Amiens - Épinal (Coupe de la Ligue, poule B, 3e journée)

Dans les eaux troubles des Dauphins


Deniset_DoutePour cette troisième journée de Coupe de la Ligue, Gothiques et Dauphins s'affrontent dans un Coliseum où les précédentes confrontations ont tourné largement à l'avantage des locaux. Seulement victorieux deux fois en trois ans, soit dix matchs, les Vosgiens ont cependant une nouvelle équipe cette saison. Avec cinq cadres excellents (Lacasse, Boisclair, Plch, Petrak et Chassard), les blancs vont surprendre les 1900 spectateurs de la soirée en s'imposant.

Des avertissements, les Amiénois en auront pourtant quelques-uns : l'ouverture du score spinalienne qui prend la défense picarde de vitesse, la solidarité défensive, la sérénité malgré deux buts à rattraper à l'heure de jeu (3-1 à 30'), les multiples arrêts du portier Loïc Lacasse... Des éléments favorables qui fonctionnent en début de saison. On espère pour les Dauphins que ses joueurs cadres ne viendront pas à s'essouffler.

Face à cela les amiénois, en manque de réussite et avec des remaniements de lignes délicats suite aux absences notables de Claireaux et Marcos, vont se faire accrocher par les visiteurs durant tout le match. La prolongation, et le minimum d'un point pour les deux équipes, est méritée. Le quatrième but spinalien a beau être anecdotique, il marque les esprits par l'importance du match et signale une défaite amère.

En effet, Épinal vient de prendre un point d'avance sur Amiens. Un point qui ne peut faire la différence qu'à la fin de la poule, soit à l'issue des trois matchs retours, dont une autre confrontation entre les deux équipes à "Poissompré bis". En attendant, nul doute que les Vosgiens peuvent savourer une victoire méritée et que la défaite risque de donner suite à des débats et des polémiques parfois inutiles côté picard. Mais il ne faut pas voir dans cette défaite l'annonce d'une mauvaise saison, ni procéder à des remises en question immédiates, car Amiens ne pouvait espérer finir invaincu à domicile, du moins pas cette année.

Il faut des défaites pour savourer les victoires. Les Spinaliens sont bien placés pour le dire, et ils ont transmis la devise aux Amiénois ce soir.

Le temps d'entrer dans le bain...

Dès le début de la partie, les premiers tirs sont décochés des deux côtés. Martin Tomasek alerte Loïc Lacasse puis Timo Kuuvulainen en fait de même avec Billy Thompson.

Amiens-EpinalLe premier contre spinalien est le bon : Sortant un palet de leur zone, Kuuvulainen et Simko échangent pour lancer Guillaume Chassard à la bleue. Légèrement excentré côté gauche, le Vosgien prend la défense amiénoise de vitesse et place un revers dans le petit filet opposé d'un Thompson surpris (4'23, 0-1).

Amiens réagit mais se montre approximatif dans ses gestes. Seul Tomasek, toujours aussi libre de marquage adverse en entrée de zone, peut mettre Lacasse à contribution. Paul Deniset part ensuite en break sur un bon travail de ses équipiers du soir (Grégory Béron et Miroslav Pazak) pour se faire reprendre in extremis par Kuuvulainen.

Le jeu s'ouvre quelque peu et Chassard, seul au second poteau, ne peut doubler son compteur suite à un bel arrêt du portier local. Épinal peut se mordre les gants d'avoir loupé une si belle opportunité d'autant qu'Amiens égalise dans la foulée : Vincent Bachet récupère la rondelle dans sa zone, monte au créneau et alerte Lacasse de loin dont le rebond laissé est repris victorieusement par Simon Petit (10'54, 1-1). Les Picards semblent dans le bain et prennent la possession du palet. Trop impatient, Maxime Boisclair fait faute (12'21). Lacasse a chaud lors de la supériorité mais ne craque pas malgré des tirs de Grégory Béron, Martin Tomasek ou encore Pavel Kowalczyk. Sur le tir de ce dernier, le public croit au but quand Lacasse détourne le caoutchouc juste à côté de son but, mais il n'en est rien.

Au complet sur la glace, l'équipe de Santino Pellegrino joue plus physique et les spectateurs mettent la pression sur le zèbre principal déjà présent samedi dernier, qui signale finalement une faute des visiteurs. Les actions changent alors de côté et le 30 des blancs doit détourner un slap de Kowalczyk puis aller chercher de la mitaine la reprise sur le côté d'Anthony Mortas. On se dirige vers la fin du premier tiers quand Amiens prend l'avantage : en zone offensive, Offret, Tomasek et Bergin mettent la pression sur Lacasse qui ne peut geler le palet. Kevin Bergin se montre le plus opportuniste et marque son premier but officiel sous ses nouvelles couleurs devant des supporters de son ancien club (Nottingham) venus le voir ce soir (19'41, 2-1).

...et Amiens patauge

Pazak_rituel_gardienÀ la reprise, les Vosgiens se montrent entreprenants et Boisclair joue bien le coup en laissant sa crosse sous l'aisselle de Kevin Hecquefeuille qui remonte le palet et se fait sanctionner pour retenir sans comprendre ce qui lui arrive (20'32). Seul Jan Plch peut lancer sur Thompson à deux reprises, la défense amiénoise verrouillant bien le reste du temps. Vingt secondes après la fin de cette pénalité, Romain Bault prend le relais dans le cahot picard pour un faire trébucher limite (23'52). Les assauts spinaliens se définissent en deux vagues : la première se conclut par des tirs hors cadre ou contrés, quand la seconde s'achève par un tir de Petrak que Mortas repousse. De retour sur son banc, le 22 amiénois hurle alors de douleur pendant que son staff soigne ses bleus. La pénalité arrive à son terme, et Tarik Chipaux illustre parfaitement la stratégie de match des siens : un joueur vif, rapide, laissant le reste de sa ligne défendre corps et âmes, attendant en zone neutre la bonne occasion pour partir en contre et tenter de faire la différence en prenant la défense amiénoise de vitesse. Mais Thompson repousse cette tentative.

La domination picarde est alors des plus pesantes et les visiteurs tiennent coûte que coûte. Enfin, une combinaison finit par fonctionner quand la grande ligne de l'an dernier (Béron – Mortas – Pazak) se met à l'œuvre et pousse la défense adverse à la faute. Un palet mal dégagé est repris par Anthony Mortas (29'26, 3-1).

À peine le temps de savourer pour Hecquefeuille et Simko qui s'échangent quelques politesses et filent au cachot avec deux minutes pour chacun d'eux. À quatre contre quatre, les Dauphins relancent le suspens lorsque Jan Hagelberg lance devant le but. Démarqué, Plch feinte Thompson en contrôlant le puck du patin - avec un peu de réussite - et lance dans la cage vide (31'00, 3-2). Les Spinaliens, de nouveau à l'affût, poussent les locaux dans leurs travers. Les deux contre un et trois contre deux se multiplient, mais le gardien amiénois tient bon. La fin de ce tiers arrive à temps.

Comme dans un flipper

But_EpinalLes deux premières minutes de l'ultime période commencent par quatre tirs spinaliens repoussés. Puis Deniset fait la différence pour alerter Mortas. La passe est toutefois coupée intelligemment par Peter Slovak. Tomasek se montre encore une fois côté gauche mais feinte un peu trop lentement pour surprendre Lacasse qui stoppe un shoot en direction de son petit filet.

Pendant ce temps, les contres dangereux se multiplient. Un des rares est pour Tomasek : lancé à la bleue par Kowalczyk, on pense que le Tchèque va enfin trouver la faille. Lacasse est crucifié, mais le tir touche la barre transversale et ressort. Dans le but pour les uns, repoussé par les autres, toujours est-il que l'arbitre principal (qui est le seul à pouvoir prendre les décisions, et ne consulte ses assistants que s'il le souhaite comme stipulé dans le règlement) laisse jouer – à tort ou à raison. Le 42 local se retrouve donc à fêter un but qui n'en est pas un et s'empresse de reprendre sa place quand l'orage gronde au Coliseum.

Voilà une occasion qui fera longtemps parler, d'autant qu'Épinal égalise successivement : Boisclair récupère un engagement offensif et transmet côté droit à Plch dont le slap depuis la bleue trouve le filet adverse (50'08, 3-3). Tout est à refaire, et le chaos envahit l'atmosphère. Amiens pousse alors et Lacasse prend un coup devant ses buts en gelant la rondelle. Rien de grave pour le portier des Dauphins qui observe, depuis son poste, Thomas Roussel monter à sa ligne offensive mettre une boîte à Boisclair que personne n'a prévenu. Pellegrino peut demander un temps mort (57'54), le hold-up ne se fait pas et on se dirige vers la prolongation.

Le grappin sur les points

Pas grand chose à dire de cet « over-time », si ce n'est le refroidissement d'atmosphère du public picard en douze secondes : Le temps pour Épinal de s'animer offensivement et de pousser la défense picarde derrière son but. Thompson se retrouve alors face à Fabien Leroy, jusqu'ici plutôt discret, qui lance. Le portier picard croit geler le puck mais encaisse finalement un « but gag ».

Épinal prend donc les deux points mais ne distance pas Amiens pour autant. Si Strasbourg caracole en tête de poule avec six points, les deux formations du soir se suivent et se disputeront certainement la deuxième place. En attendant, les esprits se tournent vers la Magnus. Quand Épinal semble avoir trouvé la solution à sa crise, en l'occurrence la victoire, Amiens devra se remobiliser à Pôle Sud et se rassurer, du moins techniquement.

Adrien Lhermitte / Photos : Élie Lefebvre

Avec Émilie Enault

Galerie photo de la rencontre : Amiens-Epinal

 

Réactions d'après match :

Loïc Lacasse (gardien d'Épinal) : « On s'attendait à un match ouvert. Ils ont été forts et nous aussi en ouvrant le score. C'est toujours fun de faire un petit come back face à une grosse équipe comme ça en étant mené 3-1. Sur le duel contre Martin Tomasek, je ne sais pas si le but est dedans ou non. J'ai juste entendu le poteau et sur notre banc il y avait des avis différents. Sur la quatrième but pris par Thompson : ça arrive de temps en temps à des gardiens dans une carrière. Ce n'est pas cool de perdre là-dessus mais il a gardé son équipe dans tout le reste du match et a sorti des gros arrêts lui aussi. Il ne peut pas vraiment se reprocher ce but. De mon côté, j'ai fait mon boulot en arrêtant la rondelle quand elle arrivait. Ce n'était pas forcément simple. On doit peaufiner la défense et je devrais essayer de geler la rondelle plus vite. Je prend les matchs un par un. Aujourd'hui je ne savais même pas contre qui on jouait (sic) mais je me suis quand même renseigné sur l'adversaire de samedi : Rouen. Ce sera autre chose que ce soir mais on joue pour gagner. Si on vient en "espérant faire un nul", ce n'est pas la peine. »

Miroslav Pazak (attaquant d'Amiens) : « Pour moi c'était un gros match. On a dominé sur cinquante minutes en manquant pas mal d'occasions. On s'est dit qu'en marquant le quatrième but ce serait plus facile, mais ce but n'est jamais venu. Ensuite Épinal marque le deuxième et reprend un peu de confiance avec un super gardien. Ils ont eu un peu plus de réussite. On est triste de perdre ce beau match devant notre public et nos partenaires. J'ai reparlé de ce break de Martin (Tomasek) dans le vestiaire : il m'a dit qu'il n'était pas sûr à 100% qu'il était dedans. Après, Pavel me dit qu'il est dedans mais l'arbitre ne l'accorde pas. Ça aurait pu changer quelque peu le match. Samedi, c'est une autre compétition avec un match à Grenoble. Même si tout le monde dit que Grenoble est moins fort, on se méfie et on va là-bas pour gagner. Pour la Coupe de la Ligue, ce sera plus difficile maintenant mais on ne lâchera rien. »

Kévin Bergin (attaquant et assistant d'Amiens) : « On a pas réussi à profiter de nos occasions de but, et pourtant on en a eu beaucoup. Leur gardien a fait du très bon boulot mais, à mon avis, on aurait dû verrouiller le match beaucoup plus tôt. On ne peut pas blâmer Billy : Il a fait de très gros arrêts au troisième tiers malgré un but malchanceux en prolongation. Concernant les supporters venus de Nottingham, j'ai joué trois ans chez eux et ils sont venus me voir pour la semaine, donc c’est toujours plaisant de pouvoir marquer un but devant des amis de longues dates. Pour l’occasion de Martin (Tomasek), selon la vidéo il y a but, mais j'avoue ne pas l'avoir regardé. L’entraîneur et les joueurs l’ont visionnée après le match ont dit qu'il y avait but. Ici (en Ligue Magnus) il n’y a pas de reprise vidéo, on n’est pas en LNH, mais il aurait pu demander à ses juges de lignes... Deux matchs consécutifs à arbitrer chez la même équipe, je crois que c'est l'une des première fois que je vois ça dans ma carrière professionnelle. Habituellement il y a des rotations arbitrales pour éviter que des émotions se reportent d’un match à l'autre. Je pense qu’on va mettre la Coupe de la Ligue de côté, on est bien partis en Ligue Magnus. On joue au hockey, c’est un beau sport où il faut avoir du plaisir, et maintenant il faut se concentrer sur Grenoble. »

Anthony Mortas (attaquant d'Amiens) : « C’était un match très serré, ça s’est joué à pas grand chose. On a dis-neuf shoots dans la deuxième période et on ne marque qu’un but donc c’est un peu difficile. On a vraiment loupé beaucoup trop d’occasions pour espérer gagner ce soir. Il nous a manqué un peu de réussite, un peu d’efficacité devant le but, mais défensivement on joue mieux que lors des matchs de préparation. Par contre, c’est offensivement qu’il va falloir travailler. Samedi c’est une autre compétition, c’est le championnat. Pour l’instant on est bien avec deux matchs et deux victoires. Grenoble, on ne sait pas vraiment ce que ça donne cette année. On va là-bas pour gagner forcément. Je pense que ça va être un match sympa à jouer, difficile, et on verra bien le résultat. Cette année ça peut être la bonne pour gagner à Pôle Sud, on a quand même des arguments. Les deux dernières années il y avait des petits trucs en moins dans l’équipe mais là on a une bonne alchimie entre le gardien, les arrières et les attaquants, donc ça peut aussi être une bonne année pour nous. »

Grégory Béron (attaquant d'Amiens) : « On aurait pu tuer le match un nombre de fois inimaginable et creuser l’écart mais on n’a pas réussi. Un match qu'on aurait pas du perdre. Épinal a mérité sa victoire, ces gars n’ont rien lâché. Moi j’ai été mauvais, j’ai raté des occasions énormes que je ne devrais pas louper. J’espère que ça va rentrer au plus vite parce qu’on m’attend comme un leader dans l’équipe donc je devrais plus me concentrer et réussir à marquer plus de buts dans des matchs comme ça. Demain on va s’immobiliser un peu tous ensemble, on va reparler du match mais je pense qu’il faut tourner la page et rebondir sur le championnat samedi. Une victoire à Grenoble est fortement possible, je pense qu’on va le faire. Et de toute façon, on est obligé. »

 

Amiens – Épinal 3-4 après prolongation (1-1, 2-1, 0-1, 0-1)
Mardi 28 septembre 2010 au Coliseum d'Amiens. 1900 spectateurs.
Arbitrage de M. Hauchart assisté de MM. Metais et Furet.
Pénalités : Amiens 10' (2', 6', 2', 0'), Épinal 8' (6', 2', 0', 0').
Tirs : Amiens 36 (15, 13, 8, 0), Épinal 37 (10, 13, 13, 1).
Évolution du score :
0-1 à 04'23" : Chassard assisté de Kuuvalainen et Simko
1-1 à 10'54" : Petit assisté de Bachet et Offret
2-1 à 19'41" : Bergin assisté de Tomasek et Petit
3-1 à 29'26" : Mortas assisté de Béron et Pazak
3-2 à 31'00" : Plch assisté de Hagelberg et Petrak
3-3 à 50'08" : Plch assisté de Benchabane et Boisclair
3-4 à 60'12" : Leroy assisté de Plch

 

Amiens

Gardien : Billy Thompson.

Défense : Pavel Kowalczyk – Thomas Roussel ; Teddy Trabichet – Kevin Hecquefeuille (A) ; Vincent Bachet (C) - Romain Bault.

Attaquants : Grégory Béron – Anthony Mortas – Miroslav Pazak ; Kevin Bergin (A) – Paul Deniset – Martin Tomasek ; Simon Petit – Florent Neyens – Yannick Offret.

Remplaçants : Léo Bertein (G), Aïna Rambelo, Marius Serrer. Absents : Valentin Claireaux (blessé), Julian Marcos (convalescence).

Épinal

Gardien : Loïc Lacasse

Défenseurs : Guillaume Papelier - Peter Slovak ; Jan Hagelberg - Fabien Leroy ; Niko Mäntylä - Martin Charpentier.

Attaquants : Maxime Boisclair - Michal Petrak (A) - Jan Plch (A) ; Jan Simko - Timo Kuuluvainen - Guillaume Chassard (C) ; Kévin Benchabane - Erwan Agostini - Tarik Chipaux ; Anthony Rapenne, Nathan Ganz.

Remplaçants : Mathieu Perrin (G), Jonathan Gury. Absents : Stéphane Gervais, Benoît Quessandier (blessés).