Kovalchuk redevient agent libre

KovalchukAprès le refus de la ligue d’avaliser le contrat monumental de Kovalchuk de 17 ans, la question s’est posée de savoir si l’ailier russe devenait alors agent libre ou s’il restait lié aux Devils du New Jersey. Elle est restée en suspens quand le syndicat des joueurs de la ligue, le NHLPA (« NHL Players Association »), a choisi de contester la décision de la ligue. 

Face à cette situation inédite, les deux parties, le NHLPA d’un côté et la ligue de l’autre, ont choisi un « arbitrator » pour régler le conflit, comme pour l’arbitrage des salaires dans la reconduction des contrats des RFA. Cet « arbitrator », nommé Richard Bloch, a statué ce lundi et a conclu que le contrat n’était pas conforme et que Kovalchuk était de nouveau un agent libre.

La question que Bloch devait trancher était de savoir si le contrat signé par Kovalchuk était compatible avec le CBA (« Collective Bargain Agreement »), le document qui légifère les pratiques de contractualisations et de rémunérations dans la NHL, signé par la ligue et le NHLPA en 2005 suite à la grêve d’un an. Tout le problème vient que le CBA ne prévoit pas de limites précises en terme de durée des contrats et de rémunération (il existe seulement un salaire minimum) et cela a permis à des équipes de signer des contrats de longue durée permettant de réduire l’impact du joueur sur la masse salariale.

Ainsi, l’impact annuel d’un joueur sur la masse salariale n’est pas le salaire qu’il perçoit lors de cette année mais une moyenne sur l’ensemble de son contrat (en rajoutant les bonus financiers de l’année). L’astuce est donc de payer un gros salaire au joueur lors des premières années du contrat puis, pour les dernières années, un salaire nettement moins important. Ces dernières années correspondent généralement à une période où le joueur atteint la quarantaine, il est donc logique qu’il ne perçoive pas un gros salaire. Toutefois, cela permet au club que le joueur pèse de manière beaucoup moins importante sur la masse salariale que s’il n’avait pas un contrat de ce type lors des années où il a un gros salaire.

Une dizaine de contrats de ce type ont été signés : Vincent Lecavalier avec Tampa Bay, Marian Hossa avec Chicago, Chris Pronger avec Philadelphie, Roberto Luongo avec Vancouver, Henrik Zetterberg et Johan Franzen avec Detroit, Marc Savard avec Boston... Jusqu’à présent, la ligue n’était pas intervenue, même s’il n’y avait pas de règle claire, considérant que ces contrats étaient en règle avec le CBA. Le contrat signé par Kovalchuk allait encore plus loin que les contrats signés par les autres il y a un an ou deux. Voici la structure du contrat :

2010-2011 : $ 6 000 000 USD
2011-2012 : $ 6 000 000 USD
2012-2013 : $11 500 000 USD
2013-2014 : $11 500 000 USD
2014-2015 : $11 500 000 USD
2015-2016 : $11 500 000 USD
2016-2017 : $11 500 000 USD
2017-2018 : $10 500 000 USD
2018-2019 : $ 8 500 000 USD
2019-2020 : $ 6 500 000 USD
2020-2021 : $ 3 500 000 USD
2021-2022 : $ 750 000 USD
2022-2023 : $ 550 000 USD
2023-2024 : $ 550 000 USD
2024-2025 : $ 550 000 USD
2025-2026 : $ 550 000 USD
2026-2027 : $ 550 000 USD

La différence par rapport aux autres contrats est qu’il est beaucoup plus long que les autres (17 ans contre une dizaine d’années de moyenne) et que l’écart entre le salaire maximum et le salaire minimum qu’aurait perçu le Russe est énorme : il varie entre ce qui aurait été le plus gros salaire de la ligue (11,5 millions) et un salaire proche du minima prévu par le CBA de 0,5 million. L’écart était donc fort entre les années les plus rémunératrices et l’impact moyen sur la masse salariale qui était de 6 millions (102 millions sur 17 ans). De plus, ce contrat aurait fait jouer Kovalchuk dans le New Jersey jusqu’à ses 44 ans, ce qui paraissait fort peu probable.

Bloch a effectivement statué que Kovalchuk ne finirait sans doute pas son contrat au New Jersey, notant que depuis vingt ans, seul un joueur avait joué jusqu’à 43 ans et seuls 6 joueurs (sur les 3600 qui ont joué depuis vingt ans) ont atteint leurs 42 ans en étant toujours en activité. L’« arbitrator » a donc déduit que, selon toute probabilité, l’ailier russe quitterait l’équipe avant la fin du contrat. De plus, le contrat prévoit dans les premières années du contrat une clause de non-mouvement (« no-movement ») qui se transforme après 2017 en clause de non-transfert (« no-trade »), ce qui permettait alors au club de pouvoir mettre Kovalchuk sur les waivers à tout moment après 2017 pour rompre le contrat.

Bloch a aussi souligné l’écart énorme dans les salaires, notant que Kovalchuk aurait perçu 97% de la rémunération totale du contrat après seulement 11 ans. La conclusion a donc été que le contrat devait effectivement être annulé pour violation d’un article du CBA. Mais le feuilleton n’est pas terminé.

Certes, il y a toujours la question de savoir où Kovalchuk va finalement jouer l’an prochain. Il semble néanmoins logique qu’il signe à nouveau avec les Devils. En effet, dans l’intervalle de la signature du contrat puis la décision de l’annulation, la plupart des autres bons ailiers gauches ont été signés. Alexander Frolov a signé aux Rangers de New York, Simon Gagné a été transféré à Tampa Bay et Alexei Ponikarovsky a signé à Los Angeles. Les journaux locaux de Californie ont d’ailleurs accueilli la signature de Ponikarovsky avec le titre « réussite du plan C chez les Kings de Los Angeles », considérant que le club visait d’abord à signer Kovalchuk, puis à re-signer Frolov. Ils ont finalement jeté leur dévolu sur Ponikarovsky, qui reste sur une fin de saison décevante avec Pittsburgh. Il n’y a donc pas forcément de concurrence pour le New Jersey, qui a déjà annoncé que les négociations avec l’agent de Kovalchuk avaient repris.

En fait, la vraie bombe du rapport de Bloch est qu’il enjoint la ligue à enquêter sur les contrats de ce type signés précédemment pour éventuellement revenir sur leur validité et plus précisément ceux de Pronger, Savard, Luongo et Hossa. Ainsi, Mike Gillis, le manager général des Canucks de Vancouver, a déclaré au Vancouver Sun que la ligue était actuellement en train d’étudier le contrat de 64 millions de dollars sur 12 ans signé par Roberto Luongo en septembre dernier. Idem pour Peter Chiarelli, le manager général de Boston, à propos de l’extension du contrat de Marc Savard.

De fait, si les autres contrats sont moins démesurés que celui de Kovalchuk, il n’en reste pas moins qu’ils sont taillés dans le même moule. Ainsi, Pronger va voir son salaire passer progressivement de 4 millions à 0,525 million et il aura perçu 97% de la rémunération de son contrat quand son salaire baissera. Quand à Luongo, son contrat court jusqu’à ses 43 ans. Affaire à suivre donc, car le cas Kovalchuk pourrait encore faire des vagues même après avoir été statué.

Rapport complet de l’arbitrage de Bloch