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Bilan de la KHL (partie 3) : équipes classées de 1 à 8

Dernière partie du bilan de KHL avec les ultimes analyses sur les sources de la dynastie de Kazan, l'explication de la première qualification d'un parfait outsider en finale (et sa dissolution), les difficultés des cumuls de fonction de Bykov, le retour du Lokomotiv aux méthodes de l'ancien temps, ou encore l'esprit-club qui redevient vivace entre joueurs et supporters au Spartak.

Tout ce qu'il faut savoir et retenir pour comprendre les ficelles de la deuxième ligue la plus puissante de la planète, c'est ici.

 

Ak Bars Kazan (1er) : la dynastie de la confiance

Ak BarsQuatre finales et trois titres en cinq ans : Kazan a instauré une dynastie inédite depuis l'écroulement de l'URSS. Loin de provoquer un changement d'ère, la KHL n'a fait que confirmer cette domination des Tatars. Le plus intéressant dans cette dynastie, c'est le moment où elle a commencé : en 2005, à la fin du lock-out NHL, alors qu'Ak Bars venait de recruter une enfilade de stars mondiales (Kovalchuk, Lecavalier, Kovalev, Heatley et compagnie) pour un résultat désastreux. À qui la faute ? À l'entraîneur, évidemment, qui n'a pas su former une équipe gagnante à partir d'un matérikel aussi cher et aussi talentueux ? Hé bien non !

Le coach Zinetula Bilyaletdinov a été conservé malgré cet échec. Est-ce parce qu'il est Tatar qu'il a été protégé ? Après tout, il représente l'élément de fierté patriotique, ô combien forte au Tatarstan, au sein d'une équipe qui s'est rarement appuyée sur les joueurs locaux (Kazan est pourtant un bon club formateur, voir résultats juniors). Peut-être que, plus simplement, les hauts responsables politiques et sportifs de la République se sont regardés dans la glace. Ce sont eux qui avaient voulu "acheter" le titre pour fêter le "millénaire" de la ville de Kazan, et ils ont donc assumé l'échec. Bilyaletdinov n'avait rien demandé, et en bon coach il connaissait sûrement les problèmes intrinsèques d'une équipe constituée de stars.

La marque de confiance témoignée à l'époque, Bilyaletdinov l'a rendue. Le club ne voulant pas le laisser cumuler les deux fonctions, il a renoncé au poste de sélectionneur national. C'est donc Bykov qui est devenu l'homme qui a ramené la Russie à la victoire. Dans le même temps, Bilyaletdinov est l'homme de tous les records en championnat de Russie post-soviétique, avec six finales et quatre titres. Les débats sur l'identité du meilleur entraîneur russe actuel se circonscrivent donc à ces deux-là.

Les affres du lock-out sont bien loin, et aujourd'hui Bilyaletdinov est maître du recrutement. Il définit tous les transferts. C'est lui en particulier qui a constitué la colonie finlandaise : il a gardé le centre très complet Niko Kapanen, il a supervisé Jarkko Immonen aux championnats du monde puis l'a fait venir, et il a ensuite trouvé Janne Pesonen. Des accents finnois encore renforcés en cours de saison. Bilyaletdinov a décidé de l'échange qui a envoyé le décevant Mikael Tellqvist à Rauma en retour du meilleur gardien du championnat finlandais Petri Vehanen, puis il a recruté Hannes Hyvönen à Minsk car Pesonen a été victime d'une fracture compliquée de la main n'est rentré qu'en play-offs.

Les Finlandais, qui au départ étaient de parfaits compléments au collectif, se sont retrouvés en première ligne dans la conquête du titre. Les play-offs se sont en effet transformés en jeu de massacre pour Kazan, qui a perdu les deux joueurs-clés de sa dynastie. Dès le premier match, Danis Zaripov a été évacué sur civière. Pire que tout, l'indiscutable meneur Aleksei Morozov s'est blessé à l'épaule au troisième match de la finale, alors que les deux premières manches avaient été gagnées. Une perte presque fatale : sans son capitaine, l'Ak Bars a perdu trois rencontres de suite et était au bord de la destitution... et puis, comme l'an passé contre Yaroslavl, il a renversé la finale pour gagner les deux dernières manches et être sacré au septième match.

Un titre obtenu grâce à un impeccable sacrifice défensif. Le capitaine de remplacement Ilya Nikulin a encore été majestueux, et le rugueux Anatoli Emelin l'a rejoint en équipe de Russie grâce à des prestations également solides. Après avoir gagné sans ses vedettes, Kazan a plus de piliers que jamais.

 

HK MVD Balashikha (2e) : Cendrillon pendant une saison 

MVDLe transfert d'Aleksei Kudashov est loin d'avoir fait la une des journaux à l'intersaison. Ce joueur de 38 ans n'était plus désiré à Yaroslavl et avait reçu des offres exclusivement d'équipes du bas de tableau. Il avait choisi la plus proche de Moscou, en l'occurrence le MVD. Un club qu'il a totalement transformé, de l'avis de tout l'encadrement. Ce nouveau capitaine a amené un caractère de vainqueur. Ses discours ont inspiré le vestiaire comme jamais.

Kudashov a tellement apporté que sa blessure à l'épaule en décembre aurait pu ruiner la saison. Mais il a continué à voyager avec l'équipe, et son état d'esprit était contagieux. Même sans lui, le MVD affichait une grande homogénéité : tous les joueurs se sont comportés en leaders et ont pris leurs responsabilités. C'est ainsi que l'équipe-surprise de la saison a éliminé le Loko, l'ancien club de son égérie Kudashov, pour accéder à la finale et passer tout près du titre.

Une sensation jamais vue dans le hockey russe, où la hiérarchie est en général bien établie. Le MVD avait terminé dix-huitième un an plus tôt et avait pourtant conservé son entraîneur et l'essentiel de ses joueurs. Sans le moindre contrat de millionnaire, il a préféré la progression interne au recrutement grandiloquent. Au club depuis sa création, le centre de la première ligne Aleksei Tsvetkov a ainsi été un maillon essentiel avant de franchir encore un cap en play-offs.

Quant au coach Oleg Znarok, au lieu d'être viré pour cause de non-qualification, il a pu poursuivre ses idées et n'a récolté que des louanges pour le parcours mais aussi pour le jeu de son équipe. Le hockey du MVD est dans la tradition soviétique, fondé sur le patinage, les passes, l'entrée de zone en possession du palet. Il utilise toutefois plus de forechecking que le jeu que le même Znarok met en place en équipe de Lettonie. En play-offs, cependant, il a plutôt mis l'accent sur une défense intelligente et adaptée à l'adversaire, avec le succès que l'on sait.

Un succès... sans lendemains, du moins pas sous cette forme, et pas à Balashikha. Le Ministère de l'Intérieur (communément dénommé par ses initiales MVD) a en effet souhaité la fusion de "ses" deux clubs, le HK MVD qu'il a directement créé, mais aussi le Dynamo qui était historiquement le club des services secrets. Une idée lancée en plein milieu de la finale et concrétisée trois semaines plus tard par une conférence de presse officielle.

Les déclarations du président du MVD Mikhaïl Tyurkin visaient alors à rassurer les supporters en expliquant que le nouveau club (baptisé OHK Dynamo) garderait des attaches à Balashikha, malgré ses précédents communiqués sur le site officiel où il mettait en cause le faible soutien de la ville qui ne faisait rien selon lui pour aider le club.

En pratique, il n'en sera rien. Les relations avec la municipalité ne se sont pas améliorées, et Tyurkin a décidé d'un déménagement définitif. Du MVD, il ne restera qu'une équipe gagnante qui évoluera sous les couleurs du Dynamo. Et dans la patinoire de Balashikha, ouverte il y a trois saisons, il ne restera que les souvenirs de ce délicieux printemps... au dénouement si frustrant.

 

Salavat Yulaev Ufa (3e) : l'impossible cumul

SalavatLa saison 2009/10 se sera vraiment mal embouchée pour Vyacheslav Bykov et Igor Zakharkin. Arrivés à Ufa avec l'auréole des deux titres mondiaux, les entraîneurs nationaux ont pourtant bâti une équipe qui a survolé la saison régulière sous l'impulsion d'une première ligne vraiment dominatrice. Aleksandr Radulov, l'âme de l'équipe, a été rejoint par Sergei Zinoviev qui s'est enfin comporté comme un vrai meneur de jeu sur et en dehors de la glace. L'inattendu Norvégien Patrick Thoresen, travailleur et capable de faire la différence en un contre un, a complété ce trio de choc.

Et pourtant, Bykov et Zakharkin ont tout perdu. La cuisante défaite contre les Canadiens aux Jeux Olympiques a laissé des traces. Zinoviev, qui a joué ce match avec un ligament du genou déchiré, a achevé sa saison sur ce sacrifice. Ses ailiers Radulov et Thoresen ont continué de produire comme si de rien n'était, mais cela ne suffisait plus. Jamais blanchi en saison régulière, Ufa a été muet pour la première fois en play-offs contre Nijnekamsk. Un avertissement.

Le beau hockey offensif d'Ufa est mort de sa belle mort, au tour suivant, contre les panthères tatares. Les détracteurs de Bykov se sont alors déchaînés à l'encontre de sa candeur tactique supposée coupable de tous les maux. Ils oubliaient au passage que l'élimination olympique face à un Canada agressif avait peu de points communs avec cette finale de conférence est perdue face à un Kazan attentiste. En revanche, il semble indéniable que le cumul club/sélection était beaucoup trop lourd pour les entraîneurs en une saison olympique.

Le fait d'avoir les internationaux "sous la main" dans un club n'a pas été d'une grande aide. Bykov s'est effectivement appuyé sur les joueurs qu'il a recrutés au Salavat : il a pu compter sur Zinoviev jusqu'aux limites de la souffrance, il a confirmé le défenseur Dmitri Kalinin comme pilier de l'équipe nationale, et il a apprécié l'abnégation collective de Viktor Kozlov. Mais dans le même temps, les cadres restés au club, les Vitali Proshkin, Oleg Tverdovsky et Aleksandr Perezhogin, n'ont pas du tout profité de l'arrivée du sélectionneur puisqu'ils ont perdu leur place !

Qu'il est difficile pour Bykov de jongler avec les soupçons de favoritisme (quand il prend "trop" de joueurs de son club) et les susceptibilités de chacun (quand il n'en prend "pas assez"). Kirill Koltsov, pas inclus dans la présélection de 50 joueurs pour les JO, est ainsi entré en conflit avec le staff et a été envoyé plusieurs fois en tribunes. Après l'élimination, il s'est répandu publiquement en expliquant grosso modo que les joueurs avaient gagné la saison régulière mais que les entraîneurs avaient perdu les play-offs. Son avenir n'est clairement pas avec Bykov, et son contrat sera résilié pour lui permettre de retourner à Omsk où on voulait le faire revenir depuis deux ans.

Le fait d'avoir recruté le sélectionneur ne garantit donc au Salavat ni le titre, ni la colonne vertébrale de l'équipe nationale.

 

Lokomotiv Yaroslavl (4e) : un retour dans le passé

LokomotivAprès le départ de Yashin (et de Badyukov), le Loko a perdu en expérience : le nouveau capitaine Ivan Tkachenko semble "moralement écrasé" par cette responsabilité selon une interview accordée par son entraîneur Kari Heikkilä... quelques heures avant qu'il se fasse licencier à la pause olympique. En effet, le Loko a connu un mauvais début d'année, concédant neuf défaites en quatorze rencontres. La première place de division, considérée a priori comme "acquise" au vu des adversaires, était devenue inaccessible, occupée par un MVD dont personne n'avait prévu l'ascension. Fatal pour le coach finlandais.

Yaroslavl a alors opéré un incroyable retour dans les limbes de son passé, en rappelant Piotr Vorobiev, qui était parti en 2001. Depuis cette date, le Loko n'avait presque fait appel qu'à des entraîneurs importés : Vujtek le Tchèque (premier étranger champion de Russie), Supler le Slovaque, Gardner l'Américain, Heikkilä le Finlandais... et même les Yurzinov père et fils, s'ils sont russes, avaient été choisis pour leur imprégnation du hockey finlandais. Le Lokomotiv était donc considéré comme le plus "moderne", le plus "occidental", des clubs russes dans sa gestion.

Piotr Vorobiev, même s'il a aussi officié au-delà des frontières à Francfort, représente l'archétype de "l'entraîneur-dictateur" soviétique, qui cloître ses joueurs à la basa, concept oublié par ses prédécesseurs plus souples. La trêve olympique n'a donc pas été une trêve pour tout le monde : dès son arrivée, Vorobiev a imposé deux entraînements par jour, une fréquence qui ne s'est arrêtée que pour les play-offs. Les deux jours de repos accordés après la qualification au premier tour furent une gratification aussi rare qu'appréciée, le cadeau exclusif du maître, comme dans l'ancien temps.

Tout le monde n'a pas été pris de court. Les deux défenseurs Vitali Vishnevsky et Sergei Zhukov, les deux défenseurs les plus sûrs de l'équipe, avaient déjà joué sous les ordres de Vorobiev au Loko au siècle dernier. Zhukov ne l'a en fait jamais quitté, alors que Vishnevski a passé neuf saisons en NHL dans l'intervalle. Mais attention : connaître le bonhomme ne suffit pas. Dmitri Afanasenkov avait passé le lock-out au Lada de Vorobiev alors qu'il venait de gagner la Coupe Stanley. Cela n'a pas empêché cet attaquant défensivement médiocre de passer les play-offs pour moitié en quatrième ligne, pour moitié en tribunes. Pas de favoritisme !

Mais en même temps que Heikkilä, le Loko avait perdu un de ses adjoints, Ilari Näckel. Depuis deux ans et demi, ce spécialiste reconnu était en charge des gardiens à Yaroslavl. Il avait prodigué ses conseils à Semion Varlamov avant son départ en NHL, puis avait fait éclater Georgi Gelashvili au point que celui-ci devienne le seul titulaire ferme et unique de son âge dans la KHL. Son substitut Sergei Gaiduchenko, jeune lui aussi, a fini déprimé, sorti de l'équipe senior. Le problème, c'est que Gelashvili, plus conforté que jamais, s'est finalement révélé instable, livré à lui-même par le départ de Näckel. Le Lokomotiv a donc réussi ses play-offs non pas grâce à son gardien, mais en dépit de ses erreurs.

Le vrai atout est venu des attaquants tchèques Zbynek Irgl et Josef Vasicek. La puissance du trio qu'ils formaient avec Aleksei Mikhnov a réduit le Spartak en miettes, avec l'appui des lancers de la bleue du défenseur Aleksandr Guskov. Mais cela n'a pas été pas suffisant en finale de conférence ouest contre le MVD qui a réussi à trouver la parade contre l'impact physique de Mikhnov, puis contre la vitesse de Richard Zednik qui l'a remplacé en première ligne. En sept manches, Vorobiev est donc éliminé par plus tactique que lui. Qui l'eût cru ?

 

Metallurg Magnitogorsk (5e) : la disgrâce des Tchèques

MagnitogorskAh, Sergei Fedorov... L'ancien meilleur joueur de NHL a suscité le débat durant toute la saison. Les uns soulignaient son excellent travail de fond dans les deux sens de la glace, son sens du jeu intact, son leadership naturel. Les autres faisaient remarquer que le joueur qui serait le mieux payé de la KHL (7 millions d'euros) ne mérite pas un tel salaire car il n'est plus capable de faire la différence. Vyacheslav Bykov a rejoint le camp des convaincus en le sélectionnant aux JO puis aux Mondiaux, mais le résultat final de ces deux compétitions ne plaide pas forcément en faveur de Fedorov. Les play-offs de Magnitogorsk avaient rendu les mêmes conclusions : le centre y a été très discret, et son absence au dernier match de la série perdue contre Kazan, officiellement pour intoxication alimentaire, a encore créé la controverse. Comme il a signé pour deux ans, il restera cependant toujours le leader désigné de l'équipe.

Les deux ailiers tchèques ne pourront pas en dire autant. Leur cas n'a pas fait débat : tous les experts du hockey ouralien ont été très déçus par leur rendement. Ils ont été les seuls joueurs à finir avec un bilan négatif au sein de la troisième meilleure équipe du pays ! Jaroslav Kudrna a certes pris un palet dans le visage en janvier, tandis que Jan Marek s'était cassé la cheville pendant l'été dans des circonstances entourées de mystère. Mais l'excuse ne suffit pas, car les deux hommes ont été en dessous des attentes toute la saison... et ont récidivé en play-offs (-4). Leur centre Tomas Rolinek en a aussi pâti, mais il a fait meilleure figure et sera donc gardé.

L'année où les Tchèques sont tombés en disgrâce à Magnitogorsk, ils sont paradoxalement devenus champions du monde. Rolinek a joué un rôle majeur en tant que capitaine, et Marek a longtemps été transparent... mais il a eu une contribution décisive en transformant ses deux pénaltys en quart de finale et en demi-finale du Mondial. Ce spécialiste du tir de pénalité est cependant devenu moins utile avec les règles de la KHL, où la prolongation continue sans limite de temps en play-offs. A posteriori, Magnitogorsk regrette donc de ne pas avoir laissé partir Marek dès l'été dernier, quand l'Avangard et le SKA le courtisaient.

Cette contre-performance des stars les mieux payées a coûté sa place à Gennadi Velichkin, manager du club depuis 18 ans, et pourtant viré en novembre. L'ex-entraîneur Viktor Postnikov, une autre figure locale, a été désigné responsable du recrutement à la fin janvier pour reconstruire une équipe conquérante.

 

Neftekhimik Nijnekamsk (6e) : le trou perdu sert de tremplin

NeftekhimikC'était le transfert le plus bizarre de l'intersaison. Niklas Persson, qui n'avait jamais quitté la Suède, se rendait à Nijnekamsk, anonyme ville pétrochimique du Tatarstan, pour y subir les terribles charges d'entraînement de Vladimir Krikunov, le tout sans parvenir à se faire comprendre de ses coéquipiers. Les premières semaines, l'international suédois n'en menait vraiment pas large. Mais il y a survécu, et cela peut lui donner confiance pour son prochain défi très différent : le soleil de Floride. Il essaiera de s'imposer en NHL du côté de Tampa Bay.

Persson doit avoir quelque mérite si l'on fait le bilan de sa saison. Le 5 octobre, ses deux ailiers Aleksandr Islamov et Maksim Yakutsenia se sont blessés lors du même match. Le pauvre Islamov, qui avait marqué autant de points en un mois que d'habitude en un an, voyait sa saison s'arrêter là. Les recrues tardives Sergei Demagin et Maksim Pestushko, dont les Dynamos (respectivement de Minsk et de Moscou) ne voulaient plus, se révélaient les plus complémentaires du Suédois. Puis, au retour de blessure de Yakutsenia, il retrouvait sa place en première ligne avec Andrei Ivanov. Malgré tous ces changements, les ailiers de Persson se sont tous révélés très efficaces... C'est cette première ligne "variable" qui a porté le Neftekhimik à une quatrième place inattendue dans la conférence est.

En play-offs, changement de programme. Le Neftekhimik a éliminé Omsk sans compter sur Persson, victime de douleurs musculaires. Denis Arkhipov a alors substitué le Suédois et réussi sa mission de marquer Jagr, mais il s'est blessé au ligament latéral du genou droit au premier match du tour suivant.

Peu importe, car Krikunov avait mis son équipe en "mode play-offs" : discipline, volonté, condition physique... et tactique très défensive. Le principal bénéficiaire en a été le gardien Ivan Kasutin, choisi comme titulaire et en confiance, qui passait son pourcentage d'arrêt de 88,5% (saison régulière)... à 95,2% !

Après avoir pris six buts au premier match chez le grand favori Ufa, la défense tatare, menée de main de maître par le solide Renat Mamashev, serrait les rangs et tissait une toile bien collante. La série se transformait alors en un jeu de patience : 2-1 en prolongation, 1-0, 0-1, 1-2 en prolongation, 1-2. Les nerfs de l'entraîneur adverse étaient mis à rude épreuve, mais celui-ci, Vyacheslav Bykov, était aussi sélectionneur national... Il a donc repéré dans cette confrontation deux jeunes arrières, Nikolaï Belov et Evgeni Ryasensky, qui ont ensuite débuté en équipe nationale et joué la préparation aux championnats du monde, avant d'être écartés de justesse malgré des prestations convaincantes.

Tremplin pour la NHL ou pour la Sbornaïa : à croire que Nijnekamsk n'est plus un trou perdu...

 

Spartak Moscou (7e) : l'esprit club est revenu

SpartakChampion de Moscou ! Ce titre devenu non officiel, attribué au travers des résultats des derbys entre les clubs moscovites, le Spartak l'a remporté pour la première fois depuis 14 ans. C'est d'autant plus méritoire cette année que les confrontations étaient plus nombreuses - quatre contre le CSKA et quatre contre le Dynamo - avec les nouvelles poules géographiques. Cette fréquence des derbys a aussi contribué à réveiller l'intérêt pour le hockey dans la capitale. Le Spartak, traditionnellement le club le plus populaire, en a le plus profité et Sokolniki aura rarement été aussi plein que cette saison.

Cette réussite, il fallait cependant la confirmer en play-offs. Deux joueurs importants venaient juste de reprendre l'entraînement et n'étaient pas encore disponibles dans leur meilleure forme : le solide défenseur Jaroslav Obsut, qui s'était cassé le bras fin janvier contre le Barys, et l'attaquant Aleksandr Rybakov, qui avait été la révélation de la saison jusqu'à ce qu'il se blesse aux jambes à Saint-Pétersbourg sur une charge contre la bande... de l'ex-idole spartakiste Rybin !

Pourtant, le Spartak a balayé les millionnaires du Dynamo par 3 victoires à 1 et a ainsi confirmé sa suprématie locale. Il était le seul club de Moscou qualifié pour les demi-finales de conférence, et il y a vendu chèrement sa peau contre Yaroslavl (4 victoires à 2). Le dernier match à domicile fut perdu très sèchement (1-8 !) mais cela n'a pas atténué la satisfaction du public qui a chanté "merci pour la saison" jusqu'à la sirène et qui a réservé de très longs applaudissements quand l'équipe est ressortie du vestiaire. Les joueurs sont ensuite allés dîner dans un restaurant du quartier, pendant que les supporters s'asseyaient à la table voisine. L'esprit du Spartak semble avoir connu une renaissance.

Si cet esprit avait disparu, c'est que les joueurs ne faisaient plus que passer, avant de partir dans des clubs plus riches. Cette fois, même les cinq Slovaques, recrutés initialement pour une question de rapport qualité/prix, ont adhéré sur le long terme et ont tous resigné. Les trois meilleurs marqueurs, Branko Radivojevic, Stefan Ruzicka et le défenseur Ivan Baranka, se sont même engagés pour deux années supplémentaires.

 

Dinamo Riga (8e) : euphorie printanière

DinamoLe Dinamo Riga a été un peu refroidi par un premier tiers de saison médiocre. Les choix des dirigeants de ne pas conserver les joueurs étrangers ont été discutés. Même l'entraîneur slovaque Julius Supler, qui jouit d'un respect notoire en Lettonie, a commencé à être critiqué lorsque ses propos selon lesquels il retrouvait immédiatement du boulot en cas de licenciement ont été interprétés comme de l'arrogance mâtinée d'indifférence.

Il y a pourtant des explications aux difficultés automnales du club balte. Les blessures de Krisjanis Redlihs et du capitaine Sandis Ozolins ont laissé la défense très démunie. Heureusement que le duo Rodrigo Lavins - Guntis Galvins a été le plus solide : son entrée en matière ratée aux Jeux olympiques ne rend pas justice à sa très bonne saison en club.

Des renforts étrangers, le Dinamo Riga en a retrouvé, avec l'arrivée en novembre de l'ex-attaquant de NHL Tyler Arnason. L'attaquant américain est arrivé une demi-heure en retard le matin de son premier match, mais il a été pardonné d'avoir été englué dans les embouteillages de Riga qu'il ne connaissait pas encore. Il a cependant dû se contenter d'un rôle limité dans l'effectif. Tout le monde n'est pas Marcel Hossa : le sniper slovaque a droit à un temps de jeu élevé car il finit toujours par "planter" des buts même quand il paraît transparent sur la glace.

À cette exception près, le Dinamo Riga s'est appuyé essentiellement sur les cadres de l'équipe nationale, le retour de NHL de Martins Karsums en janvier ayant complété le rassemblement au pays de ces internationaux. Les supporters lettons, qui se passionnaient pour le hockey le temps des championnats du monde, peuvent maintenant observer leurs idoles avec constance.

Et quand le huitième de la conférence ouest a éliminé des play-offs le premier (le SKA Saint-Pétersbourg), une euphorie s'est emparée de la Lettonie. Les tickets pour le tour suivant sont partis en une heure, et plus de cent mille personnes avaient essayé de se connecter sur le site dans cette intervalle. Malheureusement, les hockeyeurs baltes se sont inclinés contre le MVD de leur sélectionneur national Oleg Znarok. Et cette performance en championnat des joueurs et de leur staff n'a pas trouvé d'écho lors des Mondiaux pour l'équipe de Lettonie.