Allemagne - Bélarus (Mondiaux 2010, 2e phase, groupe E)

Dernière chance pour le Bélarus

20100516-Allemagne-Belarus-9538Encore une preuve du problème de la formule à deux tours : l'Allemagne remplissait la Kölnarena au premier tour, mais pour ses matchs du second tour, pas mal de sièges sont vides. Comme les partisans allemands pouvaient difficilement prévoir que leur équipe terminerait deuxième de sa poule, ils n'ont pas réservé leurs tickets à l'avance. Il y a même des affichettes sur la patinoire pour préciser qu'il reste des places pour les rencontres de l'Allemagne, en vain.

De quoi donner du grain à moudre aux partisans d'une formule à une seule phase avant l'élimination directe, soit plus courte en deux groupes de 6 (ce qui a la faveur des Nord-Américains), soit plus longue en deux poules de 8. Cette dernière option a la faveur de la France, car c'est sa seule chance d'organiser au moins la moitié d'un championnat du monde. La FFHG réfléchit ainsi à un axe Paris-Berlin en 2017...

À défaut du public assis, les supporters allemands sont bien là et se sont entassés debout dans les deux kops derrière les buts. Leur équipe part avec la même énergie qu'à chaque match et Marcel Goc tire de peu à l'extérieur du filet.

Mais pour le Bélarus, ce match est celui de la dernière chance. Les rouges attaquant et provoquent une première pénalité de Holzer. Ils maintiennent la pression à cinq contre cinq, Kovyrshin laisse le palet à Chupris pour un slap, et Andrei Mikhalev, qui a un mètre d'avance sur Nicolai Goc, prend le rebond en cage ouverte (0-1, 06'43").

20100516-Allemagne-Belarus-9629L'opposition de styles se met en place. D'un côté, des Allemands durs sur l'homme, agressifs sur le palet, aimantés vers la cage. De l'autre, des Biélorusses qui font parler leur technique, cherchent la passe décisive et font circuler le palet pour se débarrasser du marquage allemand. Une stratégie qui finit par pousser l'équie locale à la faute (Nicolai Goc, accrocher, 16'51"). Même tactique évidemment en supériorité numérique : on fait tourner, encore et toujours. Mais il manque la dernière passe, et la Nationalmannschaft se dégage.

Est-ce une raison pour devenir franchement indiscipliné ? John Tripp envoie sa crosse au visage d'un adversaire peu avant la pause, et l'Allemagne va donc devoir reprendre le jeu en infériorité. Elle aurait pu le payer très cher. Un slap non cadré de Nikolaï Stasenko frappe la balustrade, et le palet revient dans la crosse d'Aleksei Ugarov. Il est en angle très fermé, mais a la cage grande ouverte car Dennis Endras s'est avancé sur le premier lancer et est encore à deux mètres de sa ligne. Pourtant, l'attaquant du MVD croise trop son tir et le palet frôle le poteau opposé...

L'Allemagne est bien dans son match : agressive dans les bandes, bien en place défensivement pour contrer les positions de tir malgré la qualité des passes biélorusses. Mais ils ont toujours un but de retard, et intrinsèquement, les Allemands sont toujours beaucoup moins capables de faire la différence sur leur talent que leurs adversaires. Mezin ne se laisse pas avoir facilement, et repousse du bouclier un bon tir de Tripp. Il ne reste qu'à travailler, toujours plus fort, à l'instar des spectateurs qui chantent de plus en plus fort en cette fin de deuxième période.

20100516-Allemagne-Belarus-9396Ils font monter les décibels en applaudissant au rythme des tambours. Même dans la grande Kölnarena, ils arrivent désormais à faire porter leurs voix unies, et leur équipe ne peut que les entendre. Cela n'empêche pas les contrôles manqués (Braun) ou les passes ratées (Kreutzer) qui gâchent de bonnes situations en zone offensive. Cela n'empêche pas non plus la seconde pénalité du soir de Korbinian Holzer (36'24"). Cette fois ce sont des sifflets stridents qui conspuent le powerplay biélorusse. Quand un agréable silence se fait, cela veut dire que l'Allemagne s'est dégagée de sa zone.

Plus que vingt minutes pour remonter. Et ces Biélorusses qui, eux, peuvent marquer à tout moment. Aleksei Ugarov passe un café-crème-l'addition au pauvre Constantin Braun et manque de peu de feinter également Dennis Endras. Le gardien d'Augsbourg garde l'avantage, comme sur deux tirs consécutifs de Meleshko dans l'enclave. Si les rouges ont l'avantage au milieu de la glace, les Allemands sont toujours dominants dans les bandes. Marcel Müller, particulièrement salué à la présentation des équipes car il joue à Cologne (comme Kévin Hecquefeuille ce matin, du reste), travaille fort et est fait trébucher par Ruslan Salei, du moins selon le kop car les arbitres ne sifflent pas.

20100516-Allemagne-Belarus-9439Uwe Krupp a réduit son banc. Il a supprimé sa quatrième paire défensive Buntenschön-Goc et est passé à trois trios (Tripp-Ullmann-Rankel, Wolf-Goc-Schütz, Felski-Hospelt-Hager, plus Müller en joker) pour tenter de provoquer un déclic offensif qui se fait toujours attendre. C'est finalement le défenseur au numéro 90 Constantin Braun qui perce les lignes adverses dans l'axe et prend un tir, mais le rebond lui passe sous le nez. Les efforts de Hager et Hospelt font traîner cette maudite rondelle dans le demi-cercle de Mezin, mais ce dernier a toujours la russite avec lui.

À une minute et demie de la fin, Mikhaïl Grabovski peut sceller le match sur un breakaway avec une feinte rapide, mais l'impeccable Dennis Endras place sa botte fermement contre son poteau. Au moment où il quitte ses cages pour créer le surnombre, la persévérance paye. À 54 secondes de la sirène, Marcel Müller reçoit une passe du coin du vétéran Sven Felski et tire avec l'énergie du désespoir, en tombant, comme s'il mettait toute la rage qui lui restait. La précision ne fait pourtant pas défaut : le palet se loge à mi-hauteur, poteau rentrant du côté de la mitaine (1-1, 59'06"). Le juge de ligne se fait conspuer par vingt mille poumons en sifflant un hors-jeu douteux sur la dernière attaque allemande de Felski et Hospelt à 2 contre 1 : le bruit est assourdissant.

20100516-Allemagne-Belarus-9588Pour le Bélarus, cette égalisation est une catastrophe : il est éliminé dans toutes les configurations. Le numéro 84 Mikhaïl Grabovsky, qui s'est démené et a accumulé plus de 26 minutes sur la glace dans le temps réglementaire (énorme pour un attaquant !), n'abdique pourtant pas en prolongation. Il mène une contre-attaque rapide et délivre un centre au second poteau pour Kalyuzhny, mais les deux joueurs fêtent à peine le but. Ils savent très bien que les quarts de finale leur sont passés sous le nez.

Les supporters allemands conspuent les arbitres quand ils traversent la glace pour sortir : en DEL, ils sifflent trop à leur goût, mais en match international, apparemment, ils ne sifflent pas assez (contre l'équipe adverse). Le Bélarus n'a en effet pris que deux minutes de pénalité.

Drôle de match, donc, où tout le monde est mécontent. Il fait surtout l'affaire du Danemark qui rencontrera demain une équipe biélorusse déjà éliminée, ce qu'il espérait. De toute façon, l'Allemagne devait s'attendre quoi qu'il arrive à une "finale" contre la Slovaquie pour la qualification. C'est mardi après-midi que se jouera sa place en quart de finale.

Désignés joueurs du match : Robert Dietrich pour l'Allemagne et Andrei Mikhalev pour le Bélarus.

Commentaires d'après-match

Uwe Krupp (entraîneur de l'Allemagne) : "C'était un match très disputé. Mon équipe était fatiguée : jouer 21 heures après le match contre la Russie était vraiment très difficile. C'est pourquoi notre jeu était plus lent que d'habitude. Nous nous sommes améliorés dans le courant de la partie, nous avons pu égaliser, mais une seule erreur nous coûte la victoire. Nous sommes cependant heureux de ce point gagné, il peut être décisif pour nous à la fin."

Kai Hospelt (attaquant de l'Allemagne) : "Une prolongation est toujours à double tranchant : bien sûr on fait tout pour gagner, mais cela ne fonctionne pas toujours. Peut-être que nous aurions dû être plus malins, mais cela ne sert plus à rien d'en discuter. Nous sommes tous en forme et nous avons un bon service médical, le manque de forces ne doit pas être une excuse. L'important, c'est que nous avons notre destin en mains, c'est ce que nous voulions."

Eduard Zankovets (entraîneur du Bélarus) : "En entrant à cette conférence de presse, j'ai presque félicité mon collègue allemand de sa victoire. Après tout, c'est un fait : nous n'avons pas vraiment gagné. L'enjeu était un ticket en quart de finale. Reste la consolation d'avoir entendu notre hymne national aujourd'hui. Dommage d'avoir laissé échapper la victoire, mais les adversaires ont fait tous les efforts pour revenir et y sont parvenus. Nous ne leur avons pas laissé beaucoup d'occasions vraiment critiques. Nous avons tourné à trois lignes, en rythme, tout se passait selon le plan. Les joueurs qui étaient sur la glace en fin de match ont fait ce qu'ils devaient faire, ils ont tenu leur position, à un détail près : ils n'ont pas eu le temps de réagir au remplacement du gardien allemand par un sixième joueur de champ. C'est ce qui a décidé du match."

 

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20100516-Allemagne-Belarus-9420Allemagne - Bélarus 1-2 après prolongation (0-1, 0-0, 1-0, 0-1)
Dimanche 16 mai 2010 à 20h15 à la Lanxess-Arena. 11748 spectateurs.
Arbitrage de Marc Muylaert et Chris Savage (CAN) assistés de Daniel Béchard (CAN) et Andryi Kicha (UKR).
Pénalités : Allemagne 8' (6', 2', 0', 0') ; Bélarus 2' (0', 2', 0', 0').
Tirs : Allemagne 34 (8, 10, 14, 2) ; Bélarus 21 (10, 6, 2, 3).
Évolution du score :
0-1 à 06'43" : Mikhalev assisté de Chupris et Kovyrshin
1-1 à 59'06" : Müller assisté de Felski et Schütz
1-2 à 64'45" : Kalyuzhny assisté de Grabovski et Makritski


Allemagne

Gardien : Dennis Endras [sorti de 58'59" à 59'06"].

Défenseurs : Robert Dietrich - Christian Ehrhoff ; Justin Krueger - Alexander Sulzer ; Korbinian Holzer - Constantin Braun ; Sven Butenschön - Nikolai Goc.

Attaquants : André Rankel - Marcel Goc (C) - Felix Schütz ; Marcel Müller - Christoph Ullmann - Michael Wolf (A) ; Patrick Hager - Kai Hospelt - John Tripp ; Sven Felski (A) - Alexander Barta - Daniel Kreutzer.

Remplaçant : Rob Zepp (G). En réserve : Dimitrij Kotschnew (G), Philip Gogulla.

Bélarus

Gardien : Andrei Mezin.

Défenseurs : Ruslan Salei (C) - Sergei Kolosov ; Nikolai Stasenko - Vladimir Denisov ; Aleksandr Makritski - Aleksandr Ryadinski ; Viktor Kostyuchenok (A).

Attaquants : Aleksei Ugarov - Mikhaïl Grabovski - Aleksei Kalyuzhny (A) ; Dmitri Meleshko - Andrei Stas - Sergei Demagin ; Sergei Drozd - Aleksandr Kulakov - Mikhaïl Stefanovich ; Yaroslav Chupris - Andrei Mikhalev - Evgeni Kovyrshin.

Remplaçant : Vitali Koval (G). En réserve : Sergei Shabanov (G), Kirill Gotovets, Artyom Senkevich.