L'avenir de la DEL se joue dans une bataille d'avocats

Moins d'une semaine après la fin de son Mondial qui s'est déroulé comme dans un rêve, l'Allemagne a été brutalement rappelée à son quotidien avec une bataille administrativo-judiciaire dont les rebondissements tragicomiques ont égalé en coulisses les surprises survenues sur la glace.

En parallèle aux jours les plus glorieux du hockey allemand (le Mondial) a en effet eu lieu ce qui a été qualifié de "jour le plus ridicule de l'histoire de la DEL". L'enjeu, la survie du club de Kassel, en grande difficulté financière - et pas seul dans ce cas... Quelles équipes joueront en DEL l'an prochain ? Celui qui sait répondre à cette question est aussi fort que celui qui a pronostiqué le dénouement du Mondial !

Le point d'achoppement : les Kassel Huskies, qui se battent depuis des années pour rester/remonter en DEL car ils y voient le seul moyen de faire aboutir leur projet de salle multi-fonctions. Un projet porté aujourd'hui par Dennis Rossing, un entrepreneur du bâtiment qui a racheté le club en janvier car il y voit une composante-clé de l'occupation de sa future salle. Face à la dette colossale du club (2,8 millions d'euros), Rossing a nommé comme gérant Fritz Westhelle, un avocat de Kassel spécialiste des faillites, qui a conclu avec lui qu'il n'y avait aucun moyen de rembourser une telle dette... sinon de déposer le bilan.

Or, les règlements de la DEL sont clairs : ses membres peuvent décider d'exclure tout club qui déposerait le bilan. Jürgen Arnold, manager d'Ingolstadt et président du conseil de surveillance de la DEL, avait annoncé à l'avance que la décision était toute faite, pour ne pas créer de précédent dangereux pour la santé financière des clubs et leur crédibilité vis-à-vis de leurs créanciers.

Comme les clubs étaient très mécontents que Kassel, en dépôt de bilan, se permette d'acheter des joueurs en surenchérissant sur les offres de ses concurrents, l'assemblée générale du 10 mai (trois jours après le record mondial du match d'ouverture du Mondial) semblait effectivement sans suspense : Kassel serait exclu. L'AG a effectivement duré quinze minutes... Westhelle est arrivé, il a expliqué que l'assemblée générale était nulle en raison d'un vice de forme : les convocations avaient été signées par Arnold, et non par le président de la DEL Gernot Tripcke. Panique dans la salle. Pour ridiculiser un peu plus la DEL et pour se faire mousser, l'avocat signalait que la même erreur de procédure avait été commise lors de l'exclusion de Duisburg un an plus tôt, mais que personne ne l'avait remarquée. La DEL ressortait de cette journée totalement déconfite.

Mais Tripcke, lui-même avocat de profession, a contre-attaqué : il a fait annuler, pour un autre vice de forme, l'assemblée au cours de laquelle les créanciers de Kassel devaient approuver la procédure de faillite et renoncer ainsi à une partie de leurs créances. 14 jours après cette date, la procédure est achevée et la DEL n'a plus de motif légal pour exclure Kassel. Grâce à cette riposte, la ligue avait donc le temps de convoquer une seconde assemblée générale pour mettre définitivement Kassel à la porte.

Cette AG, c'était hier. Et l'avocat Westhelle avait apporté dans sa manche un référé du tribunal de Cologne qui interdisait aux sociétaires de la DEL d'exclure Kassel sous peine de 250 000 euros d'amende ou six mois de prison. Panique dans la salle (bis). Les dirigeants des clubs ont réagi en quittant l'assemblée pour aller tenir une réunion secrète, à laquelle les Huskies n'étaient évidemment pas conviés. Ils ont ainsi évité de recevoir en mains propres le référé amené par une représentante judiciaire, dont ils ne prendront officiellement connaissance que le lendemain par recommandé. Ils ont ainsi "légalement" exclu Kassel à 13 voix contre 0 (Düsseldorf n'a pas pris part au vote) en donnant leurs pouvoirs au représentant du conseil de surveillance Wilfrid Fabel (Krefeld).

Avec tout ce bordel, l'autre sujet du jour de l'AG a été reporté à plus tard : il s'agissait du sort de Munich, sportivement promu en DEL après sa victoire en 2e Bundesliga, mais qui n'a pas versé la caution à la date prévue par les statuts (après avoir expliqué depuis des mois avoir tout préparé pour la montée...). Le club bavarois espère encore pouvoir présenter malgré tout son dossier désormais complet, sachant que dans l'immédiat, la DEL a d'autres chats à fouetter.

Et le nouveau chat, c'est Francfort, l'autre club du Land de la Hesse (avec Kassel). Il vient d'annoncer aujourd'hui qu'il avait déposé une demande d'ouverture de procédure de faillite ! Depuis deux semaines, ses dirigeants avaient révélé le trou dans les finances et menacé de déposer le bilan si la ville ne les aidait pas, notamment en construisant une nouvelle patinoire. Un chantage qui n'a semble-t-il pas pris effet.

Une bonne nouvelle pour finir ? En détresse depuis un an, Cologne a annoncé cette semaine que le club était sauvé et - en même temps - que Philip Gogulla reviendrait cet été après une saison en AHL. Gogulla, révélé en 2006 au Mondial d'Amiens, a vécu une année tourmentée : sélectionné olympique dans un premier temps avant de voir son nom barré un mois plus tard, il a passé une partie du championnat du monde sur le banc avant de marquer le but de l'exploit en quart de finale... et d'offrir aux Russes le but éliminatoire en demi-finale.