Trois jours avec les Gothiques (Tournoi d'Asnières)

Épisode I : La Communauté des Gothiques

Coliseum d'Amiens, 16h. Les Gothiques sont arrivés au compte-gouttes il y a quelques minutes pour prendre leur matériel. Le bus aux couleurs des Picards arrive et les joueurs embarquent. Les roulettes des sacs crissent, puis la soute du bus s'alourdit avec les bagages. Les plus anciens montent en premier quand les jeunes mettent leurs sacs en dernier, du moins tentent. Coincés dehors avec des chariots alimentaires auxquels s'ajoutent des litres innombrables d'eau, Antoine Richer vient donner un coup de main aux derniers joueurs pour faire entrer toutes les affaires. Un tetris taille hockeyeur est lancé, réglé en cinq minutes par le coach et ses gars sous un beau soleil qui fait envier la climatisation du bus.

Enfin, c'est l'heure. Le chauffeur David ferme la porte, le voyage peut commencer. Manquerait-il du monde à l'appel ? Effectivement. Teddy Trabichet, Thomas Roussel et Kevin Hecquefeuille ont pris leurs sacs comme les autres, mais sont rentrés chez eux. Tout juste revenus de Pologne avec l'Équipe de France et peu d'heures de sommeil dans les turbines, Richer a préféré les laisser se reposer aujourd'hui. Pour le reste du groupe, c'est direction Asnières-sur-Seine, aux portes de Paris. 3 jours de tournoi, 180 minutes de temps de glace, 6 trajets en bus, 798 kilomètres, et 9h30 de trajets à exécuter dans le silence, la concentration, et avec un bon passe-temps conseillé.

Les joueurs n'ont pas encore démarré leur week end qu'ils font déjà figure de routiers expérimentés avec ces chiffres. À vrai dire, ce sont aussi les favoris d'un tournoi qui accueille les deux équipes de Division 1 de Neuilly sur Marne et Cergy, ainsi que l'organisateur de Division 2 Asnières.

Sur les longues courbes de l'autoroute, les quelques joueurs qui parlaient finissent par se taire. On s'occupe, on se concentre, on somnole. La clim' frémit, le bitume râle sous les roues, les écouteurs grésillent, et Antoine Richer nous dévoile ce qu'il a derrière la tête. « On avait été contacté relativement tôt par le club d'Asnières, et je me suis engagé sur ce tournoi assez rapidement. Cela nous donne trois matchs en trois jours avec un effectif important que l'on peut faire tourner. C'est un exercice un peu particulier contre des équipes un niveau en dessous du nôtre mais avec une combativité intéressante. Les adversaires ne lâchent rien et travaillent du début à la fin. Donc on est dans des conditions plus délicates que d'habitude. On est là pour gagner les trois matchs bien sûr, mais surtout pour travailler les unités spéciales à fond contre des joueurs qui se battent quand, à l'entraînement, nos gars ne sont pas toujours à fond entre eux. »

Le premier trajet arrive à son terme, et le bus fait face à la patinoire olympique d'Asnières. Chacun descend ses affaires et suit les organisateurs vers un vestiaire d'habitude réservé aux séances publiques. Les joueurs s'installent calmement sur l'un des six bancs alignés au milieu d'une pièce. Puis le groupe rejoint les tribunes pour observer le début du deuxième tiers entre Asnières et Neuilly-sur-Marne. Il est 18h, et les Bisons mènent deux à zéro. Vingt minutes passées à jauger leurs futurs adversaires, et les gars partent se changer au buzzer, quand Neuilly ne mène plus que trois buts à deux. Quatre pattes enfilés pour certains, chaussettes remontées pour Billy Thompson, écouteurs autour du cou pour une poignée, et la totalité des joueurs part s'échauffer dehors pendant le troisième tiers de l'autre match. À leur retour dans le vestiaire, il reste quelques minutes à jouer, et Asnières - qui était parvenu à prendre les devants - a finalement concédé l'égalisation signée Hugo Delecour, dont le nom n'est pas étranger au centre de formation picard. Un à un, les joueurs équipés s'installent devant leur vestiaire, le long de la balustrade, pour observer la prolongation. Sept secondes suffisent à Neuilly pour marquer le cinquième but victorieux, et à un Julian Marcos souriant de déclarer à ses équipiers « Ils auraient mieux fait de déclarer forfait pour ça ! ».

Une crosse dans chaque main pour la quasi-totalité, les gris et rouges traversent la glace pour s'installer sur leurs bancs en face. Puis l'échauffement commence pendant qu'Antoine Richer et son adjoint discutent. Miroslav Pazak passe dire un mot à l'entraîneur, Billy Thompson va boire un coup à côté du banc et Kevin Bergin donne déjà quelques conseils aux plus jeunes. Fin d'échauffement et briefing pendant le surfaçage. Enfin, à 20h, les Amiénois sortent de leur vestiaire, Thompson en tête, pour entrer de plain-pied dans ce tournoi et poursuivre leur préparation.S

Gothiques d'Amiens – Jokers de Cergy (match 2) : Le favori tient son rang

La goal horn sifflera trois fois

Miroslav_Pazak
Contre une honorable équipe de Cergy tournant à deux blocs, Amiens joue avec quatre lignes offensives et trois défensives. Ainsi, Richer fait tourner son effectif et les blocs ne sont jamais les mêmes sauf pour les unités spéciales. Comment peut-on interpréter cela ? Si Kowalczyk a fait l'échauffement, l'Ancien s'est changé et a regagné les tribunes pour voir ses équipiers jouer. Quatre défenseurs en moins, Bachet est d'abord aligné avec Maxime Belov pendant que Julian Marcos et Romain Bault font équipe ensemble, et que Louis Boucherit prend de temps à autre un relais aux côtés de Bachet.

En attaque, c'est une autre histoire : Miroslav Pazak, Gregory Béron et Martin Tomasek animent le jeu offensif amiénois et provoquent une première faute adverse (4'11). La seule occasion de ces deux minutes est à mettre à l'actif de Dimitri Bogus qui tire à côté. À la fin de la pénalité, le nouveau venu Paul Deniset fait une vive remontée de palet, traverse toute la glace dans sa longueur et trompe Tommy Sandahl à mi-distance (8'26, 1-0). Quelques minutes plus tard, Julian Marcos imite son équipier mais avec moins de réussite. Le 93 est fauché par Erwan Personne qui écope de deux minutes de pénalité pour accrocher (10'08). Cette fois, les Amiénois ne laisseront pas passer leurs chances. Le tir de Mortas bute sur le portier adverse suite à une belle combinaison avant que Pazak – esseulé au second poteau – ne profite d'une bonne passe de Béron (placé à l'arrière lors des unités spéciales comme Bergin) pour aggraver le score (10'52, 2-0). Cergy réagit alors et Marcos repousse le tir de Roland Fontaine, créant un contre pour Kevin Bergin qui tente un tour de cage sans succès.

Puis Valentin Claireaux se fait prendre par la patrouille (13'35, charge incorrecte). Cergy n'a pas le temps d'installer son jeu de puissance que son gardien Tommy Sandahl prend deux minutes de pénalité pour avoir gelé un palet presque à sa ligne bleue (13'51, retard de jeu). À quatre contre quatre, Tony Delage voit son tir repoussé par Thompson. Les deux équipes rejouent au complet – du moins Amiens – puisque ce même Delage part au cachot (16'33). On assiste alors à un beau mouvement de Pazak qui décale Béron à droite. Le 3 des gris déborde la défense parisienne et voit Sandahl dévier son tir. Mais Amiens gère bien son powerplay, avec une belle présence à l'arrière de Bergin qui distribue le jeu.

Cergy enfin au complet, on voit de nouveau l'ancienne ligne Mortas – Pazak – Beron sur le glaçon. On ne change pas une équipe qui gagne : le jeu en triangle est réglé comme du papier à musique, et Mortas achève l'action en zone offensive par un but (18'49, 3-0). Cette première période s'achève par une pénalité contre Cergy qui jouera une minute douze d'infériorité au retour des vestiaires.

Un deuxième tiers de réalisme

MortasAnthonySi cette supériorité numérique ne donne rien, la faute à une défense des Jokers remaniée et solidaire, Béron exécute par la suite deux raids solitaires qui sont proches d'alourdir le score. Le jeu se veut ouvert, mais les Picards prennent toujours les blancs de vitesse, ce qui pousse ses derniers à la faute. Frédéric Hostein puis Jan Galko partent en prison (25'17). Cergy joue alors à trois contre cinq pendant une minute onze, et va craquer par deux fois. Amiens est parfaitement installé en zone offensive et gère la première pénalité. À faire tourner les adversaires, ces derniers finissent par fatiguer sans jamais pouvoir être remplacés. Bergin sert Claireaux dans l'enclave qui manque sa chance. Puis Béron voit son second lancer de l'arrière dévié dans le but par un Pazak libre de tout marquage à trois secondes de la fin de pénalité (26'25, 4-0). À cinq contre quatre, la domination est toujours aussi forte. Placé à la bleue, Anthony Mortas entend Thompson taper la crosse pour signifier la fin de la pénalité. Le 22 se met alors plein axe et décide de prendre sa chance rapidement. À l'arrivée, Sandahl laisse passer le slap, masqué par le trafic devant son but (27'17, 5-0).

Nous voilà donc à la mi-match que l'affaire semble entendue. Amiens gère désormais et laisse Cergy entrer plus facilement dans la zone. Cependant, les contres picards restent dangereux, à l'image d'Aïna Rambelo qui, lancé par Bachet, bute sur Sandahl. De nouveau en infériorité,  les joueurs de Cergy tentent de conserver le palet. Fontaine s'infiltre derrière le but de Thompson et finit par prendre une boîte. Enfin, les gris mettent leur jeu de puissance en place, et Deniset tire hors cadre. Au complet, les joueurs jouent plus physique et Marcos y va de sa charge à la bleue pour stopper une attaque. Cergy semble tout de même mieux et, Claireaux en prison (36'10), Thompson doit s'employer. Sa défense se fait même des frayeurs en voyant un dégagement intercepté à la bleue par Hostein qui perd son face-à-face avec le portier picard.

On entre dans la dernière minute de jeu et Romain Bault fait une vive entrée dans la zone de Cergy pour finalement être repoussé. La fin de match est pour l'équipe francilienne qui bénéficie d'une supériorité numérique suite à une faute de Marcos (39'23). Dany Roch prend sa chance et Thompson repousse sur Vincent Renaud. Le numéro 10 de Cergy transmet à Édouard Outin qui fusille un Billy Thompson décalé (39'39, 5-1). À la fin du tiers, Antoine Richer prend Léo Bertein à part sur le banc et lui parle. À la reprise, le jeune back-up entre en premier sur la glace, motivé par un Bergin derrière lui qui lance un « C'mon guys ! ».

Billy_ThompsonAmiens gère, Cergy tente avec ses moyens

À peine revenus, les Jokers poursuivent leurs indisciplines (40'43), mais la supériorité ne donne rien. Amiens baisse de régime et le jeu devient brouillon, se résumant à quelques raids menés rapidement puis des phases de jeu où les Gothiques reprennent le dessus. Bref, le moment idéal pour aller voir Pavel Kowalczyk resté en tribune tout le match et engager la discussion avec lui. « Je ne joue pas à cause de ma licence qui n'est pas encore validée. Contre Angers, je jouais avec ma licence de l'an dernier, mais là ça ne passe pas. Je dois donc attendre quelques jours que tout cela se règle. Mais je vais venir avec le groupe les trois jours pour participer à l'échauffement. Cette saison, je trouve que l'équipe est un peu meilleure que celle de l'an dernier. On a un beau groupe, mais on verra dans deux mois de quoi on est capable. Là, on n'a fait que des matchs amicaux. Alors on en a perdu, on en a gagné, mais il n'y avait jamais d'enjeu. La saison démarre, on doit encore améliorer certaines choses, mais je pense que l'on peut atteindre les demi-finales cette année. Je maintiens que, si Amiens ne veut plus de moi, ce sera probablement la fin de ma carrière professionnelle. Je n'ai pas envie de recommencer autre chose ailleurs, de devoir m'habituer à une autre structure, une autre ville, un temps d'adaptation. Je me sens bien à Amiens, et je ne veux pas jouer ailleurs professionnellement. »

Et quand on lui fait remarquer que, depuis l'arrivée de Martin Tomasek, on entend encore plus parler étranger dans le bus et les couloirs du Coliseum, Pavel nous donne une explication avec le sourire. « Oui, on parle en Tchèque avec Miroslav (Pazak) et Martin (Tomasek). C'est une bonne chose que Martin soit arrivé. C'est un bon joueur, et il m'aide aussi dans la vie. J'ai du mal avec la langue, et Martin m'aide pour certaines choses en ville ou avec le club. Et puis, tous les ans, il y a trois Canadiens qui arrivent. Maintenant, on est trois de l'Est, ça équilibre (sic). Je suis content d'être apprécié par le public. Le fait qu'il m'aime bien m'aide à mieux jouer. Je pense que si le public ne m'appréciait pas, je jouerais moins bien. »

Le temps de se dire tout ça en anglais, et il reste moins de dix minutes dans le match. Pour autant, Bertein a eu du boulot et Amiens s'est également crée de belles occasions, malgré des modifications de lignes. En supériorité, Yannick Offret prend sa chance et trouve Sandahl. Puis c'est Marcos qui laisse ses équipiers à quatre contre cinq (53'09) quand le coach de Cergy prend un temps mort. La pénalité ne donne rien et, sur un contre, Florent Neyens part battre Sandahl (56'06, 6-1). Le match s'achève comme il avait commencé : Par une pénalité contre Cergy (57'57). Enfin, le buzzer retentit et Amiens a fait le boulot.

Antoine_RicherLes joueurs rentrent au vestiaire et Richer donne la suite du programme. Un petit décrassage qui laisse le temps aux affaires de sécher un peu, aux joueurs de souffler et au coach picard de livrer ses impressions « À cinq contre cinq, on était serré. On pensait pouvoir jouer au complet mais l'adversaire a régulièrement fait des fautes. Ça me permet, pour moi, de mettre Paul Deniset qui n'était pas là en préparation. Par rapport à l'alignement, Julian était en défense, Pavel Kowalczyk n'était pas aligné, Teddy (Trabichet), Kevin (Hecquefeuille) et Thomas (Roussel) n'étaient pas là non plus, donc on avait une défense plus légère. Malgré tout on a pas laissé trop d'occasions dangereuses à notre adversaire qui s'en est tout de même crée. En revanche, on est tombé dans un faux rythme à quatre blocs coupé par des unités spéciales. C'est un exercice délicat. Cependant, cela aurait été un déplacement difficile pour les trois joueurs en Équipe de France qui, en plus, sont arrivés avec du retard. Donc je les ai laissés au repos et je compte sur eux pour les deux autres matchs afin de remplacer Pavel Kowalczyk et Vincent Bachet. On ne peut pas dire que celui-ci est en convalescence, mais je ne souhaite pas le surcharger sur ce genre de tournoi. Il jouera certainement dimanche. »

Puis les joueurs arrivent par petits groupes devant le bus. C'est alors l'heure du ravitaillement pour chacun. Vingt minutes à manger sur le côté du bus, dans le silence, et puis Pazak fait son apparition à la porte du bus « Tout le monde est là ? » Les jeunes joueurs restés dehors répondent. Apparemment oui, tout le monde est là. « Bon bah on y va les gars, allez ! » reprend le 55 en tapant de la main sur la carrosserie du bus. Et si « Miro » dit qu'on y va, on y va ! Les jeunes se lèvent, chacun prend ce qu'il lui faut pour le trajet et le bus part deux minutes après le signal du départ, à 23 heures passées.

À l'intérieur, c'est encore plus silencieux que lors du voyage aller. Les joueurs sont pensifs, débriefent, dorment, ou regardent un film passé sur les écrans. À croire que ces professionnels sont comme les enfants d'un voyage scolaire qui passent le temps comme ils peuvent. « Je ne sais pas si vous verrez la fin » annonce le chauffeur au reste du groupe en lançant le DVD. Et bien, si tant est que certains aient regardé, ils ont vu la fin juste à temps. Il est presque une heure du matin, et le bus dépose tout ce beau monde au Coliseum. Chacun se serre la main, on se dit à demain et on rentre chez soi.

Car demain les Gothiques, qui nous permettent de les suivre au plus près, repartiront pour affronter cette fois l'équipe de Neuilly-sur-Marne. Le rendez-vous est pris à 14h30 devant le Coliseum. Le groupe sera cette fois au complet, et nous y serons aussi.

 

Amiens - Cergy 6-1 (3-0, 2-1, 1-0)
Vendredi 3 septembre 2010 à 20h00 à Asnières, 200 spectateurs.
Pénalités : Amiens 10' (2', 4', 4'), Cergy 18' (8', 6', 4').
Évolution du score :
1-0 à 08'26 : Deniset assisté de Marcos
2-0 à 10'52 : Pazak assisté de Béron et Tomasek (sup. num.)
3-0 à 18'49 : Mortas assisté de Béron et Pazak
4-0 à 26'25 : Pazak assisté de Béron et Bergin (double sup. num.)
5-0 à 27'17 : Mortas assisté de Marcos (sup. num.)
5-1 à 39'39 : Outin assisté de Renaud et Roch (sup. num.)
6-1 à 56'06 : Neyens assisté de Belov et Bergin


Amiens

Gardien : Billy Thompson puis Leo Bertein à 40'00".

Défenseurs : Vincent Bachet – Maxime Belov ; Julian Marcos – Romain Bault ; Louis Boucherit.

Attaquants : Miroslav Pazak – Martin Tomasek – Grégory Béron ; Simon Petit – Anthony Mortas – Marius Serer ; Kevin Bergin – Valentin Claireaux – Paul Deniset ; Aina Rambelo – Florent Neyens – Yannick Offret.

Remplaçant : Pawel Kowalczyk (nouvelle licence non validée). Absents : Thomas Roussel, Teddy Trabichet, Kevin Hecquefeuille (au repos).

Cergy

Gardien : Tommy Sandhal.

Défenseurs : Erwan Personne – Vincent Renaud ; Dany Roch – Benoit Proutat.

Attaquants : Olivier Viennot – Roland Fontaine – Jan Galko ; Frederic Hosteïn – Thibaut Fromentin – Tony Delage ; Édouard Outin – Stanislav Lascek – Dimitri Bogus.

Remplaçants : Mickaël Muller (G), Antoine Dubois, Nicolas Lachat.