Présentation de la KHL 2010/11 : division Chernyshev

Dernier volet de la présentation de KHL avec la division Chernyshev, qui est sans doute devenue la plus forte : le Salavat Yulaev Ufa des entraîneurs nationaux, avec son plafond salarial crevé en secret, et l'Avangard Omsk, qui ne se résume plus au seul Jaromir Jagr, doivent en effet compter avec un Sibir Novosibirsk réveillé par un influx nordique et un Barys Astana qui bénéficie de l'impulsion de champions du monde.

 

SalavatTout comme Kazan dans le Tatarstan voisin et rival, le Salavat Yulaev Ufa fait la fierté de la République autonome de Bachkirie. Or, Murtaza Rakhimov, le dernier dirigeant de la Fédération de Russie à avoir gardé le pouvoir depuis l'époque soviétique, a été remplacé cet été par Rustem Khamitov, un dirigeant d'une compagnie d'hydro-électricité, parachuté par Moscou mais de parents bachkires. Dès ses premières déclarations, il a précisé qu'il continuerait à soutenir le sport. Ouf pour Oufa !

C'est en effet avec des moyens conséquents que cette équipe a été bâtie. Des moyens plus élevés que les comptes officiels, semble-t-il. Cette saison, la KHL et son président Aleksandr Medvedev ont décidé de mettre en place une taxe (30%) sur les dépassements de masse salariale. Impossible en effet de garder un plafond indépassable : le propre SKA de Medvedev va le crever complètement avec ses dernières acquisitions venues de NHL. Mais dans le même temps, la KHL a mené des investigations en comparant les contrats des clubs et les revenus déclarés par les joueurs aux services fiscaux locaux. Le Salavat a été pris la main dans le sac au vu des disparités constatées et a écopé d'une amende de 55 millions de roubles (plus de 1,2 million d'euros) sans que la KHL ne fasse la moindre communication officielle sur ce cas traité en interne.

THORESEN_Patrick-100513-233Ce léger débours ne gêne guère le Salavat, qui va maintenant pouvoir dépenser officiellement sans compter. Il a conservé ses joueurs importants. Les deux meilleurs étrangers, l'attaquant norvégien Patrick Thoresen et le défenseur devenu champion du monde Miroslav Blatak, ont rempilé, et les cadres russes, hormis Perezhogin, sont tous restés. Bykov a donc estimé que le vestiaire se connaissait suffisamment bien et a pour la première fois de sa carrière laissé la désignation du capitaine aux joueurs. C'est Viktor Kozlov qui a été élu devant Radulov et Tverdovsky.

Néanmoins, cette équipe de qualité avait échoué en play-offs. Tirant la conclusion de ses erreurs, le Salavat a surtout voulu se muscler pour les séries. Il a donc recruté trois joueurs physiques d'Omsk, Aleksandr Svitov, Igor Volkov et le Tchèque Jakub Klepis. La recrue de NHL Robert Nilsson correspond aussi à cette description : le Suédois, né au Canada et qui y a passé une partie de sa vie, a plus le goût du jeu physique que son père Kent Nilsson, même s'il n'a pas encore autant concrétisé son talent.

Et surtout, Oleg Saprykin peut enfin reconstituer la doublette magique qu'il a formé avec Aleksandr Radulov au Mondial de Berne. La volonté de réunir les deux hommes était si évidente que la monnaie d'échange aurait été trop importante. Saprykin a erré de club en club jusqu'à pouvoir s'engager cette saison au bon endroit. Sauf que les sélectionneurs Bykov et Zakharkin ne se sont pas empressés de reformer le duo, et que Saprykin n'a pas su se montrer digne de la première ligne...

Le Salavat est en effet moins impérial que la saison dernière. Tout en gardant une volonté offensive, Bykov a mis en place de nouveaux schémas de jeu, plus en phase avec les recrues et avec le hockey dit moderne, c'est-à-dire plus agressifs et plus directs sur la cage adverse.

Au niveau de l'orientation vers le but, aucun problème : Ufa marque toujours énormément. Le problème, c'est qu'il encaisse tout autant ! Le duo Aleksandr Eremenko - Vitali Kolesnik ne donnant plus tous les gages de sécurité, un joker a été trouvé avec Erik Ersberg, le gardien suédois des Los Angeles Kings qui souhaitait changer d'air après avoir été rétrogradé en AHL. Mais cela suffira-t-il à régler le comportement défensif général ?

 

JAGR_Jaromir-100509-105L'entraîneur Raimo Summanen a été introduit en Russie par son ancien rival dans le championnat finlandais Vassili Tikhonov, aujourd'hui son assistant. Arrivé à l'Avangard Omsk juste avant les play-offs au printemps, il n'a connu que la défaite. Il a cependant été confirmé. Son système, fondé sur la condition physique et les transitions rapides, aura donc le temps de se mettre en place. Il a également eu son mot à dire sur la sélection, privilège dont ses prédécesseurs ne jouissaient pas.

La renommée des engueulades de Summanen pourrait être dissuasive pour les recrues potentielles. A-t-elle joué un rôle dans le départ de Lasse Kukkonen, qui était parti d'Omsk dès le dernier match de la saison pour raisons familiales et ne répondait plus aux messages depuis lors ? Malgré cette crainte, Omsk a construit une belle équipe, sans avoir mis plus de moyens que les autres années.

Il a donc fallu laisser partir de son club formateur le fougueux Aleksandr Svitov, à qui Ufa a offert une proposition de contrat presque deux fois supérieure. Les meneurs du vestiaire, l'ex-capitaine Dmitri Ryabykin et le boute-en-train Dmitri Vlasenkov, sont restés, mais occupent un rôle discret sur la glace dans une équipe qui s'est trouvée de nouveaux leaders.

La défense a acquis trois éléments importants. Deux viennent de remporter deux titres avec Kazan, Andrei Mukhachev, que l'Avangard poursuivait déjà de ses avances il y a deux ans avant qu'il ne s'engage chez les Tatars, et Andrei Pervyshin, échangé contre les droits sur Nikita Nikitin qui était de toute façon parti en Amérique. Le troisième, le Tchèque Martin Skoula, arrive après dix années de NHL où il estimait ne plus recevoir le temps de jeu que méritaient ses performances.

Le principal problème d'Omsk était cependant de trouver à Jaromir Jagr des partenaires offensifs à son niveau. Le numéro 68 s'en est chargé en partie lui-même en recommandant Roman Cervenka, qu'il avait adopté sur sa ligne aux Jeux olympiques puis aux Mondiaux. Le centre des deux Tchèques est Aleksei Kalyuzhny, qui avait déjà joué avec Jagr à Omsk l'année du lock-out : l'international biélorusse a donc été accueilli à bras ouverts avec le statut inédit de capitaine.

Cette ligne n'est cependant pas seule en piste. Les inséparables Anton Kuryanov et Aleksandr Popov sont dorénavant flanqués d'Aleksandr Perezhogin, et ce trio a fonctionné à merveille dès la pré-saison. Summanen donne un rôle bien défini à chaque bloc, et les deux premiers ont clairement la responsabilité de l'offensive et du jeu de puissance. Avec de tels avants, l'Avangard peut de nouveau se montrer digne de son nom.

 

LIV_Stefan-2009-8633Le jour d'ouverture de la saison, le Sibir Novosibirsk a appris la démission du gouverneur de la région Viktor Tolokonsky, dont les décisions soudaines ont contribué à déstabiliser le club ces dernières années. Pas forcément une mauvaise nouvelle, donc, même s'il était un soutien politique important.

Une des raisons des difficultés des Sibériens, c'est qu'ils se sont mal adaptés au nombre croissant d'étrangers en KHL. Leurs pistes tchèques ou nord-américaines étaient semées d'embûches. Ils suivent maintenant un filon plus récent mais plus sûr, les pays nordiques. Et sans en privilégier un en particulier : équilibre parfait avec en quelque sorte 2,5 Suédois pour 2,5 Finlandais.

Pourquoi deux et demi ? Parce que Jonas Enlund, même s'il est entièrement finlandais, a été formé au HIFK, historiquement le club des Suédophones de Helsinki. Cet attaquant complet arrive du Tappara Tampere en même temps que son coéquipier Ville Nieminen, le vétéran de NHL. On retrouve donc aussi un dosage entre jeunesse et expérience. Troisième preuve de cet équilibre recherché, les arrivées conjointes du défenseur offensif finlandais Ilkka Heikkinen, à la technique précise, et du défenseur défensif suédois Alexander Hellström, au physique redoutable. Deux profils différents et complémentaires.

Stefan Liv, triple champion de Suède et récipiendaire - en ayant joué un seul match à chaque fois - de la double médaille d'or historique JO/Mondiaux en 2006, amène son esprit de gagneur. Bien qu'il soit natif de Pologne, il en est parti à deux ans et n'y a pas gardé de liens. Il ne parle donc pas russe, ni de près ni de loin, mais il s'est vite découvert des affinités à Novosibirsk : sur son masque de gardien, il a fait dessiner d'un côté l'emblème du Sibir et de l'autre un portrait du héros local Aleksandr Karelin, le plus grand champion de lutte gréco-romaine de tous les temps, qu'il aimait regarder à la télé dans sa jeunesse si l'on en croit ses déclarations au site du club. Passion véritable ou stratégie de séduction ? En tout cas, les Nordiques savent se faire adopter en Sibérie, mais c'est encore par leurs résultats qu'ils y arrivent le mieux.

 

KASPAR_Lukas100509-159Cet été, Andrei Khomutov a été nommé entraîneur du Barys Astana pour les deux prochaines années. Il a été choisi parmi une liste de candidats qui comprenait deux spécialistes nord-américains, Kevin Constantine et Ted Nolan. La désignation du coach a influencé le choix du gardien : alors que les plans initiaux s'orientaient vers un gardien venu de NHL, c'est finalement Vitali Eremeïev qui a été retenu : l'ancien portier du Dynamo Moscou y a évolué sous les ordres de Khomutov l'an passé.

Le club qui représente le Kazakhstan en KHL a donc clairement pris l'option de rapatrier les vétérans de l'équipe nationale, afin de s'assurer de leur disponibilité pour remonter en élite. En plus d'Eremeïev, Fedor Polishchuk a ainsi signé pour trois ans.

Ces arrivées participent du rééquilibrage attendu par rapport à la saison dernière, où la première ligne étrangère avait toutes les responsabilités. Néanmoins, on s'est vite rendu compte que le nouveau premier trio est tout aussi fort que le précédent : l'ailier américain de NHL/AHL Brandon Bochenski et les deux champions du monde Lukas Kaspar et Jiri Novotny passent 21 minutes par match et jouent encore plus que Stümpel & co, avec encore plus d'efficacité !

La défense a connu plus de pépins avec les blessures d'Aleksei Vasilchenko et de Tomas Kloucek en début de saison. Le Barys s'est donc fait prêter jusqu'en novembre l'Américain Tom Preissing... qui s'est gravement blessé au ménisque à son deuxième match et ne rejouera plus de l'année. Si jamais ce genre de mésaventure arrive à un des cadres sur-utilisés, c'est là qu'on verra si Astana a vraiment gagné en homogénéité pour devenir un outsider dangereux.

 

AmurCinq matchs à peine, et déjà dehors. L'Amur Khabarovsk a provoqué le changement d'entraîneur le plus précoce depuis l'avènement de la KHL. Mais pour le club d'Extrême-Orient, c'est loin d'être un record : en 2000, Sergei Borisov avait tenu... deux tiers-temps au premier match de la saison ! Aucun entraîneur n'a survécu à un championnat complet depuis Pyatanov en 2003.

Connaissant très bien la maison où il assure des intérims plus ou moins longs depuis quinze ans, Aleksandr Blinov savait donc à quoi s'en tenir. Avec une seule victoire en prolongation au compteur en cinq rencontres d'affilée à domicile, il a (du moins officiellement) remis de lui-même sa lettre de démission. Si Khabarovsk ne gagne pas chez lui face à des adversaires qui viennent de subir huit heures de vol, ce n'est pas chez les autres qu'il se rattrapera quand il sera dans la situation inverse.

Apprendre à ne pas partir battu à l'extérieur, ce sera une des missions du nouveau coach Sergei Svetlov, le prochain sur la liste. L'objectif annoncé des play-offs reste toujours problématique avec l'effectif à disposition. Mais le fusible n'est pas toujours l'homme en cravate sur le banc : le capitaine Dave Ling a été viré à son tour à la fin octobre. Il était pourtant le meilleur marqueur l'an passé, et il constituait aussi la référence pour l'adaptation de ses comptariotes.

Il y a en effet eu trois nouveaux joueurs canadiens cet été : le gardien québécois de NHL Yann Danis, le défenseur offensif Brett Skinner, et l'attaquant de Nouvelle-Écosse Stephen Dixon, champion du monde junior 2005 dans un rôle défensif en quatrième ligne et en infériorité. On ne recense pas de pur joueur offensif, et c'est le problème de l'Amur qui n'a pas de leader. L'arrivée du joker Roman Kukumberg ne règle pas vraiment la question, puisqu'au Traktor, le Slovaque a été écarté après le changement d'entraîneur parce qu'il ne se servait pas assez de son bon lancer.

 

NovokuznetskLanterne rouge de la dernière édition, le Metallurg Novokuznetsk a perdu son rapide gardien Sergei Bobrovsky, devenu à la surprise générale titulaire en NHL chez les Flyers de Philadelphie. Pour le remplacer, il a fait venir Vadim Tarasov, un gardien formé à Ust-Kamenogorsk (Kazakhstan) mais qui avait fait ses débuts en pro en Novokuznetsk en 1995. On espère que sa mitaine est toujours aussi sûre.

Pour le reste, le recrutement du Metallurg est tout sauf spectaculaire. Il a engagé trois Nord-Américains qui ne proviennent pas des championnats des plus réputés. Mark Bomersback arrive de Plzen qui a obtenu de bons résultats en Extraliga tchèque avec ses recrues canadiennes. Le défenseur américain Nick Angell et l'attaquant Jeff Ulmer arrivent de Francfort, où Ulmer était même le meilleur marqueur de la DEL. Mais la transition est plus que difficile.

Novokuznetsk occupe donc sa place coutumière, en fond de classement de la conférence est, jusqu'à un match du 30 octobre contre l'Atlant (3-0). En un soir, l'équipe a été transformée du tout au tout : blanchissage du gardien Tarasov, jusque là en difficulté, et hat-trick du prodige Maksim Kitsyn, qui peinait à revenir au jeu après une blessure au genou lors du camp de pré-saison en Suisse. L'entraîneur Dmitri Parkhomenko allait-il se réjouir ? Il prenait au contraire tout le monde par surprise : "Je l'avais décidé avant le match : je démissionne." Ses joueurs étaient-ils au courant et ont-ils "fêté" la nouvelle par cette victoire ? Ou sont-ils eux aussi tombés de haut ensuite ? En tout cas, Novokuznetsk aura du mal à s'en remettre.