Interview de Luc Tardif : suite et fin

Suite de l'interview du président de la FFHG Luc Tardif à l'occasion de son nouveau mandat ; elle aborde la structuration des championnats, le futur centre fédéral et le développement de la pratique du hockey.

- L'équipe de France féminine a été reléguée en 2009, pensez-vous que le Mondial en France pourra lui permettre de rebondir ? Quels sont les projets de la FFHG pour le hockey féminin ?

Hormis le fait qu'en analyse des résultats des U20 à Megève, on se pose des questions sur le comportement de nos équipes à domicile (pression, concentration), je pense que notre équipe sera tout à fait armée pour rebondir. Les effets du Pôle France devraient se faire sentir car ceci a été le cas pour nos U18 en Slovaquie. Le hockey féminin français progresse, mais le niveau international monte aussi. Nous verrons dans les deux ans qui viennent si le travail de fond effectué à Chambéry sera récompensé. Si c'est le cas, et je n'en doute pas, les filles auront ouvert la voie aux garçons dans l'optique du Centre National.

La structuration des championnats

- Combien de temps la Ligue Magnus va-t-elle continuer dans sa formule actuelle ?

Nous avions, fin d'année 2009, confié à "Kopilot", bureau d'étude spécialisé, une étude sur la structuration de la Ligue Magnus. Le rapport est presque prêt , ils s'appuient sur des entretiens d'une soixantaine de personnes (issus de clubs, de nombreux présidents, médias, corps arbitral, joueurs, entraîneurs et représentants d'institutions de sport professionnel, etc), d'analyses documentaires (analogie avec d'autres sports) et de parallèles avec le monde de l'entreprise. Ce rapport, très attendu, livrera un diagnostic sans concession, des éléments de « benchmarking » très utiles, et bien sûr de préconisations. Il sera présenté en avant-première aux présidents de Ligue Magnus avant le début de la saison 2010-2011. La commission "Ligue Magnus-D1" aura alors un document de travail et un base pour réfléchir à ce que sera la saison 2012-2013. En attendant, la formule actuelle semble appropriée à la situation, à quelques modifications près. La compétition n'a jamais été aussi féroce, aucun match n'est joué d'avance, et le public est au rendez-vous.

- L'afflux d'étrangers dans les divisions inférieures ces dernières saisons vous inquiète-t-elle ?

Oui. Beaucoup.

Pourtant, de plus en plus, de nombreux jeunes français acceptent d'évoluer en D1 ou en D2 car ce sont maintenant des compétitions de bon niveau. Certains jeunes ont une progression par paliers et la D1-D2  peuvent maintenant assurer ce palier. Il y a peu, il y en a beaucoup qui aimaient mieux faire banquette en Magnus. C'est une évolution fort positive, d'autant que beaucoup de clubs de ces divisions se structurent.

- La règle des joueurs formés localement (six en 2010-11 puis sept en 2011-12 pour la Magnus et la D1, huit pour la D2 et neuf pour la D3) sera-t-elle acceptée par tous ?

J'espère que oui. Car quand on regarde ce à quoi elle contraint, c'est plus du domaine de la symbolique qu'autre chose.

Mais je m'attends maintenant à tout. D'ailleurs, pour aborder le sujet, avec les tribulations juridiques de l'an dernier, notre jeune Fédération doit progresser. Nous avons missionné un conseiller juridique pour "toiletter" au mieux nos règlements, et comptons faire appel à un avocat plus chevronné pour notre défense. Mais, comme tout a un coût, cette nouvelle organisation aura des répercussions sur notre budget prévisionnel, et par ricochet sur les frais d'engagement donc sur le budget des clubs.

Nous ne contestons absolument pas le droit à la défense, au contraire nous avons mis en place toutes les procédures de recours statutaires prévues. Mais ce sont les procédures abusives qui nous obligent à nous protéger. Pour en avoir discuté avec d'autres présidents de fédération, ce serait dans l'air du temps.

- Quels sont les retours sur la réforme des championnats de jeunes ? Le niveau a-t-il monté ? Quels autres changements se préparent ?

Les matchs sont de meilleur qualité, on a une compétition plus intéressante. À long terme, la répétition de ces matchs de meilleur niveau aura des répercussions sur le niveau de nos équipes de jeunes. Il reste quelques mises au point à faire, notamment les barrages. Pour cette première année, l'élite B, avec cette opportunité de jouer des barrages d'accession, s'est vite avéré un compétition très intéressante. D'autres modifications sont étudiées (exemple : carré final ou demi-finale et finale comme en D1), mais ce seront plus des ajustements mineurs qu'autre chose.

Le centre fédéral

- Quels éléments ont fait pencher la balance en faveur de la candidature de Cergy pouèr héberger le futur centre fédéral ?

L'implication forte de Dominique Lefebvre, Maire de Cergy, et de ses services, leur expérience des montages "public-privé", la mobilisation et les apports financiers de la ville, de la Communauté d'agglomération, des Conseils Régional et Général, et finalement le site exceptionnel de la plaine des Linandes. Et bien sûr, un club reconnu pour la formation, autant pour le hockey féminin ou masculin, qui a vite saisi cette opportunité et présenté avec la candidature de Cergy un projet sportif cohérent.

- À quelle date le centre fédéral ouvrira-t-il ses portes ?

Depuis quelques mois,les réunions de travail s'enchaînent et ont une belle cadence. Un assistant maitre d'ouvrage (programmation, cadre juridique) a déjà été choisi début juin, il doit nous remettre une proposition de programme et un schéma de montage juridique le 9 juillet. Ce qui laisse augurer d'une consultation des équipes (investisseurs, architecte, entreprise) début 2011. Un dépôt de permis de construire mi-2011, un démarrage des travaux début 2012, pour 16 à 18 mois de travaux, et un objectif de livraison pour septembre 2013.

- Quel sera le lien entre le club de Cergy et le centre fédéral ?

Une convention avec la Communauté d'Agglomération garantira à la FFHG l'utilisation des locaux et des heures de glace nécessaires au fonctionnement du Centre National. Il en sera de même pour le club de Cergy ou pour les autres disciplines (séances publiques et patinage). Nous travaillons déjà à un planning précis des activités des deux pistes pour faire dès maintenant les arbitrages nécessaires au bon fonctionnement de l'ensemble. Les liens avec le club seront plus du domaine de la cohabitation, mais nous espérons bien sûr que notre arrivée à Cergy ait un effet dynamique assez significatif pour permettre aux "Jokers" de franchir un cap.

Le développement

- La crise économique ne risque-t-elle pas de geler les constructions de patinoires, et mais aussi d'en faire fermer certaines ? Quels sont les projets en cours ?

Les besoins de l'État pour la réfection des stades suite à l'obtention de l'Euro 2016 compliqueront les choses. Mais ce qui me préoccupe le plus, ce sont les nouvelles normes européennes sur la réduction des gaz à effet de serre à l'aube de 2015. Certains fluides réfrigérants utilisés actuellement dans les patinoires seront interdits et il faudra des transformations techniques coûteuses. Certaines collectivités où notre sport est fortement implanté feront ces travaux, d'autres se poseront la question et certaines autres profiteront de l'occasion pour fermer. Il nous faudra suivre de près l'évolution de cette problématique et être de bon conseil, les accompagner et proposer des solutions adaptées. Certains fabricants de pistes synthétiques vendent leur produit comme réponse à cette évolution règlementaire (exemple : Albertville). Il faudra développer un argumentaire pour lutter contre ce danger qui nous guette.

Pour les projets en cours, Épinal et Gap vont démarrer bientôt leur projet. Montpellier livrera sa grande salle de sport le 3 septembre. La piscine-patinoire de Toulouse ("les Argelets") est en cours et Châtellerault vient d'obtenir ses financements d'État. Dunkerque a une volonté de pousser un projet, et Orléans équipera sa grande salle de sport pour le hockey.

- Une belle patinoire est maintenant ouverte à Marseille : comment utiliser cet outil et développer le hockey dans cette ville monomaniaque en matière de sport ?

Avant tout, aider le club à se constituer et se mettre en ordre de marche. En attendant, jouer un rôle dans l'animation de cette patinoire, en proposant des évènements. Quelques manifestations ont eu lieu ou sont prévues. Un rassemblement U7 « Fairplay-zir » le 17 janvier dernier, le colloque des entraîneurs du 28 au 30 mai et la possibilité d'y organiser peut-être le stage des arbitres à la fin de l'été. Nous avons d'abord dû faire modifier les vestiaires pour être en mesure d'accueillir des matchs internationaux. Nous sommes donc en pourparlers pour y organiser un France-Italie pour cette saison 2010-2011.

- Les licenciés en hockey sur glace avaient stagné depuis vingt ans, mais ont progressé de 8% l'année dernière. Comment expliquer cette hausse ? Vient-elle de la compétition ou du loisir ?

En effet, pour la première fois, le nombre de licenciés a passé la barre des dix-huit mille, 18422 exactement, soit une augmentation de 8%, pour moitié venant du loisir, pour l'autre - et c'est très encourageant - des catégories U9 et U7. C'est d'abord un bon travail des clubs au sein des écoles de glace et le fruit des actions de la DTN en région, Gérald Guennelon et ses équipes ont effectué au sein des COS et des Ligues un très bon travail de sensibilisation des clubs à la qualité de l'accueil des nouveaux licenciés par les entraîneurs. Des modules comme Fairplay-Zir contribuent fortement à l'amélioration de l'image du hockey chez les parents des nouveaux venus. D'ailleurs nous avons présenté en AG un nouveau kit de recrutement (DVD, dépliants, affiches, oriflammes, etc) qui sera mis à disposition des clubs pour la rentrée. Notre objectif : attirer, former, fidéliser.