Présentation de la KHL 2010/11 : division Kharlamov

"L'emblème du club est un ours, mais nos attaquants ont un caractère de panda." Parfois, les entraîneurs russes ont de l'humour ! Les dirigeants, beaucoup moins, quand il s'agit de mentir à un joueur pour lui faire signer un document en russe qu'il ne comprend pas et qui rompt son contrat.

Troisième volet de la présentation de la KHL avec la division Kharlamov, celle du champion en titre Kazan, modèle de stabilité, et de l'actuel leader Magnitogorsk, passé au système finlandais.

 

Ak Bars

Pourquoi changer une équipe qui gagne ? Après avoir remporté les deux premières éditions de la KHL, Ak Bars Kazan a décidé de s'appuyer sur un effectif presque inchangé. Le pilier de l'équipe Ilya Nikulin a signé un nouveau contrat de cinq ans qui succède au précédent. De quoi accumuler encore des titres pour ce défenseur formé au Dynamo Moscou qui est déjà quatre fois champion de Russie et deux fois champion du monde à 28 ans seulement.

La défense de Kazan semble s'être affaiblie. Deux joueurs sont partis à Omsk, Andrei Mukhachev et surtout Andrei Pervyshin. Ce pilier du club depuis six ans ne s'est pas présenté à l'entraînement, apparemment fâché. Une perte dommageable ? Pas pour Ak Bars. La panthère blanche se garde bien de recruter. Après tout, Igor Shchadilov ne constitue-t-il pas une recrue, lui qui a manqué presque toute la saison dernière sur blessure ? Et puis, il y a de la réserve, et Zinetula Bilyaletdinov a la réputation de bien coacher les jeunes défenseurs.

Après avoir remporté la finale sans leurs deux stars offensives Aleksei Morozov et Danis Zaripov, les Tatars se fixent donc un nouveau défi : rester champions avec deux arrières en moins, non remplacés !

À l'heure où tous les dirigeants russes entreprennent des changements perpétuels à l'emporte-pièce, les Tatars restent en retrait de cette agitation. Ils agissaient de même autrefois, mais ont appris les vertus de la sagesse.

Les champions n'ont donc embauché que deux recrues, l'attaquant de troisième ligne Evgeni Shachkov et le buteur Marcel Hossa. Habitué à un gros temps de jeu, le Slovaque veut cette fois intégrer les contingences d'un grand club pour remporter enfin le premier titre de sa carrière et démentir sa réputation de starlette.

 

MagnitogorskLa stabilité n'est plus de mise en revanche au Metallurg Magnitogorsk. Le patron du combinat métallurgique, le richissime Viktor Rashnikov, s'est fâché l'an passé, a renvoyé le manager historique Velichkin et a donné carte blanche à Viktor Postnikov, un ancien entraîneur, pour reformer l'équipe.

Le nouveau responsable du recrutement s'est tout de même largement appuyé sur le nouvel entraîneur Kari Heikkilä. Le Finlandais a évidemment eu la liberté de choisir son staff, avec comme adjoints Alexander Barkov, un Russe qui a passé dix ans au Tappara et parle finnois, et Harri Hakkarainen, le préparateur physique de l'équipe nationale de Finlande.

Idem pour les renforts étrangers : le capitaine des champions du monde Tomas Rolinek se retrouve tout seul comme Tchèque. Le centre Petri Kontiola a été rejoint par le buteur Juhamatti Aaltonen, dont les talents en un contre un n'ont rien à envier aux plus grands spécialistes russes. Le duo révélé en deuxième ligne de l'équipe de Finlande en mai est ainsi reconstitué. Aaltonen s'était fait découvrir au Kärpät sous les ordres de Heikkilä, tout comme la dernière recrue à l'arrière, Lasse Kukkonen. Celui-ci est un pilier de l'équipe finlandaise, il était là aux JO comme aux Mondiaux, tout comme le défenseur offensif Janne Niskala.

AALTONEN_Juhamatti-100520-002La patte du coach ne se fait pas sentir uniquement par la venue de ses compatriotes. Le gardien Georgi Gelashvili avait en effet été gardien de l'année à Yaroslavl lorsque l'entraîneur se nommait... Kari Heikkilä. Sa venue aux côtés d'Ilya Proskuryakov signifie qu'il n'y a plus de place ni pour Aleksandr Pechursky ni pour l'international junior Igor Bobkov : les deux gardiens formés au club sont partis en Amérique du nord.

Le principal changement est le style de jeu. Le Metallurg vit sa seconde révolution, non moins importante que celle de Dave King. Le club ouralien, qui a toujours pratiqué un hockey très technique, a subi un reformatage finlandais : une tactique généralement défensive et fermée, mais avec un jeu bien plus direct et physique dans les phases offensives. Certains n'ont pas trouvé leur place dans le nouveau système : Evgeni Gladskikh a dû se préparer dans son coin cet été avant de retrouver un emploi à Nijni Novgorod.

D'autres en revanche sont comme des poissons dans l'eau. La mue la plus spectaculaire a été celle de Denis Platonov, un joueur discret qui a utilisé son grand gabarit comme jamais pour marquer huit buts dans les cinq premiers matchs, un record. Enver Lisin, qui a passé les deux dernières saisons en NHL, s'est aussi fondu dans le système Heikkilä lorsqu'il est arrivé pour renforcer la troisième ligne centrée par le capitaine Sergei Fedorov.

Autant de remaniements auraient pu se faire aux dépens des figures locales et déplaire aux supporters. Au contraire, ceux-ci sont aux anges de voir que Heikkilä, non content de faire gagner leur équipe, accorde une place aux jeunes formés au club. Yaroslav Khabarov, 21 ans, s'est ainsi taillé une place de titulaire régulier des lignes défensives.

 

NeftekhimikVladimir Krikunov est la star du Neftekhimik Nijnekamsk. L'ancien sélectionneur a rebâti sa réputation dans le petit club tatar, où il applique ses méthodes à la dure. Il n'est pas si méchant, Krikunov. Pourquoi cette réputation de dictateur alors que c'est un démocrate ? Mais si, il laisse les joueurs élire leur capitaine à bulletins secrets : Andrei Ivanov a été élu, devant Vladislav Bulin et Maksim Pestushko qui deviennent ses adjoints.

PERSSON_Niklas-100511-380Si Krikunov était si terrible, les joueurs ne reviendraient pas. Or, Niklas Persson n'a pas hésité à retourner dans la riante cité pétrochimique de Nijnekamsk après son camp NHL manqué à Tampa Bay, au milieu des plages de Floride... L'international suédois est cependant arrivé en petite forme selon Krikunov, qui a dit ne pas avoir reconnu celui qui était un de ses leaders. Qu'à cela tienne, il a préparé des exercices pour le remettre en forme, et pour la mise en condition physique, on peut toujours compter sur Krikunov. Apparemment, les Suédois s'adaptent bien au plus russe des entraîneurs russes, puisque Björn Melin et Daniel Fernholm sont aussi arrivés cet été.

Mais le joueur le plus "krikunovien", c'est peut-être Fedor Fedorov. Il ne faisait rien à Magnitogorsk, où il n'avait été pris que pour faire plaisir à son frère Sergei, et il est donc arrivé courant octobre pour exprimer soudain ses qualités, avec deux buts à son premier match. Krikunov a alors dit connaître la formule pour utiliser ce joueur ingérable : "Fedorov, on peut dire que c'est mon joueur. Je sens qu'il n'a pas besoin d'être poussé et dirigé, c'est mieux de lui donner une complète liberté. Il a été formé comme joueur en Amérique du nord, où son frère aîné était parti à Detroit. Pour cette raison, Fedor tend à un jeu individuel qui ne s'adapte pas toujours au circuit européen. Il est donc très important de bien choisir son trio. Je l'ai mis avec le jeune Krysunov, sur qui Fedor fait autorité, et avec Bortnikov, qui jouait avec Fedorov dans ses précédentes apparitions au Neftekhimik. Ce trio me semble équilibré."

Cependant, si c'était aussi simple, Fedor Fedorov serait déjà un grand joueur au vu de ses capacités techniques et physiques. Après ce match inaugural, il s'est très vite éteint, incapable comme toujours de confirmer ses coups d'éclat ponctuels, et le trio en question n'a pas fait long feu.

 

TraktorLe gouverneur de la région, Mikhaïl Yurevich, a fixé lors de la présentation officielle du Traktor Chelyabinsk l'objectif de la saison : atteindre la finale de la Coupe Gagarine ! Et de rajouter : il ne peut pas y avoir d'excuses ! L'argument avancé était imparable : puisque le MVD y est parvenu l'an passé à la surprise générale, il n'y a pas de raison de ne pas pouvoir en faire autant avec un budget comparable. Le nouveau capitaine Vitali Yachmenev, revenu dans son club formateur après 17 ans d'absence, a assuré que l'équipe ferait tous les efforts pour accomplir cette tâche. Mais au fond de lui, il devait savoir qu'on lui demandait une mission impossible.

Andrei Sidorenko, l'ancien sélectionneur du Bélarus et de la Pologne, avait reçu "carte blanche" pour construire l'équipe, mais il n'était pas homme à parvenir à de pareils résultats. C'est un entraîneur capable de travailler avec les jeunes, pas un faiseur de miracles. Malgré la présence d'un champion du monde en la personne de Petr Vampola, il n'est pas arrivé à constituer une équipe digne de ce nom. Il aura quand même marqué son passage de cette phrase savoureuse : "L'emblème du club est un ours qui mord une crosse. Et nos attaquants ont un caractère de panda."

VAMPOLA_Petr-100509-029Quand Yurevich s'est rendu compte que l'équipe qu'il rêvait finaliste n'était même pas en position de se qualifier en play-offs, son sang n'a fait qu'un tour. Le bureau du club s'était contenté deux jours plus tôt de renvoyer le coach des défenseurs (Oleg Davydov), le gouverneur a renvoyé Sidorenko, qui n'avait été que le second choix durant l'été, et a recontacté le premier choix, Valeri Belousov, avec qui aucun accord financier n'a été trouvé.

Légende du club, ancien compagnon de ligne de Bykov, Belousov avait conduit le Traktor à deux médailles de bronze comme entraîneur avant de conduire Magnitogorsk à trois titres. Quinze ans après, il revient donc à Chelyabinsk, après avoir finalement obtenu les moyens adéquats. Le gouverneur a compris qu'il faudrait augmenter le budget. Belousov, âgé de 62 ans, préfère travailler avec des joueurs établis, et un tas de recrues sont vite arrivées : les deux plus notables sont l'ex-champion de NHL Dmitri Afanasenkov et le défenseur canadien Raymond Giroux, qui commençaient tous deux à s'impatienter de ne pas retrouver d'équipe à leur tarif. Les recrues étrangères décevantes comme Mika Viinanen et Roman Kukumberg ont été priées dans le même temps de faire leurs valises.

Mais que vont devenir les jeunes dans ce grand club formateur ? Beaucoup s'inquiètent de leur sort avec les renforts qui s'annoncent. Pourtant, il y en a au moins un qui a bénéficié du changement d'entraîneur, Danila Alistratov. Son inexpérience avait été pointée comme un obstacle à ce que le Traktor aille plus loin en play-offs. Tout l'été, le Traktor a cherché en vain un gardien étranger, jusqu'à ce que Fribourg-Gottéron n'engage Cristobal Huet fin août et ne libère du même coup Sébastien Caron.

Au jeu des chaises musicales, le Traktor a donc récupéré le gardien canadien comme numéro un. Mais au premier match de Belousov, il a encaissé cinq buts en onze tirs et Alistratov a donc repris sa place de titulaire, à quelques jours de ses vingt ans.

 

YugraLe Yugra Khanty-Mansiysk a semblé mal en point avant même de faire ses premiers pas en KHL. Ses résultats en pré-saison ont été très médiocres. Le capitaine Konstantin Kasatkin s'est fait virer sans que les raisons en soient divulguées. Et pourtant, le nouveau venu a réussi son entrée en matière une fois que le championnat a commencé.

Si la composition de l'équipe n'a rien d'impressionnant, il n'en va pas de même du staff. Avec Sergei Shepelev et ses assistants Nikolaï Soloviov et Sergei Kotov, le Yugra dispose de trois spécialistes qui ont tous une grande expérience y compris comme entraîneurs en chef. N'y a-t-il pas le risque qu'ils se marchent sur les pieds ? Cela ne semble pas le cas.

Khanty-MansiyskAinsi encadrés, les débutants de Khanty-Mansiysk constituent la sensation de la KHL en pratiquant un jeu soviétique de la vieille école. Leurs systèmes, fondés sur la conservation du palet, préfèrent toujours la passe au tir et dédaignent clairement le jeu direct nord-américain aujourd'hui dominant. Une tactique appréciée esthétiquement et efficace sur le plan des résultats.

En plus, le Yugra a fait la bonne affaire en récupérant rapidement Kirill Petrov, le meilleur attaquant des Mondiaux U18 2008. Encore meilleur marqueur de l'équipe russe des moins de 20 ans l'an passé, Petrov est un talent indéniable, grand, rapide et technique, mais il était bloqué à Kazan qui n'avait pas de place pour lui. Il y a deux saisons, il était en équipe réserve, il y a un an, il était prêté chez le voisin Almetievsk, mais il est plus que temps qu'il connaisse le niveau supérieur. Qu'Ak Bars continue à le garder sous contrat sans lui donner d'opportunité ni dans l'effectif ni outre-Atlantique (il a été apprécié cet été au camp de développement avec les New York Islanders) aurait été un bien mauvais cadeau à faire à un joueur du cru. Finalement, les Tatars ont échangé leur poulain contre une compensation symbolique (un cinquième choix de draft KHL) et Petrov explose enfin à Khanty-Mansyisk.

Ce respect des joueurs, les dirigeants du Yugra ne semblent pas l'avoir. Les recrues slovaques, pas au niveau attendu, ont vite été laissées de côté, et ils cherchent par tous les moyens à s'en débarrasser. Comme ils n'arrivaient pas à convaincre l'agent Andrei Trefilov d'une rupture à l'amiable du contrat de Tomas Bulik, ils ont employé la ruse : ils ont fait signer au joueur un document en russe (langue qu'il ne parle pas) en prétextant qu'il s'agissait de formalités urgences de visa. Son agent a découvert le pot aux roses trop tard, le délai de rétractation de deux jours étant dépassé. Les mésaventures de Bulik ont fait le tour de la prnesse mondiale, effarée de ces pratiques d'un autre âge. Son compatriote slovaque Vladimir Dravecky n'est guère mieux loti : son contrat est respecté, mais il a été envoyé jouer en division inférieure.

 

AvtomobilistIl y a un an, c'est l'Avtomobilist Ekaterinbourg qui était le petit nouveau de la KHL. Il avait alors réussi à accéder aux play-offs, mais le cap de la deuxième saison s'annonce plus ardu. Le club a peu de moyens pour recruter et se contente de Slovaques au meilleur rapport qualité/prix. S'y ajoute le défenseur tchèque Angel Krstev, confié à l'entraîneur Evgeni Popikhin... qui avait pourtant demandé quelques mois plus tôt, quand il était à Nijni Novgorod, de rompre le contrat de ce même joueur !

De toute manière, Popikhin n'est pas resté longtemps. Il s'est lamenté d'avoir perdu deux joueurs important sur blessure, le défenseur Vladislav Otmakhov et le centre Nikolaï Bushuev, à juste titre car l'Avtomobilist a un banc relativement court et peu de réserves. Cela ne l'a pas sauvé et il a été viré mi-octobre avec son assistant Piotr Malkov.

Pas sûr qu'Ekaterinbourg ait les moyens de remonter, par contre Popikhin a vite rebondi. La place d'entraîneur de la nouvelle équipe de Russie B, recréée cette saison, s'est libérée au même moment parce que Nazarov s'est engagé avec le Vityaz, un cumul de fonctions qui n'a pas plu aux responsables de l'équipe nationale et en particulier au sélectionneur Slava Bykov. Popikhin est un vieil ami de Bykov puisqu'ils formaient un tandem d'entraîneurs chez les juniors élite de Fribourg-Gottéron puis pendant quinze mois chez les seniors. Aujourd'hui, Bykov est le patron de la Sbornaïa, et Popikhin, moins heureux dans ses expériences en club, intègre à son tour le staff.