Russie - Canada (Mondiaux 2010, quart de finale)

Un réglement de comptes qui en appelle d'autres

20100520-Russie-Canada-12576Les prestations en demi-teinte de l'équipe canadienne dans ce tournoi la placent en position de quatrième de son groupe, sur la route du grand favori russe. Il faudra que les jeunes Canadiens montrent un tout autre jeu que ces derniers jours pour pouvoir rivaliser avec cette constellation d'étoiles.

Cependant, la situation psychologique est beaucoup plus confortable pour le Canada que pour la Russie, qui a tout à perdre. Une défaite serait doublement humiliante après celle des Jeux olympiques, mais une victoire ne pourrait pas constituer une totale revanche puisque les Canadiens rétorqueront toujours qu'ils n'ont pas tous les meilleurs joueurs. Les Russes sont entre l'enclume de l'obligation de gagner et le marteau de l'impossibilité de perdre : une situation d'archi-favori qui n'a plus existé... depuis l'époque soviétique !

La rivalité est aussi chaude que prévu sur la glace. La Russie, logiquement dominatrice, est agressive sur l'homme et le palet, et elle trouve à qui parler : l'inévitable Steve Downie ouvre le bal avec une mauvaise charge dans le dos d'Anisimov, Nikulin réplique d'un coup de crosse à un coup de poing de Perry, et la tension monte encore d'un cran avec un coup de coude de Kulemin sur Perry, non vu par les arbitres : cet oubli énerve un peu plus les Canadiens, et Ott plaque Tereshchenko au sol. Autant de pénalités qui n'aboutissent à rien. Le jeu de puissance russe n'arrive pas à enchaîner des passes propres, et le Canada ne fait guère mieux hormis par deux tirs consécutifs de son capitaine Ray Whitney.

20100520-Russie-Canada-12503On semble donc parti pour terminer le premier tiers avec un score vierge et une frustration partielle. L'intensité physique et le patinage sont au rendez-vous, mais pas vraiment la technique ni le jeu collectif. C'est en fait une épreuve de nerfs qui a lieu : qui craquera le premier ? Réponse : le gardien canadien, qui apparaît encore comme le talon d'Achille de son équipe... Chris Mason laisse en effet passer sous son bras un slap du cercle droit de Maksim Afinogenov (1-0, 19'02"). Un premier but qui n'évacue pas la tension, au contraire. Le rude défenseur Aleksei Emelin envoie sa crosse dans le nez de Downie... mais Stamkos est pénalisé sur la sirène.

Le jeu reprend donc à quatre contre quatre, avec des espaces qui s'ouvrent. Ils sont favorables aux Russes, et Perry donne un coup de crosse inutile à Kulikov monté à l'offensive. Une pénalité stupide du champion olympique, qui coûte très cher. À quatre contre trois, le palet tourne jusqu'à Pavel Datsyuk, qui tire en angle dans la lucarne de Mason, trop bas sur ses appuis à son premier poteau face à un joueur d'une telle précision (2-0, 21'45").

L'urgence est déclarée pour les Canadiens. Perry a une prison à se faire pardonner et s'infiltre dans l'enclave où Anisimov l'accroche. Frolov s'échappe en infériorité mais Cumiskey revient lui soulever proprement la crosse. Le meilleur buteur de NHL Steven Stamkos peut donc se créer une bonne opportunité, mais Semion Varlamov réussi un double arrêt, d'abord de la botte puis en déviant le palet du gant sur le poteau lors du rebond dans l'angle ouvert.

20100520-Russie-Canada-12609La Russie ne crée cependant pas d'écart définitif, la faute à un Ovechkin qui entre facilement en zone mais est ensuite systématiquement contré dans ses passes. Le jeu va d'une cage à l'autre et le Canada donc bénéficie de belles ouvertures pour revenir. Corey Perry notamment se débarrasse de son défenseur et délivre une excellente passe à Whitney qui rate le palet sur sa reprise. Perry est un joueur-clé, mais cela signifie qu'il doit montrer l'exemple. Ce n'est pas ce qu'il fait avec son coup de crosse loin du jeu sur Ovechkin : deuxième pénalité idiote, et deuxième but... bonne passe de Kalinin pour Malkin, entré dans l'enclave pour un tir à ras glace (3-0, 37'31").

La fin du deuxième tiers vire au grabuge : Ovechkin prend une mise en échec, puis en donne trois de suite dans la même présence, et la sirène retentit sur des échauffourées dans lesquelles Malkin vient venger ses collègues.

Sur les 23 champions olympiques, les Russes ont déjà pris leur revanche sur 1 : Corey Perry a tiré une balle dans le pied de sa propre équipe par deux pénalités peut-être sévères, mais à coup sûr parfaitement inutiles. Il a ensuite passé son temps à invectiver les arbitres et est totalement sorti de son match. Il semble avoir recouvré les esprits au début du troisième tiers avec un bon décalage pour Steven Stamkos, mais celui-ci échoue sur Varlamov... et tombe à son tour dans l'indiscipline en accrochant Ovechkin. La supériorité numérique donne lieu à un festival d'Ilya Kovalchuk qui entre en zone et contourne toute la défense par la gauche pour servir en retrait Frolov dans le slot. Mason fait l'arrêt.

20100520-Russie-Canada-12714Malkin accroche Perry en zone neutre, mais la boîte russe est bien agressive. Non seulement le Canada ne reviendra pas, mais Sergei Fedorov s'offre un but de plus : le vétéran forechecke en fond de zone pour empêcher le défenseur de dégager proprement, puis se place dans le slot pour dévier la passe de Vitali Atyushov qui a fermé la bleue et récupéré le palet (4-0, 47'31").

Les mauvais coups font toujours partie du décor. Afinogenov donne plusieurs cinglages puis un coup de coude dans le dos de Giordano, et Steven Ott vient jeter les gants face à lui - photo de gauche. Les deux joueurs prennent 2'+10'. Fedorov provoque aussi Downie, qui se retourne pour se battre avec lui, pas longtemps car Emelin l'en empêche.

Le numéro 1 de draft John Tavares, relégué sur la quatrième ligne ce soir après deux rencontres "blanches", se signale par une pénalité, mais quand il sort de prison, il marque son septième but du tournoi en feintant Denis Grebeshkov puis en trouvant la lucarne d'un magnifique tir du poignet (4-1, 53'52"). Un slap d'Ovechkin heurte la transversale de Mason, et c'est finalement Malkin qui conclut dans des filets désertés précipitamment (5-1, 56'56"). Un bon tir du poignet de Duchene à mi-hauteur clot le score (5-2, 59'46").

Si les deux dernières finales mondiales Russie-Canada avaient été intéressantes, le Canada n'avait pas les armes pour rivaliser cette fois. Il ne pouvait pas battre ces Russes techniquement, il ne pouvait non plus le faire physiquement face à des joueurs comme Emelin et ses charges à la hanche. Et même s'il compte des "experts" dans le jeu des provocations, ce sont eux qui ont perdu leurs nerfs face à des adversaires qui ont plus de métier. La feuille d'érable n'avait pas de leader pour tenir la discipline. Ses atouts offensifs ont disparu. Corey Perry a beaucoup tenté mais a craqué. Quant à Matt Duchene, l'autre meilleur Canadien dans les phases de poules, il a été invisible ce soir à part dans les dernières secondes.

Le quart de finale olympique avait été frustrant car le match avait été vite plié, celui-ci est frustrant parce qu'il n'y a pas vraiment eu de match. Trop de réglements de compte et pas assez de jeu... On a surtout entretenu une rivalité partie pour durer.

Désignés joueurs du match : Maksim Afinogenov pour la Russie et Kyle Cumiskey pour le Canada.

Commentaires d'après-match

20100520-Russie-Canada-12716Vyacheslav Bykov (entraîneur de la Russie) : "Bien sûr, ce match ne se compare pas aux Jeux Olympiques. Mais peu importe combien certains essaient de diminuer le statut du championnat du monde et d'exagérer l'importance du tournoi olympique, chaque match Canada-Russie est un évènement. Que Sergei Fedorov se soit battu, que les Canadiens aient provoqué Aleksandr Ovechkin au point que chaque accrochage pouvait finir en combat de coqs, cela parle de soi."

Craig MacTavish (entraîneur du Canada) : "Notre défaite est méritée. Le fait que les tirs soient équilibrés est une illusion, nous avons surtout lancé à la fin quand le sort du match était joué. Le jeu à 5 contre 5 est devenu la principale faiblesse de mon équipe dans ce tournoi. On peut toujours se reposer sur le fait que l'adversaire va prendre des pénalités. Mais uniquement si l'adversaire est la Norvège et la Lettonie. Cela ne prend pas avec la Russie. Elle est maintenant la grande favorite pour le titre. Je ne vois pas d'autre équipe capable de la battre avec son attaque. Mais cela ne veut pas dire que le favori gagne toujours. S'il y a une chose que mes joueurs ont appris dans ce tournoi, c'est combien le hockey européen est bon."

 

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Russie - Canada 5-2 (1-0, 2-0, 2-2)
Jeudi 20 mai 2010 à 20h15 à la Lanxess Arena de Cologne. 12274 spectateurs.
Arbitrage de Christer Lärking (SUE) et Vladimir Sindler (TCH) assistés de Roger Arm (SUI) et Tobias Wehrli (SUI).
Pénalités : Russie 30' (6', 6', 8'+10'), Canada 48' (8', 8', 12'+10'+10').
Tirs : Russie 30 (11, 10, 9), Canada 27 (4, 10, 13).
Évolution du score :
1-0 à 19'02" : Afinogenov assisté de Kulikov et Atyushov (sup. num.)
2-0 à 21'45" : Datsyuk assisté de Gonchar et Kovalchuk (double sup. num.)
3-0 à 37'31" : Malkin assisté de Kalinin et Kovalchuk (sup. num.)
4-0 à 47'31" : Fedorov assisté d'Atyushov
4-1 à 53'52" : Tavares assisté de Burns
5-1 à 56'56" : Malkin assisté de Kovalchuk et Nikulin (cage vide)
5-2 à 59'46" : Duchene assisté de Cumiskey et Myers


Russie

Gardien : Semyon Varlamov.

Défenseurs : Denis Grebeshkov - Konstantin Korneïev ; Sergei Gonchar - Dmitri Kalinin ; Alekseï Emelin - Ilya Nikulin ; Dmitri Kulikov - Vitali Atyushov.

Attaquants : Aleksandr Ovechkin (A) - Sergei Fedorov (A) - Aleksandr Semin ; Ilya Kovalchuk (C) - Pavel Datsyuk - Evgeni Malkin ; Aleksandr Frolov - Alekseï Tereshchenko - Viktor Kozlov ; Nikolaï Kulemin - Artyom Anisimov - Maksim Afinogenov.

Remplaçant : Vasili Koshechkin (G). En réserve : Aleksandr Eremenko (G), Maksim Sushinsky, Sergei Mozyakin.

Canada

Gardien : Chris Mason [sorti de sa cage de 56'44" à 56'56"].

Défenseurs : Marc Staal - Brent Burns ; Kyle Cumiskey - Tyler Myers ; Kris Russell - Mark Giordano ; François Beauchemin (A).

Attaquants : René Bourque - Steven Stamkos (A) - Corey Perry ; Ray Whitney (C) - Matt Duchene - Mason Raymond ; Brooks Laich - Evander Kane - Steve Downie ; John Tavares - Steve Ott - Rich Peverley ; Jordan Eberle.

Remplaçant : Chad Johnson (G). Absents : Devan Dubnyk (G), Ryan Smyth (cheville), Michael Del Zotto (en réserve).