Amiens - Chamonix (Ligue Magnus, 4e journée)

Amiens_chaos Il y a des places qui ne se méritent pas dans le championnat

L'idée est peut-être brute, mais bien réelle. Et l'idée vaut autant pour Amiens que pour Chamonix, soit le leader et la lanterne rouge avant les soixante minutes. Ce samedi 9 octobre au Coliseum, bon nombre de supporters étaient venus le sourire aux lèvres et pour cause, puisque le leader de Magnus jouait ce soir dans l'Enfer du Nord. Mieux même, quand le leader s'avère être Amiens, chose qui n'était pas arrivée depuis bien longtemps et qui ne risque pas de se reproduire de si tôt quand on prête attention à la prestation picarde sur ce match.

Certes, si la partie s'était jouée à Chamonix, nous n'aurions pas manqué de saluer les deux premiers points des Alpins dans un championnat où ils ne déméritent pas. Mais voilà, ce soir on était à Amiens et nous ne manquerons donc pas, comme l'ensemble de la presse locale, de parler franchement - quitte à être tranchant.

Car sur le glaçon, ce soir, les Alpins ont été fidèles à eux-mêmes : défensifs à croire qu'ils jouaient leurs vies, les Chamois et leur gardien Florian Hardy ont su se montrer efficaces. Trois buts, dont le dernier en prolongation, pour achever des Amiénois méconnaissables sur cette partie. Une équipe qui (re)tombe dans ses travers en se mettant au niveau d'équipes respectables.

Certains supporters ont pu penser à un requiem du match contre Gap l'an dernier, mais les Picards ont tout de même fait mieux. Une dernière minute intense avec deux buts, et une prolongation attendue par les deux équipes. À bien y regarder, le point amiénois de ce soir se vaut, mais les deux pris par Chamonix sont enviés.

Un but partout, y compris pour le zèbre du soir
Amiens-ChamLe match débute à peine que, déjà, Amiens est à l'attaque. La soirée s'annonce bien longue pour Chamonix quand Pavel Kowalczyk récupère le puck dans la zone offensive et voit son lancer dévié par Grégory Béron (5'). Pas suffisant pour marquer, mais assez pour mettre la pression aux Alpins. C'est ensuite Kevin Bergin qui remet à Yannick Offret au second poteau dont le tir est stoppé par Florian Hardy. Huit minutes de jeu sont déjà passées et Thomas Roussel monte au créneau, sans pouvoir contrôler correctement la rondelle. Le match de ce soir, c'est aussi l'occasion pour le public du Coliseum de revoir Julian Marcos de nouveau sur la glace et qui, en ce début de partie, se fait quelque peu bousculer avant d'inverser les rôles au fil du temps.

Les vagues d'attaques amiénoises se poursuivent mais peu de tirs sont décochés, la faute à une défense jaunes particulièrement soudée. Et quand la défense plie légèrement, Simon Petit et Valentin Claireaux s'acharnent sans succès face à Hardy qui finit par geler le caoutchouc. Pendant ce temps, Chamonix tire une première fois au but par l'intermédiaire de Mathieu Seguy qui, en contre, sollicite Billy Thompson. La plus grosse occasion amiénoise de ces premières minutes est sans conteste le break de Miroslav Pazak. Lancé comme d'habitude entre deux défenseurs par une passe extrêmement précise de Kowalczyk, le Slovaque butte sur le portier adverse qui ne se couche pas.

Et puis, sur un engagement offensif, Bergin et son adversaire se montrent impatients de récupérer une rondelle encore dans les mains arbitrales. Le zèbre assistant demande au 21 local de changer, et ce dernier discute alors de façon diplomatique sur cette décision, cherchant à comprendre. L'arbitre assistant s'engage dans une explication visiblement pédagogique que Bergin écoute tout en sortant du cercle quand l'arbitre principal, posté derrière le but chamoniard, s'agite tout d'un coup et distribue dix minutes de méconduite au Canadien pour, vraisemblablement, un retard de jeu. Incompréhension dans le Coliseum sur cette ouverture du score arbitrale originale. Dix minutes durant lesquelles Florent Neyens remplace l'un des deux assistants des Gothiques et voit les chamoniards plus entreprenants. Les Alpins se montrent efficaces et, sur un engagement offensif, profitent d'un cafouillage devant le but pour ouvrir leur compteur (18'45, 0-1). Les craintes picardes se font sentir et s'estompent quelques minutes plus tard avec l'égalisation : Martin Tomasek et Valentin Claireaux passent derrière le but d'Hardy et remettent dans l'axe à Teddy Trabichet qui fusille le gardien adverse (19'53, 1-1).

Thompson-PazakÀ la pause, on pense les Gothiques enfin lancés. Il est même regrettable de ne pas avoir deux autres minutes à jouer dans la foulée qui auraient pu forcer le destin.

Jeu brouillon, et quelques prisons

La phrase suffit à résumer le deuxième tiers dans lequel aucune équipe ne fait la différence. Amiens se montre moins dominateur et le Coliseum retient son souffle à chaque raid adverse en zone picarde. Un deuxième tiers d'unités spéciales où Brent Patry est le premier puni (22'19, faire trébucher). Un shoot de Kowalczyk hors cadre puis un autre de Roussel sur Hardy, et Patry revient sur le glaçon. Deux minutes passent et le capitaine Richard Aimonetto prend son relais au cachot (26'07). C'est cette fois Vincent Bachet qui rate le rebond laissé devant la cage par le portier des Chamois, avant qu'Anthony Mortas ne tente sa chance.

Encore deux minutes sans but, et puis Julian Marcos laisse les siens à quatre (28'23, accrocher). Chamonix installe alors son powerplay tant bien que mal, et seul Fabien Veydarier sollicite Thompson. Entre deux pénalités de Marcos (la seconde à 31'37 pour obstruction), Amiens se montre approximatif dans ses tirs, et la balustrade n'en finit plus de résonner alors que Bergin en termine avec ses dix minutes. Le colosse amiénois prend place à quatre contre cinq pour empêcher les jaunes de tirer depuis la bleue. Le palet est dégagé et Hardy le récupère derrière son but. Pris en tenaille par Tomasek et Bergin, le goalie se dégage mal et sauve les meubles comme il peut face aux deux Amiénois, avant que Simo Pulkki ne vienne faire le ménage en balançant Tomasek. En prison pour deux minutes, on joue à quatre contre quatre quelques instants. On passe alors à un jeu de contres où il est difficile de dire qui se distingue le plus, mis à part les deux gardiens. Même chose à cinq contre cinq jusque la fin du tiers, excepté lors de la pénalité de Bachet (38'46, accrocher) qui permet au CHC de dominer jusqu'au buzzer.

Une dernière minute de folie

À la reprise, les Chamois poursuivent leur jeu de puissance, avec toutefois moins d'aisance, et les Amiénois reprennent leur domination au complet. Claireaux et Marcos sollicitent Hardy avec des tirs cadrés, élément manquant côté picard en deuxième période. Arnaud Hascoet s'élance ensuite en contre et profite d'un marquage des gris approximatif (qui ne va pas s'arranger sur le tiers) pour forcer Thompson à l'arrêt. Si les actions aboutissent, les transmissions de palet sont à revoir, notamment pour Amiens qui en fait profiter son hôte du soir.

But_AmiensOn entre dans les dix dernières minutes de jeu que Mortas, Béron et Pazak achèvent une belle combinaison offensive par un lancer sur Hardy. Carl Lauzon, meilleur pointeur de Magnus, en prison (51'09, obstruction), le public pousse les gris qui se procurent de nombreuses occasions. Le puck traîne tout près du but où Bachet et Pazak s'échangent le palet pour laisser le tir à l'autre quand Hardy fait l'essuie-glace. Trois secondes de « À toi » «Non, je n'en ferai rien, je t'en prie » et la défense adverse arrive. Le jeu s'anime alors vers le but de Thompson que Pazak reste à terre derrière le but des visiteurs, visiblement sonné. « J'ai pris une charge et j'ai perdu un peu connaissance mais ça va mieux, nous confie le 55 local à la fin de la partie. Le match de ce soir était compliqué. On a du mal à marquer le deuxième but et on concède l'égalisation juste derrière. C'est triste devant notre public, on est vraiment dégoutés. Il faudra se reprendre dès le prochain match. »

Et, en effet, une dernière pénalité des Chamois (Vincent Kara à 57'47 pour retenir) permet aux amiénois de marquer enfin, à quarante secondes du buzzer : Le palet circule dans la zone chamoniarde et Pazak donne, depuis le second poteau, à Mortas dans l'axe qui pousse le palet au fond (59'18, 2-1). Le public exulte et Stéphane Gros prend un temps mort pour sortir son gardien. Coaching gagnant puisque Brent Patry, libre dans l'axe de tout marquage et monté au créneau pour l'occasion, crucifie un Thompson bien seul (59'32, 2-2). «On a fait un beau match ce soir et ça fait du bien de marquer ses premiers points, affirme le buteur anglophone. Là on pense déjà au match mardi contre Morzine. Ce sera dur mais pas impossible de les battre. »

Et si il y en a un qui ne digère pas cette égalisation, c'est bien Kevin Bergin : « Je pense qu'on a fait un beau cadeau à Chamonix ! À trente-deux secondes de la fin, le match était gagné. Je fais partie des six joueurs qui étaient sur la glace à ce moment là et on se prend un but complètement inconcevable. Ce n'est pas possible qu'il y ait un mec tout seul dans le slot alors qu'il reste vingt secondes à jouer. C'est la première fois que ça m'arrive dans ma carrière et c'est vraiment frustrant. Maintenant on ne peut plus rien faire, le match est terminé. On gagne en équipe, et on perd en équipe également : on ne peut pas mettre la faute sur Billy ni sur personne. Il faut mieux jouer en équipe pour couvrir le slot et le gardien. Il ne faut plus que des choses comme ça arrivent. Et si on marque à toutes les occasions qu'on a, on n'est pas dans ce pétrin-là à la fin du match. Le gardien (Hardy) n'a pas brillé, c'est nous qui l'avons bien fait paraître. Moi-même je prend trois shoots que j'envoie directement sur son plastron, et on ne peut pas marquer comme ça. Paul (Deniset) n'était pas là, mais ce n'est pas une excuse. Il faut prendre nos occasions pour marquer. »

Une leçon à retenir

Petit-Belov-MarcosSonnés par ce retour au score, les Amiénois conservent le palet dans leur zone et attendent la prolongation pour prendre un point. Un point et pas les deux de la victoire, car un contre chamoniard a raison des Picards. Carl Lauzon prend la défense locale de vitesse pour donner la victoire aux siens. La défaite est amère pour Amiens qui doit se ressaisir dès mardi face à Strasbourg devant son public et gagner de nouveau à domicile.

Teddy Trabichet (défenseur d'Amiens) : « On est tous très déçus. On a quand même 50 shoots à 23. On arrive à passer à 2-1 et on se reprend un but - on va dire bête - à 30 secondes de la fin. Ce sont deux matchs qu'on perd à la maison, ce n'est pas normal, il va falloir vite se ressaisir. La défaite en prolongation, ça fait deux fois, il faut qu'on travaille ça et qu'on s'améliore. »

Stéphane Gros (entraîneur de Chamonix) : « Ce soir j'avais fait le choix de mettre l'accent sur la défense. Cela aurait été dommage de perdre le match à trente secondes de la fin. Je sors le gardien et on égalise, on a enfin de la réussite. Il n'y a hold-up que vis-à-vis du classement, la rencontre fut équilibrée. Cela fait vraiment du bien après trois matchs difficiles. La lanterne rouge n'était pas notre place. Je sens qu'on peut faire quelque chose avec cette équipe depuis le début. Il faut continuer à travailler et la différence de ce soir, c'est qu'on prend que deux buts contre dix-sept en trois journées. On est enfin lancé au niveau comptable, j'espère que c'est la cas aussi au niveau de la confiance. »

Florian_HardyFlorian Hardy (élu meilleur joueur de Chamonix) : « Je suis content de ce que j'ai fait, mais c'est d'abord une victoire d'équipe avec le choix de se laisser dominer ce soir. J'ai fait mon job avec les shoots que les défenseurs me laissaient. Il faisait vraiment chaud ce soir et ça a été dur physiquement. Malgré les rebondissements dans les dernières minutes, ça se finit bien pour nous. Le second but est un peu pour moi. Ça se joue tout près et le palet tape le patin de mon défenseur. Je n'ai pas le temps de voir venir. On a eu un moment de doute en voyant qu'on était dernier. La chance, ça se procure, et on est vraiment heureux d'autant plus que peu d'équipes gagneront ici selon moi. »

Valentin Claireaux (attaquant d'Amiens de retour de regroupement en Équipe de France U20) : « On a eu des grosses occasions et leur gardien joue bien le coup. On aurait pu faire la différence dès le premier tiers mais on a des ratés. On ne peut pas se permettre d'être aussi relâché, et de concéder l'égalisation si près de la fin. Chamonix a vraiment bien joué le coup et je pensais qu'on prendrait le large rapidement. Mardi je jouerai à Amiens et pas en U20. C'était compliqué à Grenoble car ce sont quand même des bons joueurs. On est là-bas pour se préparer à des championnats du monde où l'on est favoris. Le but, c'est de travailler défensivement, quitte à prendre des volées, pour mieux gagner après. Il y avait Pierre Pousse et Dave Henderson sur le banc mais ils étaient juste observateurs pour regarder les joueurs qui vont passer en U23. On n'avait qu'un seul coach sur le banc. »

Adrien Lhermitte / Photos : Élie Lefebvre

Avec Émilie Enault

Lien vers la galerie photo de la rencontre : Amiens-Chamonix

 

Amiens – Chamonix 2-3 après prolongation (1-1, 0-0, 1-1, 0-1)
Samedi 9 octobre 2010 au Coliseum d'Amiens. 2100 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez assisté d'Adrien Ernecq et Nicolas Piedigrossi.
Pénalités : Amiens 20' (2'+10', 6', 2', 0'), Chamonix 10' (0', 6', 4', 0').
Évolution du score :
0-1 à 18'32 : Lauzon assisté de Aimonetto et Hascoet
1-1 à 19'53 : Trabichet assisté de Tomasek et Claireaux
2-1 à 59'18 : Mortas assisté de Pazak et Hecquefeuille (sup. num.)
2-2 à 59'32 : Patry assisté de Aimonetto et Lauzon
2-3 à 61-12 : Lauzon assisté de Aimonetto

 

Amiens

Gardien : Billy Thompson.

Défenseurs : Pavel Kowalczyk – Thomas Roussel ; Teddy Trabichet – Kevin Hecquefeuille (A) ; Vincent Bachet (C) - Romain Bault ; Maxim Belov.

Attaquants : Grégory Béron – Anthony Mortas – Miroslav Pazak ; Martin Tomasek – Kevin Bergin (A) [puis Florent Neyens de 18' à 28'] – Yannick Offret ; Julian Marcos – Valentin Claireaux – Simon Petit.

Remplaçants : Léo Bertein (G), Aïna Rambelo. Absent : Paul Deniset (nez cassé).

Chamonix

Gardien : Florian Hardy

Défenseurs : Anders Torgersson - Damien Torfou ; Simo Pulkki - Fabien Veydarier ; Maxime Claret-Tournier ; Brent Patry.

Attaquants : Laurent Gras (A) – Richard Aimonetto (C) - Carl Lauzon ; Mathias Terrier – Emil Tobiasson – Alexandre Audibert ; Arnaud Hascoet – Aram Kevorkian (A) – Vincent Kara.

Remplaçant : Tom Charton (G). Absent : Thibault Geffroy (malade).