Suède - Russie (tournoi Karjala 2010)

Le "hockey moderne" : théorie ou pratique

PERSSON_Niklas-100511-544C'est déjà presque une finale du tournoi entre les deux vainqueurs du premier jour. D'un côté, la Suède, avec son nouvel sélectionneur et son nouveau style de jeu, et de l'autre, la Russie, avec ses anciens entraîneurs mais aussi un nouveau style de jeu. Ils ont annoncé appliquer un nouveau système plus en phase avec le hockey moderne : c'est la leçon qu'ils ont tirée de l'échec olympique de l'an dernier.

Avant-hier contre la Finlande, cela s'est traduit par une grande attention défensive, avec un blanchissage à la clé pour Koshechkin, performance assez rare pour l'équipe de Russie. Si la plus grande vigilance derrière est incontestable, l'annonce d'un hockey plus agressif et direct sur la glace ne s'est pas encore vraiment traduite dans les faits.

Aujourd'hui encore, les hommes de Bykov subissent en effet le jeu au début du match. Nikulin prend une première pénalité après seulement une minute, et Robert Nilsson, déjà auteur de deux buts avant-hier, récidive : depuis le haut du cercle droit, il place un tir du poignet à mi-hauteur, côté bouclier de Biryukov (1-0). La Suède continue à mettre une grosse pression de tous les instants en attaquant la cage adverse.

Alors que la Tre Kronor semble tenir fermement ce match, sa défense semble désorganisée sur une entrée de zone russe : une passe transversale depuis le milieu de glace trouve Oleg Saprykin dans la profondeur côté gauche. Les arrières scandinaves se replient très bas, mais en deux passes en retrait, avec un relais de Gorovikov, le palet arrive entre les cercles à Denis Kulyash en plein élan. Quand on connaît la puissance de lancer du canonnier d'Omsk, on comprend que son lancer ne laisse aucune chance au gardien, malgré le plongeon courageaux - se jeter devant un slap de Kulyash à bout portant est l'ultime sacrifice au hockey - mais trop tardif de Niklas Persson (1-1).

GorovikovKonstantinLa Russie poursuit sur sa lancée et Maksim Afinogenov virevolte comme il sait le faire, jusqu'à la cage. Il est accroché par Robert Nilsson et obtient la première supériorité numérique pour les rouges. Popov ne délivre pas assez vite son palet et se fait contrer : les Russes ne réussiront plus à s'installer ensuite.

Pendant son infériorité suivante, la Suède se passe le palet, y compris dans sa zone, avec une maîtrise technique déconcertante. Lorsqu'il sort de prison, le junior Ekholm voit Kulyash plonger dans ses patins, et l'avantage numérique se renverse alors. Niklas Nordgren place un tir du poignet du même endroit que le premier but, en profitant du très bon écran de Warg. En train de pencher la tête, Biryukov n'a rien vu venir (2-1). Un avantage tout à fait mérité au vu des vingt premières minutes.

Avec un parfait 2 sur 2 en powerplay, la Suède semble tenir son point fort. Elle va cependant déchanter sur la pénalité suivante de Churilov. En infériorité, Afinogenov et Gorovikov partent à 2 contre 1 et mettent dans le vent Johansson. C'est le gardien Stefan Liv qui est à la parade, mais il ne fait que retarder l'échéance. L'avertissement n'a pas suffi : leksandr Popov vole le palet à Rundblad contre la bande, s'échappe, feinte à gauche face au gardien et place un magnifique revers en lucarne (2-2).

Mais au moment où la Russie revient à cinq, elle se retrouve de nouveau menée par la faute de son gardien Mikhaïl Biryukov. Il se laisse attirer très loin de son but par Magnus Johansson : le capitaine suédois, avec sa grande expérience, fait mine de préparer un tir, mais cherche en fait à servir Niklas Persson seul derrière la ligne de fond. Le centre de Nijnekamsk n'a plus qu'à contourner la cage pour marquer dans les filets ouverts... mais il échoue sur le poteau ! Le palet ressort vers Björn Melin, l'inventeur de la "moustache Urgo" (un pansement de fortune sur la lèvre supérieure), qui envoie aussitôt au fond (3-2).

AFINOGENOV_Maxim-2005-1101078La naïveté de Biryukov n'a pas du tout plu à Bykov, qui le remplace immédiatement par Vassili Koshechkin. Celui-ci est tout de suite battu sur un tir d'Andreas Jätmin qui frappe le poteau, et le rebond revient sous le gardien géant qui arrive de justesse à détourner d'un mouvement de crosse ce palet brûlant après un gros moment de panique.

David Petrasek, qui avait accroché Mozyakin sur la sirène de la première période, fait trébucher ce même joueur juste avant la seconde pause ! Toujours sans conséquence, car les Russes ne sont pas dangereux en jeu de puissance.

De manière générale, ils peinent à remettre en cause la victoire de la Suède, qui ne s'inquiète que quand Warg s'écrase tout seul la bouche contre la bande. Pär Arlbrandt, appelé pour la fin de tournoi après la blessure d'Axelsson jeudik entre en jeu et est tout près de marquer sur sa première action.

La Russie retombe dans ses travers quand elle est en difficulté. Elle se lance certes à l'avant, mais de façon peu coordonnée et sans système. Les joueurs russes les plus actifs, comme Maksim Afinogenov, ne parviennent pas à faire la différence individuellement et finissent par perdre le palet face à une défense sans relâche.

Ce hockey moderne que clament maintenant Bykov et Zakharkin, ce sont les Suédois qui l'ont mis en pratique : fore-checking, jeu direct et haute intensité maintenue avec application par des joueurs qui exploitent leur agressivité naturelle (Andreas Jämtin) ou qui ont appris à travailler fort (Robert Nilsson). Les jeunes comme Silfverberg et Krüger se sont mis au diapason après des débuts difficiles jeudi. Seule la jeune paire défensive Erixon-Rundblad commet encore trop d'erreurs. Cette Tre Kronor dynamique est de plus en plus prometteuse.

Désignés joueurs du match : Robert Nilsson pour la Suède et Aleksandr Popov pour la Russie.

 

Suède - Russie 3-2 (2-1, 1-1, 0-0)
Samedi 13 novembre 2010 à 13h00 à la Hartwall Areena de Helsinki. 6374 spectateurs.
Arbitrage de Sami Partanen et Jari Leppäalho (FIN) assistés de Masi Puolakka et Kristian Vikman (FIN).
Pénalités : Suède 12' (6', 4', 2') ; Russie 10' (4', 6', 0').
Tirs : Suède 37 (16, 14, 7) ; Russie 26 (8, 11, 7).
Évolution du score :
1-0 à 02'11" : Nilsson assisté de Persson et Johansson (sup. num.)
1-1 à 07'24" : Kulyash assisté de Gorovikov et Saprykin
2-1 à 19'46" : Nordgren assisté d'Erixon (sup. num.)
2-2 à 27'28" : Popov (inf. num.)
3-2 à 28'11" : Melin assisté de Persson et Johansson


Suède

Gardien : Stefan Liv.

Défenseurs : Daniel Fernholm - David Petrasek (A, 4') ; Mattias Ekholm (2') - Magnus Johansson (C) ; Sebastian Erixon (-1) - David Rundblad (A, -1) ; Elias Fälth.

Attaquants : Robert Nilsson (2') - Niklas Persson - Björn Melin ; Martin Thörnberg - Mattias Sjögren - Andreas Jämtin (2') ; Joakim Lindström (-1) - Fredrik Warg (-1, 2') puis Pär Arlbrandt à 45' - Niklas Nordgren (-1) ; Jakob Silfverberg - Marcus Krüger - Niklas Olausson.

Remplaçant : Daniel Larsson (G). Absents : Dick Axelsson (blessé), Jonas Junland (en réserve).

Russie

Gardien : Mikhaïl Biryukov puis à 28'11" Vassili Koshechkin [sorti à 58'56"].

Défenseurs : Nikolaï Belov (2') - Ilya Nikulin (2') ; Denis Grebeshkov - Konstantin Korneev ; Aleksei Emelin (+2) - Denis Kulyash (+2, 2') ; Evgeni Biryukov (-1) - Aleksandr Guskov (-1).

Attaquants : Sergei Mozyakin - Aleksandr Svitov - Aleksei Morozov (C) ; Oleg Saprykin (+1) -

Konstantin Gorovikov (+1) - Maksim Afinogenov (+1) ; Aleksandr Popov (+1) - Anton Kuryanov (+1) - Aleksandr Perezhogin ; Kirill Knyazev (-1) - Gennadi Churilov (-1, 2') - Denis Platonov (-1, 2').

Remplaçant : Aleksei Kaïgorodov.