Présentation de la KHL : division Bobrov

À l'assaut de la NHL ?

La division Bobrov reste la plus prestigieuse de la KHL, même si elle ne compte plus que cinq équipes après l'échec du projet d'extension tchéco-slovaque de la ligue russe. Elle comprend en effet les trois clubs moscovites : le CSKA qui n'hésite à enrôlmer des Tchèques dans l'armée rouge, le Dynamo qui a absorbé un concurrent mais fait tout pour montrer qu'il a conservé son héritage, et le Spartak qui a tout misé sur un gardien de 45 ans nommé Dominik Hasek.

Les deux autres équipes sont celles qui vont défier des équipes de NHL : les Lettons du Dinamo Riga, mercredi contre Phoenix, et bien sûr le SKA Saint-Pétersbourg, après son recrutement grandiloquent, dès ce soir contre Carolina. Que vaut-elle vraiment, cette collection de stars ?

 

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Qui aura la meilleure comparaison ? Les New York Rangers du début du siècle ? L'équipe du millénaire à Kazan en 2005 ? Les Galactiques du Real Madrid ? Comme tous ces modèles ou contre-modèles, le SKA Saint-Pétersbourg a dépensé sans compter pour s'offrir des vedettes. Il attire donc à la fois les regards et les sourires en coin, car tout le monde se réjouit d'avance de son éventuel échec.

Pourquoi se lancer dans une telle aventure qui attirera les jalousies si elle réussit et les quolibets dans le cas contraire ? Pourquoi venir s'ajouter à cette liste de précédents peu engageante ? Tout simplement parce que les transferts du SKA n'ont pas été dictés par une recherche d'équilibre dans la construction d'une équipe. Ils visaient un seul et unique but, happer le plus possible de joueurs de NHL. Ce n'est pas Aleksandr Medvedev le président de club qui a agi, c'est Aleksandr Medvedev le président de la KHL, avec la volonté de créer un flux de joueurs en faveur de sa ligue.

L'objectif était donc clair : approcher tous les joueurs russes de NHL en fin de contrat (et ils étaient nombreux !), sans considération de poste ou de style de jeu. Trois défenseurs étaient ainsi agents libres, et si Gonchar et Volchenkov inclinent vers le jeu nord-américain, le double champion du monde Denis Grebeshkov constitue un renfort très utile.

La chasse la plus simple a été celle du gardien. Depuis les derniers play-offs, les franchises NHL ont conclu qu'il était superflu d'investir beaucoup d'argent dans ce poste. Les San José Sharks ont fini par embaucher Antti Niemi, le tenant de la Coupe Stanley, pour à peine deux millions de dollars sur un an, et ne regrettent donc pas d'avoir laissé partir Evgeni Nabokov, qui exigeait trois à quatre millions l'an sur une durée plus longue. L'international russe formé au Kazakhstan était prêt à ce retour dans son pays de choix, tout comme sa femme américaine qui veut que leurs enfants puissent apprendre le russe.

AFINOGENOV_Maxim-2005-1101027La position familiale était en revanche un obstacle pour Ilya Kovalchuk, à qui son épouse et sa mère recommandaient de rester outre-Atlantique. Même si le SKA a cherché à se constituer en recours, la star des agents libres de l'intersaison a privilégié, au bout d'une négociation très compliquée, un contrat de quinze ans et de cent millions de dollars avec les New Jersey Devils. Même Aleksandr Frolov a préféré un "petit" contrat d'un an (3 millions) en NHL à un retour au pays.

C'est donc le "troisième choix" en attaque, Maksim Afinogenov, qui a signé un long contrat de cinq ans. La vitesse de patinage et d'exécution d'Afinogenov en fait un élément redoutable sur grande glace, mais comment l'utiliser ? Il doit a priori accompagner Tony Mårtensson et Matthias Weinhandl pour créer une ligne offensive étincelante. La perspective est alléchante : cela fait deux ans que les équipes de KHL essaient de recruter les deux Suédois en même temps, tant ils valent beaucoup plus ensemble que séparés. Le SKA y arrive enfin, et le duo reconstitué est capable de merveilles... mais un joueur gourmand de palets comme Afinogenov peut-il se contenter de jouer les chaperons pour ce couple enfin reconstitué ?

Quant à la ligne Yashin-Cajanek-Sushinsky, dominante l'an passé, elle n'a été confirmée que tardivement : Aleksei Yashin a reçu une proposition de contrat à la baisse et a longtemps rechigné à l'accepter. On ne sait pas encore si tous ces grands joueurs sauront former une équipe. Ivano Zanatta a beau déclarer qu'il ne voit "ni star ni prima donna" dans son effectif, cet avis n'est pas partagé et beaucoup se demandent comment l'Italo-Canadien, qui s'occupait des juniors l'an passé, pourra gérer autant d'égos.

Difficulté supplémentaire : Sergei Zubov, défenseur le mieux payé et pilier du jeu de puissance, est blessé à la cuisse et est absent cinq à six semaines. Sa première passe fait cruellement défaut au SKA, qui a abandonné le 1-1-3 de Barry Smith pour un système plus offensif. Les Péterbourgeois sont de toute façon condamnés à faire le jeu à chaque match avec leur énorme pancarte de favori.

 

La fusion entre le MVD, le finaliste du championnat à petit budget, et le Dynamo Moscou, l'équipe de stars qui a échoué lamentablement, a donc donné le OHK Dynamo. Mais qui a absorbé l'autre ?

KOMAROV_Leo-100520-014Sur le banc, c'est clair : il s'agit bien des entraîneurs et des joueurs du MVD. Un seul joueur est resté parmi les Dynamistes, le rugueux attaquant finlandais Leo Komarov. Lui qui était le besogneux au milieu des stars trouve une équipe à son image, sous les ordres du "sale caractère" Oleg Znarok, au passé de bagarreur sur la glace.

L'enrobage, par contre, est bien celui du Dynamo, avec son logo - un grand "D" - et ses couleurs de toujours, le bleu et le blanc. Le club a beau avoir communiqué sur les dix supporters du MVD qui ont pris un abonnement au Dynamo, ils restent des cas isolés. Il n'y a plus aucun lien avec la ville de Balashikha. Le club a pris ses quartiers dans la base de Novogorsk, à la fois l'atout et le handicap du Dynamo depuis toujours : certes il dispose d'un patrimoine de vastes installations sportives dédiées, mais c'est aussi le seul club à ne pas s'entraîner sur la patinoire où il joue ses matches, Loujniki et sa glace de qualité médiocre.

Encore faut-il que les supporters du Dynamo soient convaincus qu'il s'agit bien toujours de leur club. Le capitaine du MVD et ex-Dynamiste Aleksei Kudashov s'en est vite persuadé : "Je suis comme chez moi. En fait, 90% des employés du club travaillaient ici avant mon départ."

Pour faire adhérer tous ceux qui aiment le Dynamo, il fallait montrer patte blanche. Ou plutôt, patte bleue et blanche. Le meilleur joueur russe en activité, Aleksandr Ovechkin, a été nommé conseiller du président Mikhaïl Tyurkin, s'est montré à la présentation officielle, et a donné de l'argent à l'école de hockey qui l'a formé. Le joueur légendaire de l'histoire du club, Aleksandr Maltsev, a été rappelé pour entrer au conseil d'administration. Et enfin, le portrait d'Arkadi Chernyshev, l'entraîneur fondateur (voir histoire du hockey soviétique), a été ajouté sur les maillots. Un soudain intérêt historique pour les grands anciens qui témoigne surtout d'une claire opération de communication.

Pour s'assurer du soutien populaire, en plus de ces gages de filiation dynamiste, le club a aussi proposé des abonnements dans le kop au tarif imbattable de 25 euros pour la saison entière (!), hors play-offs cependant. Il faut dire que ceux-ci ont tourné court l'an dernier...

Le meilleur moyen de se réconcilier avec tous ceux qui vouent un attachement au club, c'est encore de gagner. Or, l'équipe de Znarok n'est plus sous-estimée par personne et a maintenant une double pression : celle d'être finaliste sortante, et celle de s'appeler Dynamo.

 

SpartakLe Spartak Moscou est depuis plusieurs années une des meilleures équipes de contre-attaque de la ligue russe, en utilisant à merveille sa vitesse face aux adversaires les moins mobiles. Milos Riha, l'impulsif entraîneur slovaque qui ne ménage pas les arbitres, maintiendra le système et les hommes. Même Stefan Ruzicka, qu'il n'hésite pas à qualifier ouvertement de "paresseux", reste en place.

Le jeune international slovaque Juraj Mikus a été utilisé en pré-saison pour attiser la concurrence avec ses compatriotes, mais il restera sur le carreau : à l'aile, il serait inférieur aux ailiers Ruzicka et Radivojevic, et il ne serait "pas à sa place" au centre selon Riha, même si c'est son poste théorique. Mikus s'est d'ailleurs recasé au Dinamo Riga... comme centre de la troisième ligne.

Il faut dire que les nouvelles recrues doivent se faire accepter. Prenez Aleksandr Suglobov, un joueur formé au club mais venu du CSKA honni. C'est un peu comme s'il devait subir une décontamination de ce passé militaire avant d'être accepté par les supporters. La rivalité ne se calme pas : le CSKA-Spartak en ouverture de la saison a dégénéré en tribunes lorsque des hooligans locaux ont voulu répondre par les poings aux slogans obscènes des visiteurs...

En fait, le recrutement du Spartak est souvent résumé à un seul homme : Dominik Hasek, le héros de Nagano sorti de sa retraite il y a un an et devenu champion tchèque. Simple coup médiatique ? En tout cas, Hasek se paye. Les abonnements sont inchangés pour les fans, mais la place en tribune centrale est passée à 15 euros, un tarif plus "occidental".

Reste à savoir si le gardien tchèque les vaut encore, à 45 ans. Son corps lui permet-il encore d'enchaîner les titularisations dans un calendrier aussi astreignant que celui de la KHL ? Il y aura d'autant moins de répit que son club est en plus invité à la Coupe Spengler, où il portera son maillot champion en 1962, rouge vif avec Spartak en diagonale. Bien évidemment, le public suisse se déplacera pour voir Hasek comme cadeau de Noël. Quand sera-t-il ménagé ? En pré-saison, il a joué un match sur deux, sans que son remplaçant Konobry ne paraisse très stable. Dès le début du championnat, le vétéran joue donc sans interruption, et ses performances très moyennes font débat. La saison de trop ? Méfiance avec Hasek, que l'on a enterré tant de fois et qui revient sans cesse.

 

MAREK_Jan-100509-135Le grand rival, lui aussi, se pose des questions au sujet de son gardien. L'arrivée de Steve Valiquette au CSKA Moscou était censée régler ce point faible habituel. Ce gardien canadien de 1m98 a déjà passé une saison en Russie, à Yaroslavl en 2005/06, et depuis lors il était la doublure de Henrik Lundqvist chez les New York Rangers, une position qui l'a fait souvent cirer le banc et rarement jouer. Valiquette s'est fait sortir du jeu dès son premier match officiel, dans un derby aussi médiatique que houleux en tribune, et cela le met tout de suite sous pression.

Il est quand même clair que le CSKA a relevé le niveau de ses renforts étrangers, qui paraissent pour une fois de vrais cadres potentiels. Il n'a pas hésité à en aligner six, quitte à payer la taxe exigée par la KHL pour pouvoir utiliser ce quota augmenté (cinq imports l'an passé). En plus de l'ex-international américain Yan Stastny, petit gabarit confiné dernièrement en AHL, le club militaire a en effet recruté quatre Tchèques, dont deux champions du monde : le défenseur de première ligne Petr Caslava et la "star" Jan Marek qui sort d'une saison décevante à Magnitogorsk.

Les deux autres sont l'arrière physique au bon slap Karel Pilar et le petit mais agile Tomas Netik, une des figures du Sparta Prague. Malgré leurs accointances avec le hockey nord-américain, le président Fetisov et l'entraîneur Nemchinov ont gagé que l'adaptation des Tchèques serait plus aisée.

Les supporters du CSKA se réjouissent surtout du retour de Nikolaï Pronin après six ans d'absence. Il avait été le plus jeune capitaine de l'histoire russe en étant désigné à 17 ans. Il revient plus mûr mais toujours combatif... Le "pitbull" devra cependant lutter d'abord en rééducation, car il a subi une opération du tendon d'Achille en août. C'est Aleksei Badyukov, arrivé du champion Kazan, qui assurera l'intérim du capitanat.

Il est quand même historiquement plus légitime que le "club de l'Armée rouge" s'appuie sur des Russes. Le centre formé à Voskresensk, Vyacheslav Kozlov, qui avait connu une saison sous les ordres de Tikhonov avant de partir pour 18 saisons en NHL, a été engagé fin septembre pour amener sa grande expérience (il a 38 ans) à une équipe en mal de meneurs.

 

REKIS_Arvids-20100508-241Après avoir éliminé Saint-Pétersbourg lors des derniers play-offs, le Dinamo Riga est plus populaire que jamais et est devenu une référence dans son propre pays. On ne lui reproche plus guère d'être financé à 90% par une compagnie gazière dont le siège à Moscou (Itera), mais cela reste un souci pour le club qui aimerait diversifier son budget, y compris en cherchant des financements publics.

Il est vrai que le Dinamo est avant tout la vitrine de l'équipe nationale de Lettonie. Une fois de plus, il n'aligne que des défenseurs baltes, et teste donc le niveau du pays dans ce secteur sensible. Les deux seuls arrières internationaux qui n'évoluaient pas déjà en KHL, Arvids Rekis (Wolfsburg, Allemagne) et Janis Andersons (Trinec, République Tchèque), ont ainsi été rapatriés.

Mais il reste un écueil à ce regroupement national : la surenchère des clubs russes. Cette année, c'est le gardien Edgars Masalskis qui s'est vu proposer un salaire doublé par le promu en KHL, Khanty-Mansiysk. Or, on sait bien que les Lettons considèrent n'avoir qu'un seul portier valable dans le pays. Faute de Masalskis, ils ont donc engagé... deux gardiens étrangers, le petit Suédois Mikael Tellqvist et le grand Américain Chris Holt.

En attaque, si la ligne Ankipans-Sprukts-Karsums reste intacte, les autres lignes ont braucoup évolué. Tomas Surovy tentera de faire oublier un autre international slovaque, Marcel Hossa. Le Canadien Mark Hartigan, lui, n'a pas été oublié. Les supporters avaient regretté son départ décidé par la direction, et il revient après un an au CSKA. Il pourra faire découvrir Riga à un compatriote, Brock Trotter, septième marqueur des derniers play-offs d'AHL mais apparu seulement deux fois sous le maillot des Canadiens de Montréal. Le petit ailier devrait pouvoir s'insérer dans le jeu letton avec son énergie physique et sa capacité à garder le palet. Mais la plus grande surprise est l'invitation faite à deux Russes de rejoindre le camp d'été. L'un d'eux, Vitali Karamnov, formé au Dynamo... de Moscou, a été gardé comme centre de la quatrième ligne.

Manière de prouver à certains Russes voulant alimenter les tensions politiques que les Lettons ne leur vouent aucune inimitié particulière. La fervente ambiance de l'Arena Riga est d'ailleurs considérée par les joueurs visiteurs comme la plus sympathique de KHL.