Kovalchuk re-signe aux Devils du New Jersey pour 17 ans

(UPDATE : la ligue a invalidé le contrat de Kovalchuk, considérant que la longueur du contrat était trop importante et ne servait qu'à baisser artificiellement l'impact de l'ailier russe sur la masse salariale. Le feuilleton continue...)

On pourrait croire que trop de suspense tue le suspense. LeBron James a eu la bonté d’arrêter son feuilleton de meilleur agent libre sur le marché NBA au bout d’une semaine. Pour Ilya Kovalchuk en NHL, il a fallu attendre 19 jours, rien de moins. Mais au bout du suspense crispant, une énorme surprise. Retour sur un feuilleton de 3 semaines.

Rapprocher Kovalchuk de LeBron James n’est pas complètement hors de propos. En effet, le marché des agents libres n’est généralement pas l’endroit où l’on trouve les meilleurs joueurs du moment de la ligue. Généralement, ceux-ci ont des contrats de très longue durée avec leur club : il semble impossible de voir débarquer Sidney Crosby ou Alexander Ovechkin sur le marché des agents libres prochainement. Ils finiront peut-être par passer par ce stade en fin de carrière, comme Mike Modano cette année : la légende de Dallas n’a pas été re-signée par son club de toujours et le centre de 40 ans cherche actuellement un nouveau contrat. De plus, les joueurs de valeur signés en fin de carrière suscitent toujours une certaine appréhension chez les fans car ces joueurs sont généralement surpayés pour un rendement loin de leurs meilleures années.

Ici, le cas est différent. Kovalchuk est encore relativement jeune (il a fêté ses 27 ans en avril dernier) et c’est l’un des meilleurs buteurs de la ligue depuis le début de sa carrière. La dernière fois qu’il n’a pas réussi à dépasser le seuil des 40 buts en saison régulière, c’était en 2003 et il a remporté le titre de meilleur buteur de la ligue en 2004. L’ailier gauche russe est donc sans doute l’un des meilleurs joueurs qui soit devenu agent libre lors de ces dernières années.

Mais le chemin fut long avant de parvenir à la signature avec un club et les Devils du New Jersey ne figuraient pas forcément tout en haut de la liste des prétendants. En effet, si Kovalchuk est devenu agent libre, c’est avant tout parce que les Devils n’avaient pas réussi à le re-signer. De plus, il n’apparaissait pas vraiment comme un renfort tout à fait approprié à l’équipe, déjà pourvu d’ailiers gauche de qualité comme Zach Parisé ou Patrik Elias.

En fait, l’équipe qui est rapidement apparue comme la mieux placée pour signer Kovalchuk était les Kings de Los Angeles. Les deux parties avaient beaucoup d’intérêts convergents : Kovalchuk cherchait une équipe qui lui permettrait de remporter à moyen terme la coupe Stanley (profil auquel Los Angeles correspondait) tandis que les Kings manquaient d’un ailier gauche sur leur première ligne. Toutefois, il y avait quelques divergences, notamment sur le montant du salaire, véritable nerf de la guerre.

Les Kings ont pour le moment de la place sur leur masse salariale mais c’est principalement parce qu’ils ont beaucoup de jeunes joueurs qui sont encore sous contrat rookie. Ainsi, Los Angeles va notamment devoir négocier l’an prochain la re-signature de deux défenseurs majeurs de l’équipe : Drew Doughty et Jack Johnson. Cela pèse dans la négociation mais les Kings restent l’équipe qui semble la mieux placée.

Pourtant, Kovalchuk ne signe pas à Los Angeles dans les premiers jours du marché des agents libres bien que cette signature semble logique : un observateur notait alors, avec ironie, que l’ailier russe « avait reçu une offre des Kings de Los Angeles ainsi que des Kings de Los Angeles avec aussi la possibilité d’une offre de dernière minute des Kings de Los Angeles ». Il est vrai que d’autres noms circulaient, comme le SKA Saint-Pétersbourg en KHL (avec une proposition de 43 millions de dollars pour 3 ans selon la rumeur) ou les Islanders de New York (100 millions sur 10 ans), mais ces offres ne trouvaient pas forcément d’écho chez le joueur russe.

Si ces chiffres correspondaient à ce qu’attendait Kovalchuk (son objectif de négociation était un contrat de longue durée avec un salaire d’environ 10 millions par an), les deux équipes ne l’intéressaient pas vraiment car elles ne lui permettaient pas de rentrer en compétition pour la coupe Stanley rapidement. Mais Los Angeles n’était toutefois pas seul dans le coup : Lou Lamoriello, le président et manager général historique des Devils de New Jersey, voulait tenter de retenir Kovalchuk au club.

Alors que le feuilleton commençait à devenir lentement crispant, les jours passant sans signature de Kovalchuk, le suspense a gagné un nouveau stade quand Dean Lombardi, le manager des Kings, a annoncé qu’il se retirait définitivement des négociations car l’ailier russe avait refusé sa dernière offre. Coup de tonnerre sur la ligue, même si certains observateurs n’ont pas manqué de rappeler que, dans ce type de négociation, rien n’était jamais définitif tant que le joueur n’avait pas paraphé un contrat.

Au fil des jours, la rumeur s’est répandue que les Kings étaient revenus dans la négociation avec Kovalchuk et Jay Grossman, son agent. Cette rumeur s’est ironiquement confirmée quand les Kings ont fait savoir publiquement qu’ils quittaient à nouveau la table des négociations. Mais, cette fois, rares sont ceux qui ont crus que Los Angeles tirait définitivement un trait sur l’ailier russe.

De fait, cette impression s’est confirmée quelques jours plus tard, quand les Kings ont invité Kovalchuk et Grossman à faire le déplacement à Los Angeles pour négocier. Cette pratique peu orthodoxe a pu faire penser à certains observateurs que la signature du contrat était proche, même si aucune conférence de presse n’a eu lieu à la fin du voyage de Kovalchuk en Californie et que Lombardi se refusait à faire un commentaire à la presse (même si le fait que les Kings ne se soient pas retirés de la négociation était sans doute un signe positif…).

Le feuilleton Kovalchuk est alors devenu exaspérant pour les observateurs car il semblait que l’ailier russe ne signerait jamais. L’affaire était d’autant plus crispante que le marché des agents libres est devenu au fil des jours de plus en plus amorphe (malgré un premier jour agité comme toujours) comme si tout le monde attendait que le Russe signe. Certains observateurs, lassés de la valse des propositions et de la lenteur du feuilleton, ont annoncé sur leur compte twitter qu’ils ne couvriraient plus les prochains épisodes de l’affaire, sauf pour en donner la conclusion. Sans doute que la meilleure chose à faire était d’en rire, comme ces fans des Kings qui, attendant Kovalchuk comme d’autres Godot, récapitulent alors les deux premières semaines du feuilleton ( http://kingscast.net/waiting-for-kovalchuk-a-kingscast-digital-short/ ).

L'affaire a commencé à s’éclaircir il y a quelques jours quand le Los Angeles Times a révélé que les Kings étaient sûrs à 98% de signer Kovalchuk et qu’il n’y avait plus que quelques détails à régler, comme les clauses de non-transfert. Mais, finalement, ultime revirement du feuilleton : Kovalchuk a signé au New Jersey ce lundi. Le contrat en lui-même est épique : il a signé pour 102 millions sur 17 ans…

L’astuce de Lamoriello est simple : pour éviter que le Russe ne pèse trop lourd dans la masse salariale, son salaire sera de 10 millions les 8 premières années puis il baissera pour faire en sorte que le contrat ne soit que de 6 millions par an en moyenne (le salary cap ne compte que la moyenne du contrat et non pas le salaire de l’année). La bonne nouvelle pour les Devils, c’est que Kovalchuk ne pèse pas lourd dans le salary cap, la mauvaise c’est qu’il est sous contrat jusqu’à ses 44 ans. Le New Jersey n’a plus donc qu’à espérer qu’il ne se blesse pas dans les prochaines années et que sa production offensive reste à son niveau actuel le plus longtemps possible.

Il semblerait que la dernière offre des Kings ait été de 80 millions sur 15 ans (pour une moyenne de 5,3 millions par an). La différence n’était pas forcément énorme avec l’offre victorieuse des Devils, on peut donc penser que le choix de Kovalchuk tient à d’autres raisons que le facteur purement financier. En effet, il est probable que le Russe a préféré un club qui a un historique de coupe Stanley important (le New Jersey a remporté 3 fois la coupe ces 15 dernières années) à un club qui n’a jamais remporté le titre de son histoire.

Cette signature est un acte important pour les Devils, qui espèrent sans doute trouver un second souffle après les dernières saisons décevantes en playoffs. Après l’ère Brodeur, c’est peut-être aujourd’hui le début de l’ère Kovalchuk au New Jersey.