Trois jours avec les Gothiques (Tournoi d'Asnières, jour 2)

ROUSSEL_Thomas-100509-071Épisode II : Les deux visages

Le rendez-vous était à 14h30, et il fut bien entendu respecté par chacun. Les joueurs se retrouvaient dans le bus garé exactement là où il s'étaient quittés la veille. Souriants, les gars nous saluent, décontractés jusqu'à passer la porte du transport. Inutile de chercher du nouveau par rapport à la veille, il n'y en a que peu. Les visages sont toujours fermés, les écouteurs encore sur certaines oreilles et les pensées tournées vers Asnières.

Cent trente-trois kilomètres et une heure trente de route séparent pour le moment le groupe d'une patinoire qu'ils fouleront à 17h pour affronter ce jour Neuilly-sur-Marne. Si l'objectif est bien entendu la victoire, le bus n'abrite pas les mêmes personnes qu'à l'aller. Kowalczyk absent, le jeune Serer resté à la maison, Roussel, Trabichet et Hecquefeuille ont pris place à bord du véhicule. Les autres connaissent déjà le trajet et chacun tente de rompre la monotonie de l'autoroute comme ils peuvent.

Pour une bonne partie du groupe, c'est l'heure de la sieste. On s'arrange pour avoir deux sièges et pouvoir s'allonger. Grégory Béron se tortille dans plusieurs positions à côté de nous avant de trouver le sommeil, Louis Boucherit dort la tête penchée en arrière sur son dossier, écouteurs dans les oreilles, quand Aïna Rambelo ne ferme pas les yeux du voyage. Valentin Claireaux respire lentement, à peine audible pour réveiller des dormeurs, mais assez pour faire sentir sa présence. Devant, c'est discussion de tout et de rien entre Antoine Richer, son adjoint, le préparateur physique et le chauffeur. Le soleil tape au carreau de Yannick Offret, ce qui ne semble pas le réveiller plus que cela. Enfin, les Picards arrivent en région parisienne. L'horizon a beau être brumeux, on distingue nettement la Tour Eiffel et le Sacré Coeur au loin entre lesquels on semble foncer.

La troupe émerge doucement pendant que le bus prend des bretelles routières remuantes. Enfin, retour devant la patinoire d'Asnières. À la sortie, les gestes sont toujours les mêmes. Prise de position dans les vestiaires, puis observation dans les tribunes de l'adversaire de demain, Asnières. Il est alors 16h, et les Castors tiennent les Jokers en échec un but partout à la mi-match. Le petit organisateur de la compétition finit par prendre un but à la fin du deuxième tiers, suffisants aux Gothiques qui partent se changer pour s'échauffer, comme s'ils estimaient avoir tout vu. Quarante minutes plus tard, revoilà les favoris de la compétition équipés qui entrent sur la glace.

Au programme de cet après-midi, l'opposition contre des Bisons bien connus des Picards, et plus sérieux concurrents sur le week-end. Si les derniers affrontements en Magnus ont tourné à l'avantage des Gothiques (11-3 et 5-1), les effectifs ont changé, et l'eau a coulé sur les glaçons depuis. Rien d'insurmontable bien sur pour une équipe de Magnus se dit-on, sauf que Neuilly s'avère une équipe des plus combatives, donnant du fil à retordre aux meilleurs formations françaises.

Gothiques d'Amiens – Bisons de Neuilly-Sur-Marne (match 4) : Un diesel nommé Amiens

Neuilly carbure

KeckaMiroslavPremiers coups de patins, premiers palets transmis, et premières surprises après quelques secondes de jeu : Neuilly, avec Kevin Desfossés qui garde les buts pour la première fois de la saison et un nouvel assistant-coach qui n'est autre que le neo-retraité Jérôme Veret, domine outrageusement le début de match. Billy Thompson commence par stopper un tir de Miroslav Kecka quand Teddy Trabichet est déjà en prison (2'36). Vif, Anthony Pittarelli provoque une seconde faute, celle-là de Béron, qui laisse Amiens à trois contre cinq pour plus d'une minute. Largement suffisant à Benjamin Galmiche pour trouver Grant Goeckner sur le côté qui fait une transversale sur un Pittarelli esseulé au second poteau. Thompson peut plonger, il n'évitera pas le premier but du match (4'12 0-1). Amiens n'y est pas et gère tant bien que mal la seconde pénalité.

Sur le banc, le capitaine Kevin Hecquefeuille (qui remplace un Vincent Bachet laissé au repos par Richer en tribune) bouge ses équipiers « Bon, on commence à jouer maintenant les gars ! ». Et une petite réaction amiénoise se dessine entre deux offensives adverses. Pazak décale Béron qui donne dans l'enclave à un Martin Tomasek lancé qui loupe le caviar. Il s'ensuit une pénalité contre Neuilly et un powerplay picard brouillon. Depuis la bleue, Hecquefeuille voit son tir repoussé par un défenseur. Ce palet contré est récupéré par Juho Tuomas Appel qui file au but, repris in-extremis par un Trabichet concentré. La pénalité arrive à son terme après un tir de Béron qu'un défenseur francilien est tout près de dévier dans sa propre cage. À cinq, les Bisons pressent haut et étouffent des Amiénois endormis. Sieste mal digérée ou échauffement mal effectué, il n'empêche que les rouges et gris n'y sont pas. Le trafic se fait de plus en plus intense devant la cage du calme Thompson, et seuls les tirs de Maxime Belov et Kevin Hecquefeuille, ainsi que la belle action de Deniset animeront la zone offensive amiénoise sur ce premier tiers. Une pause bienvenue pour des Gothiques qui se sont fait bousculer. On aperçoit au buzzer Vincent Bachet rejoindre ses équipiers dans le vestiaire et leurs donner quelques conseils.

La machine amiénoise broute

trabichetteddyLe jour et la nuit par rapport au match de la veille, les deux visages amiénois. Voilà bien ce que le premier tiers a conclu, voilà bien ce que le suivant va confirmer. Une nuance cependant, sur ces vingt minutes entrecoupées de pénalités, avec des Gothiques plus conquérants, plus ressemblants à leurs performances habituelles. Pas encore de miracle, mais quand Antoine Richer déclarait hier vouloir travailler les unités spéciales, nul doute qu'il fut servi sur cette période. La valse des punis commence après seulement une minute. Plus ça va, plus c'est tôt, et moins cela semble bienvenu pour les équipes. Goeckner ouvre le bal pour Neuilly. Une belle domination amiénoise, quelques pas dans la zone offensive et, hop, on joue de nouveau à égalité, mais à quatre contre quatre : Julian Marcos prend son tour (22'59) et Neuilly part répéter ses gammes à cinq contre quatre. Thompson n'est pas en reste sur le tir d'Appel et Amiens se promène quelques secondes à quatre en conservant habilement le palet. Il faut attendre de voir une équipe au complet pour que Paul Deniset nous montre encore une fois sa vivacité et ses bonnes passes où que Romain Bault s'illustre par une interception qui donne des sueurs sous le plastron de Desfossés.

La valse se poursuit avec Jérôme Wagner qui part au cachot (26'32). En chef d'orchestre de sa ligne, Thomas Roussel finit par décocher un tir sur lequel Desfossés se montre à son avantage. Les Picards peuvent être bien supérieurs en powerplay, ils ont toujours certaines difficultés à se trouver. Trabichet clôture l'offensive amiénoise par un lancer, et Wagner fait son retour sur la glace. Les gris enchaînent les bonnes combinaisons et Pazak se crée un belle occasion stoppée par... une cage désoclée. De l'autre côté du glaçon, Billy Thompson fauche (volontairement ou non, impossible à dire) un adversaire qui passait non loin de là et écope de deux minutes pour crosse haute (31'57). Nous sommes alors à la mi-match et Neuilly ne propose rien de concret en supériorité. Puis Béron, resté à la bleue pendant que Spinozzi faisait tourner ses lignes, part en break et tombe sur le talent - et la chance des grands - du portier adverse.

Desfossés finit par prendre une pénalité pour retard de jeu en désoclant une énième fois sa cage. Deux autres minutes sans grosses occasions, puis Trabichet et le capitaine Wagner se lient soudainement d'amitié. L'un fait voler l'autre dans un slow musclé, et le défenseur international finit au cachot (34'32). Même à quatre contre quatre il ne se passe rien. Des raids de temps à autres sans trop de construction et les pénalités se terminent dans chaque camp. À peine le temps de se féliciter d'avoir son effectif au complet sur le banc que Marcos prend deux autres minutes, et que Spinozzi en profite pour prendre un temps mort. Juste quelques secondes pour voir Pittarelli prendre un tir repoussé par Thompson que le tiers s'achève.

Un tiers sans grand intérêt – si ce n'est pour les officiels qui ont de la paperasse à remplir – et qui va contraster avec la troisième période.

Des Bisons bien grillés

Les pénalités ont certes été nombreuses, mais il semble que les unités spéciales aient encore plus affaibli l'équipe de Neuilly, déjà complexée sur une grande surface. On commence pourtant avec une double pénalité pour Amiens pendant une minute quarante (40'49). Souvenirs de ce début de match où Amiens avait craqué. Cette fois, ça passe pour les Picards qui jouent intelligemment à la bleue pour bloquer l'adversaire. Enfin à cinq, Mortas sollicite Desfossés. Les actions sont belles, les combinaisons efficaces. Amiens est fidèle à lui-même, seuls quelques petits détails empêchent l'équipe de cartonner : des hors-jeu, des passes hasardeuses, et quelques joueurs pour qui ce n'est décidément pas le bon jour comme Kevin Bergin qui n'a rien à voir avec le solide défenseur, efficace, de la veille.

Mais chez les Gothiques, il suffit souvent d'un déclic, d'une étincelle pour déclencher l'artillerie. Chose faite lorsque Paul Deniset s'infiltre dans la zone offensive par la gauche, et fonce dans l'axe. Alors à mi-distance, le numéro 17 freine légèrement vers la gauche. De quoi décrocher son adversaire direct et surprendre Desfossés. L'enchaînement parfait avec un tir croisé fait mouche (46'01, 1-1). Les Gothiques sont réveillés, et Pazak part en break à la bleue. La suite est souvent classique, et Desfossés ne pourra rien y faire (46'50, 2-1).

Débordés, les joueurs de Neuilly laissent leur portier se faire arroser. C'est d'abord Offret qui gratte une palet en zone offensive et lance, puis Tomasek qui reprend le puck à bout portant, avant que Roussel ne trouve la mitaine du Canadien. En contre, Michal Borovansky esquive un défenseur, entre en zone offensive et sert Appel dont le tir est détourné par le bouclier de Billy Thompson. Béron relance ses équipiers en un contre un, mais se heurte à la belle résistance de Romain Lefevre. Son équipier Arnaud Bougaran intercepte ensuite le caoutchouc en zone offensive et alerte le portier gothique qui opposera successivement sa botte droite au tir de Lukas Pek (mis à l'essai par Neuilly ce week-end). On entre dans les deux dernières minutes du match, et Amiens a l'air gourmand. Les lignes poussent à l'avant pour faire le break, mais se font prendre en contre. Wagner lance Goeckner qui égalise pour la plus grande joie de la cinquantaine de supporters venus encourager les Bisons (58'43, 2-2).

Jusqu'au bout du bout

La prolongation parait inévitable. Elle sera longue, très longue. Commençant par un trois contre quatre pour Amiens (Marcos en prison à 59'37), Jesse Lebreton tente trois fois sa chance, sans jamais faire la différence. À quatre, Pazak part en break, allonge Desfossés, et tombe sur sa botte quand le plus dur était fait. Les Gothiques bénéficient même d'une double supériorité numérique, sans plus de chance. Le puck tourne, arrive rarement jusque dans la zone décisive et finit par être perdu. En dernier recours, Hecquefeuille envoie un gros slap sur lequel Desfossés ne se dégonfle pas.

Il faut les tirs de pénalité pour départager les deux équipes. Il est presque 21h et les Picards pourraient déjà être sur le chemin du retour.

Goeckner s'élance en premier, lentement, et Thompson se montre impitoyable. Deniset lance pour Amiens et marque. C'est ensuite Appel qui patine vers l'égalisation mais ne peut tromper la vigilance du portier amiénois. Béron s'élance alors et, à mi-distance, fusille littéralement un Desfossés resté debout. Amiens l'emporte trois buts à deux.

Retour

Vincent_BachetLes joueurs partent au vestiaire se changer. Avec le retard, et le sentiment d'avoir perdu du temps, le décrassage n'a pas lieu. L'eau coule des douches et chacun sort au fur et à mesure. Les affaires restent dans le vestiaire, ce qui allège considérablement le bus, sauf Kevin Hecquefeuille qui repart avec un sac.

Pendant que ses équipiers se changent, Vincent Bachet sort dehors pour les attendre et nous livre ses impressions. « C'était prévu que je ne joue pas depuis le début de la semaine. Antoine Richer souhaitait me mettre au repos aujourd'hui. Ce match a été laborieux, avec un très mauvais départ. On a concédé un 5 contre 3 qui nous coûte un but contre cette équipe de Neuilly qui se défend bien, qui a des qualités. Il y a eu pas mal de frustration qui s'est répercuté par de nombreuses pénalités. On n'a, de fait, pas pu développer notre jeu. Au début de la troisième période, il y a eu un changement de mentalité qui nous a permis de revenir dans la partie et de mener 2-1. On prend un but à deux minutes de la fin avec un manque de discipline alors qu'on aurait dû verrouiller. Heureusement, on l'emporte aux tirs de pénalité, mais c'est dur car, dans la tête, on ne se prépare pas à ce genre de match et pour les joueurs c'est difficile à aborder. J'espère que ça nous servira de leçon et qu'on arrivera demain avec un meilleur état d'esprit. Les dix minutes en plus de ce soir se digèrent bien, ce qui est plus embêtant est de repartir à 22h d'Asnières et d'arriver à minuit chez nous.

Je serai de retour demain dans le groupe avec un effectif assez étoffé. Si on arrive à marquer d'entrée demain, on pourra faire tourner. J'espère que ça se fera et qu'on pourra aligner les quatre blocs. Il a manqué de la concentration dans les petits gestes et de la discipline contre Neuilly avec des pénalités inutiles en zone offensive. Aux pauses, j'ai discuté avec Richer dans les vestiaires et j'allais encourager tout le monde en tant que capitaine. C'est mon rôle de les soutenir et de les conseiller avec ce que je peux voir des tribunes. Voir ce qui ne va pas et faire repartir la machine dans le bon sens. »

Quinze minute après l'échange, les joueurs commencent à arriver. Tomasek et Pazak discutent devant l'entrée de la patinoire et interpellent un joueur : « Tas est là ? » Réponse négative, autrement dit, il faut encore attendre. Seulement voilà, le gardien baisse le rideau en fer devant l'entrée de la patinoire. Regards étonnés et haussements d'épaules échangés avec Pazak quand Richer et Mortas sont encore à l'intérieur. Finalement, les deux Gothiques sont sortis et tout le monde reprend place dans le bus. Au menu du soir, plateau télé devant un autre DVD. Cette fois, personne ne dort. Le groupe est divisé entre ceux qui écoutent de la musique, du moins tentent vu le fort volume de la télévision, et ceux qui sont plongés dans le film. Pour résumer, on se vide la tête et on profite du trajet.

Arrivée sur Amiens à 23h20, et de nouveau le groupe se sépare. Le match contre Neuilly n'a pas été des meilleurs, et tous ont la volonté de l'oublier pour mieux faire demain contre Asnières. Attention, le club joue à domicile et ne se laissera pas faire ! En attendant, le rendez-vous est pris devant le Coliseum pour un départ à 11h30, et nous y serons avec de quoi immortaliser ce troisième et dernier jour avec les Gothiques.

 

Amiens - Neuilly-Sur-Marne 2-2 (0-1, 0-0, 2-1, 0-0) / 2-0 aux tirs au but
Samedi 4 septembre 2010 à 17h00 à Asnières. 300 spectateurs.
Pénalités : Amiens 20' (4', 8', 6', 2'), Neuilly 14' (2', 8', 0', 4')
Évolution du score :
1-0 à 04'12 : Pitarelli assisté de Goeckner et Galmiche (double sup. num.)
1-1 à 46'01 : Deniset
2-1 à 46'50 : Pazak
2-2 à 58'43 : Goeckner assisté de Wagner

Tirs au but :
Neuilly : Goeckner (arrêté), Appel (arrêté).
Amiens : Deniset (réussi), Béron (réussi).


Amiens

Gardien : Billy Thompson.

Défenseurs : Thomas Roussel – Maxime Belov ; Teddy Trabichet – Louis Boucherit ; Kevin Hecquefeuille – Romain Bault.

Attaquants : Miroslav Pazak – Martin Tomasek – Grégory Béron ; Valentin Claireaux – Aïna Rambelo – Florent Neyens ; Yannick Offret – Anthony Mortas – Simon Petit ; Kevin Bergin – Paul Deniset – Julian Marcos.

Remplaçants : Léo Bertein (G), Pavel Kowalczyk (nouvelle licence non validée), Vincent Bachet (au repos), Marius Serer (absent).

Neuilly-sur-Marne

Gardien : Kevin Desfossés.

Défenseurs : Jérôme Wagner – Stanislas Aubert ; Sébastien Dermigny – Hugo Delecour ; Jesse Lebreton.

Attaquants : Michal Borovansky – Jimmy Persico – Grant Goeckner ; Juho Tuomas Appel – Anthony Pittarelli – Benjamin Galmiche ; Lukas Pek – Miroslav Kecka – Arnaud Bougaran.

Remplaçants : Eddy Persico (G), Martin Malat (au repos), Alexis Birolini (au repos), Clément Rey (blessé au front contre la balustrade hier).