Interview-bilan de Luc Tardif (partie I)

À l'occasion de l'Assemblée Générale élective de la FFHG ce samedi, faisons un point avec son président Luc Tardif, seul candidat à sa succession, pour passer en revue son bilan du mandat écoulé et ses projets pour le prochain.

Dans cette première partie, nous aborderons notamment la question des compétitions internationales et de l'équipe de France. À suivre...

D'un mandat à l'autre

- Si vous deviez retenir une réalisation de la FFHG depuis sa création, quelle serait-elle ?

Le retour du hockey à Bercy, après 19 ans d'absence. Et en plus, faire salle comble.

- Comment l'équipe et l'organisation fédérale vont-elles évoluer ?

75 % du Comité Directeur et 100% du Bureau Fédéral continuent l'aventure à mes côtés. Les dirigeants qui viendront compléter cette liste travaillent déjà de près ou de loin avec l'équipe fédérale, ils s'intègreront donc naturellement. C'est le signe d'une fidélité au projet fédéral et d'un engagement qui s'inscrit dans la continuité, et je dois remercier ces bénévoles du temps qu'ils ont consacré et qu'ils consacreront à cette lourde tâche pour les quatre années à venir. Les décisions ne sont pas toujours faciles à prendre, les critiques fréquentes et les encouragements rares.

Coté organisation ; un renforcement du secteur juridique - c'est indispensable compte tenu de l'année écoulée [NB : allusion aux procédures de Metz et de Tours qui ont obtenu leur réintégration en play-offs] - et la mise en place d'un référant permanent, soutien aux actions des Ligues, des COS et des clubs.

- Quel projet-phare sera la clé de voute du prochain mandat ?

Le Centre National et tout ce qui en découlera.

Les instances et compétitions internationales

- Quel est le poids de la France aujourd'hui au sein de l'IIHF ?

C'est d'abord René Fasel qui s'est personnellement impliqué dans la création de la FFHG, nous avons donc avec le Président des rapports privilégiés et il répond présent à chaque fois que nous le sollicitons. Nous sommes fortement présents à l'IIHF, Philippe Lacarrière comme membre à vie, toujours actif et influent, moi-même comme membre de la « Commission sportive » (certainement la plus importante) et Gérald Guennelon à la « Commission Développement ».

Il suffit de faire le décompte de ce que l'IIHF nous a confié depuis quatre ans comme organisation pour y percevoir notre influence : championnat du monde division I à Amiens en 2006, U18 à Courchevel et Méribel en 2007, U18 féminine à Chambéry en 2008, U20 à Megève en 2009 et cette année les séniors féminines à Caen ou Briançon. Sans oublier les deux super-finales de la Coupe Continentale en 2008 et 2009 à Rouen et Grenoble. Et, c'est presque officiel, une demi-finale (officialisation samedi à Budapest) de cette même coupe à Rouen en novembre cette année.

Notre présence dans les différents comités, combinée au maintien dans le Groupe A ces trois dernières années, nous a permis de côtoyer les grandes nations et d'engager des partenariats avec celles-ci. Exemple : le match France - États-Unis à Amiens en mai.

France-USA - Quel bilan tirez-vous du match France - États-Unis à Amiens ? Sera-t-il possible de faire venir d'autres adversaires de prestige sur le sol français ?

France-USA a été un franc succès à tout point de vue. Auprès de la fédération, le club et les collectivités locales se sont fortement investis pour cette manifestation et nous les remercions. Un seul regret, nous aurions aimé avoir plus de places à vendre, car tout s'est soldé en quelques jours. USA Hockey comme l'équipe de France étaient très contents de l'accueil, et nous nous sommes donné un autre rendez-vous pour bientôt. En ce qui concerne les autres adversaires de prestige, l'an prochain, ça devrait être le Canada. Prenez date !

- Fort de son quart de finale, le Danemark est en train de se faire inviter à des tournois avec la Suisse, la Slovaquie, le Bélarus... À quoi ressemblera le programme international des Bleus l'an prochain ?

Notre programme n'aura rien à envier aux Danois. Sans dévoiler le programme définitif de Gérald Guennelon, notre DTN, la FFHG est en train de conclure l'accueil des Suisses, des Lettons ou des Allemands, des Italiens et - c'est bien parti mais reste à finaliser - un dernier match de préparation contre le Canada à Bercy le 24 avril 2011. Donc, dans notre approche : équipe de France "outil de promotion du hockey", beaucoup de match des Bleus en France et probablement deux tournois à l'extérieur au Danemark et en Hongrie. Notre DTN vous donnera les détails de ce programme d'ici peu.

- La commission sportive de l'IIHF a reçu les contributions des différentes fédérations quant à la formule des championnats du monde : quelle tendance se dégage et quelle est la position de la France ?

En ce qui concerne le Groupe A, la formule à 16 clubs sera sauvegardée. Après le Mondial 2011 en Slovaquie, nous pourrions cependant nous diriger vers une formule à 2 poules de 8, c'est à l'étude. Pour le reste, il sera proposé par le comité au prochain congrès un système vertical pour tous les championnats (Hommes, femmes, U20, U18...) et non plus deux poules de même niveau (exemple : division I, groupe A et Elles souhaitent garder à tout prix l’appellation championnat du monde et voient d’un mauvais œil "groupe 4, 5, 6, 7, 8, etc". Elles craignent que la seconde étape soit un genre de tournoi de qualification sur deux ans pour accéder au-dessus. Une séance de travail est prévue avec tous les nations, fin septembre en Slovénie, pour parachever le projet de restructuration. Pour l'instant, c'est statu quo !

La position de la France est la suivante : bien entendu défendre un groupe A à 16, favoriser un système vertical adapté, mais surtout donner un sens aux trêves IIHF en organisant une compétition européenne des nations ou une Coupe d'Europe. L'idée fait son chemin... Bien entendu, sous suivons de près l'évolution de la Ligue des champions ou ce qui en adviendra, car nous verrions d'un œil favorable la participation d'une équipe française dans une quelconque ligue européenne à venir. En attendant, nous nous impliquons dans la Coupe Continentale pour améliorer cette compétition.

Les équipes de France

- Qu'est-ce qui a motivé la FFHG à accorder un contrat à long terme à ses entraineurs nationaux Dave Henderson et Pierre Pousse ?

Dave Henderson et son adjoint ont fait jusqu'ici un excellent travail. Nous leur avions confié une difficile mission avec un double objectif :

1) un travail à long et moyen terme. Un objectif Sotchi : rajeunir sensiblement l'équipe, élargir le cercle des joueurs à potentiel international, créer une émulation et une véritable compétition au sein du groupe France.

2) un objectif à court terme ; monter en groupe A avant 2010 et s'y maintenir.

Ces deux objectifs ont été remplis et atteints bien avant les échéances prévues. Ils ont indéniablement acquis une expérience, dans la façon de préparer et d'aborder ces compétitions. L'équipe de France s'améliore chaque année, elle tient bon, même si elle n'a pas été épargnée par les blessures ou les indisponibilités (deux années sans Julien Desrosiers, Teddy Trabichet, l'indisponibilité de Damien Fleury, les blessures de Laurent Meunier, etc).

Dave a le coq "tatoué sur son front" et sa fidélité au hockey français est sans faille. Un super travailleur, méthodique, ferme et diplomate, malin. Beaucoup de gens seraient surpris de la reconnaissance qu'il a de ses pairs, au niveau international.

Il était tout à fait naturel de prolonger leur mandat, avec cependant une volonté de la Fédération d'étoffer fortement le staff de l'équipe de France, et de préparer la succession, avec eux. La mission de 4 ans correspond à notre nouveau mandat (à confirmer samedi) et à une olympiade.

- Comment faire pour que la France puisse imiter la Norvège ou le Danemark qui viennent rivaliser avec les meilleures nations ?

La Norvege et le Danemark ont fait il y a huit ans ce que nous avons commencé à faire en 2006-2007. Remettre à plat leur système de formation et de détection, rajeunir leur équipe et élargir leur groupe, favoriser et encadrer le départ de jeunes joueurs dans des championnats plus denses, multiplier les rendez-vous internationaux de qualité. Ensuite il faut de la continuité dans l'effort, de la persévérence et l'expérience des compétitions de haut niveau, qui petit à petit vous amènent à aborder les matchs sans complexe avec une certaine confiance, et du coup un autre état d'esprit.. On sent que l'équipe de France n'en est pas si loin...

- La relégation de l'équipe de France U20 vous inquiète-t-elle pour la relève ?

Les résultats des U20 ont été très décevants, c'est le moins qu'on puisse dire. Autant les espoirs étaient grands, autant la déception est réelle. Mais, dans tout échec, il faut analyser. D'abord, Philippe Bozon a été confronté à un nouveau phénomène, auquel il nous faudra s'adapter comme beaucoup d'autres nations : la difficulté de superviser et d'évaluer les jeunes joueurs évoluant à l'étranger, et de ce fait, d'avoir moins de temps pour bâtir une cohésion. Autre constat ; le fait de jouer à domicile, qui peut sembler être un plus, s'est avéré, avec tout l'environnement familial ou autre autour de l'équipe, plus un élément de déconcentration que de motivation. L'approche psychologique d'une compétition de haut niveau, ce n'est pas encore ça chez nos jeunes. Même si une victoire au dernier match nous aurait amené une médaille au lieu d'une descente, il faut faire un constat sans concession, il y a encore beaucoup de travail.

Paradoxalement, autant dans le jeu que dans l'esprit, les satisfactions sont venues des joueurs évoluant en France. Il y a à l'heure actuelle une folie de départs à l'étranger, faits n'importe comment, dans n'importe laquelle condition. À regarder de plus près, il y a plus d'échecs que de réussites. Pour les "tout bons", c'est bénéfique, pour certains c'est parfois pour tenter de cacher la misère. Il y aura une grosse réflexion sur le sujet.

Pour la DTN comme pour moi, au regard de cette expérience, jouer à l'étranger n'est surtout pas un synonyme de sélection. Ces résultats mettent aussi en avant la nécessité d'avoir réformé nos championnats élite en junior et en cadet et suscité des interrogations sur notre système de sélection et dépistage. Philippe Bozon s'est investi à fond dans cette aventure, il a pu nous laisser beaucoup d'enseignements sur son expérience, et son engagement aurait mérité mieux. Il s'est envolé vers d'autres cieux (Lugano), c'est enfin la reconnaissance attendue. Compte tenu du professionnalisme avec lequel il a rempli cette mission, il est appelé à une grande carrière d'entraineur et, j'en suis sûr, les liens avec le hockey français ne s'arrêteront pas là.