 4', 4').
Tirs : Italie 28 (9, 11, 8), France 22 (5, 6, 11).
Évolution du score :
0-1 à 04'34" : Amar assisté de Da Costa et Bellemare
0-2 à 43'14" : Gras assisté de Hecquefeuille et Bellemare (sup. num.)
1-2 à 51'04" : Strazzabosco assisté de Borgatello et Ramoser (sup. num.)


Italie

Gardien : Daniel Bellissimo.

Défenseurs : Armin Helfer - Christian Borgatello (A) ; Michele Strazzabosco (A) - Nick Plastino ; Trevor Johnson - Matt De Marchi ; Stefano Marchetti.

Attaquants : Roland Ramoser (C) - Luca Ansoldi - Nicola Fontanive ; Michael Souza - Alexander Egger - Giulio Scandella ; Stefano Margoni - Patrick Iannone - Giorgio De Bettin ; Stefan Zisser - Manuel De Toni - John Parco ; Max Oberrauch.

Remplaçant : Thomas Tragust (G). Absents : Adam Russo (G, doigt), Jonathan Pittis (ligaments croisés du genou), Armin Hofer (en réserve).

France

Gardien : Fabrice Lhenry.

Défenseurs : Baptiste Amar (A) - Vincent Bachet (A) ; Yohann Auvitu - Nicolas Besch ; Benoît Quessandier [en alternance avec Kévin Igier jusqu'à 20'] - Thomas Roussel.

Attaquants : Sacha Treille - Laurent Meunier (C) - Yorick Treille ; Pierre-Édouard Bellemare - Stéphane Da Costa - Anthoine Lussier ; Luc Tardif - Damien Raux [puis Gras à 40'] - Kévin Hecquefeuille ; Brian Henderson - Laurent Gras - Loïc Lampérier.

Remplaçant : Eddy Ferhi (G). Absents : Florian Hardy (G), Teddy Da Costa (ménisque), Erwan Pain (épaule), Antonin Manavian (commotion).