Prague : 40 000 Américains... et combien de Français ?

HUBACEK_Petr-100509-011L'Extraliga tchèque reprend ce vendredi avec un statut forcément renforcée puisque c'est la ligue des champions du monde.

Bien sûr, quelques-uns sont partis entre-temps après avoir été remarqués au Mondial : sur les 10 joueurs titrés qui évoluaient au pays, 4 sont partis en KHL (Cervenka, Nemec, Vampola et le troisième gardien Stepanek). 2 autres avaient pris la même direction, mais ils s'étaient engagés dans le projet avorté du Budivelnik Kiev et ont donc fait demi-tour (Gregorek vers Karlovy Vary et Kvapil vers Brno). Ouf ! Cela fait ainsi une majorité de restants avec Koukal, Hubacek, Ruzicka et Barinka, même si ces deux derniers ont joué un rôle limité.

Même privée d'une partie de ses stars, l'Extraliga devrait rester un des championnats les plus serrés d'Europe. Hockey Archives vous propose quatre éclairages pour brasser les grands thèmes du début de saison : la situation du champion sortant Pardubice, le nouveau visage du Sparta Prague qui a recruté le Français Yorick Treille, l'immiction des prochaines élections municipales dans le hockey et le discours de Lener sur l'avenir du hockey tchèque.

Pardubice, l'ère après Hasek

Le champion sortant Pardubice a bâti son titre sur deux joueurs-clés, le gardien Dominik Hasek et le buteur Petr Sykora. Tous deux sont cependant partis à l'intersaison. L'attaquant a en effet une clause de sortie dans son contrat qui l'autorise à une parenthèse de deux années à l'étranger : il est retourné en Suisse, à Davos, où il était déjà allé voici deux saisons. Quant au portier de légende, il n'a pas résisté à l'appel de la KHL et a signé au Spartak Moscou.

Satanée ligue russe qui a aussi attiré dans ses filets l'entraîneur Vaclav Sykora, engagé par l'ambitieux SKA Saint-Pétersbourg. Mais ce que la KHL acquiert, elle le perd parfois aussi vite... C'est en effet grâce à la défection de Kiev que Pardubice a enfin pu résoudre son problème de coach en juillet. Josef Jandac, l'entraîneur adjoint de l'équipe tchèque championne du monde, s'est en effet retrouvé libre, et il était vraiment le candidat idéal.

Restait bien sûr la question du gardien. Si le recrutement de Hasek avait été un pari, celui de son successeur Adam Svoboda ne l'est pas moins. Bien sûr, le nouveau venu a dix ans de moins que le héros de Nagano, mais cela ne le rend pas jeune pour autant. En plus d'avoir sa carrière derrière lui, Svoboda sort d'une saison quasi-blanche à Nuremberg après avoir été opéré d'un caillot de sang dans le crâne.

Il faudra donc une défense solide pour sécuriser ce gardien, et les anciens arrières de NHL Frantisek Kaberle et Branislav Mezei ont été recrutés dans ce but.

Le Sparta copie la mode

Le principal rival déclaré de Pardubice est le Sparta Prague. Les grenats ont copié la mode initée par Plzen en engageant des joueurs nord-Américains. La recrue canadienne Doug O'Brien a d'ailleurs été directement prise à Plzen, sans s'embarasser. Histoire de ne pas se servir que chez les concurrents, Brian Salcido, un Américain d'AHL, arrive aussi. Outre le fait qu'il n'y pas d'indemnité de transfert à payer pour ces renforts étrangers, contrairement aux joueurs tchèques, le manager Petr Briza a justifié ce choix en expliquant que les 40000 Américains vivant à Prague sont un segment de marché important à viser.

Combien y a-t-il donc de Français dans la capitale tchèque pour que Yorick Treille ait été recruté ? En fait, l'international, qui finit de se rétablir après la fracture du tibia gauche et des ligaments de la cheville subie lors de France-Kazakhstan, illustre la volonté du Sparta de pratiquer un jeu physique.

Cela n'exclut évidemment pas les talents. Les Pragois ont aussi des buteurs avec Marek Bartanus (Liptovsky Mikulas) et Tomas Kurka (Slavia). Les duettistes Jan Hlavac et Jaroslav Hlinka feront une simple pige fiscale jusqu'en octobre avant de rentrer dans leur domicile suédois de Linköping pour moins de six mois, comme chaque saison.

Le hockey, argument pour les élections municipales

Si Petr Briza est encore plus volubile que d'habitude dans la presse, c'est que le manager du Sparta recherche plus que jamais à s'afficher publiquement. Il est en effet candidat pour faire partie du conseil municipal de Prague, et son nom est même mentionné comme un possible futur maire de la capitale ! L'ODS, le parti au pouvoir, risque en effet de perdre la mairie car il n'a pas de candidat qui sorte du lot, d'où sa recherche désespérée d'une "personnalité".

Le hockey s'est aussi invité dans la campagne électorale dans la deuxième ville du pays, Brno. Le maire Roman Onderka a en effet annoncé qu'il rejoignait l'équipe dirigeante du Kometa Brno. Selon le discours officiel, c'est parce qu'il veut mieux contrôler l'usage des deniers publics, puisque la mairie subventionne le club. Selon ses opposants politiques, bien sûr, Onderka veut simplement se faire mousser alors qu'il n'avait jamais accordé beaucoup d'attention au hockey.

Le Kometa se réjouit en tout cas de cet intérêt qui lui a valu une subvention municipale de 10 millions de couronnes (400 000 euros) début juin. Le club de la capitale morave est le seul à avoir augmenté son budget deux ans de suite et se présente comme un des principaux outsiders, avec Liberec, Plzen ou Trinec.

Lener frappe les esprits

Ce qui a vraiment secoué le hockey tchèque, c'est le discours de Slavomir Lener. Il a expliqué le déclin de la formation tchèque lors du Sommet du Hockey Mondial organisé en août à Toronto avec tous les acteurs importants de ce sport, de la fédération internationale à la NHL. Le sujet de sa diatribe - les jeunes joueurs qui gâchent leur carrière en partant trop tôt outre-Atlantique - a déjà été largement documenté par plusieurs études statistiques, qui prouvent que plus un joueur part tard, meilleures sont ses chances. Mais les chiffres n'ont pas la même portée que des phrases qui frappent.

L'ancien sélectionneur tchèque, récemment nommé directeur des équipes nationales pour la fédération, a parlé avec tant de force que ses propos ont largement été repris dans la presse de nombreux pays : "Chaque année, des douzaines de juniors talentueux partent pour les ligues juniors au Canada, où ils enterrent leurs talents dans des petites patinoires traumatiques. Les Canadiens ont été capables de construire un système pratique pour eux-mêmes : ils collectent les talents du monde entier et les exposent au rôle de punching-bag pour leurs propres joueurs. En conséquence, les Canadiens se renforcent et s'élèvent au niveau de la NHL. Et à la place des Européens tués par les blessures et cassés dans un environnement stressant et peu familier, une nouvelle vague de victimes est importée du Vieux Continent. Les têtes des jeunes sont encombrées de mythes au sujet du rêve américain et de la NHL. Les agents leur racontent des histoires pour faire de l'argent avec cette masse de consommables du hockey. Sans révolution dans les esprits, il sera impossible d'arrêter ce processus terrible."