Les Huskies achevés par deux balles

HuskiesLes Kassel Huskies, qui se sont mis tous les clubs allemands à dos et ont donc été obligés de jouer ses rencontres de préparation en Pologne et en Slovaquie, disputent ce soir le match pour la cinquième place de la Cassovia Hockey Cup (compte-rendu à venir sur Hockey Archives) contre le club organisateur Kosice. Mais dans quel état d'esprit ? En effet, ce devrait être le dernier match avant la disparition pure et simple de l'équipe.

Tous les joueurs, parmi lesquels l'ex-Briançonnais Pierre-Luc Sleigher, vont se retrouver sur le carreau. Or, le marché allemand a été déjà rendu difficile par la précédente faillite de Francfort qui a fait son lot de chômeurs, contraints souvent de baisser leurs prétentions pour retrouver un club. Certains avaient senti le coup venir, tel Andreas Renz, l'ex-capitaine de l'équipe nationale, qui avait rompu son contrat le mois dernier pour "raisons familiales" afin de rejoindre son club formateur Schwenningen en 2e Bundesliga. Certains de ses coéquipiers, qui avaient exprimé leurs doutes sur la situation, avaient été menacés de poursuites s'ils s'avisaient de dénoncer leurs contrats en bonne et due forme.

Comment en est-on arrivé là ?

Cette semaine se déroulait une double bataille juridique de la plus haute importance. Kassel jouait sa survie, et la DEL - dont les principaux dirigeants sont tous juristes - sa crédibilité. En effet, Fritz Westerhelle, l'avocat qui a conduit le club dans cette impasse, avait beau jeu d'avancer que toutes les décisions de la justice civile (quatre référés du tribunal de Cologne) avaient été rendues en sa faveur. Même si la DEL se drapait de leur justice morale, les Huskies maintenaient être dans leur bon droit.

La DEL, cependant, avait obtenu la confirmation de l'exclusion de Kassel par une commission d'arbitrage qu'elle avait chargée de régler ses affaires, par une décision votée par tous ses membres (Kassel inclus). Westerhelle contestant cette instance, la DEL a donc demandé au tribunal de Munich d'en valider la légitimité. Le juge a reconnu la compétence de la commission d'arbitrage, ce qui signifiait ipso facto que la décision de celle-ci avait valeur légale.

Aujourd'hui, c'était au tribunal de Cologne d'examiner la demande en annulation de Kassel. Il s'agissait du même juge qui avait précédemment donné raison aux Huskies, sans examen contradictoire. Il n'a cependant pas eu à se prononcer sur le fond, se contentant de reconnaître la décision de ses collègues munichois (le contraire eût été improbable). La DEL a donc retourné le calendrier à son avantage et a pu exclure les Huskies avant que la saison ne commence, ce qui était son objectif.

On notera que le juge de Cologne a tout de même proposé un compromis avant de rendre son verdict : Kassel jouerait la saison 2010/11, mais devrait racheter sa licence en DEL (un droit d'entrée qui vaut 800 000 euros) pour 2011/12. Compromis refusé par la DEL. Elle a gagné, et les dirigeants entêtés (entrepreneur Rossing + avocat Westerhelle) ont perdu... mais les joueurs aussi y ont laissé leur emploi.

Dans les deux feuilletons administratifs de l'été, la continuité financière est donc sauve : ni Briançon ni Kassel n'auront pu se refaire une virginité en se débarrassant artificiellement de leurs dettes (les uns par un changement de structure, les autres par le droit des faillites en annulant 80% des créances). Mais là où les Diables rouges ont fini par se rallier à un compromis avec la fédération, les Huskies se sont lancés dans un duel contre tout le hockey allemand qui les a conduits à leur perte. Un club continuera à vivre, l'autre est un champ de ruines qui aura beaucoup de mal à se relever.