Présentation de la KHL : division Tarasov

Deuxième volet de la présentation de la KHL avec un constat désespérant : certains engagent le meilleur marqueur des JO de Vancouver, d'autres recrutent malin, beaucoup embauchent des champions du monde, et personne ne fait autant parler de soi qu'une bande de hooligans de glace maintenant dirigés par un ancien "goon", qui reçoivent une bénédiction religieuse avant de taper sur tout ce qui bouge !

Les faits majeurs à savoir et les étonnantes histoires de la division Tarasov, où l'on retrouve un ancien coéquipier de Carl Mallette et Mathieu Brunelle amené en Russie par une ancienne légende du hockey mondial reconvertie en agent...

 

RACHUNEK_Karel-100509-100Le meilleur marqueur des derniers Jeux Olympiques : voilà une recrue de prestige pour le Lokomotiv Yaroslavl s'il en est. Pavol Demitra n'avait que deux équipes qui l'intéressaient encore en NHL, celles où évoluent ses ailiers de toujours Marian Hossa et Marian Gaborik, c'est-à-dire respectivement les Chicago Blackhawks et les New York Rangers. Les premiers n'ont aucun moyen de recruter car ils ont explosé le plafond salarial, et les négociations avec les seconds se sont bloquées. Tout s'est passé beaucoup plus facilement entre Demitra et le Lokomotiv, mais c'est un autre joueur qui en a fait les frais.

Zbynek Irgl avait initialement signé une prolongation de trois ans, mais le contrat du Tchèque n'avait pas été enregistré auprès de la KHL, car celle-ci avait introduit entre-temps une nouvelle règle de séparation salariale (70% en saison régulière et 30% en play-offs). Quand l'opportunité Demitra s'est présentée, Irgl a été abandonné sans l'ombre d'un remords.

Après avoir d'abord été testé au centre (le poste qu'il occupe en équipe nationale), le Slovaque a finalement remplacé directement Irgl, sur l'aile du volumineux centre Josef Vasicek. Le technicien Aleksandr Korolyuk est le troisième homme de ce trio de choc. La défense enregistre également une recrue d'importance avec le champion du monde 2010 Karel Rachunek, qui a déjà passé trois ans à Yaroslavl dont le dernier titre en 2003.

Pour revenir au sommet, le club a confié son destin à Kai Suikkanen, l'entraîneur venu de nulle part qui a fait du TPS Turku un étonnant champion de Finlande et qui aura un parcours décidément atypique s'il réussit ce nouveau défi.

 

MozyakinSergeiLe pauvre Zbynek Irgl espérait se refaire une santé en signant à l'Atlant Mytishchi, mais le début de saison n'a pas souri. Sa femme a été blessée, heureusement sans trop de gravité, dans un accident de la route qui a détruit sa BMW X5, et il a débarqué dans une équipe en plein doute.

Est-ce vraiment étonnant quand la composition a été complètement remaniée ? La défense a été complétée tardivement : Dmitri Bykov n'a signé que fin août après de longues négociations, et Andrei Zubarev, qui devait l'accompagnie en première ligne, a dédaigné l'Atlant pour signer avec... Atlanta, en NHL. L'attaque n'a conservé que quelques joueurs dont la star Sergei Mozyakin. Les jeunes joueurs ont été renvoyés pour recruter des combattants expérimentés comme Dmitri Upper ou le centre Ivan Nepryaev, à même d'apporter plus de stabilité.

Sauf que cette stabilité, l'Atlant n'a même pas laissé le temps de l'installer. La saison était à peine commencée que les lignes changeaient déjà à chaque match, donnant une impression de tâtonnement et de panique. Après seulement deux journées, Vadim Epanchintsev a été rappelé en catastrophe de la lointaine Nijnekamsk, tout content de revenir près de Moscou où sa famille est installée. La recrue slovaque Milan Bartovic devait constituer un trio d'imports avec deux Américains : en pratique, Jeff Hamilton a été viré avant même que la saison ne commence, et Chris Bourque au bout d'un mois pour faire place au Canadien de NHL Kyle Wellwood, un attaquant technique.

Après un mois de capharnaüm, l'Atlant a démis Nikolaï Borshchevsky de ses fonctions d'entraîneur en chef sans même avoir de solution de rechange. "Heureusement" que Milos Riha s'est fait virer du Spartak au même moment : le Tchèque que l'on avait laissé partir il y a quatre ans alors que le club s'appelait encore Khimik, a ainsi été engagé, avec Borshchevsky comme adjoint. Il a une équipe dont le talent offensif est concentrée dans une seule ligne Mozyakin-Epanchintsev-Bulis... sauf que le pauvre Jan Bulis s'est fait une double fracture de la mâchoire en prenant dans la tronche un slap du cannonier de la ligne bleue Vadim Khomitsky. Un mois d'arrêt et beaucoup de tracas pour Riha.

 

DinamoAprès avoir été dirigé par l'ex-président de la fédération Vladimir Naumov, un mélange des genres qui aura fait plus de mal que de bien à l'équipe nationale du Bélarus, le Dynamo Minsk doit trouver sa voie. Une mission confiée au nouveau manager Sergei Katkov. Ce Russe était le responsable de la section culturelle et sportive des usines automobiles VAZ de Togliatti, puis à partir de 1992 du club de hockey local, le Lada, qui avait alors connu sa période faste (deux titres de champion de Russie et un de champion d'Europe) avec jusqu'à quatre joueurs biélorusses dans ses rangs.

Dernièrement à la retraite, Katkov a travaillé au recrutement au printemps, avant de quitter son poste en juin. Les dirigeants autour d'Aleksei Torbin se sont alors appliqués à revenir sur les engagements précédemment contractés, expliquant qu'il fallait revoir les salaires à la baisse. David Petrasek, le meilleur défenseur de la saison en Suède, apprenait ainsi que le contrat qu'il avait signé n'avait pas été enregistré par la KHL. Sa situation rendue publique a renforcé dans les pays scandinaves le scepticisme par rapport à la probité de la ligue russe, mais un accord a finalement été trouvé.

Cette politique de réduction salariale s'est aussi appliquée aux contrats en cours. Vitali Koval, le gardien international du Bélarus, avait accepté la coupe de 20% l'an passé car elle venait d'une décision générale de la KHL, mais quand le club remettre en cause sa rémunération une seconde fois hors de tout cadre réglementaire, il s'est fâché et est parti à l'Atlant. Le vétéran Andrei Mezin était donc le titulaire, mais sa doublure finlandaise Mika Oksa était peu convaincante. Les négociations avec Robert Esche, qui avaient commencé du temps de Katkov, ont donc repris, mais sur des bases beaucoup plus faibles. L'Américain, toujours sous contrat, a finalement signé pour 500 000 dollars environ alors qu'il demandait autrefois plus d'un million. Heureusement d'ailleurs car Mezin a des soucis avec son ménisque.

Malgré cet été agité, le Dynamo Minsk a fait la course en tête en KHL dès le début de saison. Il faut dire qu'il ne s'est finalement pas foulé sur le recrutement. Il a simplement engagé en bloc quatre joueurs (le défenseur slovaque Peter Podhradsky et le trio Glazachev-Stümpel-Spiridinov) de la première ligne qui portaient à bout de bras le Barys Astana, le club du Kazakhstan ! Les quatre hommes ont changé de maillot mais sont toujours aussi efficaces.

Si le Barys a laissé partir ses étrangers pour mieux servir son équipe nationale, le Dynamo Minsk commence lui aussi à prendre à coeur le rôle qu'il peut jouer pour la sélection biélorusse. Deux internationaux importants, le défenseur Viktor Kastyuchonak (Spartak) et l'attaquant Sergei Demagin (Neftekhimik) ont ainsi été "rapatriés".

 

NemecOndrejOn avait abandonné le Severstal Cherepovets comme un vestige industriel, un fantôme du bon temps de la sidérurgie dont la production remontait au début du siècle. Et puis, à l'automne dernier, le jeune entraîneur Dmitri Kvartalnov a pris les rênes de l'équipe. L'infléchissement n'a pas suffi à accéder aux play-offs, mais cet été, le recrutement du Severstal, pas fameux ces dernières années, a été évalué comme intelligent par plusieurs experts réputés. Une opinion qui n'a pas tardé à se vérifier sur la glace.

Le gardien Rastislav Stana n'est plus seul avec l'arrivée de Vassili Koshechkin, le portier géant de l'équipe de Russie. Cela fait tout simplement un des meilleurs duos de championnat, qui ne sied guère à un club de milieu de tableau.

Autre signe d'un changement de statut : en mai dernier, le jour même où les Tchèques battaient la Russie en finale des Mondiaux, le club annonçait le recrutement du défenseur médaillé d'or Ondrej Nemec. Un champion du monde à Cherepovets, cela ne se voit pas tous les jours ! Un recrutement finaud puisque le joueur avait évidemment signé son contrat avant que sa valeur ne grimpe par ce titre. Preuve que le club ne cède plus à la poudre aux yeux, l'autre nouveau défenseur, Timmy Pettersson (Djurgården) n'a jamais été international et est sous-coté dans son propre pays.

En attaque, le Severstal a fait revenir des joueurs formés au club qui étaient partis dès leur plus jeune âge. Le vétéran Vladimir Vorobiev est revenu après 17 ans et 4 titres de champion de Russie, alors qu'Aleksei Tsvetkov arrive tout auréolé d'excellents play-offs avec le MVD. Un club où l'on a sévèrement condamné l'attitude de Tsvetkov, parti sans prévenir alors qu'il avait promis qu'il resignerait. Fin septembre, c'est l'ex-capitaine Yuri Trubachev qui est rentré à Cherepovets après un peu plus d'un an au SKA. Il a ainsi quitté une collection de stars sans jeu collectif pour un club sans grand nom mais pourtant plus performant.

 

TorpedoL'été fut chaud à Nijni Novgorod, on peut même dire qu'il fut brûlant. Valeri Shantsev, nommé en juin pour un second mandat de gouverneur par le président russe Dmitri Medvedev, a dû se justifier en août lorsque 20 personnes sont mortes dans le district de Viksa, où un village de 341 maisons a entièrement brûlé faute du moindre système de protection incendie.

Heureusement pour Shantsev, il lui reste le hockey, son dada depuis longtemps. Moins de contestation populaire ? Pas sûr... L'an dernier, les supporters du Torpedo Nijni Novgorod ont largement critiqué le recrutement (et indirectement le gouverneur). Shantsev a présenté une autre vision des choses. Selon lui, c'est la faute à Popikhin et pas à l'effectif qui était très bon : le coach n'a pas su créer un collectif, et des clans se sont formés, au point que les Tchèques Bednar et Brendl ne voulaient même plus jouer ensemble. Quant au rappel de Popikhin trois semaines après son licenciement, ce n'était pas un revirement, c'est juste parce que Sergei Mikhalev voulait plus continuer à entraîner. Tout s'explique...

Pour essayer de redresser la situation, Valeri Shantsev s'est souvenu qu'il avait été vice-maire de Moscou. Et pas uniquement pour présenter - en vain - sa candidature au Kremlin pour remplacer Yuri Luzhkov (le maire depuis 18 ans, qui avait préféré rester en vacances pendant que la capitale russe s'asphyxiait sous les cendres, a en effet été rajouté en septembre au bilan des "victimes" des incendies). À son époque moscovite, Shantsev suivait de très près les affaires du Dynamo Moscou, et il a donc rappelé un ex-entraîneur bleu et blanc. Vladimir Golubovich avait été champion avec le Dynamo en 1995, mais on l'avait un peu perdu de vue. Il vient de passer quatre années et demi en Lettonie, comme entraîneur et directeur du hockey mineur à Liepaja, tout en étant parallèlement sélectionneur de l'Ukraine durant la saison 2008/09.

Golubovich n'a pu obtenir que deux attaquants étrangers qu'il convoitait, Leos Cermak et Matt Ellison, car d'autres clubs ont doublé le Torpedo sur les défenseurs visés. Il n'a en revanche pas eu son mot à dire sur les autres nouveaux imports (le gardien autrichien Bernd Brückler est resté). Ils ont en effet été placés par un agent très spécial... Igor Larionov !

L'année passée, Larionov a cessé toute collaboration avec le SKA Saint-Pétersbourg, en désaccord avec la politique menée par le président du club et de la ligue Aleksandr Medvedev. Il a alors formé un partenarait avec l'agent de joueurs Ian Pulver. Après avoir travaillé sur des joueurs - russes ou non - en Amérique du nord, il a amené ses trois premiers joueurs en Russie. Parmi eux, deux Québécois, l'attaquant Charles Linglet et le défenseur Danny Groulx, meilleur défenseur AHL l'an passé, et qui avait été le junior de l'année au Québec quand il explosait les compteurs à Victoriaville au soutien de la ligne Brunelle-Mallette-Lombardi. Le troisième est l'Américain Ryan Vesce, qui a lancé depuis plusieurs années une ligne de vêtements baptisée "Salmon Cove" dont le logo, un saumon remontant le courant, est censé illustrer la volonté d'aller à contre-courant des vêtements traditionnels. Les hommes de Larionov sont vite devenus les piliers du Torpedo.

 

VityazChaque année avant que la saison ne commence, les joueurs du Vityaz Chekhov sont reçus dans un monastère orthodoxe de la région où ils sont plongés dans l'eau bénite. Amen ! Mais il faudra plus que les sacrements de prêtres pour faire croire que ses hommes sont des saints...

Le Vityaz compte toujours dans ses rangs trois enforcers, plus que n'importe quelle équipe de NHL : Darcy Verot, Brandon Sugden et Josh Gratton ne jouent que quelques minutes par match, avec souvent pour seul objectif de chercher le conflit jusqu'à la prochaine suspension. Et le fait que la KHL ait changé les règles pour arrêter les expulsions automatiques après une bagarre ne les calme sûrement pas.

Avoir une réputation sulfureuse semble ici être un critère d'embauche : Chris Simon a ainsi laissé le capitanat à Daniil Markov, l'ancien défenseur de NHL qui avait fait la une au printemps pour une vidéo d'arrestation musclée en état d'ivresse au volant. Il était déjà passé par Chekhov pendant le lock-out en 2005. Quand un joueur signe au Vityaz, on se met donc à chercher s'il présente une pathologie, un déséquilibre psychologique, ou simplement un goût marqué pour l'ultra-violence. Mais aussi surprenant que cela paraisse, Kevin Lalande, jeune gardien d'AHL ayant toujours présenté de bonnes statistiques; semble avoir un casier judiciaire vierge ! Un hockeyeur aux bonnes performances purement sportives, voilà qui "fait tache".

Dernier au classement mais leader intouchable aux pénalités, le Vityaz n'en est pas moins resté fidèle à lui-même. Curieusement, il ne semble plus s'en contenter. En octobre, il a donc engagé Andrei Nazarov. Un ancien bagarreur attitré est donc chargé de diriger ses anciens confrères. De quoi craindre le pire. La différence est que Nazarov s'est forgé une solide réputation à Chelyabinsk, avec un jeu "viril mais correct". Pas comme le Vityaz avec ses cinglés qui ne sont plus à un carnage près.

Nazarov justifie cependant la politique de son nouvel employeur : "Le Vityaz est une des équipes qui attirent le plus de spectateurs à l'extérieur. Ces statiques confirment que les Russes ont un intérêt pour le hockey physique et canadien. Pour nous Russes, ce hockey est peut-être le stimulus principal. Sérieusement, nous devrions remercier le manager Aleksei Zhamnov parce que son équipe persiste à cultiver un type de hockey très spécial et n'a pas peur d'être le mouton noir."

Toutefois, il reconnaît qu'il faut "travailler sur l'image de l'équipe. La tâche est simple : faire du Vityaz l'équipe la plus populaire de Russie. Ou si vous voulez, le club de KHL le plus NHL." On part de loin car, pour l'instant, c'est l'équipe la plus détestée.

Nazarov a demandé à ce que son club soit le premier à être autorisé à réduire la taille de sa glace pour préparer les Russes aux Jeux olympiques de Sotchi, maintenant que le président de l'IIHF René Fasel a ouvert la voie à ce qu'ils se déroulent sur des dimensions réduites.