Les derniers jours de Bozon à Lugano ?

Un grand joueur fait-il forcément unLugano très bon entraîneur ? Certains diront que cela dépend avant tout du contexte. Si tel est le cas, alors celui du HC Lugano n'était vraiment pas propice à une première expérience au très haut niveau.

À la poursuite de son glorieux passé, de ses sept titres de champions, Lugano s'est enrayé dans la spirale de l'échec. Malgré ses gros moyens, malgré ses stars et ses internationaux, qui donnent fière allure au groupe sur le papier. Mais déçoivent, encore et encore, depuis près 2006, date du dernier sacre tessinois.

Lugano n'imaginait pas revivre une nouvelle saison noire, son pain quotidien depuis 2007 et une peu glorieuse participation au tour de relégation (ou play-out).

Deux ans plus tard, les "bianconeri" prennent le chemin d'une nouvelle déconvenue, traduite par une médiocre neuvième place au classement. Et, surtout, une piètre série de neuf défaites en douze matchs. Revers plus cinglants les uns que les autres, comme ce 1-9 humiliant à Langnau et ce 0-8 face à Zoug mardi à la Resega.

Tandis que Cristobal Huet enchaîne les performances de choix (et les blanchissages) à Fribourg-Gottéron, Philippe Bozon vit lui des heures plus difficiles dans le Tessin. Sa position est plus fragile que jamais malgré le soutien de ses joueurs (et notamment des Romands, présents en nombre dans l'équipe) et la confiance de ses dirigeants. Ce qui peut aussi être interprété comme un signe avant coureur d'une éviction imminente ?

Pour autant, Philippe Bozon n'est pas le seul pointé du doigt par des médias souvent vindicatifs, à l'image d'un Blick toujours friand de polémique. Désignant sept raisons, sept bouc-émissaires, sept "pêchés capitaux" de l'actuelle faillite de l'institution "bianconera".

Les "Sept pêchés capitaux" du Blick

Bozon, évidemment, qui possède le pire pourcentage de victoire à la tête du club depuis l'instauration des playoffs en 1985. En 31 parties, le "Boz"' n'a amassé que neuf succès, et jamais deux de suite. Le Blick soulignant également son manque d'autorité, comme il critique également la gestion sportive de son état-major, personnifiée par l'influence de l'ancien président Geo Mantegazza et les mauvais choix du directeur sportif Roland Habisreutinger.

Depuis l'éviction de Larry Huras en 2006, quatre (bientôt cinq ?) entraîneurs se sont succédés à la barre. D'Ivano Zanatta à Kent Johansson en passant par Hannu Virta et même John Sletvoll, sans qui "Il Grande Lugano" n'aurait sûrement jamais existé. Que des grands noms n'ayant pu, pour diverses raisons, endiguer le déclin d'un des plus prestigieux clubs européens depuis 25 ans.

Le culte de la victoire a t-il été perdu ? Pour le Blick, c'est une évidence. Surtout que certains joueurs ne sont pas à la hauteur. Depuis son retour en 2007, David Aebischer n'a jamais retrouvé son meilleur niveau, perdant même sa place en sélection nationale, faute d'être un gardien dominant de LNA. Un comble pour le Fribourgeois, qui n'avait déjà pu réussir la difficile succession de Patrick Roy au Colorado.

Autre "nominé", Petteri Nummelin. Le génial défenseur offensif finlandais, aujourd'hui qualifié de "relique" par le tabloïd, n'est plus que l'ombre de lui-même. Ses stats sont en berne et son statut de "star", à bientôt 38 ans, ne l'épargne plus des critiques.

"Abby" et "Nummy" sont deux gros salaires parmi d'autres au sein d'une imposante masse salariale comptant notamment six étrangers (Hennessy, Popovic, Genoway, Bourque, Clymer et donc Nummelin) ne figurant pas parmi les meilleurs de LNA. Le duo de Rapperswil Stacy Roest - Niklas Nordgren survole actuellement les compteurs comme Hnat Domenichelli et Randy Robitaille l'an passé. Problème, Robitaille n'a pas été conservé et Lugano le regrette. Sans lui, Domenichelli n'a plus la même efficacité...

Domenichelli est lui aussi ciblé par le Blick, qui lui reproche ses sept buts marqués jusqu'alors, soit trois de moins que le meilleur réalisateur luganais du moment (le défenseur Julien Vauclair en l'occurrence). "On est en droit d'attendre plus d'un attaquant dont le revenu brut est estimé à 650 000 Francs suisses" pouvait-on lire dans ces mêmes colonnes, où l'Américain Josh Hennessy est désigné comme "septième pêché" luganais, car lui-aussi en deçà des attentes.

Helbling, le huitième "pêché" ?

Timo Helbling aurait pu être le huitième s'il ne s'était pas fait virer après une altercation à l'entraînement avec son coéquipier Flavien Conne. Comme quoi rien ne va à Lugano, qui se prépare tant bien que mal à recevoir Genève-Servette vendredi soir avant de se déplacer à Zurich le lendemain. Un week-end peut-être décisif pour le meilleur joueur français de l'histoire...