Épinal - Strasbourg (Coupe de la Ligue, poule B, 2e journée)

Cul par dessus tête

Epinal-Strasbourg_depuis_la_tribuneSi la Coupe de la Ligue ne déchaîne pas toujours les passions, c'est parce que certains de ses protagonistes n'ont pas les moyens de courir plusieurs lièvres à la fois. Ce qui ne semble pas être le cas des deux "inséparables" de l'Est, réunis ce soir pour leur premier derby commun de la saison.

"C'est sûr que la priorité reste le championnat" martelait encore Daniel Bourdages avant d'affronter Amiens mardi dernier. "Mais si on veut passer cette phase de poule, il faudra au moins gagner chaque match à domicile". En battant les Gothiques à l'Iceberg (4-3), Strasbourg avait parfaitement négocié son entrée. Comme les Dauphins d'ailleurs, vainqueurs à Dijon (4-3) la semaine passée.

Épinal reste néanmoins sur une défaite contrariante face à Villard (0-1). Un faux départ en championnat qui contraste avec la victoire ramenée par l'Étoile noire de Grenoble (3-1). Vladimir Hiadlovsky, grand artisan de ce succès historique, est ménagé ce soir par Daniel Bourdages. Alternance oblige avec Gilles Beck, habituellement dévolu aux coupes nationales.

Les hommes de Santino Pellegrino avaient donc des choses à se faire pardonner auprès d'un public frustré samedi soir. Frustré de buts notamment, avec un powerplay inefficace et une attaque incapable d'exploiter ses temps forts.

Et ceux qui plaidaient la thèse de l'accident doivent maintenant se rendre à l'évidence. L'ICE, qui traîne son mal-être offensif depuis la pré-saison, n'optimisera pas son potentiel tant qu'elle ne trouvera pas de solutions à son mutisme. Tant qu'elle ne haussera pas son niveau de jeu et que certains évolueront en-dessous de leur valeur. On le sait, Timo Kuuluvainen donne pleine mesure à son talent à l'aile gauche. Pas au centre, où son impact est moindre. Ce n'est pas nouveau mais l'ICE manque de centres de métier. Ce soir encore, elle a été dominée aux mises au jeu...

De quoi asseoir un peu plus la maîtrise des Strasbourgeois sur un match définitivement plié en début de deuxième tiers temps...

Un K-O et deux buts "cadeaux"

Comme samedi, tout a pourtant bien commencé. Ou mal si l'on se place du point de vue de Ziga Svete, assommé d'entrée par une solide mise en échec de Maxime Boisclair (00'16"). Le Slovène mettra quelques minutes à reprendre ses esprits, voyant Cesnek le remplacer temporairement aux-côtés de Petriläinen.

Les Spinaliens dominent territorialement ces premiers instants. Pendant un gros quart d'heure, ils font illusion en soutenant la comparaison avec un adversaire toujours prompt à contre-attaquer. Une Étoile noire profitant de sa vitesse d'exécution, symbolisée par une ouverture de Cesnek vers Bradley, relayé côté gauche par Cibula vers un Cayer plongeant à droite (5e). Là-dessus, le Canadien trouve le montant gauche de Lacasse. Mais son heure viendra...

Avec Lionel Tarantino, l'ancien Rouennais, David Cayer est le seul Strasbourgeois a s'être déjà produit ici, sur cette patinoire provisoire. L'an passé, les Alsaciens s'étaient en effet déplacés dans les Vosges en tout début de saison, lorsque Poissompré était encore opérationnel. Cayer, lui, avait suivi Riendeau à Amiens et a fait son retour, cet été, dans le club de ses débuts européens.

Strasbourg a donc retrouvé son leader offensif charismatique, qui forme un premier trio performant avec Paul Bradley et Jan Cibula, une vieille connaissance de Jan Plch. Comme lui, Cibula vient de Liptovsky Mikulas et se démarque par sa technique déroutante, caractéristique des techniciens de l'Est. Mieux encore, le Slovaque complète l'intensité naturelle des deux Canadiens et participe activement au succès du powerplay.

Car si le jeu de puissance spinalien tâtonne avec son dispositif à cinq attaquants (Pellegrino persiste et signe...), celui de l'Étoile noire cartonne. Le "cinq majeur" Bradley - Petriläinen - Cayer - Tarantino - Cibula a déjà marqué cinq fois en deux matchs. Pasi Petriläinen, dont la carrière, jadis prometteuse, n'a jamais pris la tournure attendue, s'affirme même comme l'un des défenseurs marquants du championnat.

La deuxième escouade, composée de Cesnek, Striz, Dufournet, Devin et Marcos frise quant à elle la correctionnelle sur un contre mené par Chipaux et Plch, sur lequel Striz revient en catastrophe (10'04").

Comme prévu, Daniel Bourdages tourne à quatre lignes pour accroître les responsabilités de ses jeunes. Comme la Coupe de la Ligue est un bon moyen de leur faire emmagasiner de l'expérience, Martin Charpentier, le grand espoir spinalien, en profite également pour donner ses premiers coups de patins avec les "grands". Il dispose d'ailleurs d'un temps de glace conséquent et laisse entrevoir un certain potentiel, même s'il manque encore de physique. Mais celui qui a la plus grande part du gâteau reste Gilles Beck, que l'on sent fébrile en début de partie et qui le confirme en relâchant un tir flottant de Tarik Chipaux (1-0 à 12'40"). Les locaux peuvent jubiler mais la suite ne sera pas aussi réjouissante...

En guise de représailles, Édouard Dufournet récupère le palet en zone neutre et lance David Cayer en profondeur. Seul devant Lacasse, le Canadien rate la cible (14'05")... mais pas l'offrande de Papelier, quelques instants plus tard. Reconverti en défense pour pallier aux indisponibilités de Gervais et Quessandier, le Spinalien, pressé derrière sa cage, se mue en passeur décisif pour Cayer (1-1 à 15'32").

Et un premier but en supériorité numérique... bientôt suivi d'un deuxième sur lequel Lacasse ne peut rien, masqué qu'il est par le duel sans merci que se livrent Leroy et Tarantino dans le slot. Ce dernier déviant un tir lointain de Petriläinen (1-2 à 18'58").

Ainsi s'achève un premier acte équilibré, où deux erreurs individuelles ont fait la différence... avant que Tarantino ne donne l'avantage aux visiteurs. Une avance consolidée, toujours en supériorité numérique, grâce à Pierre-Antoine Devin, à l'affût d'un rebond concédé par Loïc Lacasse sur un lancer initial d'Élie Marcos (1-3 à 21'37").

Épinal n'y est plus... Lacasse non plus

Vu la tournure des événements, le portier canadien des Dauphins va se disperser, cédant à une certaine nervosité et devant Élie Marcos, qui arrive lancé pour l'éliminer avec sang-froid (1-4 à 30'46"). Ce diable de Tarantino, sans opposition, marquant ensuite du revers, plombant un peu plus le moral d'un Lacasse désespérément livré à lui-même (1-5 à 31'22"). La messe est dite et les hommes de Santino Pellegrino, perclus de pénalités, subissent totalement le jeu, comme résignés. Voire dépassés par les événements...

En avantage numérique comme en forces égales, Strasbourg peut maintenant dérouler. La gestion du score tourne même à la démonstration tant l'ICE affiche ses limites collectives et individuelles du moment. Le moment choisi par Maxime Boisclair pour sortir de l'ombre et provoquer les un-contre-un face à des défenseurs pas nés de la dernière pluie. Le Canado-Haïtien, qui distille son talent par bribes depuis son arrivée, se signale par quelques "accélérations" suivies de dribbles qui ne lui permettront d'éliminer qu'un adversaire, au mieux, avant de systématiquement se faire reprendre. Très décevant depuis son arrivée, Boisclair n'a une nouvelle fois jamais été en mesure de marquer ce soir...

Au final, ce "baroud d'honneur" s'avérera aussi anecdotique que l'intérim de Vladimir Hiadlovsky, le temps que Gilles Beck ne règle sur son banc quelques soucis techniques (47'05")...

L'Étoile noire, contre qui il ne fera pas bon être mené au score cette saison, a brillement confirmé son statut d'équipe en forme du moment. Les Dauphins, eux, ont déçu, encore une fois. Ce n'était peut-être "que" la Coupe de la Ligue mais ce non-match est suffisamment inquiétant, à quatre jours d'un déplacement déjà crucial à Gap...

Réactions d'après-match (dans les Dernières Nouvelles d'Alsace) : 

Daniel Bourdages (entraîneur de Strasbourg) : "On a fait une prestation solide, très solide même. On est vite revenu au score et on a été très fort en supériorité numérique, avec notamment un beau mouvement sur le but de Lionel (Tarantino). Élie (Marcos) marque un beau but aussi. La quatrième ligne a très bien joué en défense avec de belles mises en échec avant. Je suis satisfait."


Épinal - Strasbourg 1-5 (1-2, 0-3, 0-0)
Mardi 21 septembre 2010 à 20h15 à la patinoire provisoire de Poissompré. 300 spectateurs.
Arbitres : Nicolas Barbez assisté de Matthieu Loos et Sébastien Geoffroy.
Pénalités : Épinal 18' (6' + 8' + 4') ; Strasbourg 12' (4' + 0' + 8').
Tirs : Épinal 24 (11 + 5 + 8) ; Strasbourg 34 (14 + 17 + 6). 

Évolution du score :
1-0 à 12'40" : Chipaux
1-1 à 15'32" : Cayer (sup. num.)
1-2 à 18'58" : Tarantino assisté de Cibula et Petriläinen (sup. num.)
1-3 à 21'37" : Devin assisté de Marcos (sup. num.)
1-4 à 30'46" : Marcos assisté de Dufournet
1-5 à 31'22" : Tarantino assisté de Lehtisalo et Franck


Épinal

Gardien : Loïc Lacasse.

Défenseurs : Peter Slovak - Fabien Leroy ; Jan Hagelberg - Niko Mäntylä ; Guillaume Papelier ; Martin Charpentier.

Attaquants : Jan Simko - Michal Petrak (A) - Guillaume Chassard (C) ; Maxime Boisclair - Timo Kuuluvainen - Jan Plch (A) ; Kévin Benchabane [ou Nathan Ganz] - Erwan Agostini - Tarik Chipaux.

Remplaçants : Nicolas Ravel (G), Jonathan Gury, Anthony Rapenne. Absents : Stéphane Gervais (convalescent), Benoît Quessandier (entorse du genou).

Strasbourg

Gardiens : Gilles Beck [remplacé par Vladimir Hiadlovský de 47'05" à 50'21"] .

Défenseurs : Pasi Petriläinen - Žiga Svete ; Michal Česnek - David Striz ; Hugues Cruchandeau (A) - Maxime Mallette.

Attaquants : Ján Cibula - Paul Bradley - David Cayer ; Édouard Dufournet - Élie Marcos (C) - Pierre-Antoine Devin (A) ; Juho Lehtisalo - Lionel Tarantino - Timothée Franck ; Jérémy Quillier - Noé Gersanois - Pierre Bougé.

Absent : Julien Burgert (équipe de France U20).