Dans les coulisses des Gothiques d'Amiens (Octobre)

On voit souvent dans le hockey sur glace le match en lui-même depuis les tribunes. On vient une heure avant le début de la rencontre, on s'assoit, le match se déroule puis on rentre chez soi. Rideau. Pourtant, il se passe des choses avant et après la rencontre. Si on connait la préparation de match des joueurs, on connait moins les coulisses de l'organisation d'un club. Une fois par mois, l'équipe d'HockeyArchives Amiens va suivre un partenaire ou un bénévole du club avant, pendant, et après une rencontre ; pour montrer un autre aspect du hockey sur glace et mettre en lumière ceux qui, pour la plupart, sont bien souvent dans l'ombre.

12Pour débuter cette chronique mensuelle, nous avons choisit de suivre le chargé de commercialisation et de communication partenaires du club - pour simplifier, le chargé de comm' - Baptiste Levasseur.

Un chargé de comm', ça communique de façon chargée

À vrai dire, c'est en début d'année que l'on a connu Baptiste, à la kermesse des Gothiques. Au fil des matchs, malgré des regards observateurs, le seul que l'on avait du mal à garder dans le viseur, c'était bien ce t'chiot là. Alors, on s'est rendu compte qu'on avait eu de la chance de discuter dix minutes avec lui à cette kermesse, et qu'on aurait du mal à battre ce record les soirs de matchs. La curiosité faisant effet, on est tout de même parvenu à le coincer lors d'un après match pour lui proposer de le suivre lors de la rencontre Amiens-Angers.

Deux semaines après, on se retrouvait à 17h dans le hall du Coliseum pour un match à 20h. En avance ? Pas du tout !

On attrape « l'Express Levasseur » en marche, et déjà bien lancé depuis 14h. Un petit tour avec lui, des affiches dans les mains à scotcher, et on fait le tour des salles à préparer. Cinq salles après, et 540 couverts sur les tables, on se rend compte qu'on a raté une grosse partie du boulot. Les discussions s'engagent alors – évidemment tout en marchant – et le coureur de Marathon local nous en dit un peu plus sur lui et sa course du jour, ou plutôt des trois jours : « J'ai 23 ans seulement, et je suis originaire de Normandie (entre Rouen et Amiens). Si je suis là aujourd'hui, c'est parce que j'ai découvert le monde du hockey sur glace en faisant une alternance avec l'école supérieure de commerce (sup de co) d'Amiens et le HCAS. Mon boulot sur le match a démarré il y a deux jours avec la préparation et la mise en place des différents espaces destinés à accueillir les partenaires, et des différentes animations.

Aujourd'hui, c'est de la finition simplement et on s'arrange pour répondre aux éternels petits problèmes de dernière minute. »
9Une « finition » qui amaigrit à vue d'œil le scotch du bureau pour la bonne cause : guider de façon précise les partenaires du soir. Loges, espaces de détente, salles de repas, on en viendrait presque à douter que les partenaires voient un moment du match. Pourtant, l'intérêt entre ces investisseurs et le club va à double sens. « Un grand nombre de partenaires sont présents d'une année sur l'autre, reprend Baptiste, et je les remercie vivement de leur implication dans le club. Le but du partenariat c'est de faire en sorte que l'entreprise qui apporte des fonds au club ait un retour sur son investissement et qu'on lui fasse passer un bon moment. » Et pour cela, tous les moyens sont bons.

Car Baptiste est loin de travailler seul les soirs de match : une vingtaine d'hôtesses et autant de bénévoles sont présents à la disposition des 300 à 500 convives du soir. Un dîner d'après match inédit pour le club, et qui accentue un peu plus la pression à 20h : « Quand le match commence, tout est prêt, on ne répond plus de rien. Si on est bien calés avec l'ensemble des hôtesses, tout doit bien se passer. Sinon c'est la course toute la soirée. »

Et justement, 20h arrive. L'arbitre principal lâche le palet, et Baptiste commence son premier tour de garde : « Je fais le tour des espaces pour saluer les partenaires et m'assurer que tout se passe bien, nous confie le chargé de comm' - qui s'est changé avant le coup d'envoi pour enfiler sa tenue de gala, ça permet de répondre aux différentes demandes dans les délais les plus courts. J'ai la chance d'être très bien entouré au niveau des hôtesses et des bénévoles qui viennent travailler les soirs de match. Sans ces personnes, le boulot serait beaucoup plus compliqué. »

Et puis, Baptiste serre aussi des mains par dizaines, voire par centaines. De la simple connaissance aux copains venus voir le match, en passant – bien entendu – par certains partenaires, le salarié du HCAS nous rappelle qu'il ne vit pas uniquement le temps d'une rencontre : « Je suis heureux d'avoir trouvé mon apprentissage dans le milieu du sport, et surtout la "chance" que mon responsable durant mon apprentissage soit parti, ça m'a permis de reprendre le poste. On travaille dans un milieu sympa, et on n'est que trois en permanence au bureau. L'ambiance est très bonne entre collègues. » On poursuit le tour des tribunes et on fait un arrêt derrière un partenaire bien particulier, Cirqu'onflex. Les nez rouges sont sortis mais le moral est dans les chaussettes, et pour cause : Amiens a perdu 5-1. « Je ne me suis occupé que de la partie « production » pour ce partenariat, Thomas Henno m'a mis en relation avec une personne de Cirqu'onflex pour l'organisation de la soirée. Ce n'est pas la première fois que l'on organise ce genre de manifestation pour des associations caritatives. Mais en général ça ne nous porte pas chance pour le match : La saison dernière, nous avions perdu 4-1 face à Gap lors de notre « opération peluches » pour les restos du cœur !

10Cependant, je pense que c'est très important pour un club comme le HCAS - qui a une certaine notoriété - de pouvoir aider les associations qui se battent pour rendre la vie plus facile aux personnes qui en ont besoin. »

Une heure chacun de nos côtés, et on retrouve le jeune homme à 23h, entre deux salles de réceptions blindées. Les joueurs commencent à monter pour diner et on intercepte une dernière fois Baptiste : « Non, je n'ai aucune idée de la distance que je parcours pour chaque match, mais oui, je ne dois pas être bien loin du marathon en trois jours, avec un petit sprint en début de match (rires). Au delà du résultat sportif, j'ai un match dans le match : Si les personnes qui viennent assister à la rencontre sont contentes de la prestation proposée, alors c'est une victoire pour moi. Mais, bien sûr, c'est toujours plus agréable lorsque l'équipe gagne. Maintenant, je dois faire ce qui il y a de moins drôle dans ce métier : Le rangement d'après match »

Et bien entendu, on ne peut pas aider Baptiste, car ce « rangement » dure jusqu'à une heure du matin bien souvent, et que l'on a un bonne excuse : il faut faire le résumé du match au plus vite et recueillir les propos des joueurs - sinon, on t'assure qu'on t'aurait aidé Baptiste !

Ce n'est pas grave, on recroisera encore celui qui se décrit comme perfectionniste et acharné à une autre rencontre. Du moins, en coup de vent.

Adrien Lhermitte / Photos : Elie Lefebvre

Avec Déborah Lüder et Emilie Enault