La journée des dupes (version hockey sur glace français)

Entre_GothiquesAvant-match Dijon-Amiens (Coupe de la Ligue, 6e journée)

Ce mercredi 27 octobre au soir se déroulera la dernière rencontre des huitièmes de finale de Coupe de la Ligue opposant l'équipe de Dijon à celle d'Amiens, et cela une semaine après la fin des autres rencontres de poule dans cette compétition. Une semaine de retard pour boucler le classement - déjà figé - de la poule B et un mot d'excuse signé par la « vie scolaire » de la fédération française de hockey sur glace elle-même.

Mais sur le précieux mot relayé par les deux clubs - avec pour chacun une variante - figure un motif bien original : loin des problèmes de grève du personnel de la patinoire, des surfaceuses en panne ou autres banalités, on peut lire : « Match reporté pour cause de non présence d'un médecin ».

D'accord, le problème - qui fait parler depuis plus d'une semaine bien du monde dans de nombreuses patinoires et forums de France - est ici simplifié, mais cela rappellerait presque l'anecdote historique de la Journée des Dupes le 11 novembre 1630 où nombre de personnes à la Cour de France furent surprises d'une décision royale, et ce après une certaine attente et impatience.

Avant d'établir la similarité des deux évènements, en relativisant cependant l'importance de l'un par rapport à l'autre, petit rappel du contexte actuel :

Le mardi 19 octobre dernier se tenait la sixième et dernière journée des huitièmes de finale de la Coupe de la Ligue. Parmi les quatre poules, la « B », particulièrement serrée pour les deux places qualificatives se jouant entre Strasbourg, Amiens et Épinal. Si les alsaciens recevaient les spinaliens, Amiens s'en allait chez le dernier de la poule, Dijon, qui n'a jamais rien espéré de cette coupe et l'a parfaitement illustré avec un compteur affichant zéro point. Pourtant, les hommes du coach Daniel Maric avaient à cœur de faire tomber celui qui avait alors confirmé son statut de dauphin du championnat élite - les picards prenant alors les deux points de la victoire le samedi 16 octobre, justement en Bourgogne ! Du côté amiénois, une victoire ce soir là suffisait à les qualifier, qu'importe le résultat entre le favori strasbourgeois et les outsiders vosgiens. Bref, gagner pour s'éviter des imprévues au niveau des autres scores.

Sauf que, devant nombre de spectateurs venus assister à la rencontre, l'imprévu ne fut pas celui que l'on pensait.

Kevin_HecquefeuilleSans la présence obligatoire d'un médecin à Trimolet au coup d'envoi à 20h, l'arbitre du soir donnait un délai de 15 minutes au club organisateur pour en trouver un. De quoi refroidir les joueurs sans pour autant les démotiver. Arrive alors 20h15, et le coach amiénois Antoine Richer prie ses joueurs de rentrer au vestiaire se changer. Cependant, le médecin est sur la route et arrive à la patinoire à 20h25. Des coups de fils sont passés, les règlements consultés, le président de la fédération Luc Tardif appelé, et l'on convie les visiteurs à revenir sur la glace. Sauf que, les Gothiques sont sous les douches et repartiront le soir même sans avoir entendu le moindre coup de sifflet arbitral. 20h45, et le speaker annonce à un public déçu l'annulation du match.

Médusé, désabusé, ce public bourguignon n'a de cesse d'en appeler au scandale durant deux jours, et certains Amiénois désapprouvent leur équipe par son attitude. Mais voilà, le coach a ses raisons, et souhaite éviter des blessures. L'équipe de Dijon, elle, a bon dos : certes, ses supporters disent que leur équipe est restée sur la glace, mais il paraît inimaginable que les Ducs rentrent eux aussi au vestiaire devant leur public. Objectivement, les rôles n'auraient été qu'inversés en jouant à Amiens.

Mais soit, les réclamations fusent de toute part. Forfait, sanction, match à rejouer, autant d'idées évoquées après de nombreuses consultations du règlement qui laissent apparaître les torts de chacun, et cependant les deux séparant le non match de la décision de la fédération tant attendue.

Le véritable délai supplémentaire pour faire venir un médecin dans l'enceinte sportive est de 30 minutes, contre 15 données par l'arbitre du soir. Très peu de personnes s'intéressant à cette règle - peu employée - la fédération prend en charge l'erreur humaine. Ensuite, il est « reproché » à Dijon de n'avoir pas été assez réactif quant à la présence d'un ou plusieurs médecins. Enfin, Amiens est naturellement désapprouvé par son refus de retourner sur la glace.

Ces précédentes lignes ne sont qu'un bref résumé de deux jours de débats. Et les positions rappellent celles tenues par Louis XIII, Marie de Médicis et le Cardinal Richelieu.

Amiens_avant_match_autour_du_butRetour au XVIIe siècle. Louis XIII, fils de Henri IV et de Marie de Médicis règne depuis 1614, quatre ans après la mort de son père. Marie de Médicis assure alors la Régence jusqu'à ce que Louis XIII atteigne sa majorité (13 ans) en 1614. Les relations entre la mère et le fils sont des plus délicates. Marie de Médicis se montre cinglante envers Louis, et n'a de cesse de le rabaisser. Des relations qui se compliquent lorsque Concini vient seconder la Reine pendant la régence. L'équivalent du 1er ministre actuel est plus extrême envers Louis XIII, l'humiliant dès que possible.

Le jeune Roi reste sous influence des deux personnages même après sa majorité et, dans son malheur, déclenche ce qui deviendra plus tard la guerre de trente ans contre l'Espagne. Apparaît alors le Cardinal Richelieu, que Louis XIII prend comme « principal Ministre ». Rigoureux, longtemps vu comme impitoyable et sanglant, le Cardinal inflige une politique de rigueur que les Français digèrent mal et que la Cour, majoritairement du côté de Marie de Médicis, désapprouve.

Ces quelques lignes simplement pour vous donner le contexte de l'époque, aucun lien avec l'affaire actuelle.

Aucun lien, du moins jusqu'à la journée des Dupes.

Cette année de 1630, le Roi Louis XIII - qui serait la fédération - doit choisir entre deux stratégies possibles sur une même question : la poursuite ou non de la guerre contre l'Espagne. Marie de Médicis – Amiens ou Dijon, selon votre préférence – préconise le début des négociations et la signature d'un traité de paix. Richelieu – l'équipe que vous n'avez pas choisie pour incarner Marie de Médicis – souhaite quant à lui poursuivre la guerre, estimant la France proche de faire plier son voisin ibérique.

Durant une journée entière, la Cour de France – les amateurs de hockey sur glace intéressés par cette affaire – est tenue en haleine, attendant de connaître la décision de la féd... Pardon, de Louis XIII. Cette Cour, pour l'anecdote, voyait le Roi suivre la stratégie de sa mère. La France fut surprise – tout comme bon nombre de passionnés de hockey sur le compromis proposé par la fédé – d'apprendre que le Roi approuvait la décision de Richelieu, s'émancipant ainsi de l'autorité de sa mère. La fédération propose de son côté le compromis de rejouer le match ce mercredi 29 octobre 2010 à Dijon, et de prendre en charge les frais de déplacements d'Amiens, sachant que dans tous les cas, Amiens finit deuxième de la poule et Dijon quatrième.

Attention, cependant, la guerre de trente ans a davantage perturbée l'Histoire que le match Dijon-Amiens à rejouer – et c'est malheureux à avouer car cela prouve le faible intérêt national pour ce si beau sport.

Mais, dans tout ces débats des plus sérieux et engagés, il paraissait sympathique d'offrir une parenthèse historique avant le match tant attendu de ce soir. Car l'Histoire, de France ou du hockey France; ne s'écrit jamais d'avance.

Adrien Lhermitte / Photos : Élie Lefebvre

Dijon-Amiens (Coupe de la Ligue, Poule B, 6e journée)

Patinoire Trimolet (Dijon). Coup d'envoi à 20h