Trois jours avec les Gothiques (Tournoi d'Asnières, jour 3)

Episode III : Le retour du vainqueur

Bus_GothiquesDimanche 5 septembre, dernier jour du Tournoi d'Asnières. Au lendemain d'un match complexe face à Neuilly, après un retour sur Amiens vers 23h et avec dix minutes de prolongation dans les jambes, l'équipe se retrouve presque au complet pour un départ du Coliseum à 11h30.

Comme la veille, Kowalczyk (dont la licence navigue entre Amiens et la République Tchèque, en attendant d'être signée par son club et sa fédération d'appartenance pour lui être retournée) et Serer manquent à l'appel. Les places dans le bus n'ont pas changé du tournoi, et l'on soupçonne même qu'elles ne changent que très rarement. Mais Hockey Archives change très légèrement une chose, la seule du week end : Aujourd'hui, c'est photographie. Cela n'a pas échappé aux joueurs qui nous saluent devant le bus et tentent de rester naturel face à l'appareil d'Élie.

11h28, et Martin Tomasek vient juste de rentrer dans le bus quand on attend encore Valentin Claireaux et Léo Bertein. Les deux arrivent quelques secondes plus tard, et le bus s'en va. Grégory Béron lâche un « allez, dernier trajet aller » avant de demander « la clé » au chauffeur David une trentaine de minutes plus tard. La clé ? Effectivement, Béron et Offret, assis l'un derrière l'autre avec deux sièges pour chacun d'entre eux, combinaient depuis quelques minutes et se sont finalement entendus pour mettre leurs deux banquettes en couchette. Une poignée de secondes plus tard, les deux étaient allongés l'un à côté de l'autre et laissaient Élie immortaliser l'instant. Il faut dire qu'en trois jours, les Gothiques ont eu le temps de nous observer. On a beau être les plus discrets du monde, les gars ont quand même vu qu'on étaient pas dans le groupe à l'origine. Pourtant, pas une seule question pour savoir ce qu'on faisait là. Juste Valentin Claireaux qui nous saluait le premier en descendant du bus à Asnières, Vincent Bachet qui, au retour de ce premier jour, demandait qui était ce jeune homme, et à Antoine Richer de répliquer « C'est Hockey Archives ». À part cela, rien. Salués dès le deuxième jour, on était comme intégrés – du moins acceptés – dans le groupe. Il faut croire que les Gothiques ne sont pas repliés sur eux-mêmes comme on aurait pu l'imaginer.

Echauffement_GothiquesPendant ce cheminement de pensées, on entre déjà dans la région Ile-De-France, et les deux compères à côté de nous sont les seuls à dormir. Miroslav Pazak vient à l'avant et prend son repas dans le petit réfrigérateur. Deux minutes passent et des odeurs de charcuterie nous envahissent. Il n'y a pas que Miroslav qui mange, mais le bus entier des Gothiques. Pas un bruit, pas un son, juste la clim' qui fonctionne à plein tube et le bitume qui râle. Cela ne change pas depuis trois jours me direz vous.

Alors quoi, on a la chance d'être deux personnes extérieures à l'équipe dans le bus des Gothiques pour 798 kilomètres, et on ne trouverait pas de quoi parler pour le dernier jour ? Impossible. Il y a alors quelque chose qui nous vient en tête. Si l'on a suivi les Gothiques au plus près, on les a toujours laissés s'échauffer de leurs côtés, sans les embêter. Mais, ça ressemble à quoi un échauffement de A à Z ? Réponse à 14h, quand les Amiénois changés partent en trottinant dans un coin. On les suit doucement, et on arrive derrière eux sur un terrain de football synthétique. Le groupe forme un cercle et la balle est renvoyée par chacun. Celui qui ne parvient pas à la renvoyer est éliminé. Principe simple, petits mouvements, et rigolade assurée. Pazak mène les débats, Marcos fait sourire son monde. Sur une première partie, Martin Tomasek se retrouve bien vite seul face aux plus jeunes qui tentent alors de le mettre à la faute. Le solide gabarit tchèque résiste bien pendant que Louis Boucherit arrive en retard. Une seconde partie est mise en route lorsque Thomas Roussel, Teddy Trabichet et Simon Petit entrent ensemble sur le terrain. Mais il y en a un qui n'était pas encore passé sous l'objectif. Billy Thompson, sans conteste le plus calme et le plus introverti du groupe, fait son apparition. Le gardien ne rejoint pas le cercle et s'assoit de son côté pour commencer ses étirements. Seul, concentré, dans sa bulle, il est cependant rejoint au fur et à mesure par les joueurs éliminés qui l'entourent. Kevin Bergin fait alors sourire le portier et l'impression est donnée d'un groupe solidaire, sympathique.

Éliminé assez tôt d'une dernière partie, Vincent Bachet fait quelques tours de terrain en gardant un œil sur ses équipiers, puis appel tout le reste du groupe à le rejoindre. L'échauffement physique démarre alors véritablement que le groupe d'Asnières prend place sur l'autre moitié de terrain. Son entraîneur Dimitri Fokine, ancien coach élite de Grenoble qui nous avouait bien connaître l'équipe picarde, nous salue d'un « bonjour Hockey Archives » avec l'accent russe et s'entend avec les Amiénois pour partager le terrain.

Mais sur le banc de touche, le sympathique coach de l'équipe de D2 s'avère très exigeant et autoritaire face à ses joueurs. Un deuxième visage en partie provoqué par les problèmes de son équipe face à Amiens.

Castors d'Asnières – Gothiques d'Amiens (match 6) : Rien de neuf, neuf à rien

Juste histoire d'ouvrir le score

EchauffementAnthony Mortas récupère raidement un palet en zone offensive et prend le pas sur la défense des Castors (3'17, 0-1). Voilà de quoi rassurer le banc des gris, quand Asnières est acculé de longues minutes dans sa zone. Tomasek, Bergin, Roussel, Pazak, Bachet, chacun y va de son occasion.

Bachet justement motive ses joueurs : « Allez les gars, faut marquer là ! ». Mais Roussel se met à la faute (7'23) quand Cuzin prend la défense de vitesse. On voit alors Norbert Abramov longer la cage amiénoise et Thompson veiller au grain. Si Roussel, sorti de prison, se reprend en empêchant un adversaire de lancer, la pénalité a visiblement freiné les ardeurs picardes, ou remis dans le bain les Franciliens pour quelques secondes. Le temps pour Thompson de stopper un 2 contre 1, puis Simon Petit relance les siens dans le droit chemin, et le palet sur Brandon Highton. Le Canadien offre, quelques échanges plus tard, sa mitaine sur un tir pleine lucarne de Teddy Trabichet. Cependant les passes deviennent hasardeuses, et Cuzin perd son duel face au gardien picard. Asnières laisse venir, Amiens se laisse contrer, dangereusement. Un relâchement, quelques occasions, puis Richer donne de la voix et le tiers arrive à son terme.

Asnières coule

Entre_GothiquesAu deuxième tiers, les occasions repartent sur le même but, sauf que les équipes ont changé de côté entre-temps. De fait, Sébastien Guillon tente de glisser le puck entre les bottes de Thompson. Enfin, le break se fait. Sur le côté gauche, Roussel lance Claireaux qui déborde et remet dans l'axe sur Bergin dont le tir instantané finit en pleine lucarne (25'33, 0-2). Deux minutes passent durant lesquelles Asnières souffre, et son gardien finit par commettre une obstruction. Il faut alors quarante secondes à Paul Deniset pour marquer sur un beau mouvement (28'01, 0-3). Quarante autres secondes et Bachet lance en hauteur. Habile, Tomasek posté devant le but remet le palet à terre avec le bâton et Pazak arrive en renfort (28'41, 0-4).

La machine amiénoise est en route et Highton cède sa place à Arthur Rabany. On pense le gardien saturé, mais la vérité est ailleurs, ou plutôt derrière le banc des locaux. Pendant que Highton s'y fait ausculter le genou droit par le médecin, Rabany s'incline pour la première fois. En contre, Deniset temporise et attend Bergin qui arrive comme une balle pour signer un doublé (30'21, 0-5). Hasard des choses, c'est également sur un but que Thompson cède sa place à un Léo Bertein qui se préparait depuis quelques secondes.

Asnières prend l'eau. Que dire d'autre lorsque de la bleue, Marcos fait une passe parfaite entre deux défenseur pour Romain Bault qui remet au second poteau à un Claireaux esseulé (31'52, 0-6). Les Castors réagissent par l'intermédiaire de Guillon, puis se voient stoppés dans leur élan par une pénalité (34'40). Amiens exécute un beau jeu de puissance mais manquent de chance. Puis, au complet, les Franciliens tardent à changer leurs lignes, laissant Béron et Pazak partir à deux contre le gardien depuis la bleue. Pazak passe à Béron qui remet directement et surprend le 55 qui en rate le cadre. Le buzzer retentit et les joueurs  rentrent au vestiaire. Tous ? Non ! Un trio d'irréductibles Gothiques formé de Pazak, Mortas et Trabichet, restent deux minutes de plus sur leur banc, discutant de la pluie et du beau temps. Enfin, les trois partent au vestiaire, et l'on se doute de la suite.

Ça tourne

Ana_RambeloPour être plus clair, les jeunes n'avaient pas fait le déplacement pour rien. Hecquefeuille, Mortas et Pazak en tribune pour le dernier tiers, Aïna Rambelo, Louis Boucherit et Florent Neyens vont enfin sur le glaçon. Le groupe y revient justement en avance, et Claireaux fait un play-back à Offret d'un morceau de Queen qui passe sur la sono. Mais les Castors ont encore du mordant : Julian Breux achève un deux contre un par un tir sur Bertein. Pour toute réponse, Neyens reprend un palet perdu dans l'axe et tire une première fois sur Rabany. Dans la suite des choses, Rambelo et Béron travaillent contre la bande pour servir un Tomasek posté dans l'enclave (44'20, 0-7).

Breux ne renonce pas et tire de nouveau, cette fois pour la mitaine du jeune gardien amiénois. À part ces quelques signes de résistance, Amiens joue bien, maîtrise le jeu, fait des passes fluides, des actions collectives, jusqu'à une faute peu évidente de Neyens (48'06). En supériorité, Jesper Larsson  slape puissamment de la bleue sur le bouclier de Bertein. Et puis Neyens revient tout juste qu'Offret provoque une faute d'un joueur d'Asnières qui, énervé, prend un joli 2'+10'. Une minute plus tard, Bault reprend victorieusement un palet mal dégagé (52'27, 0-7). Les Castors se retrouvent encore en infériorité (54'49) et Amiens ne rate pas le coche. C'est cette fois Tomasek qui reçoit le palet à la bleue quand Bertein signale la fin de la pénalité. Le Tchèque ne ménage pas son tir qui finit dans le but adverse (56'55, 0-9). Cuzin tente de sauver l'honneur pour Asnières mais rien n'y fait.

Epilogue

Amiens remporte donc le tournoi, et aura fait tourner son effectif comme convenu. Les récompenses sont remises, et la somme donnée au vainqueur rembourse ses frais de déplacement. Pour autant, c'est plus une cohésion d'équipe que les Amiénois ont gagné sur cette patinoire. Béron récupère le trophée et les gars partent se doucher. Après, c'est encore la même chanson. Sortis un par un, sacs sur les épaules, il est temps de manger et de se changer les idées avant de repartir. Une sorte de veni vidi vici sans grande saveur, ou alors pris avec du recul. Et, comme d'habitude, c'est Miroslav qui sonne le départ. Dommage, on sent que certains seraient bien restés manger sous la douceur du soleil.

BusDernier trajet retour, comme dirait Béron, et derniers kilomètres sous le soleil avec de rares cumulus, à l'image du climat d'un groupe qui a pris forme. Toujours plus silencieux de trajet en trajet, les joueurs regardent un autre film. On rit, on se détend, et puis les chemins se séparent à 19h45 en arrivant sur Amiens. Un moment habituel pour les joueurs dans le silence. Les dernières photos sont prises, et puis Marcos nous dit au revoir sympathiquement. Un à un, les gars prennent leurs sacs et s'en vont. En conclusion, Antoine Richer vient nous voir et nous demande si tout s'est bien passé. Bien sur, réponses positives et sourires aux lèvres, on le remercie de nous avoir permis de vivre cela.

Il y a trois jours, on pensait une équipe de haut niveau inaccessible dans ce genre de situation. Depuis, le bitume a défilé sous les roues, et l'on a maintenant l'image véritable de ces professionnels. Calmes, concentrés, il exercent leur métier avec sérieux et bonne humeur. En fin de compte, on relativise en se disant que les idoles de certains sont des hommes comme tout le monde. Et ces hommes sont accessibles, sympathiques.

Nous avions imaginé bien des façons dont le week end se déroulerait –  si tant est que Thomas Henno et Antoine Richer nous aient accordé très gentiment de faire partie de cette aventure – en faisant des scénarios positifs et négatifs. Quoi qu'il arrive, on était loin du compte. Les bilans sportifs sont faits – et c'est le plus important pour ces joueurs – mais le bilan humain est à venir, et il nous semble merveilleux à faire partager. Les déclarations, les anecdotes, les coulisses de l'équipe. Une dizaine d'heures dans le bus pour autant passées à relater ce tournoi. Au final, 3 résumés, 7963 mots et 58 photos à la disposition de chacun, pour voir et se souvenir d'une belle expérience.

Adrien Lhermitte / Photos : Élie Lefebvre

Galerie photo du week end : Cliquer ici



Asnières – Amiens 0-9 (0-1, 0-5, 0-3)
Dimanche 5 septembre 2010 à 15h00 à Asnières. 300 spectateurs.
Pénalités : Asnières 18' (0', 4', 4'+10'), Amiens 4' (2', 0', 2')
Évolution du score :
0-1 à 3'17 : Mortas
0-2 à 25'33 : Bergin assisté de Claireaux
0-3 à 28'01 : Deniset assisté de Claireaux et Hecquefeuille (sup. num.)
0-4 à 28'41 : Pazak assisté de Tomasek et Bachet
0-5 à 30'21 : Bergin assisté de Deniset (sup. num.)
0-6 à 31'52 : Claireaux assisté de Bault et Marcos
0-7 à 44'20 : Tomasek assisté de Béron et Rambelo
0-8 à 52'27 : Bault assisté de Bachet et Béron (sup. num.)
0-9 à 56'55 : Tomasek assisté de Petit (sup. num.)



Asnières

Gardien : Brandon Highton (blessé au genou droit, remplacé à 28'41 par Arthur Rabany)

Défenseurs : Jesper Larsson – Marius Poisot ; Arthur Cuzin – William Guillon ; Andreas Stenhols – Robin Stalin.

Attaquants : Julian Breux – Léo Cuzin – Sébastien Guillon ; Thomas Lhomme – Antoine Amsellem – Gaétant Portier ; Norbert Abramov – Guillaume Pfeiffer – Jean-Christian Fornero.

Amiens

Gardien : Billy Thompson puis Leo Bertein à 30'21".

Défenseurs : Vincent Bachet – Thomas Roussel ; Teddy Trabichet – Kevin Hecquefeuille (puis Romain Bault 40') : Julian Marcos (puis Louis Boucherit 40') – Maxime Belov.

Attaquants : Martin Tomasek – Miroslav Pazak (puis Aïna Rambelo 40') – Grégory Béron ; Yannick Offret – Anthony Mortas (puis Florent Neyens 40') – Simon Petit ; Kevin Bergin – Paul Deniset – Valentin Claireaux.

Absents : Pawel Kowalczyk (nouvelle licence non validée), Marius Serer.