Épinal - Rouen (Ligue Magnus, 3e journée)

Celle-là, ils ne l'ont pas volée !

LHENRY_Fabrice_100911_241Avant d'apprendre à "gagner des matchs contre Rouen, Amiens ou Angers", comme le voulait Santino Pellegrino, Épinal devait apprendre à gagner tout court. Eh bien les Dauphins ont fait d'une pierre deux coups, passant de la théorie à la pratique en terrassant Amiens, mardi, au Coliséum (4-3 a.p.). Mieux qu'un déclic, un véritable "match référence" pour Loïc Lacasse, de nouveau promis au plein emploi face à Rouen.

Un "ogre" restant sur plusieurs sorties en demi-teinte, ce qui suffit à le rendre moins "monstrueux". Mais voilà, si les hommes de Rodolphe Garnier ne sont pas encore à la hauteur de leur potentiel, ils n'en restaient pas moins invaincus cette saison. "On n'est pas dans une bonne phase, pestait Jonathan Zwikel dans une interview accordée au site officiel du RHE 76. Ça fait trois matchs qu'on ne joue pas au niveau qui devrait être le nôtre. Et le fait de gagner n'est pas une excuse. Il ne faut pas se voiler la face. On ne joue pas bien. C'est mon avis, mais je pense qu'il est partagé par mes coéquipiers." Que pourra dire l'ex-international après cette défaite en terres vosgiennes ?

Si les Dragons ont vu trois buts refusés ce soir, ils sont surtout tombés sur meilleurs qu'eux. C'est qu'ils étaient attendus de pied ferme par des Dauphins croyant dur comme fer à l'exploit. Des Lorrains animés d'un "esprit-commando" et forts d'une générosité qui a longtemps prévalu sur l'intermittence, voire l'attentisme des visiteurs.

Reste qu'à trop jouer avec le feu, on finit par se brûler. Et après plusieurs avertissements sans frais (Chamonix, Caen, Neuilly), Rouen l'a appris à ses dépens...

Épinal domine...

Ce que l'on prend en fait pour un round d'observation n'est que la confirmation des bonnes dispositions actuelles des hommes de Santino Pellegrino. Transfigurés, à l'image d'un Jan Hagelberg plus entreprenant que jamais et dont la vivacité ébranle une défense empruntée. Une arrière-garde étonnement permissive et souvent prise de vitesse. D'où une certaine nervosité payée en cachots sonnants et trébuchants. Fabrice Lhenry est donc très sollicité. Il essuie même, en première période, deux fois plus de lancers que Loïc Lacasse (16 tirs contre 8) !

Qu'à cela ne tienne, Lhenry assure. Il se montre notamment décisif sur une infiltration d'Hagelberg (9e) et fait le métier devant Petrak, restant bien campé sur ses appuis sur un tir à bout portant du Tchèque (12e).

Les pénalités normandes sont le fil conducteur de ce premier tiers surréaliste, où Rouen s'avère incapable d'élever son niveau de jeu. Incapable, aussi, de créer des occasions dignes de ce nom à l'exception de ce changement de ligne douteux profitant à Julien Desrosiers, de loin le plus combatif et le plus percutant des "jaunes et noirs". Le Franco-canadien file côté droit, vise la lunette mais enlève trop son tir (17e). Le hold-up est évité...

... puis enfonce le clou...

Vu la physionomie du premier tiers temps, il était logique qu'Épinal ouvre le score. C'est chose faite au retour des vestiaires grâce à ce diable de Chipaux, à l'affût d'un rebond concédé par Lhenry sur un shoot de Mäntylä (1-0 à 21'23").

HagelbergJanLoin de réveiller l'orgueil endormi des Dragons, ce but ne fait qu'accentuer les qualités spinaliennes. Bousculés et toujours pas capables de passer la seconde, les coéquipiers d'Ilpo Salmivirta enchaînent les fautes (pas toujours sanctionnées d'ailleurs, à l'image de cette petite charge dans le dos de Thinel sur Simko) et balbutient leur jeu offensif. Un comble pour une attaque "cinq étoiles" sur le papier mais privée, ce soir, de François-Pierre Guénette.

À vrai dire, c'est à se demander si l'ancien Briançonnais est bien le seul absent côté normand. Carl Mallette n'y est pas et les autres valeurs sûres d'un arsenal offensif sans équivalent en Ligue Magnus ne pèsent pas plus sur le jeu. Au contraire de Vosgiens plus réactifs à l'image de ce rebond orienté par Lacasse sur un Chipaux dégageant aussitôt du revers. Une longue ouverture qui se transforme en passe décisive pour Timo Kuuluvainen. Le Finlandais s'arrache pour récupérer le palet et résiste au retour de Custosse pour fixer la lucarne opposée (2-0 à 27'49").

Rien ne semble freiner l'élan spinalien. Pas même cette crosse haute de Guillaume Chassard à l'encontre d'Ilpo Salmivirta (29'37"). Normalement, avec Rouen, powerplay rime avec danger... mais pas ce soir. Au contraire, c'est Jan Plch qui en remet une couche, en infériorité numérique de surcroît, sur un contre conclu au second poteau par Petrak (3-0 à 30'02"). Olsson, venu au repli, a bien tenté de s'interposer mais Plch, en levant son palet par dessus la crosse du Suédois, a délivré un véritable caviar à son coéquipier.

Pleins d'abnégation, les locaux ne sont pas loin de signer le match parfait. Et ce dans tous les domaines, même s'ils ne sont toujours pas des foudres de guerre en supériorité numérique. Ils se dépensent sans compter, multipliant pressings et récupérations. Loïc Lacasse aussi fait bonne garde, lui qui peut compter sur le soutien inconditionnel de défenseurs omniprésents pour compenser les absences de Gervais et Quessandier. De Fabien Leroy, dur au mal, à l'excellent Jan Hagelberg, plus précieux que jamais en transition. Comme quoi l'envie peut renverser des montagnes... même si ce Rouen-là n'a rien d'un col hors catégorie !

... avant le réveil du dragon !

Reste que Rouen, plus d'une fois malmené en ce début de saison, est toujours parvenu à recoller au score. Pourquoi ce match dérogerait-il à la règle ? C'est d'autant plus vrai qu'Épinal laisse beaucoup de forces dans cette bataille.

Marc-André Thinel se joue de Niko Mäntylä dans l'arrondi pour trouver Julien Desrosiers, en bout de course au second poteau (3-1 à 34'54"). Desrosiers remet ça, dans la foulée et presque au même endroit, avec cette fois Mathieu Brunelle comme passeur. L'ex-Brestois profitant d'un palet tardant à être dégagé pour un "one-timer" du Franco-canadien, qui trouve le haut du filet (3-2 à 37'43").

SALMIVIRTA_Ilpo_100911_266Rouen est-il en train de refaire le coup de Chamonix ? Les ressources spinaliennes n'étant plus les même qu'en début de partie, les champions en titre deviennent de plus en plus mordants. Leurs temps forts se succèdent, seulement freinés par quelques pénalités, toujours bonnes à prendre pour des Spinaliens éreintés par ces assauts répétés. Mais voilà, sitôt tuées, la pression repart de plus belle et ce qui devait arriver arriva. Loïc Lacasse, qui retardait l'échéance, finit par craquer sur un slap de Calle Bergström, l'opportunisme de Jonathan Zwikel et Teddy Da Costa faisant le reste (3-3 à 52'30").

Coup dur, et même très dur pour des Spinaliens ne le méritant assurément pas. Mais heureux, malgré tout, de voir Rouen se faire refuser un troisième but de raccroc, valable celui-là (56e) ! Ils n'échapperont toutefois pas au quatrième, un de ces rebonds dont Ilpo Salmivirta à le secret (3-4 à 58'05"). Oui, Salmivirta, l'homme à tout faire des "années Allard" qui, pense t-on, vient d'asséner le coup de grâce...

Chassard, l'homme qui tombe à pic

C'était sans compter sur la ténacité des locaux, qui n'ont rien lâché et s'en voient récompensés. Guillaume Chassard arrache une égalisation inespérée en se jetant sur un centre tendu de Jan Plch (4-4 à 59'10"). Pour une fois, la morale est sauve : l'ICE n'aurait pas mérité de perdre comme ça...

Elle n'aurait de toute façon pas mérité de perdre, ce soir, face à Rouennais pourtant dominateurs au début des prolongations. Mais surpris par un break de Jan Simko, illicitement repris par Jens Olsson (63'58"). Une pénalité lourde de conséquence puisqu'elle permet à Chassard, sur une transversale de Petrak, de foudroyer une dernière fois Lhenry (5-4 à 65'26").

Cette victoire prestigieuse ne fera pas la "une" de la presse locale, sacre imminent de Sébastien Loeb au rallye de France oblige (rappelons que certaines spéciales ont emprunté les routes du département). Il n'empêche qu'Épinal a sorti le grand jeu, prouvant qu'à cœur vaillant il n'est effectivement rien d'impossible. Santino Pellegrino tient-là un nouveau match référence mais le plus dur reste à faire. À commencer par la réception d'Amiens mardi en Coupe de la Ligue suivie d'un périlleux déplacement à Strasbourg samedi prochain. Oui, rien de moins que les actuels co-leaders de la Ligue Magnus...

 

Épinal - Rouen 5-4 a.p. (0-0, 3-2, 1-2, 1-0).
Samedi 2 octobre 2010 à 20h15 à la patinoire provisoire de Poissompré. 515 spectateurs.
Arbitres : Nicolas Barbez assisté de David Courgeon et Benjamin Gremion.
Pénalités : Épinal 20' (4' + 4' + 12' + 0') ; Rouen 20' (10' + 2' + 6' + 2').
Tirs : Épinal 35 (16 + 8 + 6 + 5) ; Rouen 37 (8 + 19 + 9 + 1).

Évolution du score :
1-0 à 21'23" : Chipaux assisté de Mäntylä et Agostini
2-0 à 27'49" : Kuuluvainen assisté de Simko et Chipaux
3-0 à 30'02" : Petrak assisté de Plch et Hagelberg (inf. num.)
3-1 à 34'54" : Desrosiers assisté de Thinel et Mallette
3-2 à 37'43" : Desrosiers assisté de Brunelle et Mallette
3-3 à 52'30" : Da Costa assisté de Zwikel et Bergström
3-4 à 58'05" : Salmivirta assisté de Janil et Olsson
4-4 à 59'10" : Chassard assisté de Plch et Simko
5-4 à 65'26" : Chassard assisté de Petrak et Plch (sup. num.)


Épinal

Gardien : Loïc Lacasse [sorti de sa cage à la 60e].

Défenseurs : Peter Slovák - Fabien Leroy ; Jan Hagelberg - Niko Mäntylä ; Guillaume Papelier.

Attaquants : Ján Šimko - Timo Kuuluvainen - Guillaume Chassard (C) ; Maxime Boisclair - Michal Petrák (A) - Ján Plch (A) ; Anthony Rapenne - Erwan Agostini - Tarik Chipaux.

Remplaçants : Mathieu Perrin (G), Jonathan Gury, Kévin Benchabane, Nathan Ganz. Absents : Stéphane Gervais (convalescent), Benoît Quessandier (entorse du genou).

Rouen

Gardien : Fabrice Lhenry.

Défenseurs : Jonathan Janil - Jens Olsson ; David Holmqvist - Daniel Babka ; Cédric Custosse - Calle Bergström.

Attaquants : Julien Desrosiers - Carl Mallette (C) - Mathieu Brunelle ; Luc Tardif Jr - Jonathan Zwikel (A) - Teddy Da Costa [puis Anthony Rech à 37']; Marc-André Thinel (A) - Alexandre Mulle [puis Da Costa à la 37'] - Ilpo Salmivirta.

Remplaçant : Sebastian Ylönen G). Absents : Juha Alen (commotion cérébrale), François-Pierre Guénette.