Slovaquie - Allemagne (Mondiaux 2010, 2e phase, groupe E)

Un passage de témoin amer pour les prochains tauliers

L’équation est on-ne-peut-plus simple pour les deux équipes qui visent chacune les quarts-de-finale : l’Allemagne doit battre la Slovaquie, la Slovaquie doit battre l’Allemagne. Le pays organisateur et son successeur ont quelque peu fléchi dans cette deuxième phase après un élan ascendant. Les Allemands ont subi une défaite gênante contre les Biélorusses, tandis que les Slovaques ont reçu deux fessées contre les Danois et Finlandais. Si la dernière confrontation, le 25 avril, n’avait pas été riche en enseignements, elle nous avait en tout cas permis de juger le faible écart qui séparait les deux sélections (victoire des Slaves 3-2 dans les prolongations). Pour l’une comme pour l’autre, perdre serait frustrant…

Comme à leur habitude désormais, les Slovaques, qui récupèrent enfin Stanislav Gron, entament la rencontre sur la défensive en devant déjà faire face à une infériorité numérique provoquée par une faute de Marek Svatoš en zone d’attaque (0'47"). Mais les Allemands galvaudent la situation en se montrant incapables de s’installer durablement dans le camp slave. Malgré tout, les hommes d’Uwe Krupp sont légèrement plus actifs que leurs adversaires. Miroslav Šatan se fait prendre le palet dans sa propre zone par Justin Krueger qui profite d’un espace libre pour filer vers Peter Budaj. L’attaquant de Boston rattrape son erreur en endiguant la frappe du défenseur allemand (4'03").

Budaj a donc préservé la confiance de son staff technique après avoir été sorti lors des deux dernières prestations de son équipe. Mais Rastislav Sta?a n’a pu offrir un meilleur crédit que son compatriote, ni contre le Danemark (trois buts encaissés) ni hier contre la Finlande (deux). Les Slovaques affichent dans ce premier acte quelques belles intentions même s’ils se trouvent rarement en situation de frapper. Ivan ?iernik travaille bien la rondelle et passe à Richard Pánik, positionné devant la cage de Dennis Endras, mais la crosse de Felix Schütz repousse in extremis, empêchant le junior de finaliser (5'56").

Peter_BudajLa partie est globalement équilibrée. Les deux équipes sont bien en place défensivement et les attaquants ne disposent alors que de maigres espaces. Les Allemands parviennent cependant à trouver la faille par le duo qui va marquer la soirée de son empreinte. Alexander Barta accélère sur l’aile droite et centre pour Daniel Kreutzer qui attend devant les buts slovaques. Budaj repousse sa tentative mais Barta réagit promptement ; il récupère le rebond et marque au poteau droit (0-1, 7'19"). Après le Danemark vendredi et la Finlande hier, la Slovaquie courbe de nouveau trop tôt l’échine devant un concurrent direct pour les quarts-de-finale.

Mais contrairement aux deux autres fois, la bande à Richard Lintner ne craque pas. Même après que ses deux assistants ?iernik (10'08") et Milan Bartovi? (16'34") sont allés se repentir sur le banc des pénalités. Certes, les locaux lèvent de nouveau les bras lorsque Christophe Ullmann glisse le palet au fond des filets slave. Mais la réalisation abracadabrante du « requin » régional n’est pas validée ; la cage a été déplacée dans l’action (14'42"). Le score reste inchangé jusqu’au premier souffle. Et pour tout dire, on s’ennuie un peu. 

La deuxième période part heureusement sur un rythme plus soutenu. ?iernik ne réussit pas tromper Endras sur un revers effectué à une seule main (20'27"). Les Slovaques ont du mal à cacher leur incompréhension vis-à-vis de l’arbitrage lorsque Roman Kukumberg est victime d’une rude charge adverse en attaque. L’attaquant de Kazan rejoint son banc avec un rictus de douleur mais aucune pénalité ne sanctionne le geste (21'50"). Miroslav Šatan reçoit le palet entre les cercles de la part de Michal Macho mais sa frappe est de nouveau arrêtée par le portier des Panthères d’Augsbourg (22'57").

Contre le cours du jeu, les « Noirs » font le break sur leur premier tir en direction de Budaj depuis le retour sur la glace. Barta s’isole avec trois défenseurs slovaques le long de la bande, derrière Budaj, et parvient à sortir de la tenaille. Il passe pour Kreutzer, évidemment libre du marquage des trois, qui donne alors deux longueurs d’avance à l’Allemagne dans une ambiance réchauffée (0-2, 24'42"). La pression exercée dans la foulée sur Endras, suite à l’infériorité numérique provoquée par le capitaine Marcel Goc (24'56"), est bien négociée par la sélection hôte de ces championnats.

Les Allemands sentent leurs ailes pousser et entendent surfer sur ce faste. Les Slovaques accusent encore le coup lorsqu’il manque quelques millimètres à Andre Rankel devant Budaj (29'59") ou lorsque, sur une contre-attaque, Sven Felski loupe de peu Kreutzer. Le portier slave était une nouvelle fois livré à lui-même sur ce coup (32'34"). L’euphorie allemande prend fin en même temps que la crosse de Schütz ensanglante le visage de Lintner. Le joueur de Portland prend quatre minutes et contraint les siens à la plus grande vigilance (2'+2', 35'37").

Les deux premières minutes sont très mal utilisées par les Slovaques qui, hormis une frappe lointaine du même Lintner (38'09"), pressent pour le moins timidement. Un éclair de Svatoš vient pourtant remettre toute la partie en cause ; l’attaquant chipe la rondelle à Christian Ehrhoff côté gauche, met dans le vent Michael Wolf et, dans l’axe, trouve la voie des filets vingt secondes seulement avant le retour du capitaine allemand (1-2, 39'17"). Les supporters de la Double-Croix commençaient à désespérer…

Ce sera pourtant leur unique raison de se réjouir. Du suspen,se, en effet, il n’y en a plus vraiment par la suite. Les espoirs de retour des hommes de Glen Hanlon font long feu et les Allemands n’ont guère de difficultés à ralentir leur course contre-la-montre. Surtout lorsque le capitaine Lintner fait perdre de précieuses secondes à ses troupes en allant en prison (48'23"). Barta, visiblement déchaîné ce soir, n’est d’ailleurs pas loin de mettre tout le monde d’accord après avoir de nouveau leurré la défense adverse (56'28").

Les Slovaques ne tirent que quatre fois dans cet ultime opus et ni le temps mort demandé par le sélectionneur canadien à un peu plus d’une minute de la sirène ni la sortie de Budaj qui s’ensuit ne changent la donne ; sans démériter, ils terminent lanterne rouge de leur groupe et quittent la compétition au douzième rang de ce cru 2010, une place qui reflète assez mal un potentiel en devenir mais qui souligne à l’inverse un manque d’expérience criant. À charge de revanche lors de la prochaine levée… disputée sous les Tatras !

Marek Svatoš (Slovaquie) et Alexander Barta (Allemagne) ont été élus hommes du match.

Peter Budaj, Andrej Sekera et Ivan ?iernik ont été désignés quant à eux meilleurs joueurs de la sélection slovaque sur l’ensemble du tournoi.

Commentaires d’après-match (source : www.szlh.sk)

Glen Hanlon (sélectionneur de la Slovaquie) : « Je suis très déçu. On avait une très grosse envie de gagner aujourd’hui, mais ça ne nous a pas souri. Ça me fait de la peine pour les joueurs car ils se sont tous dévoués corps et âme pour ce championnat. L’Allemagne dispose d’un sélectionneur incroyable. Je la félicite pour cette victoire. »

Richard Lintner (défenseur et capitaine de la Slovaquie) : « Chaque joueur a mérité d’être en sélection par sa véritable implication. On peut tous se regarder dans les yeux, on a fait honnêtement notre travail. Il nous a parfois manqué d’un peu de talent pour que l’on puisse passer. »

Vladimír Dravecký (attaquant de la Slovaquie) : « On a joué trois fois en infériorité en première période et cela nous a enlevé beaucoup d’énergie. À partir du moment où les arbitres ont décidé de ne sanctionner que nous, on ne pouvait pas faire autrement que de défendre.  On a tout fait pour marquer, on s’est efforcé de tirer souvent au but. Évidemment, on ne pouvait non plus négliger la défense alors on a mené des contre-attaques rapides. Finalement, on n’est pas parvenus à se qualifier pour les quarts-de-finale, notre objectif. »

Miroslav Šatan (attaquant de la Slovaquie) : « La combativité ne suffit pas toujours. Dans l’avenir, beaucoup de joueurs de cette équipe auront l’occasion de faire des choses. Ce tournoi a été pour eux une expérience importante. Les deux équipes se sont souvent retrouvées ce soir dans les mêmes situations, il nous a manqué de l’expérience. On a quand même un groupe très jeune. Je ne pense pas que nos supporters attendaient de lui des miracles mais on voulait toutefois faire quelque chose de mieux en se qualifiant pour les play-offs. »

Uwe Krupp (sélectionneur de l'Allemagne) : « On savait que ce serait ce soir une grande bagarre. Les deux formations étaient parfaitement préparées. Le jour supplémentaire dont on a disposé nous a aidés, on a pu se reposer et mieux se mettre en condition. L’équipe a très bien défendu, avec discipline, elle n’a jamais lâché la pression sur les Slovaques. Notre premier but a été très important. »

 

Slovaquie – Allemagne 1-2 (0-1, 1-1, 0-0)

Mardi 18 mai 2010 à 16h15 à la Lanxess Arena de Cologne. 15 137 spectateurs.
Arbitres : Ole Stian Hansen (NOR) et Patrick Sjöberg (SUE) assistés de Daniel Bechard (CAN) et Peter Sabelström (SUE).
Pénalités : Slovaquie 8’ (6’, 0’, 2’), Allemagne 6’ (0’, 6’, 0’)
Tirs : Slovaquie 22 (5, 13, 4), Allemagne 26 (9, 5, 12)

Évolution du score :
0-1 à 07'19" : Barta assisté de Kreutzer
0-2 à 24'42" : Kreutzer assisté de Barta et Felski
1-2 à 39'17" : Svatoš assisté de Gra?ák (sup. num.)


Slovaquie

Gardien : Peter Budaj [sorti à 59'07"].

Défenseurs : Dominik Gra?ák – Richard Lintner (C) ; Ivan Majeský (A) – Andrej Sekera ; Tomáš Starosta – Vladimír Mihálik.

Attaquants : Marek Zagrapan – Ivan ?iernik – Marek Svatoš ; Michal Macho – Miroslav Šatan – Stanislav Gron ; Andrej Podkonický – Richard Pánik – Milan Bartovi? (A) ; Vladimír Dravecký – Tomáš Bulík – Tomáš Tatar.

Remplaçants : Rastislav Sta?a (G), Peter Frühauf. En réserve : Peter Hamerlík (G), Miroslav Zálešák.

Allemagne

Gardien : Dennis Endras.

Défenseurs : Christian Ehrhoff – Robert Dietrich ; Justin Krueger – Alexander Sulzer ; Korbinian Holzer – Constantin Braun ; Nicolai Goc.

Attaquants : Andre Rankel – Marcel Goc (C) – Felix Schütz ; Marcel Müller – Christoph Ullmann – Michael Wolf (A) ; Patrick Hager – Kai Hospelt – John Tripp ; Sven Felski (A) – Alexander Barta – Daniel Kreutzer ; Philipp Gogulla [à 26’].

Remplaçant : Robert Zepp (G). En réserve : Dimitri Kotschnew (G), Sven Butenschön, Frank Hördler.