Grenoble - Amiens (Ligue Magnus, 3e journée)

Grenoble s'enfonce

2010-10-02-grenoble-amiens2Après deux victoires acquises la semaine dernière en déplacement à Briançon puis Mont-Blanc, les Brûleurs de Loups se sont quelque peu rassurés après leur entame très délicate. N'ayant pas de match au programme en coupe de la ligue cette semaine, ils ont pu peaufiner les automatismes à l'entraînement afin de défier un sérieux prétendant aux quatre premières places, les Gothiques d'Amiens et obtenir une première victoire à Pôle Sud en match officiel. Seule ombre au tableau, mais elle est de taille : la suspension d'Alexandre Rouleau, expulsé face à Mont-Blanc et qui ne jouera donc pas ce soir. Comme Llorca n'est toujours pas rétabli, la défense grenobloise est donc particulièrement limitée en nombre ce soir.

Les Gothiques, pour leur part, se déplacent au complet avec la ferme intention de se racheter de leur surprenant faux pas mardi face à Épinal sur leur glace du Coliséum. Les Amiénois, seulement troisièmes de leur poule en coupe de la ligue, sont en revanche invaincus en Ligue Magnus avec deux victoires contre Caen et Morzine. Une victoire ce soir leur permettrait donc de garder la tête du championnat.

Le début de rencontre est assez fade avec peu d'occasions. Amiens a adopté une position visiblement prudente. Grenoble essaie de faire le jeu mais la précision dans les passes manque aux Brûleurs de Loups. On remarque que Jean-François Dufour a conservé au coup d'envoi les lignes qui avaient montré une certaine efficacité en seconde partie de match à Mont-Blanc avec Loup Benoît au centre de la troisième ligne et Joris Bedin associé aux deux Tchèques. Du coup, Raphaël Papa et Nicolas Arrossamena se retrouvent sur une quatrième ligne qui a sa part de temps de glace.

Kévin Hecquefeuille se signale dans son ancienne patinoire par une première pénalité. Les Brûleurs de Loups peinent à s'installer mais leur jeu en mouvement assez rapide leur permet de se créer quelques occasions, notamment sur un centre au cordeau que Sivic ne peut reprendre à bout portant. Les Brûleurs de Loups vont vite regretter ces occasions manquées pendant deux minutes. De retour à cinq contre cinq, les Gothiques portent le jeu en zone offensive. Grégory Béron décale Miroslav Pazak inexplicablement seul devant la cage grenobloise. Il prend son temps pour ajuster Eddy Ferhi qui ne couvre pas l'espace entre lui et son poteau gauche (0-1, 05'47").

Deuxième chance pour Grenoble avec une nouvelle pénalité de Hecquefeuille qui a besoin d'emmagasiner encore de l'expérience pour apprendre les ficelles du métier de défenseur. Les Brûleurs de Loups se créent des occasions mais manquent une nouvelle fois de réalisme. Deux jeux de puissance bien négociés, mais à l'arrivée toujours pas de but marqué. À cinq contre cinq, les Grenoblois ont plus de mal à porter le danger devant la cage de Billy Thompson, même si Mitja Sivic rate une nouvelle cage grande ouverte, une spécialité ce soir de l'attaquant slovène, pas vraiment en réussite.

2010-10-02-grenoble-amiens1Amiens ne domine pas outrageusement les débats et se contente de bien contrôler sa zone défensive. Les cinq dernières minutes sont encore plus difficiles pour Grenoble avec une première pénalité de Colotti puis une autre de Le Blond à deux minutes de la fin. Après avoir bien posé le jeu de puissance, les Amiénois mettent la pression sur la cage. Un tir de Trabichet à la ligne bleue et arrêté par Ferhi mais ce dernier ne referme pas suffisamment le palet sur ses jambières. Paul Deniset en profite pour pousser le palet au fond (0-2, 18'54"). Les Gothiques réussissent là où Grenoble a échoué quelques minutes plus tôt et font preuve d'une efficacité maximale en regard des occasions procurées.

Les Grenoblois voient le spectre de la rencontre face à Strasbourg ressurgir. Pour éviter pareille issue, ils accélèrent en début de deuxième tiers, proposant beaucoup de tirs à la cage, pas toujours cadrés. À défaut de précision, l'intention au moins est là. Les Brûleurs de Loups poussent pendant dix minutes et pensent forcer le destin lorsqu'ils obtiennent successivement les pénalités de Béron et Kowalczyk, grâce notamment aux mouvements déroutants de Ludek Krayzel dont la technique a souvent provoqué des fautes amiénoises ce soir. Pôle Sud y croit très fort pendant ces trente secondes de supériorité numérique, mais Billy Thompson et sa défense tiennent bon et résistent à la furia grenobloise, pas toujours bien canalisée.

Les hommes de Jean-François Dufour ne renoncent pas mais prennent parfois de mauvaises décisions, à l'image de Mathieu Le Blond qui s'enflamme sur un 3 contre 1 en choisissant le tir, non cadré d'ailleurs, alors que deux options de passes, semble-t-il bien meilleures, s'offraient à lui. À force de pousser de manière stérile, les Grenoblois ont l'impression étrange de revivre de même scénario vécu lors de la réception de Strasbourg. Mais finalement la réduction du score interviendra bien plus tôt, à un moment où on ne l'attendait presque plus. Sur un tir de Jason Crossman qui rebondit contre la balustrade, Loup Benoît arrive à point nommé et reprend du revers dans la cage grande ouverte, Thompson n'ayant pas eu le temps de se replacer (1-2, 32'42").

Pôle Sud se remet à y croire, mais comme face à Strasbourg, l'espoir sera de courte durée. Le temps pour Christophe Tartari de se faire sanctionner pour un accrocher et Amiens peut de nouveau mettre la pression sur la cage d'Eddy Ferhi. Sur la cage et sur le portier lui-même, puisque Paul Deniset profite de la passivité des défenseurs grenoblois pour s'imposer physiquement dans le slot et marquer une nouvelle fois à bout portant, au grand dam d'Eddy Ferhi (1-3, 34'10"). Sans forcer, Amiens reprend deux buts d'avance et donne une nouvelle leçon d'efficacité aux locaux qui n'ont marqué qu'une seule fois en quinze tentatives. Une dernière pénalité de Gillet n'arrange pas les affaires des coéquipiers de Baptiste Amar qui rentrent au vestiaire sur le même écart qu'après les vingt premières minutes. Pas cher payé.

Le deuxième tiers a en plus fait des dégâts dans les rangs grenoblois : Maxime Moisand, blessé, a disparu de l'alignement au début du tiers, tandis que Julien Baylacq, touché dans un choc contre la balustrade, a regagné précipitamment le banc pour ne pas revenir. Avec ces deux éléments en moins, Jean-François Dufour a réduit son alignement à trois lignes en réinjectant Raphaël Papa et Nicolas Arrossamena et surtout en associant Mitja Sivic avec les deux Tchèques, histoire de constituer une grosse ligne capable de faire la différence offensivement. Une option qui n'a pas forcément été payante : les trois joueurs manquent de complémentarité et surtout aucun n'a été capable ce soir de faire la différence devant la cage.

2010-10-02-grenoble-amiens3Avec leurs deux buts de retard, les Brûleurs essaient de trouver quelques failles dans une défense amiénoise qui constitue un bloc particulièrement solide et peu perméable. Le bal des cages vides manquées se poursuit avec en point d'orgue une reprise sans contrôle quasiment à bout portant de Nicolas Arrossamena qui trouve le moyen de mettre le palet à côté alors que la cage grande ouverte s'offrait à lui.

Pas plus de réussite pour les Grenoblois lorsque Tomasek puis Deniset se retrouvent en prison. Les Brûleurs de Loups bénéficient d'une nouvelle double supériorité numérique mais manquent une nouvelle fois d'imagination avec trop de lenteur dans la transmission du palet pour créer un quelconque décalage dans le box play amiénois. Sans compter l'absence récurrente de joueurs devant le slot capable de reprendre les rebonds. Jean-François Dufour aligne pourtant à cinq contre trois ses plus fines gâchettes ou supposées comme telles : Broz, Krayzel, Sivic, Wallin et Amar. Il semblerait que les problèmes d'efficacité ne soient donc pas seulement l'apanage des plus jeunes...

Après cette longue période de domination stérile, les Grenoblois se font surprendre le plus simplement du monde à cinq contre cinq par une belle combinaison offensive amiénoise conclue tranquillement par Martin Tomasek (1-4, 50'04"). C'en est cette fois terminé des espoirs de victoire grenobloise, Amiens n'a plus qu'à gérer les dix dernières minutes en maintenant le jeu en zone neutre, ce que les Gothiques savent faire à la perfection. Une dernière pénalité de Vincent Bachet n'y changera rien : résignés, les Brûleurs de Loups ont cette fois baissé les bras.

Pour une fois, Antoine Richer peut repartir satisfait de son déplacement en Isère : sans forcer leur talent, les Gothiques se sont reposés sur l'efficacité de leur power-play grâce notamment à un très bon Paul Deniset qui a démontré toutes ses qualités aux abords du slot. Billy Thompson a parfaitement maîtrisé son sujet et la défense amiénoise s'est montrée très efficace avec un bloc bien regroupé lors des infériorités numériques, la grande satisfaction de la soirée. Cette solidité défensive permet à Amiens de voir l'avenir en rose : les Gothiques sont leaders de la Ligue Magnus ce soir.

Terrible constat d'échec en revanche pour Grenoble qui encaisse sa troisième défaite en trois sorties officielles à domicile cette saison. Malgré une bonne volonté évidente, les carences grenobloises ont été trop nombreuses ce soir. Offensivement, c'est le néant ou presque. Les occasions sont pourtant là mais leur concrétisation frise le zéro pointé avec un nombre incalculable de cages grandes ouvertes manquées, la palme revenant à Mitja Sivic qui n'a pas fait honneur à sa réputation supposée de buteur ce soir. Et la défense, point fort supposé de l'équipe cette année, n'a rien à envier à l'attaque : les arrières ne parviennent pas à s'imposer physiquement devant leurs propres cages, laissant une marge de liberté incroyable aux attaquants adverses. L'absence d'Alexandre Rouleau a certainement pesé lourd dans ce domaine comme plus généralement dans l'inefficacité des unités spéciales, catastrophiques ce soir.

Comme pour stigmatiser les manques grenoblois, les chiffres parlent d'eux-mêmes : 0 sur 7 en supériorité numérique, 2 sur 4 en infériorité numérique ! Avec de telles insuffisances, difficile d'espérer une issue positive à n'importe quel match. Si on ajoute un jeu "à la canadienne" que beaucoup de joueurs n'ont pas la possibilité d'appliquer du fait d'un physique insuffisant, on se rend compte des progrès qu'il reste à accomplir pour éviter que ce genre de déconvenue, copie conforme de celle de Strasbourg, ne se reproduise trop souvent. Et les blessures de Baylacq et Moisand n'arrangeront pas les affaires grenobloises dans les semaines à venir. Pourtant il y a urgence car le public grenoblois risque de se lasser.

Désignés meilleurs joueurs du match : Ludek Krayzel (Grenoble) et Martin Tomasek (Amiens)

(photos www.hockey-passion.com)


Commentaires d'après-match (d'après Le Dauphiné Libéré) :

Loup Benoît (attaquant de Grenoble) : "Perdre à domicile, ce n'est pas un phénomène ! On tombe deux fois sur de grosses équipes, Strasbourg et Amiens. Là, on a mal commencé le match, il a fallu courir après le score. Mais ça va venir, le travail paie toujours."

 

Grenoble - Amiens 1-4 (0-2, 1-1, 0-1)

Samedi 2 octobre à 20h à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3450 spectateurs
Arbitrage de Savice Fabre assisté de Anne-Sophie Boniface et Guillaume Gielly

Pénalités : Grenoble 8' (4', 4', 0'), Amiens 14' (4', 4', 6')
Tirs cadrés : Grenoble 33 (7, 15, 11), Amiens 22 (7, 8, 7)

Évolution du score :

0-1 à 05'47" : Pazak assisté de Béron et Roussel
0-2 à 18'54" : Deniset assisté de Trabichet et Tomasek (sup. num.)
1-2 à 32'42" : Benoît assisté de Crossman
1-3 à 34'10" : Deniset assisté de Bergin et Hecquefeuille (sup. num.)
1-4 à 50'04" : Tomasek assisté de Bergin et Offret

 

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Baptiste Amar (C) - Jason Crossman ; Viktor Wallin - Maxime Moisand [puis Gillet au 2e tiers] ; Aymeric Gillet - Rémi Colotti.

Attaquants : Julien Baylacq [puis Papa au 2e tiers] - Christophe Tartari (A) - Mathieu Leblond ; Ludek Krayzel - Ludek Broz (A) - Joris Bedin [puis Sivic au 2e tiers] ; Mitja Sivic [puis Arrossamena au 2e tiers] - Loup Benoît - Graham Avenel ; Elie Raibon - Raphaël Papa - Nicolas Arrossamena.

Remplaçants : Sébastien Raibon (G), Maxime Suzzarini. Absents : Alexandre Rouleau (suspendu), Vincent Llorca (blessé à la main).

Amiens

Gardien : Billy Thompson.

Défenseurs : Thomas Roussel - Pavel Kowalczyk ; Teddy Trabichet - Kévin Hecquefeuille (A) ; Vincent Bachet (C) - Romain Bault.

Attaquants : Grégory Béron - Paul Deniset - Miroslav Pazak ; Martin Tomasek - Kevin Bergin (A) - Yannick Offret ; Simon Petit - Anthony Mortas - Florent Neyens ; Valentin Claireaux ; Julian Marcos.

Remplaçants : Léo Bertein (G), Maxim Belov.