Dinamo Riga - Lokomotiv Yaroslavl (KHL)

La KHL en vrai

2010-10-11-Riga-Yaroslavl2Alors, à quoi ça ressemble, la KHL en vrai ? Déjà, à un environnement où il fait plus froid en dehors de la patinoire que dedans, ce qui incline naturellement à se rendre au match. De toute façon, à Riga, on est vite dans l'ambiance. Sur la première affiche croisée dans les rues, Sandis Ozolinš invite à venir voir le Dinamo. Le premier écran de bar croisé diffuse un match de KHL. Et un rapide zapping à la télévision aboutit à un match de la MHL, la ligue junior de la KHL, jouée dans une Arena Riga presque totalement vide.

Seuls les seniors déplacent les foules, même si l'Arena Riga n'est qu'à moitié pleine ce soir. Il faut dire qu'en comptant le match-exhibition contre les Phoenix Coyotes de la NHL, on est au troisième d'une série de quatre rencontres à domicile en huit jours ! En période de crise, les portefeuilles lettons ne peuvent pas toujours suivre le rythme effrené du calendrier de la KHL, fait d'alternance entre longues tournées et périodes prolongées à la maison.

Avec un peu plus de dix mille places, cette Arena Riga reste assez intimiste, loin du gigantisme des grandes salles. L'estomac rempli de saucisses Dinamo, de fromages Dinamo ou de biscuits Dinamo (une gamme complète de produits alimentaires pour lesquels un centime est reversé au club par unité achetée), les supporters habillés de grenat peuvent donc admirer et encourager leur équipe de près.

Le défi est important ce soir car l'adversaire, le Lokomotiv Yaroslavl, n'a qu'un point d'avance au classement. La vérité oblige cependant à préciser qu'il compte trois parties jourées de moins. Depuis le début de la saison, le Loko s'appuie énormément sur son duo composé du centre tchèque Josef Vašicek et du meilleur marqueur des derniers Jeux olympiques, le Slovaque Pavol Demitra. Ils cherchent encore un troisième homme à leur niveau. Aleksandr Korolyuk, rentré depuis peu de blessure, les accompagne ce soir.

Réjouissances de courte durée

Les supporters en grenat applaudissent leur équipe dès la deuxième minute pour un mouvement en quatre passes à l'entrée en zone offensive. Ils se réjouissent encore plus du premier but, venu d'une action anodine, un lancer rasant à mi-distance de Rodrigo Lavinš. Le gardien allemand Dimitrij Kotschnew aurait sans doute arrêté ce tir s'il n'avait pas été gêné par un attaquant poussé par son coéquipier Ivan Tkachenko (1-0).

2010-10-11-Riga-Yaroslavl3Le public en est encore à chanter "Riga ! Riga !" pour fêter ce but que ses mots lui restent dans la gorge. Le Lokomotiv a en effet égalisé en seulement douze secondes : Klyukin a tiré du cercle droit et Kalyanin s'est avancé seul au rebond (1-1). Qu'on se rassure, le silence de mort ne dure que cinq secondes. Les supporters reprennent leurs encouragements, et un diable bleu armé d'une fourche donne le signal d'une ola dès le premier tiers-temps. On ne perd pas de temps à Riga !

Chris Holt, le gardien canadien du Dinamo qui a désormais clairement supplanté Tellqvist comme titulaire, laisse échapper un tir de Lehterä au-dessus de lui et plonge acrobtiquement en arrière pour rattraper le palet. Dans les minutes suivantes, sa mitaine lâche deux gros rebonds. La domination russe est alors nette et se poursuit jusqu'à une pénalité d'Ozolinš. Cete première supériorité numérique russe est annulée par Anikeenko qui donne le palet dans sa zone défensive à Surovy et doit plonger dans les patins du Slovaque pour l'empêcher de filer au but.

Le champion olympique 2006 Daniel Tjärnqvist part ensuite en prison, mais Ozolinš ne parvient pas à organiser le jeu de puissance : successivement Kalyanin se couche devant son slap, puis Vasicek lui vole le palet. Yaroslavl revient donc à cinq, et un lancer de Konstantin Rudenko fait résonner la transversale. Le premier tiers-temps se termine avec un arrêt-photo de la mitaine de Holt sur un slap de la bleue de Tjärnqvist, et le score de 1-1 est assez flatteur pour Riga.

En dépit de la logique des mises au jeu

Par un coquin de sort, c'est du secteur où les Lettons se font manger tout cru que vient leur but suivant : les mises au jeu. On engage dans la zone de Yaroslavl à cause d'un hors-jeu volontaire du Loko, pourtant en supériorité numérique. En l'absence de centre sur la glace, l'ailier Martins Karsums se retrouve au point d'engagement face au solide Vasicek et réussit par quelque miracle à décaler le palet dans l'axe vers Tomaš Surovy qui envoie un tir instatané en lucarne (2-1).

2010-10-11-Riga-YaroslavlCet avantage ne dure guère plus longtemps que le précédent : moins de deux minutes. Le capitaine adverse Karel Rachunek fait un grand tour de cage, revient en haut des cercles, perd quasiment le palet mais le récupère de justesse sur sa palette et l'envoie des poignets dans le haut du filet (2-2). Apparemment les équipes ne veulent pas se départager.

Les actions d'école sont pour les Lettons dans ce match : une longue passe de la zone défensive déviée avant la ligne bleue par Ankipans pour Karsums lancé qui part dans le dos de Rachunek et est fait trébucher par le champion du monde. Cette fois c'est Nizivijs qui prend les commandes du powerplay côté gauche : le vétéran technique garde le palet longtemps dans sa crosse sans trouver de solution.

Le jeu de puissance de Yaroslavl, en carré avec un joueur devant la cage, est plus dangereux lorsqu'il est installé : circulation de palet rapide, mouvement, lancers, déviations... Tout y est sauf le but. Il faut attendre un 5 contre 3, avec Mikus et Sprukts en prison, pour que Demitra à droite du but trouve la déviation de l'axe de Vašicek, lâché au marquage par Surovy (2-3).

Jori Lehterä est pénalisé sur la mise au jeu, la seule qu'il a perdue depuis le début, et Kalimalin commet une obstruction sur Ankipans pendant un centre letton. Le Lokomotiv compte à son tour deux hommes en prison. Vasicek parvient à s'échapper à 3 contre 4 (avec peut-être une faute russe au départ de l'action), mais Holt est à la parade. Riga ne profite pas de sa double supériorité numérique et rentre aux vestiaires avec un but de retard, logique.

Un efficace condensé de troisième ligne

Julius Supler, l'entraîneur slovaque du Dinamo Riga, modifie ses lignes pour les vingt dernières minutes. Il réduit son équipe à trois lignes, laisse sur le banc son jeune compatriote Juraj Mikus et place le Canadien Brock Trotter entre les internationaux Mikelis Redlihs et Lauris Darzinš. Dès sa première présence, ce nouveau trio met le feu avec deux palets remis devant la cage.

2010-10-11-Riga-Yaroslavl4Alors que Karsums est en prison pour avoir cassé une crosse adverse, Trotter s'échappe en infériorité et provoque une faute de Guskov. La supériorité se renverse et le Dinamo y marque un but magnifique : passe d'Ozolinš à la bleue déviée à gauche du but par Surovy pour Nizivijs à l'opposé. Le meilleur marqueur de Riga n'a plus qu'à s'approcher du coin de cage pour inscrire son 17e point en 14 matches (3-3).

C'est encore le travail de la troisième ligne condensée qui provoque la pénalité suivante : Tkachenko fait trébucher Trotter devant la cage. Cette fois l'action collective compliquée ne passe pas. Qu'importe, le trio inédit continue de détoner à 5 contre 5. Si Redlihs manque l'immanquable seul devant la cage, c'est finalement Lauris Darzinš qui décoche un beau tir au-dessus de l'épaule droite de Kotschnew, descendu comme souvent en papillon (4-3).

Concentration et vigilance sont maintenant au menu du Dinamo pour préserver ce succès : personne ne lâche son homme, tout le monde remonte proprement le palet. Une obstruction sifflée en zone offensive contre Karsums (57'36") met cependant les Lettons sous forte pression. À 6 contre 4, avec les gabarits de Vašicek (192 cm) et Mikhnov (195 cm) devant la cage, ce sont de vraies mêlées qui se forment autour de Holt après deux slaps puissants de Guskov. Le Dinamo a survécu à ces deux coups de canon et peut se soulager dans les filets déserts : le palet de Surovy y file tout doucement, et Rachunek empêche une seconde cage vide dans les dernières secondes, pour l'honneur.

Lauris Darzins est élu joueur du match, et le Canadien de poche Brock Trotter a sans doute gagné sa place sur une troisième ligne très prometteuse dans ce troisième tiers. Julius Supler a raison de s'auto-congratuler, son remaniement tactique a changé le cours de la partie.

Le public de Riga peut scander "Molodets" ("bons garçons") en russe - si si ! - à la fin du match. Ce sont de braves gars, ces types en grenat, et c'est grâce à leur sacrée énergie, le Dinamo au banc raccourci a su triompher d'une équipe de Yaroslavl au potentiel indéniablement supérieur, mais qui n'a pas su utiliser tous ses atouts, en particulier en kilos et en centimètres. Alliance de tradition, sur quelques mouvements à une touche de palet, et de détermination, le Dinamo est toujours capable de bousculer les meilleurs dans cette KHL. On regrette qu'il n'ait pas fait preuve du même état d'esprit l la semaine dernière contre Phoenix, cela aurait donné une confrontation intéressante.

Commentaires d'après-match

Julius Šupler (entraîneur du Dinamo Riga) : "Je pense que c'était un de nos meilleurs matches de la saison. Déplacer Trotter sur la troisième ligne était la bonne décision. Nous avons fait une excellente fin de match. Je suis heureux que l'équipe ait cru en la victoire !"

Kai Suikkanen (entraîneur du Lokomotiv Yaroslavl) : "Après les deux premières périodes, nous tenions ce match. La dernière période a été putain de terrible. Quatre pénalités, et ça n'a même pas d'importance puisqu'en supériorité nous avons concédé un but et un break. De ce match, je ne retiens que cette dernière période et ces erreurs... Riga a une bonne équipe, ils patinent bien, ont de bons joueurs offensifs comme Sprukts et Hartigan et un gros défenseur avec Ozolinš."


Dinamo Riga - Lokomotiv Yaroslavl 5-3 (1-1, 1-2, 3-0)
Lundi 11 octobre 2010 à 19h30 à l'Arena Riga. 4350 spectateurs.
Arbitrage d'Anatoli Zakharov et Aleksandr Soïn (Moscou) assistés d'Ivan Sazonov et Aleksandr Kamurkin (Moscou).
Pénalités : Riga 16' (2', 8', 6'), Yaroslavl 16' (4', 6', 6').
Tirs : Riga 36 (10, 10, 16), Yaroslavl 36 (13, 15, 8).
Engagements : Riga 24 (5, 10, 9), Yaroslavl 57 (17, 23, 17).
Évolution du score :
1-0 à 04'23" : Lavinš assisté de Niživijs et J. Redlihs
1-1 à 04'35" : Kalyanin assisté de Klyukin et Galimov
2-1 à 25'20" : Surovy assisté de Karsums (inf. num.)
2-2 à 27'10" : Rachunek assisté de Tkachenko
2-3 à 37'28" : Vasicek assisté de Demitra et Guskov (sup. num.)
3-3 à 46'00" : Niživijs assisté de Surovy et Ozolinš (sup. num.)
4-3 à 51'27" : Darzinš assisté de Trotter et M. Redlihs
5-3 à 59'02" : Surovy (inf. num., cage vide)


Dinamo Riga

Gardien : Chris Holt (CAN).

Défenseurs : Kristaps Sotnieks – Arvids Rekis ; Sandis Ozolinš (C) – Oskars Cibulskis ; Jekabs Redlihs - Rodrigo Lavinš.

Attaquants : Martinš Karsums – Janis Sprukts – Girts Ankipans ; Aleksandrs Niživijs – Mark Hartigan (CAN) – Tomas Surovy (SVK) ; Lauris Darzinš – Juraj Mikus (SVK) – Mikelis Redlihs ; Roberts Bukarts – Brock Trotter (CAN) – Gints Meija.

Remplaçant : Mikael Tellkvist (G, SUE). Absents : Andris Džerinš, Vitali Karamnov (surnuméraires).

Lokomotiv Yaroslavl

Gardien : Dimitrij Kotschnew (ALL/RUS) [sorti de 58'06" à 59'02" et de 59'17" à 60'00"].

Défenseurs : Aleksei Vassiliev - Karel Rachunek (C, TCH) ; Daniel Tjärnqvist (SUE) - Aleksandr Guskov ; Marat Kalimulin - Vitali Anikeenko ; Yuri Urichev (jr, une présence).

Attaquants : Pavol Demitra (SVK) - Josef Vasicek (TCH) - Aleksandr Korolyuk ; Konstantin Rudenko - Gennadi Churilov - Ivan Tkachenko ; Andrei Kiryukhin - Jori Lehterä (FIN) - Aleksei Mikhnov ; Aleksandr Kalyanin - Nikita Klyukin - Aleksandr Galimov.

Remplaçant : Aleksandr Lazushin (G).