Philadelphia Flyers - Chicago Blackhawks (NHL, finale coupe Stanley, match 6)

Pour ce sixième match de la série, les Blackhawks de Chicago ont montré qu’ils n’avaient pas remporté 7 matchs à l’extérieur d’affilée dans ces play-offs par hasard. Sur la glace des Flyers, il leur a fallu aller jusqu’en prolongations mais Chicago a remporté ce match, synonyme de victoire de la coupe Stanley.

Cette victoire en coupe Stanley est la première pour Chicago depuis 1961 et vient récompenser une impressionnante remontée de la franchise, qui écumait le fond du classement de la conférence Ouest depuis le début de la décennie 2000 et qui est depuis trois saisons en constante amélioration (10e de la conférence à trois points des playoffs en 2008 puis 4e en 2009 avec une élimination en finale de conférence puis finalement une 2e place et la coupe cette année). Toutefois, les années de vaches maigres n’auront pas été inutiles puisqu’elles auront permis de drafter les jeunes stars de cette équipe : Jonathan Toews en 2006 et Patrick Kane en 2007.

Le trophée Conn Smythe du meilleur joueur des playoffs a été attribué à Toews, qui aura inscrit 29 points en 23 matchs (7 buts et 22 assistances). Il égale le record de points en playoffs de son club, détenu par Denis Savard depuis 1985. Malgré ses 22 ans, il n’est que le second plus jeune capitaine à avoir remporté la coupe Stanley (Sidney Crosby avait 21 ans quand Pittsburgh a remporté la coupe l’an passé). Toutefois, il devient le plus jeune joueur de l’histoire à entrer dans le club très fermé des joueurs qui ont remporté les trois titres majeurs du hockey : la coupe Stanley, le championnat du monde et les Jeux olympiques.

L’attribution du trophée Conn Smythe était sans doute une des grandes inconnues de la série Chicago – Philadelphie. Car, si Toews a effectué de belles performances lors de ces playoffs, il a été plutôt discret lors de cette série finale : 3 points avec un différentiel cumulé de -5. En fait, peu de joueurs de Chicago sont vraiment sortis du lot lors de cette série finale, à part le défenseur champion olympique Duncan Keith, jouant plus de trente minutes à chaque match avec brio. Antti Niemi, dans les buts, a assuré le travail mais n’a pas été pour autant le facteur déterminant de son équipe. Patrick Kane a aussi eu, comme son capitaine, beaucoup de difficultés à marquer lors de cette série finale même s’il est lentement monté en puissance (8 points dont 3 dans ce sixième match mais avec un différentiel cumulé de -4).

En face, il y avait de sérieux candidats pour le trophée, particulièrement la deuxième ligne Hartnell – Brière – Leino. Daniel Brière termine avec le meilleur nombre de points de la compétition (30 points en 23 matchs) mais, surtout, il a été l’un des joueurs-clés de cette finale, marquant 12 points. La dernière fois qu’un joueur inscrivait autant de points lors d’une finale de coupe Stanley, c’était Mario Lemieux en 1991 pour le premier sacre des Penguins de Pittsburgh. Quant au record de points dans la série finale, il est (évidemment) détenu par Wayne Gretzky avec 13 points en 1988. Pour ce qui est de Ville Leino, ses 21 points égalent le record NHL de points par un rookie et sa présence, ainsi que celle de Scott Hartnell, aura été pour beaucoup dans le parcours de son équipe.

Les difficultés de Philadelphie dans cette série sont à chercher du côté de la première ligne Gagné – Richards – Carter qui, après avoir réussi une belle performance lors de la série contre Montréal, a été plutôt fantomatique. Ce n’est pas surprenant dans la mesure où Gagné (2 points et un différentiel cumulé de -8 dans la série finale) et Carter (2 points et -6) sont revenus en cours de compétition de blessure (fracture du pied pour les deux) et ils n’ont jamais réussi à jouer à 100% de leurs capacités.

En défense, Chris Pronger a réussi à avoir un impact important lors des quatre premiers matchs de la série, conduisant une escouade défensive solide (Carle – Pronger et Coburn – Kimonen) et réussissant à remporter le défi physique face à Dustin Byfuglien, invisible lors du début de la série. Le changement mis en place par Joel Quenneville (l’entraîneur de Chicago) dans les lignes d’attaque à partir du cinquième match est venu mettre à mal cette solidité. Comme le danger offensif pouvait venir de n’importe laquelle des trois lignes, cela a fragilisé et fatigué une équipe de Philadelphie qui se basait principalement sur deux lignes de défenseurs (faible utilisation de la paire Krajicek – Parent puis Krajicek – Bartulis). En ajoutant à cela le fait que Pronger a baissé de régime (les observateurs s’accordant à dire qu’il a joué le plus mauvais match de sa carrière lors de la cinquième confrontation), cela explique une partie des difficultés des Flyers pour forcer un septième match.

Enfin, au niveau des gardiens, Philadelphie a fini par payer le jeu des chaises musicales à ce poste depuis le début de la saison. Ainsi, avec cinq gardiens différents à avoir commencé un match en saison régulière, les Flyers ont dû faire face à une avalanche de blessures de leurs portiers, à commencer par Ray Emery, titulaire au début de la saison. Finalement, c’est Leighton qui avait gardé les buts des Flyers lors des playoffs (avec un long intérim de Boucher à cause de la blessure de Leighton en fin de saison), lui qui avait été acquis par l’équipe dans les « waivers » (liste des joueurs dont une équipe souhaite se séparer) de Carolina et qui termine titulaire de l’équipe finaliste, grâce à une saison régulière solide. La question de la titularisation de sa doublure Boucher s’est posée plusieurs fois dans cette finale, mais Laviolette (l’entraîneur de Philadelphie) a choisi de faire confiance à son gardien. Finalement, Leighton a alterné lors cette finale le bon et le moins bon, et comme Niemi, il n’a pas été un facteur déterminant pouvant conduire son équipe à la victoire.

Les Blackhawks ont attaqué ce sixième match de manière très déterminée, surclassant largement les locaux au niveau des tirs (17 à 7). Comme lors du match 5, c’est la première ligne de Chicago (Kopecky – Toews – Hossa) qui a donné le ton du match, même si elle n’a pas réussi à concrétiser ses efforts. En effet, c’est Toews qui se procure la première occasion franche de son équipe : sur un tir de la bleue de Keith, le palet heurte le poteau gauche de Leighton et se dirige vers Toews, à droite du but. Malheureusement pour lui, le palet rebondit juste devant sa crosse et le jeune capitaine manque le palet (9’25). Sur un autre tir de Keith de la bleue, Leighton doit s’interposer de la mitaine (10’59).

Forts de cette domination, les visiteurs parviennent à ouvrir le score. Sur une supériorité numérique (obtenue sur une pénalité sifflée contre Pronger), les Blackhawks installent leur jeu de puissance : Keith, à la bleue, trouve Kane sur le côté droit, qui transmet le palet à Toews, derrière le but, toujours du côté droit. Le capitaine centre instantanément vers l’enclave de Leighton, où Byfuglien se bat avec Coburn. Le palet heurte Coburn mais finit dans la crosse du géant de Chicago, qui trompe Leighton (0-1, 16’49), voir la photo ci-dessous.

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But de Dustin Byfuglien - Photo : Getty Images 

En fin de période, Sopel se retrouve sur le banc des pénalités à cause d’une interférence sur Giroux et les Flyers ont la possibilité de marquer. Sur un tir lointain de Brière depuis le côté gauche de la zone, Niemi repousse le palet mais Hartnell, placé devant le but, le reprend de volée pour marquer (1-1, 19’33). Le score à la fin de la première période est plutôt flatteur pour les locaux.

Philadelphie se procure une occasion franche dès le début de la deuxième période : Gagné récupère le palet dans la crosse de Hossa dans la zone neutre alors que ce dernier n’était pas couvert par un défenseur. L’ailer gauche des Flyers se présente devant Niemi mais le gardien intervient de la jambière sur le tir (20’24). Toutefois, Philadelphie ne parvient toujours pas à prendre le match en main et ses joueurs sont toujours menés aux tirs (12 contre 6).

Sur une attaque, Bolland, à l’entrée de la zone des Flyers, trouve Ladd qui rentre dans la zone lancé sur le côté gauche. Ladd se présente face à Leighton et tente de tirer au but du revers mais son tir fuit le cadre (24’07). Ce sont finalement les Flyers qui débloquent le score, en réveillant le public plutôt calme : sur une entrée en zone des Flyers, Keith percute un patin d’Hartnell et tombe, laissant le champ libre pour Leino. Le finlandais fixe Seabrook et passe le palet à Brière, seul sur le côté droit de la zone. Le Québécois ne laisse aucune chance à Niemi qui se couche en tirant dans le haut du but (2-1, 28’00), voir la photo ci-dessous. Sur le ralenti, il apparaît néanmoins que Hartnell se trouvait légèrement en position de hors-jeu quand Leino est entré en zone avec le palet, le but aurait donc pu être refusé.

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But de Daniel Brière - Photo : Getty Images

A la mi-match, les deux équipes ont un joueur sur le banc des pénalités (Coburn pour une mise en échec avec la crosse et Hossa pour une interférence contestable sur Leighton), ce qui donne une situation de 4 contre 4. Sur une sortie de sa zone, Duncan Keith a du champ, il entre en zone offensive et, alors qu’il pourrait tirer ou mettre dans le fond, il préfère passer latéralement à Bolland, à la bleue, qui transmet le palet à Sharp, sur le côté droit. Ce dernier tire du poignet vers Leighton et le palet passe entre les jambières du gardien des Flyers (2-2, 29’58). Ce but concédé par Leighton est plutôt faible mais il ne peut rien sur le suivant : un tir lointain de Hjalmarsson qui fuyait le cadre est dévié par Ladd devant son but, déviation qui ne lui laisse aucune chance (2-3, 37’43). Les visiteurs se procurent même une occasion de prendre deux buts d’avance : sur un tir lointain de Keith, le palet est contré devant le gardien et est récupéré par Kopecky. Le Slovaque décale le palet vers Toews, seul à gauche du but, mais Leighton s’interpose sur la reprise de volée du capitaine (38’21).

Les Flyers reviennent donc sur la glace en troisième période avec un retard d’un but. On peut alors penser qu’ils vont mettre la pression sur les Blackhawks, soutenus par leur public, mais ce n’est pas du tout le cas. Ils peinent à se procurer des occasions et à être dangereux (leur compteur de tirs cadrés dans la période restera longtemps bloqué à 3) ; quant au public, il semble anesthésié. Chicago semble alors gérer tranquillement la fin de match, sur un faux rythme.

Les Flyers commencent lentement à monter en régime au cours de la période : sur une bonne sortie de zone de Timonen, Gagné entre dans la zone adverse par le côté gauche. Il temporise puis trouve Brière, seul dans la profondeur. Ce dernier tente de tirer du revers sur Niemi mais son tir, au ras de la glace, passe à côté du poteau gauche du gardien finlandais (50’25). Les Blackhawks se montrent encore dangereux, mais sur contre-attaque : sur une mauvaise passe locale, Toews, dans sa zone, lance le palet vers Hossa, sur le côté droite de la zone neutre. Le Slovaque profite de l’espace devant lui pour rentrer en zone offensive puis temporise. Il passe en retrait à Toews, qui dribble Carle et tente de glisser le palet entre les jambières de Leighton, mais le portier est vigilant (54’28).

Toutefois, le ton est donné : ce sont les Flyers qui vont dominer la fin de match. Après un choc Ladd – Carter à la bande sur le côté gauche de la zone de Chicago, la palet arrive dans la crosse de Richards, seul face à Niemi. L’attaquant tire à bout portant mais Niemi parvient à capter le palet (55’18). Puis, sur une attaque des Flyers, Richards se bat avec Keith devant l’enclave de Niemi pour le gain du palet. C’est finalement Giroux qui parvient à tirer les marrons du feu, sur le côté gauche du but, mais son tir ne surprend pas Niemi qui intervient de la mitaine (55’37).

Philadelphie finit logiquement par égaliser : Leino s’infiltre sur le côté droit de la zone de Chicago, il passe du revers vers le slot. Le palet heurte le tibia de Hossa puis est dévié par la crosse de Hartnell dans le but et le public s'enflamme enfin (3-3, 56’01). Les Flyers ont ensuite une occasion inespérée de remporter le match : Richards gagne son duel contre Hjalmarsson derrière le but et passe le palet derrière lui à Giroux, qui centre vers le slot. Carter récupère le palet et se retrouve seul face à Niemi. Comme le gardien est déjà quasiment couché, il se retrouve avec le but grand ouvert mais il ne parvient pas à en profiter car il tire sur le casque de Niemi (58’24).

Les Flyers abordent donc les prolongations sur une meilleure dynamique que les Blackhawks, à qui la victoire tendait les bras jusqu’à quatre minutes de la fin. Richards intercepte une mauvaise passe de Keith vers Seabrook mais le palet lui échappe et Niemi tente de dégager vers l’angle de sa zone. Richards est le premier sur le palet et il centre vers l’enclave du gardien. Keith est sur la trajectoire mais le palet rebondit devant sa crosse et il ne le récupère pas. Giroux surgit et reprend de volée le palet vers Niemi qui arrête le tir de la jambière (60’20).

Les Blackhawks souffrent mais ils peuvent compter sur leurs fortes individualités : sur une attaque de Chicago où toute l’équipe est en zone offensive, Kane se retrouve en un contre un face à Timonen sur le côté gauche. Il parvient à contourner le défenseur finlandais et se présente sur le côté du but de Leighton. Kane choisit finalement de tirer sur le gardien malgré l’angle quasiment fermé. Il se produit alors une scène surréaliste : les joueurs ne voient plus où est le palet et s’arrêtent. Le seul qui bouge, c’est Kane, qui célèbre le but. Il faut quelques secondes à ses coéquipiers pour comprendre ce qui se passe. Pendant ce temps, Kane a abandonné sa crosse et se jette sur le placide Niemi, suivi par Campbell et les autres joueurs de Chicago sur la glace. Les autres Blackhawks les rejoignent même si certains regardent les arbitres avec appréhension, craignant d’avoir une fausse joie. Mais, en regardant attentivement le ralenti, il apparaît que le palet est passé sous la crosse et la jambière de Leighton, qui couvrait mal son angle, et qu’il s’est ensuite coincé dans le filet. Il n’y a toutefois aucun doute quant à la validité du but, confirmée par les arbitres (3-4, 64’06).

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Les Blackhawks célèbrent leur victoire autour de Patrick Kane - Photo : Getty Images

Après la traditionnelle poignée de main entre les deux équipes, la coupe Stanley arrive sur le tapis rouge et Toews la brandit sous les sifflets de la foule (le public étant évidemment très majoritairement pour les Flyers). Puis le capitaine rejoint ses coéquipiers et transmet la coupe à Hossa qui, pour sa troisième participation d’affilée à la finale de la coupe Stanley, parvient enfin à remporter le trophée. Les joueurs se passent ensuite la coupe les uns après les autres pour la brandir, dont Cristobal Huet, qui devient le premier Français à remporter la coupe Stanley, même s’il aurait sans doute préféré avoir un rôle plus prépondérant dans ces playoffs.

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Jonathan Toews reçoit la coupe Stanley des mains de Gary Bettman, commissaire de la NHL - Photo : Getty Images

 

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Cristobal Huet brandit à son tour la coupe Stanley - Photo : Getty Images

 

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Les joueurs et le staff des Blackhawks prennent la traditionnelle photo avec la coupe - Photo : Getty Images

 

Philadelphia Flyers – Chicago Blackhawks : 3-4
Chicago remporte la série 4 matchs à 2

Tirs cadrés : Philadelphie 24 (7, 6, 9, 2), Chicago 41 (17, 12, 10, 2)

Évolution du score :
0-1 à 16’49 : D. Byfuglien (assistances : J. Toews et P. Kane) en sup. numérique
1-1 à 19’33 : S. Hartnell (D. Brière et C. Pronger) en sup. numérique
2-1 à 28’00 : D. Brière (V. Leino et L. Krajicek)
2-2 à 29’58 : P. Sharp (D. Bolland et D. Keith)
2-3 à 37’43 : A. Ladd (N. Hjalmarsson et P. Kane)
3-3 à 56’01 : S. Hartnell (V. Leino et D. Brière)
3-4 à 64’06 : P. Kane (B. Campbell)


Philadelphia Flyers

Gardien : Michael Leighton

Défenseurs : Matt Carle – Chris Pronger ; Kimmo Timonen (A) – Braydon Coburn ; Oskars Bartulis – Lukas Krajicek

Attaquants : Simon Gagné (A) – Mike Richards (C) – Jeff Carter ; Scott Hartnell – Daniel Brière – Ville Leino ; James Van Riemsdyk – Claude Giroux – Arron Asham ; Ian Laperrière - Blair Betts – Darroll Powe

Remplaçant : Brian Boucher (G)
En réserve : Ryan Parent, Mika Pyorala, Danny Syvret, David Laliberté, Jared Ross, John Kalinski, Dan Carcillo, Andreas Nodl et Riley Cote
Blessé : Ray Emery (genou)

Chicago Blackhawks

Gardien : Antti Niemi

Défenseurs : Brent Seabrook - Duncan Keith (A) ; Niklas Hjalmarsson – Brian Campbell ; Brent Sopel - Nick Boynton

Attaquants : Tomas Kopecky - Jonathan Toews (C) - Marian Hossa ; Andrew Ladd - Patrick Sharp (A) - Patrick Kane ; Dustin Byfuglien - Dave Bolland - Kris Versteeg ; Ben Eager - John Madden - Troy Brouwer

Remplaçant : Cristobal Huet (G)
En réserve : Colin Fraser, Jordan Hendry, Adam Burish et Bryan Bickell
Blessé : Kim Johnsson

 

3 étoiles du match : Patrick Kane (Chicago), Daniel Brière (Philadelphie) et Scott Hartnell (Philadelphie)