Kazakhstan - France (Mondiaux 2010, poule de relégation, 3e journée)

Au bout du courage

20100518-France-Kazakhstan-10775L'heure est aux retrouvailles avec ce Kazakhstan, battu en Chine pour la remontée dans l'élite mondiale, mais qui a procuré plus de mauvais que de bons souvenirs aux Bleus le reste du temps. C'est le match à la vie à la mort pour la survie dans l'élite.

Ce match pour le maintien qui se tient le mardi midi ne se déroulera pas sans ambiance : les organisateurs ont eu la bonne idée d'inviter une ribambelle d'enfants qui remplissent les tribunes supérieures. Pas la peine de les forcer pour qu'ils
assurent le boucan. Le jus de pomme et le coca ont remplacé exceptionnellement la bière dans les couloirs de la SAP-Arena...

Les Français semblent avoir un peu de mal à se mettre en place, et ils se retrouvent à six sur la glace (1'54"). Deux déviations manquées dans le slot (Solarev et Starchenko) et un arrêt de la botte de Lhenry plus tard, les Bleus se retrouvent au complet. Plus pour longtemps malheureusement... Yorick Treille, à la poursuite du palet en zone offensive, est fait trébucher par Vladimir Antipin et sa cheville se tord dans le choc contre la balustrade. Il se tient la jambe gauche et on comprend tout de suite que c'est fini : il est évacué sur civière. Comment les Bleus vont-ils se remettre de ce gros coup dur ? La nette crosse d'Antipin entre les jambes du Français ne lui a pas valu la moindre pénalité...

Kévin Hecquefeuille remplace Yorick sur la première ligne et les trois centres sont obligés de faire des doubles présences en alternance. Des centres parmi lesquels on compte Pierre-Édouard Bellemare : le staff l'a repositionné parce qu'il est plus fort physiquement dans le bas de la zone défensive que Stéphane Da Costa, replacé à l'aile.

20100518-But_France-Kazakhstan-10809La France accuse le choc et un lancer de Krasnoslabodtsev touche le haut du masque de Lhenry. Puis elle repart à l'attaque. Laurent Gras est le premier à partir à l'assaut de la cage. Sacha Treille est ensuite fait trébucher par Krasnoslabodtsev pour la première supériorité numérique tricolore. Un domaine qui n'a guère brillé depuis le début de la compétition. Mais le cadet des Treille a un frère à venger : il rabat le palet de la main, prend un tir du revers, puis deux rebonds, toujours du revers, de derrière la ligne de fond. Comme Eremeïev laisse un grand espace derrière sa botte et devant son poteau, le second ricochet est gagnant - photo de gauche (0-1, 08'39"). Au marquage, Litvinenko est resté spectateur de la détermination sans faille du jeune Isérois.

Cette qualité n'est pas absente de l'équipe adverse, Dmitri Dudarev en a aussi. Il traverse Stéphane Da Costa, prend un tir repoussé loin dans les airs et rabat le palet dans le but avec sa crosse. Les Français réclament l'appel au juge vidéo, mais celui-ci accorde le but : le contact a bien lieu en dessous de la transversale (1-1, 10'39").

Mais quand on prononce le mot "détermination", on pense surtout, immanquablement, à Laurent Meunier : malgré son doigt fracturé - on peut le dire maintenant - qui l'aurait fait rater n'importe quel match en temps normal, le capitaine-courage s'infiltre dans la défense puis dribble le gardien et redonne l'avantage à ses couleurs (1-2, 12'19").

Fabrice Lhenry assure le spectacle avec un arrêt volontaire de la tête et en sourit avec l'arbitre : les Bleus sont dans le match et ont la banane. Laurent Gras, déchaîné, subit une mise en échec de Gavrilin dans le coin mais longe ensuite la ligne de fond pour marquer dans l'angle - photo ci-dessous (1-3, 13'43"). Les mêmes ingrédients que le premier but : placement douteux d'Eremeïev plus lenteur de réaction de Litvinenko près de la cage.

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Les Français n'arrivent cependant toujours pas à conserver pleinement leur avantage. Un cinglage de Hecquefeuille fait tomber la crosse de Solarev, et Roman Starchenko vient contourner le gardien au rebond d'un lancer de la bleue (2-3, 15'55"). Auvitu tenait un autre blanc, mais Besch s'était engagé sur le côté et avait tardé à revenir dans son slot. Dans la foulée, Rymarev décale du revers Spiridonov, qui manque le cadre sur ce palet d'égalisation.

20100518-France-Kazakhstan-10957Ce gros score élimine d'emblée les situations compliquées d'égalité : le Kazakhstan doit gagner et la France ne doit pas perdre. Point final. L'Italie n'est plus dans la course... à moins d'un exploit contre les Américains. Or, elle n'est toujours menée que 0-1, le match de Cologne étant plus avancé de six minutes du fait de l'interruption liée à la blessure de Treille.

Sacha Treille décoiffe Semenov de son casque et prend deux minutes pour dureté (24'15"). Le toujours opportuniste Dudarev, laissé seul dans le slot par Bachet, tire deux fois à bout portant sur Lhenry. Et puis, au moment où l'Italie égalise à Cologne sur un breakaway de Scandella, Starchenko est envoyé en prison. Deuxième supériorité numérique pour les Français qui ont transformé la première. Eremeïev a déjà du mal à voir quelque chose derrière le double écran de Sacha Treille et Laurent Meunier, et en plus le lancer de la bleue de Baptiste Amar ricoche sur la cuisse d'Antipin (2-4, 29'46"). Un slap de la gauche Henderson frôle le poteau et manque de creuser un écart définitif. Idem pour Lussier qui reçoit le palet dans l'enclave après une récupération de Bellemare derrière la cage adverse.

Les Français ont bien négocié cette deuxième période et, à la suite du match de dimanche, ils se sont appliqués à changer rapidement pour ne pas se faire piéger par des présences trop longues. Leur principal problème désormais, c'est que les Américains ont coupé leur effort et leur vigilance défensive du côté de Cologne... Les Bleus sont à peine entrés en jeu pour le troisième tiers que Margoni a donné l'avantage à l'Italie parce que Clemmensen a mal collé sa jambière à la glace sur un tir anodin à ras glace.

20100518-France-Kazakhstan-11016Pendant ce temps à Mannheim, Vorontsov charge Amar à la tête et prend 2'+10', mais sa pénalité est annulée par une sévère charge avec la crosse sifflée contre Bellemare. La sono annonce tardivement le score de 1-2 pour les Italiens... alors que les Américains viennent d'égaliser ! Merci pour le moral des Français, que l'on voit alors frapper de la crosse dans la bande pour se motiver... La rectification vient heureusement moins d'une minute plus tard.

Pendant que sur les écrans de la tribune des télés l'Italie forechecke à deux (presque du jamais vu), Anthoine Lussier sert au point d'engagement gauche Pierre-Édouard Bellemare, dont le tir est dévié par le défenseur sous les jambières de son gardien (2-5, 48'42"). Luc Tardif s'échappe et semble retenu dans le dos par son défenseur, sans que l'arbitre ne bronche. De toute manière, le destin bleu s'écrit maintenant à 250 kilomètres d'ici...

Le Kazakhstan n'abdique pas, même quand Starchenko tire sur le poteau de la cage ouverte. Vadim Krasnoslobotsev, lui, transforme un rebond similaire, à une plus grande distance (3-5, 53'18"). Auvitu enlève un autre palet de but à Krasnoslobotsev, et Bachet en dégage un autre qui traîne devant la cage... Ouf ! Oui, ouf : le temps réglementaire est terminé à Cologne. On peut se concentrer pleinement sur cette fin de match et ces deux buts d'avance à conserver. La France ne sort presque plus de sa zone, et Lhenry doit parer du bouclier un tir d'Aleksandr Koreshkov, absolument seul devant la cage sur un palet sorti de la bande.

20100518-France-Kazakhstan-11082Mais la sirène vient récompenser les efforts français, et il n'y a pas besoin que la "Kiss Cam" de la patinoire vienne sur eux pour que les entraîneurs Dave Henderson et Pierre Pousse s'embrassent et tombent dans les bras l'un de l'autre !

Puisqu'on est dans les bonnes nouvelles, la blessure de Yorick Treille ne semble pas compromettre son plein rétablissement pour le début de la prochaine saison avec le Sparta Prague.

Désignés joueurs du match : Aleksandr Koreshkov pour le Kazakhstan et Laurent Gras pour la France.

Désignés meilleurs joueurs français du tournoi : Fabrice Lhenry, Yorick Treille et Stéphane Da Costa.

Désignés meilleurs joueurs kazakhs du tournoi : Vitali Eremeïev, Maksim Semenov et Dmitri Dudarev.

Commentaires d'après-match

Andrei Shaïanov (entraîneur du Kazakhstan) : "Nous avons très bien préparé ce match, mais l'adversaire était très organisé avec une bonne défense et de bonnes contre-attaques. Le plus important facteur était psychologique, car nous n'avions pas encore gagné le moindre match. Et je dois admettre que notre adversaire était plus fort.

20100518-France-Kazakhstan-10847Dave Henderson (entraîneur de la France) : "Nous les avons joués en nombre d'occasions et c'est toujours difficile. Ils passent bien le palet et ont de bons lancers de la bleue. On a demandé à nos joueurs d'être disciplinés, ils ont fait ce que je leur ai demandé. Notre salut passera toujours par une abnégation défensive sans faille. Tout était calé pour jouer à quatre blocs et passer le troisième tiers, on l'a fait mais on perd Yorick tout de suite et cela a obligé des joueurs à doubler. Pendant les minutes où l'Italie menait 2-1, on ne l'a pas dit aux joueurs mais le staff savait. On a travaillé hier pour frapper à la cage et pour cadrer nos tirs. On met des buts chanceux, mais c'est ce qui arrive quand on va à la cage, cest comme ça que beaucoup de buts se marquent dans ce Mondial. [...] Notre objectif dans les prochaines années est d'être dans les 12 premiers du classement IIHF pour organiser le tournoi de qualification olympique. On a vu que les trois organisateurs se sont qualifiés la dernière fois."

Laurent Meunier (capitaine de la France) : "Quand ils ont annoncé 2-1, j'ai vu le mec de la table de marque me faire signe 2-2 avec ses doigts. On mène 5-2 à ce moment-là et on s'est un peu déconcentrés. J'avais le sentiment depuis le début de l'année que ce serait dur. Notre grosse détermination a fait la différence dans ce tour de relégation. On arrive à se maintenir trois ans de suite, c'est important pour que les jeunes apprennent le haut niveau. On a vu que Da Costa a été très fort, et Auvitu très bon en défense."

Fabrice Lhenry (gardien de la France) : "Après la déception de la première semaine, on a rempli notre contrat. Ce n'était pas tout le temps très beau, on n'est pas bien rentré dans le match, mais on a mené 3-2 même si on aurait pu beaucoup mieux jouer. [...] Ce tournoi est une grosse satisfaction personnelle parce que je n'ai pas joué de l'année. Je ne savais plus où j'en étais. Depuis janvier, j'ai travaillé dans mon coin pour être en forme pour les championnats du monde. [...] Beaucoup de jeunes ont vu le travail nécessaire physiquement, y compris pendant l'été, pour être au niveau. Il va falloir encore travailler. On n'arrive plus à battre des équipes comme la Norvège ou le Danemark qui étaient à notre portée il y a encore deux ans. [...] Jouer en équipe de France est un honneur et un plaisir. Je viendrai tant qu'on m'appellera, ce n'est pas moi qui dirai que j'arrête, les coachs le feront quand ils le jugeront."

 

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20100518-France-Kazakhstan-10975Kazakhstan - France 3-5 (2-3, 0-1, 1-1)
Mardi 18 mai 2010 à 12h15 à la SAP Arena de Mannheim. 7845 spectateurs.
Arbitrage de Rafaïl Kadyrov et Konstantin Olenin (RUS) assistés de Thomas Gemeinhardt (ALL) et Konstantin Gordenko (RUS).
Pénalités : Kazakhstan 16' (2', 2', 2'+10'), France 10' (4', 2', 4').
Tirs : Kazakhstan 38 (14, 13, 11), France 22 (11, 7, 4).
Évolution du score :
0-1 à 08'39" : S. Treille
1-1 à 10'39" : Dudarev
1-2 à 12'19" : Meunier
1-3 à 13'43" : Gras assisté de Tardif
2-3 à 15'55" : Starchenko
2-4 à 29'46" : Amar assisté d'Auvitu (sup. num.)
2-5 à 48'42" : Bellemare assisté de Lussier et Besch
3-5 à 53'18" : Krasnoslobotsev assisté de Vassilchenko


Kazakhstan

Gardien : Vitali Eremeïev.

Défenseurs : Maksim Semenov (A) - Roman Savchenko ; Aleksei Koledaïev - Vladimir Antipin ; Aleksei Vasilchenko - Aleksei Litvinenko.

Attaquants : Dmitri Dudarev (A) - Roman Starchenko - Konstantin Shafranov ; Andrei Gavrilin - Aleksandr Koreshkov (C) - Talgat Zhailauov ; Vadim Krasnoslobotsev - Ilya Solarev - Evgeni Bumagin ; Aleksei Vorontsov puis Aleksandr Shin de 43'52" à 55'52" - Andrei Spiridonov - Evgeni Rymarev.

Remplaçants : Aleksei Kuznetsov (G), Georgi Petrov. En réserve : Pavel Zhitkov (G), Evgeni Fadeev, Anton Kazantsev.

France

Gardien : Fabrice Lhenry.

Défenseurs : Baptiste Amar (A) - Vincent Bachet (A) ; Yohann Auvitu - Nicolas Besch ; Benoît Quessandier - Thomas Roussel.

Attaquants : Sacha Treille - Laurent Meunier (C) - Yorick Treille [puis Hecquefeuille à 6'] ; Stéphane Da Costa - Pierre-Édouard Bellemare - Anthoine Lussier ; Luc Tardif - Kévin Hecquefeuille [puis Gras à 6'] - Damien Raux [puis Gras à 40'] ; Brian Henderson - Laurent Gras [puis rotation des centres à 6'] - Loïc Lampérier.

Remplaçant : Eddy Ferhi (G), Kévin Igier. Absents : Florian Hardy (G), Teddy Da Costa (ménisque), Erwan Pain (épaule), Antonin Manavian (commotion).